Lors de sa parution en 1954, ce livre fit l'effet d'une véritable bombe, tant en France qu'a Maroc qui luttait pour son indépendance. Avec une rare violence, il projetait le roman maghrébin d'expression française vers des thèmes majeurs : poids de l'Islam, condition fém... > voir plus
Driss (même prénom que l'auteur), 19 ans, étudiant à l'école occidentale de Casablanca, écartelé entre deux cultures, tente de se révolter contre l'autorité de son père (appelé le Seigneur et qui ne s'exprime qu'à la 3ème personne du singulier) et le poids de la morale religieuse.
Écrit dans les années 50, on comprend le scandale à la parution de ce livre qui ose critiquer ouvertement l'hypocrisie de certains religieux et le sort réservé alors aux femmes marocaines.
C'est âpre, révoltant, parfois sordide, et le personnage central (le père, qui règne en tyran sur sa maisonnée) est pis qu'odieux, mais c'est surtout furieusement bien écrit !
Le passé simple nous introduit au cœur de la famille du Seigneur, un potentat marocain. Cet homme tranche au nom d'Allah : tout lui est bon pour faire fructifier son immense fortune ; la religion s'enseigne dans la peur du corps et dans la désolation de l'âme, les êtres ne vivent pas, ils se contentent d'exister, aussi bien les enfants que leur mère. Mais la guerre est là qui rend plus sensibles les failles de la société arabe plus encore de despotisme du père...
Qu'était-elle, sinon une femme dont le Seigneur [son mari] pouvait cadenasser les cuisses et sur laquelle il avait droit de vie et de mort? Elle avait toujours habité des maisons à portes barricadées et fenêtres grillagée. Des terrasses, il n'y avait que le ciel à voir - et les minarets, symboles. Une parmi les créatures de Dieu que le Coran a parquées : "Baisez-les et les rebaisez ; par le vagin, c'est plus utile ; ensuite, ignorez-les jusqu'à la jouissance prochaine." Oui, ma mère était ainsi, faible, soumise, passive.
Je marchais dans la ville. J’allais vadrouillant, réceptif aux déclics. Comme une chienne de vie, je poussais devant moi le poids d’une civilisation. Que je n’avais pas demandée. Dont j’étais fier. Et qui me faisait étranger dans cette ville d’où j’étais issu.
Il y a l'émotion et la qualité de l'émotion. Des émotions, bien que sincères, ne nous touchent guère; d'autres, et nous savons qu'elles ne sont qu'expressions théâtrales, nous empoignent.