La bruyère portait le givre comme une poudre de farine étincelante."
Sur l'île de Cragaig, Alasdair mène une vie solitaire, rude, pêchant le homard, attaché à ses poules, moutons et vache, échangeant parfois quelques nouvelles avec un voisin éloigné. Il occupe la dernière maison d'un village abandonné, ses parents sont décédés, son frère émigré au Canada. Parvenu à quarante cinq ans, rien ne laissait présager que ses jours n'allaient pas continuer à couler ainsi, ni heureux ni malheureux.
Jusqu'à l'installation dans l'île de An Sionnach, qui, poussé par la jalousie et la haine, commence à détruire les maigres possessions d'Alasdair.
Évidemment, un tel récit, abrupt, tragique, de la confrontation entre deux hommes si différents, laisse le lecteur quelque peu déconcerté, tel Alasdair.
"Comment un homme peut-il être jaloux de lui -au point de le haïr? Lui qui a vécu toutes ces années sans réclamer quoi que ce soit au monde. Lui qui n'a jamais eu que son travail à accomplir et, quand il l'avait accompli, une joie qu'il ne pouvait exprimer. Et le plaisir du repos ensuite. Rien de plus. Il n'en a jamais voulu à personne -d'ailleurs il n'a jamais été suffisamment proche de quelqu'un pour éprouver de la rancune. Que savait-il des autres qui aurait pu l'amener à éprouver des sentiments d'envie ou de jalousie?"
"Pendant des années sa vie avait été faite de paix et de petits plaisirs tirés de la terre et à présent il se sentait exposé à une menace venue de l'extérieur. Et son désir était d'arracher cette menace, de la chasser."
Dominic Cooper excelle à montrer les sentiments inconscients et sensations d'Alasdair, sa communion totale avec la nature et les éléments, le malaise et le désir face à la femme d'An Sionnach. Beaucoup de descriptions, mais en usant d'une écriture éblouissante, imagée et précise, rude et poétique. On ne s'étonnera pas que j'aie aimé.
Cooper réussit à faire voir le brouillard, les vagues à l'assaut des rochers, la neige, le soleil levant, bref, ça passe ou ça casse, je sais, mais quand ça passe, quel bonheur!
Le récit dense est aéré par les dialogues entre Aulay et Alasdair, qui n'ont rien à envier aux échanges entre paysans dans certaines contrées...
Les premières phrases :
"Le soleil. Et ce qui plus tôt ce jour d'automne avait été une explosion de chaleur immense et illimitée était à présent une puissance domptée recouvrant d'une mince couche de cuivre les plaines de l'Atlantique. La lumière scintillante ne cessait de progresser vers la mer, kilomètre après kilomètre, atteignait les rochers et les massifs de la côte, se glissait sur les terrasses de la rive et les traversait, grimpait avec force les cinquante derniers mètres de la falaise où l'herbe et les bouleaux nains avaient été écrasés contre la surface de la terre et puis elle plongeait dans les collines tapissées de bruyère...
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