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Par nadejda, le 24/11/2011
Les empreintes du diable de
John Burnside
La seule chose qui compte, de toute façon, c'est le présent. C'est la seule chose qui compte, car le présent est la seule chose qui existe. La lumière. La mer. Le vent. Quel que soit le moment où on s'arrête pour regarder, il n'y a que le présent. Le présent dure toujours. p 200
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Par nadejda, le 24/11/2011
Les empreintes du diable de
John Burnside
C'est certainement ce qu'on entend par destinée, ce long, lent processus d'accumulation qui veut qu'un grain de sable après l'autre, un mot après l'autre, quelque chose devienne inévitable, sans que quiconque ait pu dire quand s'est produit le changement. p 90
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Par nadejda, le 24/11/2011
Les empreintes du diable de
John Burnside
C'est l'un des grands moments d'une existence paisible : passer un moment dehors, dans le vent, puis rentrer et boire un thé. Accompagné de saucisses et de bacon croustillant, d'oeufs pochés, de pain grillé à la poêle, de haricots blancs. Savourer béatement la compagnie débonnaire d'aliments authentiquement malsains. Boire du thé dans une grande chope blanc cassé ou beige à la base ébréchée. Du thé fort, bien chaud, avec beaucoup de lait. Du ketchup. Les oeufs uniformément saupoudrés de poivre blanc finement moulu. Je pris mon temps pour avaler ce petit déjeuner, comme un condamné pourrait savourer son dernier repas. p 156
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Par nadejda, le 06/01/2012
Chasse nocturne : The hunt by night de
John Burnside
SAINT NAZAIRE II Immortelle des sables
De la même façon j'aime les pins
qui pousse en bord de mer, ceux qui verdissent
les ports, les docks
et les étroites places
ombragées et poussiéreuses qui vagabondent entre
la Mission des marins et le Bar du Port
ou bien, disséminés sur la dune et balayés par le vent :
le panicaut, l'orpin blanc,
l'orchis des sables, vert anguille et violet, l'orchis bouc
et l'orchis bouffon, bien charnu sur sa tige argentée.
Pourtant si je devais choisir entre toutes ces plantes,
sans le moindre doute, je choisirais cette perle banale,
cette beauté rebelle : l'immortelle des sables,
ses boutons secs dorés
éclatants sur le sable
sans pareil, enracinée et éternelle.
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Par nadejda, le 03/01/2012
Une vie nulle part de
John Burnside
Un jour, un professeur, Mr Conway avait dit que chaque existence a son but mais que la plupart des buts restaient enfouis dans le secret de l'âme ou du coeur.... Nous sommes des énigmes à nos propres yeux, dit-il, et c'est ce qui rend l'histoire si intéressante, puis il revint à ce dont il parlait auparavant, pensant probablement que personne n'avait enregistré cette remarque. Mais Derek l'avait enregistrée, lui. Et comprise. Son existence avait un but, et c'était la découverte de ce rythme, l'apprentissage de cette musique à demi perçue qui lui arrivait la nuit de nulle part.
C'était pour cela qu'il avait pris ce boulot aux Aciéries, pour gagner l'argent nécessaire à sa musique. p 104
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Par nadejda, le 24/11/2011
Les empreintes du diable de
John Burnside
D'ailleurs, n'y a-t-il pas quelque chose de terrible, de terrifiant, dans le fait que, quand je repense aux morts et au cliché de la voiture incendiée, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est que tout cela me sauva finalement d'un quotidien routinier d'angoisse vague et d'illusions banales ?
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Par nadejda, le 08/01/2012
Scintillation de
John Burnside
On prend une photo et on la place dans une pièce, et c'est une chose magique qu'on acquiert, on s'ouvre soi-même une possibilité. p 184
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Par nadejda, le 03/01/2012
Une vie nulle part de
John Burnside
John Burnside nous précise à la fin d’Une Vie nulle part :
L’épigraphe du présent ouvrage est tirée des dernières pages du Chant de la Terre (Das Lied von der Erde) de Gustav Mahler, dans lequel le compositeur adapte la traduction allemande livrée par Hans Bethge de poèmes de Mong Kao Yen et Wang Wei.
La version plutôt libre citée ici est de mon cru.
«Je retournerai à ma terre natale,
Je mettrai fin à mon errance,
Mon coeur est calme ; il attend l’heure de son choix.
Au printemps, la terre fleurit
Et se pare à nouveau de vert
Parce que et pour toujours ; partout et pour toujours
L’horizon s’illumine de bleu,
Pour toujours... Pour toujours »
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Par EMOTION, le 18/10/2011
Scintillation de
John Burnside
Comme dans le Petit chaperon rouge, quand le bûcheron ouvre le ventre du loup et que la grand-mère en ressort fraîche comme une rose, prête à finir son rang de tricot. Ou est-ce qu'on va, là ? Les gens ne devraient pas raconter aux gamins des histoires pareilles, où il se passe de sales trucs et où tout se termine bien en fin de compte une fois que maman a fait une bise qui guérit tout. Ils devraient raconter les choses telles qu'elles sont vraiment dans le vaste monde, à savoir : quand on est baisé, on est baisé.
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Scintillation de
John Burnside
[ Incipit ]
LA VIE EST PLUS VASTE
Là où je suis à présent, j'entends encore les mouettes. Tout le reste s'estompe, comme le font les rêves dès qu'on s'éveille et qu'on cherche à se les rappeler, mais les mouettes sont encore là, plus sauvages et braillardes que jamais. Elles tournent et virent par milliers, appelant et criaillant d'un bout à l'autre de la presqu'île, tellement stridentes et incessantes que je n'entends que ça : ça, et un dernier murmure de vagues et de galets, un grondement local, insistant, derrière les cris de ces oiseaux fantômes dont je remarquais à peine la présence dans la vie qui fut la mienne avant que je franchisse le Glister. C'est tout ce qu'il reste de cette ancienne vie : des oiseaux, par nuées jacassantes, écumant la presqu'île ; des vagues grises, froides, se déroulant sur la grève. Rien d'autre. Aucun autre son, et rien à voir hormis l'ample et pure lumière dans laquelle je m'avance de mon plein gré, sans relâche, au terme d'une histoire que déjà je commence à oublier.
Dans cette histoire, je m'appelle Léonard et, quand j'étais là-bas, je pensais que la vie était une chose et la mort une autre, mais c'était parce que je ne connaissais pas le Glister. Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m'éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l'oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c'est là que l'avenir commence : dans l'oublié, dans ce qui est perdu. Là-bas à l'Intraville, il y avait une étiquette sur les vieux bidons de sirop de sucre qu'on achetait à l'épicerie de quartier : l'image d'un lion mort en train de se décomposer dans la poussière, avec des flopées d'abeilles qui se déversaient des ombres et béances de son pelage, soutiraient du miel aux plaies. Je croyais à cette image. Je savais qu'elle était vraie - car il y a eu une époque où les gens pensaient que cette sombre béance, cette plaie, était véritablement la source d'où provenait le miel. Et ils avaient raison, car tout se transforme, tout évolue, et cette évolution est la seule histoire qui se perpétue à tout jamais. Tout évolue pour devenir autre chose, d'un instant à l'autre, à tout jamais. Ça, je le sais maintenant - et ici, là où je suis, je passe et repasse en revue cette histoire précise, inlassablement, rejouant les événements dont je me souviens, situant les blancs et les ombres laissés par l'oubli, me raccrochant à des broutilles comme si c'était le monde tout entier qui s'éclipsait, la vie elle-même qui s'évanouissait dans le passé, et pas seulement moi.
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