Je l'avoue, le résumé m'a fait envie. Mais dès l'ouverture du livre, j'ai ressenti comme une asphyxie. J'ai eu besoin de relire trois fois chaque phrase pour m'assurer de son sens. De mots inhabituels en métaphores et périphrases alambiquées, la langue de l'auteure, très lourde à lire, nous perd dans un vertige poétique qui peine à réellement retranscrire le sens. Les trois premiers chapitres ont longtemps été un mystère: où est-on? qui sont ces gens? sont-ce réellement des gens? des animaux? des entités? parle-t-on toujours du même personnage? est-ce un autre? Ce n'est qu'au bout d'une cinquantaine de page que j'ai compris que le nom de
Rimbaud ne désignait pas le célèbre poète mais une famille de gitans. Là est probablement la clé de cette langue alambiquée: une volonté de faire un parallèle permanent entre la triviale réalité où se croise dépression, violence conjugale et autres bassesses, et le monde onirique des livres, des mots et de l'art. Ainsi on ne se prive pas de référence à l'enfant poète prodige ou encore à la tragique Médée. L'auteure se plaît à associer les volutes verbales les plus ciselées avec l'évocation d'une réalité basse, souillée, limite scatologique, à l'image de la société gitane dans laquelle elle est introduite, qui mélange le rêve du costume de lumière avec la violence d'une boucherie. Faire du réel une œuvre d'art, soit. Mais ici, cela ressemble davantage à un exercice de grammaire poétique, à un concours à quelle phrase sera la plus imagée, la plus obscure, la plus profonde, la plus riche de sens figurée. Comme si le fait d'arriver à comprendre qu'il y avait une histoire derrière les mots était un rite de passage destiné à sélectionner les lecteurs. En un mot, j'ai eu la sensation d'un livre profondément élitiste, tant par la culture à laquelle il fait référence qu'à la compétence qu'il exige pour arriver à entrer dedans. Et cela me déplaît profondément.