L'auteur signe ici un essai tout à fait pertinent sur son travail de libraire. Elle dirigeait une librairie indépendante centenaire avec 30 salariés jusqu'à ce qu'une multinationale rachète le réseau des librairies indépendantes. Cette librairie « Privat » à Toulouse jouissait d'un certain renom, beaucoup d'écrivains venaient y rencontrer leurs lecteurs. Mais la politique de la nouvelle direction « Chapitre.com » ne jure que par la religion du profit soit rentabilisation, fidélisation, standardisation. Ici les invendus n'ont pas leur place, au bout de six mois ils doivent être retournés ! Elle ne supporte pas cette Marque qui méprise la culture et son personnel, elle décide donc de rendre son tablier. Bien sûr en écrivant ce livre, elle règle ses comptes et on ressent sa rancœur tant le ton est vif. Les portraits de Blondinet, Gus, Beurk ou Amazone ne nous sont pas inconnus à nous qui avons travaillé dans le monde de l'entreprise. Sa passion pour les livres est ce que je retiendrais le plus de ce livre, elle décrit son amour et son respect des livres, de la littérature, des auteurs, le livre regorge de références littéraires. Moi qui ne supporte pas les supermarchés du livre, l'auteur me conforte encore plus dans ma conviction de ne point m'y rendre, malheureusement les petites librairies ont bien du mal à survivre et les bibliothèques qui sont soumises à marché ne les aide pas non plus à mon grand désespoir, mais là c'est un autre débat...
C'est une abomination qui te hante, la décrépitude, la vie grabataire au point de ne plus pouvoir lire. Tu es cette fille née dans un pays où il n'y a qu'à tendre la main pour lire, où aucune lecture n'est interdite, quand à quelques heures de vol ouvrir un livre est un arrêt de mort.
Conseiller un livre est chaque fois une nouvelle histoire, celle des premières pages que l'on décide ou non de dévoiler, celle d'une pudeur, à partager avec un autre que soi, d'autres vies qui sont un peu , beaucoup les nôtres. Raconter un livre, c'est se raconter.
Tu l'as compris très tôt, on peut engranger et ranger des milliers de livres, on peut grandir et vieillir avec, on peut y passer tout une vie, on ne les possède pas. Ce qui est bon, c'est de se livrer à eux. Ceux sont les livres qui nous possèdent.