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EAN : 9782714471024
96 pages
Belfond (14/01/2016)
4.17/5   30 notes
Résumé :
La misère est partout. Mais apprendre à nos enfants à vivre avec, n'est-ce pas là le crime originel ?

A Venise, une femme rencontre celle qui n'a plus de corps, plus de face : la mendiante. Son âme engloutie par quelque chose de plus noir encore que les eaux de la Sérénissime : l'indifférence. L'une tient la main d'un enfant, l'autre tend la sienne vers un ciel aveugle. Il y a celle debout ; il y a celle à genoux. Immobiles toutes deux.
La misè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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••••••• PÉPITE •••••••
•••Gros coup de coeur•••pour ce tout petit roman dont se dégage une puissance littéraire et imagée exponentielle.
Une réalité affligeante, une société de la honte, trop de yeux éteints, trop de coeurs fermés.
Les âmes et les enfants d'abord, à lire de toute urgence, un plaidoyer de l'infamie.
Venise, Venezia, aiuto, aiuto, détourne tes yeux de tes gondoles, la misère est sur ton sol, elle a mal, elle a froid, elle a faim.

Elle est où l'humanité ?

Les riches debout, les misérables au sol.
Même sous moins quinze, les regards restent hauts.

Et l'humanité ?

Les yeux lèchent les vitrines de Noël, une tasse de café chaude à la main, les poches bien remplies.
À hauteur d'âme, vous êtes là, Madame. Votre infirmité est celle du néant.
Chiffons, moignon, chien affamé, la misère s'écrase sur vous pendant que les néons élèvent les nantis.
Une robe Dior pour le prix d'une maison.
Une Porsche contre des milliers d'affamés.
Les enfants enjambent la misère. Adultes, ils marcheront dessus. Ils ouvriront la misère à coups de talons. le pavé est sale, le trottoir sombre, tache lugubre, ectoplasme édenté, émaillé, invisible.

Ils sont des milliers, des millions comme Cosette à quémander mieux que de la pitié.
Ils sont où les Jean Valjean ?

« Les ténèbres vous mâchent et vous recrachent, pauvre chose. »

Et toi, belle humanité, ou es-tu?

Un jeune père de famille tient sa paume ouverte. Deux photos d'identité, ce qui lui reste de sa femme et de son fils noyés la veille : « regardez comme elle est belle, et lui…si sérieux. »
Elle est là, l'humanité.

« Tant qu'il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrocité de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »
Le 1er janvier 1862, Victor Hugo, depuis sa cristal room sur l'île de Guernesey, écrit debout les milliers de pages qui deviendront les Misérables.
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Venise, Place Saint-Marc.

Une femme déambule. Ses yeux se posent sur la mendiante…

Electrochoc. Coup de poing.

A travers cette indigente sans visage, c'est toute l'insignifiance et la transparence de ces moins-que-rien qui l'éclabousseront, toute cette gueuserie puante qui refluera à travers ses pores, la misère de tous les suppliants du Monde qui fera intrusion dans sa vie qui ne connait pas la médiocrité.

A même le sol, devant ces loques fangeuses et cette main tendue, pauvre mais digne, c'est toute l'inhumanité d'un monde de nantis aseptisés qui saute à la gueule, pour quelques pièces que l'on n'accordera pas.

Parce que l'ignorance ne doit pas mettre de distance entre le paupérisme et notre âme.
Parce que la dèche, ce n'est pas que Bangkok, Lampedusa ou Beyrouth.
Parce que la misère rampe aussi dans nos villes, au coin de nos rues…
Parce que, au lieu de feindre son absence, on pourrait préférer rendre à ce Monde un peu plus de décence. Il n'est pas trop tard pour agir.
Mais pour grandir le Monde, il faut savoir s'abaisser, voir cette misère à hauteur de nos yeux d'enfants, au lieu de l'effacer de nos yeux d'adultes.


« Ce que j'ai compris, grâce à vous, Madame, c'est qu'aujourd'hui la misère est à hauteur des enfants. On vit avec. Avec tout ce que cela veut dire. Avant même qu'ils ne sachent lire et écrire, ce que nous offrons à ceux que nous élevons, c'est la misère à hauteur de leurs yeux, je ne sais pas si elle est à bonne hauteur. [...] Pour grandir, il lui faudra d'abord regarder le malheur dans les yeux. Tout comme ses parents, il s'y habituera vite, sauf que cela aura commencé trop tôt pour lui, avant même d'avoir compris ce que déjà il ne verra plus. Ne reste que le désespoir. On fait comment avec l'espoir sans l'espoir ? »


Elle est passée où, l'humanité ?

- -

Quelle claque !

En cent pages à peine, Isabelle Desesquelles livre un roman époustouflant, un coup de poing dans nos estomacs de privilégiés, une remarquable réflexion sur cette inhumanité qui nous entoure !

Avec un style direct, moins imagé qu'à son habitude, parce que la misère ne se pare pas de fioritures, Isabelle Desesquelles dépeint une nouvelle fois un thème difficile, la pauvreté, avec pudeur et force d'impact. Elle nous incite à garder nos yeux grands ouverts et à oeuvrer avec et pour nos enfants pour nous élever tous vers plus d'humanité.

J'avais adoré Je voudrais que la nuit me prenne et Unpur. Avec ce troisième roman, Isabelle Desesquelles fait définitivement partie de mes auteurs préférés !
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Aujourd'hui, la température flirte avec 0°...
Peu de monde sur le marché, il fait trop froid et les conditions sanitaires n'encouragent pas à se risquer dehors pour quelques légumes frais que l'on se procurera plus confortablement dans une grande surface.
J'y tiens moi, à mon marché hebdomadaire !
J'aime aller à la rencontre de ces hommes et de ces femmes qui se lèvent à 4h du matin par n'importe quel temps pour vendre leur production.
La leur acheter, c'est respecter leur travail, tout simplement.

Entre deux étals, par ce froid de canard, un homme est assis par terre, emmitouflé et encapuchonné dans une vieille parka, masqué comme il se doit, un gobelet entre les jambes.
Impossible de l'ignorer après ce que je viens de lire...c'est comme si j'avais reçu une gifle.

Ce livre est la confession d'une femme comme les autres, l'aveu d'une culpabilité, celle de l'indifférence humaine face à la misère.
Un livre "coup de poing" qui nous oblige à écarquiller les yeux et à voir.
Voir ce qu'on ne voit plus, ce que nous avons fondu au décors par tranquillité d'esprit, ces pauvres hères qui feraient presque partie du patrimoine de la ville.
Une misère à l'exacte hauteure de nos enfants, qui rase les trottoirs, rampe dans les caniveaux, humains dans leur inhumanité.
Comment dire la misère à l'enfant qui vous tire par la main parce qu'il ne comprend pas, ne conçoit pas ce qu'il voit ?
Vous avez facilement passé votre chemin, pas lui, il n'en est pas encore là...
Mais c'est trop tard pour vous, il a déclenché la prise de conscience, le malaise, la culpabilité et ça vous accompagnera longtemps, même au coeur de la beauté.

Isabelle Desesquelles a mis dans le mille avec ce récit qui ne se raconte pas d'histoires.
Il est le miroir de l'humanité entière, celui dont le reflet coince, gêne, celui qu'on préfère ignorer.
Il fallait nous prendre par la peau du cou et nous forcer à ouvrir les yeux, elle l'a fait sans concession, sans hypocrisie afin de nous mettre face à la nôtre.
En une centaine de pages, elle nous secoue plus sûrement qu'un long discours moralisateur.
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La pauvreté à hauteur des yeux, le quotidien de nos enfants

Quand Isabelle Desesquelles parle des mendiants, des pauvres qui errent dans les rues à quémander pièces, nourriture ou même un regard, c'est avec une totale franchise et un regard plutôt objectif qu'elle analyse cette triste situation en parlant de ces gens, qui hantent les trottoirs des villes, se déplaçant uniquement pour tendre une main aux passants ou pour changer de trottoir après avoir reçu l'ordre de ne pas rester là. Ces gens, qui attendent assis sur le sol qu'on daigne leur donner de quoi survivre, ces gens qui crient leur pauvreté à hauteur de figure de nos enfants. Ces gens, au parcours chaotique, ces gens à qui la chance n'a pas souri, ces gens que l'on fait mine d'ignorer, car donner à tous serait difficile, donner à un seul serait injuste, ces gens qui nous hantent car la honte nous submerge lorsque nos enfants nous demandent pourquoi le Monsieur est sale, pourquoi il tend la main, pourquoi il se précipite aux vitres des voitures à l'arrêt, pourquoi on presse le pas et pourquoi on fait semblant de ne rien voir.

Un roman qui crie à l'injustice et à l'impuissance

"Les âmes et les enfants d'abord" c'est un récit sur cette injustice que l'on ressent face à de telles conditions de vie mais aussi sur la colère qui nous habite car cette pauvreté, nous ne voulons pas la voir et pourtant elle s'impose à nous. Dans ce roman, elle s'impose à la narratrice à travers la silhouette sale et pustulante d'une dame sans âge devant la basilique Saint Marc. D'elle, on ne voit qu'une main tendue sous un tas de chiffon. Pourquoi, alors qu'elle s'apprêtait à passer un moment avec son fils, cette femme ose t-elle imposer l'image de sa déchéance à hauteur des yeux du petit garçon. Pourquoi, à l'âge de l'insouciance, le malheur lui saute t-il à la figure, comme s'il était pressé de se faire connaître. Comment expliquer à son enfant que oui c'est triste mais que non, on ne fera rien, ou si peu. Isabelle Desesquelles aborde sans tabou, le cas des sans-abris, les bandes organisées, l'enrôlement des enfants dès leur plus jeune âge, la médisance des gens, l'injustice quand "Liberté, égalité, fraternité", ne s'applique pas à tous.

"Les âmes et les enfants d'abord", un roman osé mais d'une triste réalité

C'est un court roman poignant, écrit avec beaucoup de délicatesse malgré cette lucidité qui agresse à la manière d'une lumière trop vive. J'ai beaucoup aimé la façon dont la narratrice s'adresse à cette pauvre femme de Venise. En la nommant "Madame", elle la fait vivre, lui donne une âme, la considère. C'est à une personne qu'elle s'adresse et non pas à une image souillée recroquevillée sous un parvis. En la nommant "Madame", c'est à tous ces exclus de la société qu'elle parle, ceux que nous croisons au quotidien avant de passer notre chemin et de passer à autre chose.

Un roman très bien écrit que je trouve assez osé, courageux, mais tellement vrai.

Lien : http://que-lire.over-blog.co..
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La misère est à portée des yeux de nos enfants. Ils grandissent avec elle. Nous adultes, déjà par notre taille, nous la voyons mais avons la possibilité de la survoler, de regarder au loin. Nous la croisons partout, sous toutes les formes, une jeune fille aux dreadlocks avec son chien, un tas de chiffons ventre à terre d'où dépasse une main tendue, un regard éteint sous une barbe...

Isabelle Desesquelle, accompagné de son fils âgé de cinq ans, l'a croisée plus particulièrement à Venise au seuil de la basilique Saint-Pierre. Et depuis elle la surprend partout. Comme tout le monde, elle a fui devant cette misère étalée sur le sol mais son âme est restée accrochée à cette vision. Alors, pour nous, et à voix haute, elle égrène ses pensées et celles de son petit garçon, ses révoltes, ses compromis mais surtout cette soumission face à la misère. de solution, elle n'en propose aucune et ne moralise jamais, mais doucement, amèrement, elle partage ce qu'elle ressent. Et nous nous retrouvons peu à peu dans ses mots qui peut-être à force d'être dits apaiseront d'autres maux.

Je remercie Sylire d'avoir partagé cette lecture. C'est une lecture sans faux fuyant, les faits sont relevés franchement et objectivement. Rien n'est enjolivé, ni noirci. C'est un constat terrible et lucide sur la pauvreté, la misère, les sans-abris et sur ceux qui les croisent tous les jours, sur vous, sur nous...

Lien : http://mes-petites-boites.ov..
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Lui, eux, vous Madame mourrez peut-être de froid la nuit prochaine et je fais ma dégoûtée. Vous qui avez les mêmes organes, un cerveau, un cœur et de l’estomac, n’avez pas la valeur d’un euro. Seuls dehors par moins cinq, sans une allumette.
Reste à rendre l’âme. « Plutôt mourir debout que de vivre à genoux », a écrit Albert Camus dans L’Homme révolté ; vous, Madame, mourrez à genoux, à plat ventre, à petit feu. Je vous ai sur la conscience, Madame, et je vous remercie d’y être. Je mourrai avec vous comme je mourrai avec le premier rire de mon enfant ou avec ces figues de Barbarie dévorées avec son père. Je mourrai avec les yeux verts de ma mère, les bancs de raie manta effleurant mes cuisses, les heures lentes au Sahara. Je mourrai et le ciel sera votre paume renversée. Entrevoyant la vôtre d’âme, Madame, j’entrevois la mienne.
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Je voudrais que ma paume vienne se poser sur votre main tendue, sans crainte de me salir ni de vous subir; je voudrais enserrer vos doigts dans une prison d'amour, retrouver l'émotion à serrer la main de son petit enfant. Vous aurez cinq, vingt, cinquante, soixante-dix ans, vous serez celle que l'on n'abandonne jamais.
Vous resterez immobile, vous n'aurez pas un regard dessous vos voiles, ne bougerez pas un cil sous votre tas de tissus, vous n'y croirez pas. Et vous aurez raison. Parce que moi non plus je ne bougerai pas.
Je triture le silence, je l'épluche, je le fais parler. J'écris les yeux baissés, l'âme prise, à une immense distance de l'existence, vous, Madame.
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Du temps de mon grand-père, il n’y avait que des tas de paresseux, et pas encore des tas de chiffons à tous les coins de rue. Il n’y avait pas six millions de chômeurs en France et pas loin de cent mille nouveaux inscrits chaque mois. On disait Assedic et ça sonnait presque sympathique. De loin, le clochard de mon enfance avait quelque chose d’indigné, pas de déprimant. On pouvait lui imaginer une histoire pleine d’aventures, presque fabuleuse, ça n’est plus du tout d’actualité. La désespérance sociale était nettement moins visible, moins dérangeante, moins dangereuse. La vraie victoire des ultrariches, c’est que les prochains pauvres se battent contre les pauvres.
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Des mois, des années après, vous restez agrippée à mon souvenir, et même si j'ai ignoré votre main tendue, que je suis loin, vous me retenez. Pas par la manche, non, ou par le coeur : vous me retenez par l'âme- oh pas la mienne, celle d'un enfant; si je m'arrête sur vous, c'est pour lui qui grandit. Parce que vous tous, les misérables, êtes exactement à sa hauteur. À genoux, à plat ventre, assis, le cul dans la désolation, mesurant ce que mesurent nos enfants, à leur taille tout juste. Et si nos yeux glissent sur votre malheur, les leurs ne voient que vous.
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Lisant Baudelaire, je recrache votre «salive qui mord, qui plonge dans l’oubli, mon âme sans remords ». Et je comprends comme «l’irréparable ronge avec sa dent maudite, notre âme, honteux monument». La poésie reste la meilleure des demeures quand tout s’est enfui.
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Vidéo de Isabelle Desesquelles
Isabelle Desesquelles vous présente son ouvrage "Là où je nous entraîne". Parution le 24 août 2022 aux éditions JC Lattès. Rentrée littéraire 2022.
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