Note moyenne : 4.25/5 (sur 8 notes)
Scènes de la vie d'un propre à rien3Ajouter à mes livres
L'équivalent de Schubert en littérature : aussi simple d'apparence, et non moins déchirant pour finir... Où l'on est convié à suivre, d'une déconvenue à l'autre, parfois d'un fragile bonheur à l'autre, les pér... > voir plus
En allemand on appelle cela le "Sturm und Drang", en français, le cafard, en anglais le spleen ou encore le blues (sous sa forme la plus moderne) ; bref le mal de vivre dans toute sa splendeur, si propre à nos chers romantiques. Ce livre de Joseph Eischendorff est une petit merveille du genre ; il regroupe tous les thèmes propres au sujet : le voyage (en Italie comme il se doit à cette époque), la fuite de soi-même et de l'amour déçu, la fête à laquelle on assiste en témoin mais sans participer (un peu d'ailleurs comme dans le Grand Meaulnes), la découverte de soi dans le plaisir de l'amitié ou à l'inverse dans les affres de la solitude et de l'abandon etc. Admirablement écrit il nous fait passer de l'enchantement à la désillusion selon le rythme propre au héros romantique, ménage des effets de mystère et d'attente où le lecteur est plongé dans la peau du personnage, bref on ne s'ennuie pas une seconde, et l'envie nous prend de chanter des lieder de Schubert pour être tout à fait dans l'ambiance. A lire ou à relire pour méditer, rêver, ou tout simplement faire un beau voyage dans la littérature allemande.
Joseph von EICHENDORFF (1788-1857) nous a laissé de charmantes nouvelles dont celle-ci (surement la plus connue) qui contient pleines d'émotions et d'envolées lyriques : un précieux trésor des derniers jours du romantisme allemand. Un jeune jardinier, chassé du moulin paternel avec pour seul bagage son violon, erre sur des chemins de la liberté parmi des paysages (romantiques) subtilement décrits par l'auteur.
Ce « propre à rien » habité par un fort sentiment d'allégresse, nous emmène à pieds depuis l'Autriche jusqu'à Rome pour goûter les délices de la vie, à travers ses pérégrinations hasardeuses ou par ses rencontres amicales et amoureuses…
Tout au long des chemins du vaste monde, le jeune homme mène une vie d'oisif et la prend à la légère. Son unique talent est de rêvasser ! La musique du récit est d'apparence simple et guillerette, mais ses notes sont par moments déchirantes ! Pour celui ou celle qui veut revivre, pour quelques instants, le romantisme décadent chez les allemands. Ce livre est tout à fait approprié pour vous !
Il s'agit du parcours d'un jeune homme surnommé par son père "le propre à rien". Pratiquement chassé de chez lui, il va parcourir le monde avec comme seul compagnon son violon. Il va également faire des rencontres fortuites, dont une très belle dame, qui sera sa principale quête.
Très beau roman poétique, il se lit exactement comme on part en promenade dans un lieu bucolique. L'auteur mêle toutes les caractéristiques du romantisme : importance de la nature, du chant poétique, des belles femmes.
Vraiment très beau, très émouvant.
J'étais donc une fois de plus abandonné à mon sort et à la grâce de Dieu, condamné à rester à la belle étoile sur cette même place silencieuse où je m'étais trouvé la veille lors de mon arrivée. Le jet d'eau qui tout à l'heure encore m'avait semblé scintiller si gaiement au clair de lune que je croyais voir des angelots jouer dans sa cascade, ce même jet d'eau continuait toujours à murmurer : mais maintenant tout mon plaisir et toute ma joie avaient sombré dans la fontaine.
Je pris alors la ferme décision de tourner le dos à cette perfide Italie avec ses oranges, ses femmes de chambre et ses peintres dérangés. Et, sur l'heure, reprenant ma course errante, je repassai la porte de la ville.
Or, juste à ce moment-là, un rayon de soleil matinal entra par la fenêtre qui lui faisait face, glissa sur les cordes et les fit flamboyer ; mon coeur en écho se mit à vibrer.
-Oui, m’écriais-je, viens, fidèle instrument ! Notre royaume n'est pas de ce monde !
Je décrochai donc le violon, plantai là registre, robe de chambre, pantoufles, pipe et parasol, quittai ma maisonnette aussi pauvre que j'y étais entré, et me retrouvai sur la route lumineuse.
je jetai maints regards en arrière ; j'avais un étrange état d'âme, où la tristesse le disputait à une folle gaîté ; j'étais comme l'oiseau échappé à sa cage.
J'entendis alors plus nettement les violons du bal. Mon regard embrassait tout le parc : les fenêtres du ,château étaient illuminées, les girandoles tournaient lentement, on eût dit des guirlandes d'étoiles. Une foule dansait, des messieurs et des dames en grande toilette, et la valse fondait leurs silhouettes qui passaient et repassaient dans la lumière comme des ombres chinoises. Quelques danseurs venaient par moments s'accouder aux fenêtres et regardaient le jardin. Devant le château, pelouse, arbres, bosquets, tout était si vivement éclaboussé d'or par les mille feux de la salle qu'on pouvait les croire capables d'éveiller aussi les oiseaux et les fleurs. Mais plus loin, là où j'étais et derrière, le parc restait noir et silencieux.