> Nadine Satiat (Éditeur scientifique)

ISBN : 2080705784
Éditeur : Flammarion (1990)


Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
"MM. de Goncourt sont, de tendance, de nature, absolument impossibles à dépraver même dans ce temps qui déprave tout. Rien de populacier, que dis-je ? rien de bourgeois en eux. Ils ont leurs défauts littéraires, mais ils sont ce qu'on appelle des écrivains de race, et c... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 28 avril 2009

    Woland
    Les Frères Goncourt n'ont pas eu la postérité que méritait leur talent. En effet, en notre XXIème siècle commençant, leur nom est avant tout synonyme d'un prix littéraire certes universellement connu mais trop souvent, hélas ! décerné à des écrivains qui n'en sont guère et dans des conditions qui réveillent les vieux démons contre lesquels se battirent les deux frères : ceux de l'édition.
    Et puis, les Goncourt, c'est leur "Journal de la Vie Littéraire", énorme, monumental, avec des pages magnifiques et une multitude de petites phrases fines, méchantes, acérées, qui font mouche à (presque) Tous les coups. Assurément, le "Journal" des Goncourt est une somme incontournable sur la vie littéraire de la seconde moitié du XIXème siècle - et aussi celle de leurs oeuvres qui leur a valu une réputation sulfureuse de concierges de la République des Lettres.
    En dehors du prix qui porte leur nom et de leur "Journal", on se souvient des Goncourt pour l'intérêt qu'ils manifestèrent envers l'art japonais - ils contribuèrent largement à le faire connaître en notre pays - pour leur amour du précieux ainsi que pour leur sens de l'Histoire et la fascination qu'exerçait sur eux le XVIIIème siècle.
    Mais en ce qui regarde les Goncourt romanciers - car ils le furent - c'est une autre affaire ...
    Les Goncourt ont manqué de chance. Ces maîtres miniaturistes, ces pointilleux du mot précis et de la phrase sèche mais pas trop, juste ce qu'il faut pour être équilibrée, ces dialoguistes nés, ces amoureux d'un certain genre bohême ou artiste, ces grands contempteurs de la bourgeoisie triomphante, ces ouvriers horlogers du roman comme on pourrait les appeler, se sont, toute leur vie littéraire, heurtés à ce Gargantua de la fresque, à ce fleuve charriant les adjectifs à la pelle, à ce génie du style indirect, à ce besogneux de la page patiemment accouchée jour après jour, à cette terreur du brave bourgeois, à ce travailleur de force que fut Emile Zola.
    Le succès a aimé Zola, la célébrité l'a accompagné jusque dans la Mort. Les Goncourt, eux, ont vu leur tout premier livre paraître la veille du coup d'Etat de Napoléon III et n'ont jamais atteint de leur vivant les tirages de Zola le Pornocrate. De nos jours, il en est encore ainsi : Tous les élèves du bac connaissent encore Zola mais demandez-leur s'ils ont jamais lu un roman des Goncourt, vous verrez bien ...
    Pourtant, si on prend la peine de tenter l'aventure, avec par exemple "Renée Mauperin", l'un des ouvrages "à quatre mains" des deux frères, on est séduit quasi instantanément. Tout d'abord par le naturel inouï, par la sûreté des dialogues. Là où l'on s'attendait à subir un style alambiqué - un peu huysmanesque sur les bords - et serti de cabochons en Tous genres, on découvre une prose vive, alerte, allant droit son chemin au milieu d'un plan clair, parfaitement découpé : aucune longueur, aucun détail superflus, une technique quasi moderne et une suite de portraits époustouflants qu'on a du mal à oublier. Notamment celui de l'abbé Blampoix, curé mondain qui n'apparaît qu'une seule fois au début du roman mais qui s'impose.
    Evidemment, on pourrait dire qu'il n'y a pas là la puissance d'un Zola ou d'un Hugo. Mais ce serait présenter le problème en dépit du bon sens : la puissance des Goncourt est d'essence différente, voilà tout. Comme celle d'un choeur d'opéra face à celle du ténor de service. Tous célèbrent le même opéra mais chacun chante sa partie et ce sont leurs différences autant que leur union qui confèrent sa vraie nature à l'ensemble.
    Dans la littérature française du XIXème siècle, les Goncourt sont le choeur, et Zola le ténor. Se marchant sur les pieds avec constance, s'empoignant avec la même ténacité, ne se ménageant ni mauvais coups, ni injures, ni calomnies, ils n'ont jamais eu conscience de tout ce qui, malgré tout, les unissait. Mais nous pouvons réparer cette erreur en les installant sur les mêmes rayons, dans notre bibliothèque : L'oeuvre des Goncourt ne dépare en rien aux côtés des Rougon-Macquart. Et c'est une inconditionnelle de Zola qui vous le dit ! ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 28 avril 2009

    [...] ... [L'abbé Blampoix] confessait les salons, il dirigeait les consciences bien nées, il consolait les âmes qui en valaient la peine. Il mettait Jésus-Christ à la portée des gens éclairés, et le paradis à la portée des gens riches. "Chacun a son lot dans la vigne du Seigneur," disait-il souvent, en paraissant gémir et plier sous la charge de sauver le faubourg Saint-Germain, le faubourg Saint-Honoré et la Chaussée-d'Antin.

    C'était un homme de sens et d'esprit, un prêtre facile et qui accommodait tout au précepte : La lettre tue et l'esprit vivifie. Il était tolérant et intelligent. Il savait comprendre et sourire. Il mesurait la foi au tempérament des gens, et ne la donnait qu'à petite dose. Il adoucissait la pénitence, il ôtait les noeuds de la croix, il sablait le chemin du salut. De la religion dure, laide, rigoureuse des pauvres, il dégageait comme une aimable religion des riches, légère, charmante, élastique, se pliant aux choses et aux personnes, à toutes les convenances de la société, à ses moeurs, à ses habitudes, à ses préjugés même. De l'idée de Dieu, il faisait quelque chose de confortable et d'élégant. ... [...]
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  • Par Woland, le 28 avril 2009

    [...] ... - "Louis !" dit Mme Mauperin.

    - "Quoi ?" dit M. Mauperin, avec l'accent d'indifférence, de regret, d'ennui de l'homme qui, les yeux encore ouverts, commence à goûter les douceurs de la pose horizontale.

    - "Oh ! si vous dormez !

    - Je ne dors pas du tout. Voyons, quoi ?

    - Oh ! mon Dieu, rien. Je trouve que Renée a été ce soir d'une inconvenance ... voilà tout. As-tu remarqué ?

    - Non. Je n'ai pas fait attention.

    - Une lubie ! ... C'est qu'il n'y a pas la moindre raison ... Elle ne t'a rien dit, voyons ? Tu ne sais rien ? Car voilà où j'en suis avec vos cachotteries [Renée se confie plus à son père] ... vos secrets : je suis toujours la dernière à savoir les choses. Mais toi, oh ! toi, on te raconte tout ... Je suis bien heureuse de n'être pas née jalouse, sais-tu ?"

    M. Mauperin remonta, sans répondre, son drap sur son épaule.

    - "Tu dors, décidément," reprit Mme Mauperin avec ce ton aigre et désappointé de la femme qui attend une riposte sur son attaque.

    - "Je t'ai déjà dit que je ne dors pas.

    - Mais vous ne comprenez donc pas, monsieur Mauperin ? Oh! ces hommes intelligents ... c'est curieux ! Ca vous touche assez pourtant, ce sont vos affaires comme les miennes. Voilà encore un mariage manqué, comprenez-vous ? ... [...]"
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