Il prit ma main dans la sienne comme s'il voulait la réchauffer.
- Vos mains se sont adoucies pendant le voyage, me dit-il.
J'essayai de ralentir ma respiration.
- Je ne travaille pas, l'air marin est...
Je me tus, car il faisait courir son pouce sur les coussinets de mes doigts.
- Touchez-moi encore, me dit-il en anglais, d'une voix si douce que je crus d'abord avoir mal compris. Touchez-moi, Darya, répéta-t-il, et il ouvrit sa main.
Je portai main libérée à sa cicatrice que j'effleurai cette fois de quatre doigts. Ils suivirent son contour légèrement dentelé qui courait de l'arrête de son nez sous son oeil et sa pommette. Ses yeux restaient plongés dans les miens. Je laissai mes doigts s'attarder sur sa joue, avant de les descendre jusqu'à sa mâchoire où je sentis sa barbe naissante.
Il inséra alors les bras à l'intérieur de la veste pour m'étreindre. Incliner la tête contre sa poitrine, respirer l'odeur fraîche de sa chemise blanche, sentir son coeur palpiter sous ma joue, tout cela se fit tout aussi naturellement que s'enfonce le soleil dans la mer. Nous demeurâmes très longtemps dans cette position. La chaleur que me communiquait son corps pressé de tout son long contre le mien me procurait une sensation de bien-être que je n'avais encore jamais connue.
- Darya, chucota-t-il enfin.
J'étais obligée de lever la tête vers lui. Il abaissa alors sa bouche et, pour la première fois de ma vie, je sentis les lèvres d'un homme se poser sur les miennes, Je répondis à leur pression et je les sentis s'entrouvrir légèrement, s'adoucir et subitement, sa bouche commença à bouger sur la mienne. Je l'imitai et j'eus l'impression que j'avais toujours su le faire, que David Ingram et moi faisions cela depuis toujours. J'aurais voulu que ce baiser dure éternellement.
Malheureusement, il s'arrêta : M. Ingram arracha ses lèvres aux miennes et je reposai la tête sur sa poitrine. Son coeur cognait à présent à un rythme effréné mais cela ne m'empêcha pas de l'entendre murmurer le nom de son dieu, Jésus-Christ, disait-il très doucement. Je relevai la tête.
- Vous priez?
Il m'adressa un sourire, beau et triste, et secoua la tête.
- Non, Cela fait longtemps que je n'ai pas prié.
- Mon non plus, dis-je. David.
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