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ISBN : 2290108774
Éditeur : J'ai Lu (2015)


Note moyenne : 3.44/5 (sur 165 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Juxtaposant librement prose, versets et versification classique (sous la forme le plus souvent de l'octosyllabe et de l'alexandrin), la poésie de Michel Houellebecq est, tout autant que son oeuvre romanesque, fortement ancrée dans le monde contempor... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis (5)

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    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 15 janvier 2013

    colimasson
    Malgré les airs de petite brute blasée qu'il aimerait se donner, Michel Houellebecq est comme la fleur qui cherche à s'épanouir : il aspire aux faveurs ensoleillées du ciel et n'hésiterait pas à laisser de côté son cynisme désillusionné pour une minute de sérénité et d'amour. Mais le chemin est long, qui lui permettrait de mettre de côté ses pensées négatives et son instinct solitaire pour éprouver le contentement simple et imbécile de sentir que l'on appartient au monde. Long, certes, mais à condition de ne pas rebrousser chemin, il sera peut-être possible d'aboutir… Cette hypothèse fait l'objet de la réflexion de Houellebecq, esprit méthodique et pragmatique dont une des charmantes caractéristiques est celle de savoir s'imbiber de poésie. La mixture qui en résulte est désillusionnée, car le romantisme ne résiste pas aux analyses froides et méthodiques des mécanismes sous-jacents qui régissent les rapports humains ; car les valeurs éthérées ne résistent pas aux pulsions animales du corps ; et car le rêve d'une harmonie totale ne peut pas s'allier au mode de vie solitaire d'un homme qui sent ne pas correspondre aux critères de réussite sociale.

    « Nous voulons retourner dans l'ancienne demeure
    Où nos pères ont vécu sous l'aile d'un archange,
    Nous voulons retrouver cette morale étrange
    Qui sanctifiait la vie jusqu'à la dernière heure.
    Nous voulons quelque chose comme une fidélité,
    Comme un enlacement de douces dépendances,
    Quelque chose qui dépasse et contienne l'existence
    Nous ne pouvons plus vivre loin de l'éternité. »

    En raison de ces caractéristiques, la poésie de Michel Houellebecq ressemble à un foetus malformé, un peu monstrueux, qui aurait laissé se développer à outrance son circuit neuronal au détriment de tout le reste. Houellebecq analyse et décortique, fait preuve d'une lucidité cruelle, bien loin de toute naïveté primaire, en même temps que son corps semble incapable de réagir et de d'imprimer sa marque sur le monde. On retrouve certaines formes classiques, sous forme d'octosyllabe et d'alexandrin, mais aussi des formes plus libres et de la prose. Les thèmes abordés, s'ils sont classiques eux aussi puisqu'ils traitent du mal-être, de la solitude ou encore de la téléologie, deviennent soudainement plus pragmatiques lorsque leur forme est évoquée. Oui, la poésie est grande et belle lorsqu'elle s'inscrit dans le champ lexical de la nature, des espaces ouverts et des sentiments ou lorsqu'elle s'exprime en termes nobles et en concepts abstraits ; mais quid de la poésie qui fait figurer sur le mode de l'alexandrin le Monoprix du quartier ? les films pornos ? les clubs échangistes ? Serait-ce ce à quoi devrait ressembler toute poésie sincère du XXIe siècle ? Il est bien loin le temps où les mélancoliques allaient éprouver leur misère au contact des vastes plaines ; aujourd'hui, le paysage est saturé d'hypermarchés et de publicités, et l'horizon ne va pas plus loin.

    « le samedi c'est bien,
    On va au Monoprix
    Et on compare les prix
    Des enfants et des chiens,
    Le samedi c'est bien.
    Mais il y a les dimanches,
    La durée qui se traîne
    La peur qui se déclenche,
    Un mouvement de haine
    Il y a les dimanches ;
    Lentement, je débranche. »

    Une poésie aussi amère et sincère a de quoi faire tourner les têtes ! La lecture surprend et enchante par son audace, par cette fantaisie qui arrive à transcender le désespoir de Michel Houellebecq. Souvent, on rit : ce mélange de désenchantement brut et primaire jure avec la forme de la poésie et donne l'impression d'une hérésie littéraire jouissive. Oui, il est possible de se nourrir du malheur des autres, en l'occurrence de celui de Michel Houellebecq. Nous sommes pardonnables : lui-même semble prendre un malin plaisir à étaler ses vices et ses humiliations à la face du monde –même, on pressent quelle tristesse serait la sienne s'il ne pouvait pas le faire. Houellebecq avait l'oeil lucide d'un visionnaire : il avait prévu le succès de Facebook avant l'heure, étalant les détails de sa vie privée, racontant ses échecs amoureux, ses tristes branlettes et sa terreur des supermarchés.

    « Retournerai-je en discothèque ?
    Cela me paraît peu probable ;
    A quoi bon de nouveaux échecs ?
    Je préfère pisser sur le sable.
    Et tendre ma petite quéquette
    Dans le vent frais de la Tunisie,
    Il y a des Hongroises à lunettes
    Et je me branle par courtoisie. »

    Mais le chemin est long, long… et qui, de Houellebecq ou de son lecteur, finira par se lasser le premier ? La complaisance du poète pour son malheur crée malheureusement un détachement qui va s'amplifiant. Les audaces d'écriture finissent par révéler leurs ruses et lorsque, pour la quinzième fois, on voit surgir le mot « bite » à la fin d'un alexandrin, on ne trouve même plus ça drôle.

    La dernière partie du chemin s'intitule « Renaissance ». Revirement soudain du vieux dépressif qui essaie en dernier lieu de tirer du bon nectar de l'existence qu'il s'est pourtant évertuée à rabaisser. Besoin de se soumettre aux exigences classiques de tout bon cheminement de maturité ? L'ouverture progressive de Michel Houellebecq à autrui, les nouveaux sentiments de plénitude qu'il dit éprouver, semblent alors grossiers que la misère qu'il avait précédemment décrite –la facticité en plus. On tombe alors dans le complaisant, avec l'impression que Michel Houellebecq se livre à une profession de foi bien terne, à laquelle il ne croirait pas vraiment… Si c'est ainsi qu'il imagine le bonheur, on comprend aisément pourquoi ce triste sire préfère patauger encore un peu dans son auge.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-poesie---rester-vivant-le-se..
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    • Livres 5.00/5
    Par julienraynaud, le 18 juillet 2014

    julienraynaud
    Un talent poétique désabusé qui suscite l'admiration. On devrait apprendre certains de ces poèmes à l'école. Deux euros bien investis.

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    • Livres 2.00/5
    Par LoretteIpsum, le 30 mai 2013

    LoretteIpsum
    "Croyez à la structure. Croyez aux métriques anciennes, également. La versification est un puissant outil de libération de la vie intérieure"
    Je ne peux que souscrire à ce jugement de Houellebecq. Malheureusement, il semble lui-même ignorer les lois élémentaires de la versification (dans quels cas on élide le "e" en fin de mot, par exemple), ce qui gâche une bonne partie du plaisir de lecture de ses alexandrins. Qui, parmi nos poètes reconnus, est encore capable aujourd'hui de rédiger un sonnet ? Bien peu, je le crains...
    Et c'est fort dommage.
    Quelques pépites dans ce recueil, cependant, une nostalgie de l'enfance, des sensations, des impressions, une forme de douceur qui apparaît sous l'habit de désespoir du poète.
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    • Livres 4.00/5
    Par araucaria, le 07 mai 2012

    araucaria
    Poèmes qui parlent généralement du mal de vivre... très beaux souvent même s'ils ne sont pas particulièrement gais. J'aime bien.

    Lien : http://araucaria.20six.fr/

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    • Livres 4.00/5
    Par fx131, le 22 avril 2014

    fx131
    Houellebecq s'essaye au genre trés difficile de la poésie. Je ne prétends pas étre un expert en la matiére , la poésie ce n'estpas trop mon style , dommage sans doute . Pour autant en tant que néophyte du style , j'ai bien apprécier ce livre . Les textes sont forts , puissants , inspirés , l'on y trouve la méme urgence que dans les romans du monsieur en question . Alors je le conseille , parceque j'y ai pour ma part pris beaucoup de plaisir et je souhaite faire partager cela .
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Citations et extraits

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  • Par aleatoire, le 13 janvier 2015

    Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
    Nous avons traversé la nuit sans délivrance
    J'entends les autobus et la rumeur subtile
    Des échanges sociaux. J'accède à la présence.

    Aujourd'hui aura lieu. La surface invisible
    Délimitant dans l'air nos êtres de souffrance
    Se forme et se durcit à une vitesse terrible ;
    Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

    Nous avons traversé fatigues et désirs
    Sans retrouver le goût des rêves de l'enfance
    Il n'y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
    Nous sommes prisonniers de notre transparence.
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  • Par Carosand, le 12 juin 2013

    A mesure que vous approchez de la vérité, votre solitude augmente. Le bâtiment est splendide, mais désert. Vous marchez dans des salles vides, qui vous renvoient l'écho de vos pas. L'atmosphère est limpide et invariable ; les objets semblent statufiés. Parfois vous vous mettez à pleurer, tant la netteté de la vision est cruelle. Vous aimeriez retourner en arrière, dans les brumes de l'inconnaissance ; mais au fond vous savez qu'il est déjà trop tard.
    Continuez. N'ayez pas peur. Le pire est déjà passé. Bien sûr, la vie vous déchirera encore ; mais, de votre côté, vous n'avez plus tellement à faire avec elle. Souvenez-vous-en : fondamentalement, vous êtes déjà mort. Vous êtes maintenant en tête à tête avec l'éternité.
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  • Par colimasson, le 31 janvier 2013

    Derrière mes dents et jusqu’au fond de ma gorge, mon palais est tapissé de ramifications brunes, rigidifiées et entremêlées comme des branches mortes ; mais à l’intérieur vit un nerf de douleur. Leurs indentations et leurs divisions sont si fertiles que les tiges forment un buisson touffu, comme une surface légèrement rugueuse au-dessus de la chair ; ces faibles tiges supportent à peine le poids du paquet de branches mortes qui les surmonte. La surface en dessous est sale, avec de gros grumeaux de crasse, des capsules et des bouteilles vides qui roulent et frappent les tiges, parcourant l’ensemble du massif d’un frémissement douloureux. Il y a même un os de seiche ; les ramifications ont poussé autour, se sont rigidifiées et durcies.

    J’ai peur que quelqu’un vienne avec un peigne de métal et commence à le passer dans ce buisson. L’ensemble craquerait et s’arracherait de l’intérieur de ma bouche dans un jaillissement mou ; les racines de mes dents viendraient avec, tout s’arracherait et pendrait de ma bouche comme une masse de chair filamenteuse et saignante.
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  • Par hokmah, le 01 juin 2013

    « Le but de la fête est de nous faire oublier que nous sommes solitaires, misérables et promis à la mort. Autrement dit, de nous transformer en animaux. C’est pourquoi le primitif a un sens de la fête développé. Une bonne flambée de plantes hallucinogènes, trois tambourins, et le tour est joué : un rien l’amuse. A l’opposé, l’Occidental moyen n’aboutit à une extase insuffisante qu’à l’issue de raves interminables dont il ressort sourd et drogué : il n’a pas du tout le sens de la fête. Profondément conscient de lui même, radicalement étranger aux autres, terrorisé par l’idée de la mort, il est incapable d’accéder à une quelconque fusion. Cependant il s’obstine. La perte de sa condition animale l’attriste, il conçoit honte et dépit ; il aimerait être un fêtard, ou du moins passer pour tel. Il est dans une sale situation.»
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  • Par colimasson, le 02 avril 2013

    D’abord, j’ai trébuché dans un congélateur.
    Je me suis mis à pleurer et j’avais un peu peur.
    Quelqu’un a grommelé que je cassais l’ambiance ;
    Pour avoir l’air normal, j’ai repris mon avance.

    Des banlieusards sapés et au regard brutal
    Se croisaient lentement près des eaux minérales.
    Une rumeur de cirque et de demi-débauche
    Montait des rayonnages. Ma démarche était gauche.

    Je me suis écroulé au rayon des fromages ;
    Il y avait deux vieilles dames qui portaient des sardines.
    La première se retourne et dit à sa voisine :
    « C’est bien triste, quand même, un garçon de cet âge. »

    Et puis j’ai vu des pieds circonspects et très larges ;
    Il y avait un vendeur qui prenait des mesures.
    Beaucoup semblaient surpris par mes nouvelles chaussures ;
    Pour la dernière fois, j’étais un peu en marge.
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