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ISBN : 2081246333
Éditeur : Flammarion (2010)


Note moyenne : 3.43/5 (sur 595 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillon... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Ode, le 12 avril 2013

    Ode
    La mauvaise foi de Michel Houellebecq me ravit.
    Vous savez, la mauvaise foi telle que l'entend Sartre avec son garçon de café qui joue à être un garçon de café et rien que cela, sa fonction l'emportant sur son humanité. Houellebecq, lui, se complaît dans son rôle de provocateur, toujours prêt à dénigrer la société ou ses semblables, à appuyer là où ça fait mal, avec son air revenu de tout. Une sorte de Gainsbarre de la littérature, la provocation n'excluant pas le talent.
    On sait donc à quoi s'attendre en lisant ses romans : il va chercher à nous choquer d'une manière ou d'une autre. Or en forçant le trait, il nous oblige à voir les choses sous un autre angle, souvent visionnaire, tout en réveillant nos consciences.
    "La carte et le territoire" est en apparence son ouvrage le plus consensuel. Son héros, Jed Martin, a une vie d'artiste presque rangée. Il fréquente encore son père, arrive à séduire des femmes, et n'est pas affligé d'une sexualité compulsive. L'action se déroule dans un futur proche, alors que la France, redevenue rurale, tire ses revenus du tourisme. Jed va connaître la notoriété en commençant à photographier en gros plan des cartes Michelin, avant de se spécialiser dans la peinture. Fortement axée sur le monde de l'art, l'intrigue est un mélange d'enquête policière (suite à un meurtre spectaculaire) et de roman d'anticipation, avec de truculents passages sur les figures médiatiques de notre époque et des noms de marques à foison.
    En réalité, ce semblant de normalité est un cheval de Troie qui dissimule une critique acerbe et pessimiste de notre société, promise à la déliquescence. Critique d'autant plus insidieuse qu'elle touche notre vie quotidienne, comme la structure familiale, l'amour, la mort, le travail... le territoire est le monde réel (imparfait et voué à la mort), la carte la représentation qu'on s'en fait (idéale et intemporelle), et Jed affiche en lettres capitales que « LA CARTE EST PLUS INTERESSANTE QUE LE TERRITOIRE ». Ainsi, l'indifférence de Jed au monde qui l'entoure est frappante. Il passe Noël avec son père parce que cela se fait, mais ils n'ont rien à se dire. le succès qu'il rencontre sans effort, sans vraiment le mériter, caricature les dérives d'une société qui encourage la réussite facile par le biais du spectacle ou de la télé-réalité. Sa relation détachée avec la brillante Olga en dit long sur son égoïsme et sur l'amour/le sexe vus comme un mode de consommation parmi d'autres – un thème récurrent dans l'œuvre de l'auteur.
    Mention spéciale pour la mise en scène de Houellebecq par lui-même. le comique prime sur la mégalomanie et l'on découvre un repoussant spécimen d'écrivain asocial, assidu des bordels thaïlandais et accro à... la charcuterie (!). C'est pathétique, mais conforme à l'image qu'il veut donner de lui : suffisamment antipathique pour qu'on le laisse tranquille. Toutefois, derrière ce leurre burlesque, c'est sans doute chez Jed Martin qu'affleure sa véritable personnalité. Par sa réussite et ses choix de vie, Jed réalise son fantasme de vivre à l'écart d'un monde qui le déçoit. L'exergue poétique de Charles d'Orléans prend alors tout son sens :
    « le monde est ennuyé de moy,
    Et moy pareillement de luy. »
    Or à jouer les dédaigneux, Houellebecq n'en est que davantage courtisé, jusqu'à obtenir le Goncourt. Preuve que son rôle de misanthrope désabusé lui réussit à merveille ! CQFD
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    • Livres 4.00/5
    Par ahasverus, le 27 avril 2012

    ahasverus
    Amis de l'éveil et du développement personnel, bonsoir.
    La carte et le territoire nous emmène dans l'univers de Jed Martin, artiste.
    La photographie des cartes d'état major MICHELIN lui ouvre les portes du succès. Sur ce chemin, il se rapproche de son père qui s'éteint, et rencontre Michel Houellebecq, l'écrivain.
    Vieillesse, dégradation, pourrissement. Tout meurt. Tout s'efface. L'homme, ses traces, ses chiens, sont dispersés, lacérés, raccourcis éparpillés comme une toile de Jackson Pollock .
    Jed sûrement l'a sentie, cette dissipation. Il photographie les objets manufacturés, les cartes Michelin, il inventorie le monde. Témoignage inutile et dérisoire avant que le "caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine" ne prenne le dessous...
    L'univers se délite. Enfin, l'univers des hommes. """Puis tout se calme, il n'y a plus que des herbes agitées par le vent. le triomphe de la végétation est total""" .
    Jed fait d'autres rencontres : un Jean Pierre Pernault homosexuel et visionnaire et un Julien Lepers un peu stupide nous sauvent de la déprime en aérant un univers sombre où chacun vit dans l'évitement, ennuyé du monde.
    Au royaume des autistes, les mornes sont rois.
    Jed croise des personnages sans les rencontrer. Les gens vers lesquels il va sont dans la fuite. Quant à lui, il laisse partir Olga. Malgré les messages de Beigbeder, (vous savez, l'écrivain), seule personne un tant soi peu positive du roman. Il laisse filer l'amour sans regret. Qu'importe, c'est "sa place dans le processus de production, et pas son statut de reproducteur, qui définit avant tout l'homme occidental".
    La carte et le territoire est une subtile ironie testamentaire sur la précarité des hommes et de leur monde. C'est un excellent livre mais... méritait il un Goncourt ? Que viennent faire ces copier-coller Wikipédia sur les mouches ou sur Beauvais ? Et cette enquête policière soit disant documentée. Documentée ? C'est quand même un peu La Fée Carabine ! Quoi qu'en dise l'auteur dans sa postface, côté documentation, il devrait demander conseil à Laurent Binet (HHhH)... Et ces quelques tics si appuyés que je me demande encore s'il pastichait : "l'auteur de ceci dit..." "l'auteur de cela répéta...".
    Dites donc élève Houellebecq, vous vous êtes pas un peu foutu de ma poire ? Elève Houellebecq, levez vous. Sortez ! Houellebecq ? laissez votre Goncourt sur la table. On verra si on vous le rend.
    Et vous copierez cinquante fois pour jeudi prochain :
    "MICHEL HOUELLEBECQ EST BRILLANT, TRES BRILLANT, MAIS C'EST UN PARESSEUX"
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    • Livres 3.00/5
    Par doyoubnf, le 19 octobre 2010

    doyoubnf
    Houellebecq.
    Le genre d'auteur dont le nom-logo et la figure médiatique risquent d'étouffer à l'avance toute tentative de lecture proche du texte et sans préjugés. Je plaide d'ailleurs coupable, moi qui avais toujours remis à plus tard l'ouverture d'un de ses livres pour ces mêmes mauvaises raisons. Et je suis heureux de voir que la plupart des contributeurs précédents se sont justement attachés à éviter l'écueil du va-et-vient systématique entre l'homme de chair (à média) et l'homme de mots. Pour un nouveau venu comme moi sur Babelio, c'est une preuve de qualité et d'exigence de la part de mes camarades lecteurs, et donc une motivation à participer.
    Alors je profiterai, lâchement, du fait que j'arrive un peu après la bataille pour vous épargner une énième répétition de l'intrigue et des thématiques principales, déjà bien résumées précédemment. Je m'étonne simplement, et c'est ce qui me pousse à écrire une nouvelle critique de "La carte et le territoire", que personne n'ait souligné ici ce qui me semble être l'objet principal de ce livre, comme d'une bonne partie de l'œuvre de Houellebecq (celle que j'ai lue, en tout cas, c'est-à-dire "Extension du domaine de la lutte", "Les particules élémentaires" et donc ce dernier roman) : à savoir la mise en mots du vieillissement individuel et de la coupure radicale entre l'être humain et le monde, qui sont les deux facettes de la même finitude.
    On peut penser que ce sont là des thèmes rebattus. Ils le sont. On peut contester à Houellebecq jusqu'à l'originalité de son intrigue principale (je pense à la critique incisive et peu développée de Peyotl du 02/10, ou à certains billets lus sur des blogs extérieurs et comparant le dernier livre de Houellebecq à celui de Coetzee, "Summertime", par exemple ; ne les ayant pas lus moi-même, je vous laisse juges). D'accord. Mais il reste, me semble-t-il, que "La carte et le territoire", en plus d'être un livre bien écrit (ce qui n'est déjà pas si mal par les temps qui courent) présente une description très précise et sensible du sentiment qui envahit, tôt ou tard, chacun d'entre nous lorsqu'il réalise, vraiment, que le temps passe. Inexorablement.
    Par peur d'être trop long, je me limiterai à commenter trois éléments essentiels du livre, qui ne sont évidemment pas exhaustifs et que je choisis en toute subjectivité (puisqu'on ne peut pas faire autrement).
    Tout d'abord, le rapport qui donne son titre à l'œuvre entre la « carte » et le « territoire ». Houellebecq parvient à renouveler en partie un topos de la littérature et de la pensée, récurrent et déjà analysé ici : la relation qui existe entre la réalité et la fiction, entre l'objet et sa représentation. Entre l'être et la pensée. Depuis Borges et sa réflexion par l'absurde sur une carte d'échelle 1 :1, si parfaite qu'elle recouvre entièrement et point par point le territoire qu'elle devrait représenter (voir « De la rigueur de la science », dans son "Histoire universelle de l'infamie", très court texte qui possède bien des points de rapprochement possible avec le livre de Houellebecq), je n'avais pas lu, pour ma part, de récit plus captivant sur la question (mais j'ai sans doute trop peu lu). En créant un personnage de littérature qui est un peintre décidant un jour de photographier la France à travers des cartes routières, Houellebecq fait même de Jed Martin une sorte de condensé littéraire de l'artifice et de mise en abyme de la représentation.
    Le rapport de Jed avec son père, par ailleurs. Une des trois relations « impossibles » du livre (avec l'amour impossible entre Olga et Jed et l'amitié impossible entre Houellebecq et Jed), et pourtant celle qui se rapproche le plus du contact effectivement établi entre deux êtres, peut-être justement parce que c'est la seule qui, contre vents et marées, « vieillit » avec eux et dure vraiment. A mon sens, un des passages du livre les mieux réussis est celui où le père de Jed consent à venir passer le réveillon chez lui. Outre la Discussion, pour la première fois longue et tendue, qu'ont le père et le fils, j'ai été particulièrement ému (oui, ému, parce que Houellebecq quoi qu'on en dise, c'est d'abord une écriture de la tendresse, inaccessible certes, mais toujours là), par le passage où son père lui demande une cigarette :
    « J'ai envie de fumer une cigarette…dit-il. Tu en as ?
    – Je ne fume pas. » Jed se leva d'un bond. « Mais je peux y aller. Je connais un tabac place d'Italie ouvert tard le soir. Et puis…il consulta sa montre avec incrédulité, il n'est que huit heures.
    – Même le soir de Noël, tu crois qu'ils sont ouverts ?
    – Je peux essayer. »
    Il enfila son manteau. En sortant, il fut giflé par une violente bourrasque ; des flocons de neige tourbillonnaient dans l'atmosphère glaciale, il devait faire dix degrés en dessous de zéro. Place d'Italie, le bar-tabac était en train de fermer. le patron revint en maugréant derrière son comptoir.
    « Qu'est-ce que ce sera ?
    – Des cigarettes.
    – Quelle marque ?
    – Je ne sais pas. Des bonnes cigarettes. »
    L'autre lui jeta un regard excédé. « Des Dunhill ! Des Dunhill et des Gitanes ! Et un briquet !... » (p. 216-217).
    La fin du livre, enfin. Végétale. On retrouve les mêmes thèmes que dans "Extension du domaine de la lutte", où le narrateur termine sa course en forêt (sans que la "fusion sublime" n'ait eu lieu), et "Les particules élémentaires", où un autre narrateur, d'une espèce plus évoluée que la nôtre, nous rend un hommage posthume pour avoir su, finalement, nous autodétruire. Les « représentations des êtres humains », c'est-à-dire les êtres humaines en tant que tels, qui ne sommes pour nous-mêmes que représentations éphémères, « se délitent sous l'effet des intempéries, puis se décomposent et partent en lambeaux [...] le triomphe de la végétation est total » (p. 428).
    Voilà ce qui nous attend et voilà ce qu'écrit Houellebecq, en bon auteur d'anticipation (au sens littéraire du mot ; de science fiction, quoi). Et voilà pourquoi ce livre est « sympathique », au sens étymologique du mot, cette fois-ci : il nous permet de souffrir ensemble.



    Lien : http://doyoubnf.over-blog.com/
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    • Livres 3.00/5
    Par Hebephrenie, le 29 août 2010

    Hebephrenie
    Recette à scandale : un écrivain sulfureux, une vision de l'art trop réaliste, un name-dropping sans délicatesse?
    Et vous obtiendrez : un prétendu prétendant à la présumée plus haute récompense littéraire française, le Goncourt.
    Alors, au-delà des vitupérations des bien-pensant, je dirai que je suis déçue. J'avais tant aimé le Houellebecq d'Extension du domaine de la lutte. Ici, je suis choquée par la fadeur. le style est travaillé, la construction orchestrale (avec une troisième partie empruntant au polar), mais la mise en scène d'un alter-ego à peine masqué (MH lui-même) est de trop.
    On connait sa misanthropie. On sourit devant ses attaques du monde de la presse, sa défense contre la jalousie (ex)acerb(é)e qu'il génère.
    Sa vision de la société, que tous les critiques portent aujourd'hui aux nues alors qu'ils la décriaient il y a quelques années, a toujours cette acuité.
    Mais c'est comme s'il manquait quelque chose. Ce petit rien qui faisait de quelques lignes une claque en pleine gueule. Peut-être parce que j'ai grandi? Parce qu'il s'est assagi?
    Je ne pourrai pas trancher : mais quand même, pas le Goncourt...
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    • Livres 4.00/5
    Par Ellen-R, le 29 octobre 2012

    Ellen-R
    J'aime beaucoup Michel Houellebecq. Je le trouve intéressant comme écrivain et aussi comme personnalité . Ce livre est le deuxième que je lis de lui, le premier étant « Les particules élémentaires ». Il ne m'a pas encore déçue et je ne crois pas que cela se produise, tant son style d'écriture et son regard incisif et sans concession sur l'humanité et son destin me plaisent.
    Nous suivons donc dans son dernier livre l'évolution de la carrière et de la vie de Jed Martin, un artiste hors normes qui a choisi de représenter différents types d'activités humaines par le biais de ses photographies et de sa peinture. C'est donc dans le milieu de l'art contemporain qu'évoluent la plupart des personnages du roman. Les deux premières parties du livre sont assez sages, je trouvais que l'écrivain s'était bien rangé depuis. Je retrouvais cependant ses analyses incisives du milieu qu'il a choisi de décrire et ses personnages dévorés par l'ambition et avides de réussite financière et sociale. Par contre, les scènes percutantes étaient curieusement absentes, ce qui m'étonnait de la part d'un auteur qui se plaît assez à bousculer ses lecteurs, à les provoquer.
    La troisième partie tranche sur les deux premières car le roman contemporain prend soudain des airs de polar avec un meurtre sordide, répugnant et abject. J'ai trouvé l'idée excellente et la construction bien pensée. le contraste est salutaire et percutant. Une autre bonne idée est que Houellebecq s'inclut dans les personnages. Cela pourrait sembler prétentieux mais il se décrit sous un jour qui ne l'avantage pas du tout et j'ai bien aimé son honnêteté et son absence de complaisance envers lui-même. Peut-être fait-il un peu trop référence à ses œuvres antérieures. Cela m'a légèrement agacée mais si peu.
    La fin est assez réussie malgré quelques longueurs irritantes. Je me plais toujours en compagnie de cet écrivain talentueux qui réussit souvent à m'étonner, m'émouvoir, m'instruire aussi. Je tiens aussi à souligner l'immense tendresse et la nostalgie qui habitent les pages dans lesquelles l'écrivain décrit la relation de Jed Martin avec son vieux père.
    Et puis au final, quant au prix Goncourt, je dois avouer que je ne comprends pas tellement les réactions - assez vives - que ce dernier a suscité. C'est à mon sens tout à fait mérité.
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Critiques presse (2)


  • Lexpress , le 21 mars 2012
    "Houellebecq ? s'interroge un personnage du roman. [...] C'est agréable à lire et il a une vision juste de la société." Rien à redire. Si ce n'est que l'auteur a perdu le punch et le mordant des origines.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Telerama , le 14 mars 2012
    Dans ce roman exigeant piqueté d'humour, l'auteur réussit un tableau contemporain qui propose sa vision du monde, singulière et cynique, déroutante et pessimiste. Et passionnante.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par Ode, le 14 mai 2013

    Dix ans plus tard, considérant Houellebecq, Jed prenait conscience qu'il y avait dans son regard, à lui aussi, une passion, quelque chose d'halluciné, même. Il avait dû susciter des passions amoureuses, peut-être violentes. Oui, d'après tout ce qu'il savait des femmes, il paraissait probable que certaines d'entre elles aient pu s'éprendre de ce débris torturé qui dodelinait maintenant de la tête devant lui en dévorant des tranches de pâté de campagne, manifestement devenu indifférent à tout ce qui pouvait s'apparenter à une relation amoureuse, et vraisemblablement aussi à toute relation humaine.
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  • Par Ode, le 13 mai 2013

    « J'ai replongé... J'ai complètement replongé au niveau charcuterie » poursuivit sombrement Houellebecq. En effet la table était parsemée d'emballages de chorizo, de mortadelle, de pâté de campagne. Il tendit à Jed un tire-bouchon, et sitôt la bouteille ouverte avala un premier verre d'un trait, sans même se livrer à un simulacre de dégustation.

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  • Par Hebephrenie, le 24 août 2010

    Vous savez, ce sont les journalistes qui m'ont fait la réputation d'un ivrogne; ce qui est curieux, c'est qu'aucun d'entre eux n'ait jamais réalisé que si je buvais beaucoup en leur présence, c'était uniquement pour parvenir à les supporter. Comment est-ce que vous voudriez soutenir une conversation avec une fiotte comme Jean-Paul Marsouin sans être à peu près ivre mort? Comment est-ce que vous voudriez rencontrer quelqu'un qui travaille pour Marianne ou Le Parisien libéré sans être pris d'une envie de dégueuler immédiate? La presse est quand même d'une stupidité et d'un conformisme insupportables, vous ne trouvez pas?
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  • Par Ode, le 13 avril 2013

    Ce que je préfère, maintenant, c'est la fin du mois de décembre ; la nuit tombe à quatre heures. Alors je peux me mettre en pyjama, prendre mes somnifères et aller au lit avec une bouteille de vin et un livre. C'est comme ça que je vis, depuis des années. [...] Mais au printemps c'est insupportable, les couchers de soleil sont interminables et magnifiques, c'est comme une espèce de putain d'opéra il y a sans arrêt de nouvelles couleurs, de nouvelles lueurs, j'ai essayé une fois de rester ici tout le printemps et l'été et j'ai cru mourir, chaque soir j'étais au bord du suicide, avec cette nuit qui ne tombait jamais. Depuis, début avril, je vais en Thaïlande et j'y reste jusqu'à la fin août, début de journée six heures fin de journée six heures, c'est plus simple, équatorial, administratif, il fait une chaleur à crever mais la climatisation marche bien, c'est la morte-saison touristique, les bordels tournent au ralenti mais ils sont quand même ouverts et ça me va, ça me convient, les prestations restent excellentes ou très bonnes.
    – Là, j'ai l'impression que vous jouez un peu votre propre rôle...
    – Oui, c'est vrai » convint Houellebecq avec une spontanéité surprenante [...]

    Il conduisait rapidement, souplement sa Lexus avec un plaisir visible. « Quand même elles sucent sans capote, ça c'est bien... » marmonna encore vaguement, comme le souvenir d'un rêve défunt, l'auteur des Particules élémentaires, avant de se garer sur le parking de l'hôtel ;
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  • Par Ode, le 12 avril 2013

    Jed trébucha dans une poussette, se rattrapa de justesse au portique de détection d'objets métalliques, se recula pour reprendre sa place dans la file. Il n'y avait à part lui que des familles, chacune de deux ou trois enfants. Devant lui, un blondinet d'environ quatre ans geignait, réclamant on ne savait trop quoi, puis d'un seul coup il se jeta à terre en hurlant, tremblant de rage ; sa mère échangea un regard épuisé avec son mari, qui tenta de relever la vicieuse petite charogne. Il est impossible d'écrire un roman, lui avait dit Houellebecq la veille, pour la même raison qu'il est impossible de vivre : en raison des pesanteurs qui s'accumulent. Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables.
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