Et la mort d’ailleurs porte en elle tant de majesté qu’elle est capable d’agrandir un instant, d’une façon inattendue, démesurée, les plus infimes petites scènes, dès que son ombre est près d’y apparaître : à ce moment, je me fis presque l’effet de quelque magicien noir s’arrogeant le droit d’apporter aux souffrants ce qu’il croit être l’apaisement suprême, le droit d’ouvrir, à ceux qui ne l’ont pas encore demandé, les portes de la grande nuit...
Et, avec une infinie mélancolie, dans cette cour égayée de soleil nouveau, je regardais les deux chères promeneuses en cheveux blancs, en robe de deuil, maman et tante Claire, aller et venir, se pencher pour reconnaître, comme depuis tant de printemps, quels germes de fleurs étaient sortis de la terre, ou lever la tête pour apercevoir les boutons des glycines et des roses. Et quand leurs deux robes noires cheminaient, s’écartaient de moi, dans le recul de cette avenue verte qui est la cour de notre maison familiale, je remarquais surtout ce que leur allure avait de plus lent et de plus brisé...
Et je regarde de plus près, à travers les vitres, ces deux brins de laurier-rose que secoue le vent du nord mortel ; ils sont déjà gelés et la glace a fait fendre la bouteille où ils trempaient ; personne ne la plantera, ni ne la fera revivre, la pauvre dernière bouture laissée par tante Claire, et cela me déchire cruellement de la regarder, et les sanglots tout à coup me viennent, les premiers depuis que je sais qu’elle va mourir...
Leurs têtes, aux cheveux blancs bien lisses, se penchaient, comme un peu lasses d’avoir vu et revu tant de fois, tant de fois, près de quatre-vingts fois, le renouveau trompeur. Les plantes, les choses, semblaient cruellement chanter le triomphe de leur recommencement perpétuel, sans pitié pour les êtres fragiles qui les écoutaient, déjà angoissés par le présage de leur irrémédiable fin...
Grand froid revenu, sous un ciel bas, obscur, funèbre. Jamais, depuis que suis au monde, pareil hiver n’avait passe sur notre pays. De nouveau, on a ces vagues impressions de fin de ypiy, de destruction sous la glace envahissante.
Ce court documentaire de 3 min, a été réalisé en 1923 à Rochefort, en 35mm (auteur inconnu).
Ce document fait partie du fonds Vendôme déposé et numérisé au FAR (Fonds Audiovisuel de Recherche).
Le FAR est une association située en Charente Maritime, en Poitou-Charentes, dont le but est de collecter et de faire vivre le patrimoine audiovisuel de la région et du département.
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