ISBN : 9782742799503
Éditeur : Actes Sud (2011)


Note moyenne : 3.14/5 (sur 21 notes) Ajouter à mes livres
Fresque miniature d’un 15 août dans une demeure familiale de la bourgeoisie traditionnelle où transparaît le portrait d’une génération qu’aucune révolte ne consume et qui pose sur le monde un regard lucide et désabusé.

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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 03 avril 2012

    Malaura
    « le début des vacances résonne dans la gare et dans ma tête ».
    La grande maison familiale accueille Mathilde, la narratrice, « de ses trois ailes de pierres chaudes », pour la semaine du 15 Août.
    Plusieurs générations s'y côtoient chaque été, pendant les vacances : grands-parents, parents, oncles, tantes, petits-enfants…qui n'ont en commun que cette maison « érigée en symbole et transmise à chacun comme partie de leur identité ».
    Cette année, le château est « serti de saphir » ; les corps se font bronzer autour de la piscine nouvellement construite, alimentant encore un peu le vieux rêve des grands-parents d'aménager le lieu, partagé en indivision, en maison de retraite pour toute la famille.
    Seule ombre à cette représentation idyllique d'opulence bourgeoise, la vision de la gardienne dans son maillot mauve en « madone ouvrière enivrée d'oisiveté » et sa chair pleine étalée au bord de la piscine.
    Rosana et les siens s'occupent du château depuis plus de vingt ans. Certes des liens d'affection se sont forgés au fil du temps… Tout de même, la largesse du grand-père lui permettant de profiter du bassin en l'absence de la famille n'est pas du goût de tout le monde. La contestation couve…et les conventions ont la vie dure…
    La faute de goût, c'est celle du grand-père accordant aux gardiens, par pure compassion, un droit qu'ils n'avaient pas même demandé, puis, impuissant à défendre « son initiative quand les siens se sont insurgés » à l'idée que des « inférieurs » puissent se baigner dans leur piscine, est incapable de s'imposer en patriarche et revient alors sur sa décision.
    « Finalement, c'est lui qui, par sa bonne volonté pataude mais couarde, a humilié Rosana ».
    Mais La faute de goût, elle est aussi dans l'impossibilité de Mathilde à prendre position face au clan, en franchissant les limites de sa classe. On affecte l'indignation dans une bouffée d'aigreur qui retombe aussi vite qu'un soufflet mal cuit et on rentre dans le rang en courbant l'échine devant les aînés, bonne pour aller chercher « le fromage à la cuisine » et tenter de sauver l'honneur en abrégeant son séjour.
    La résignation est amère, pourtant le lien familial perdure et perdurera, dans l'attendrissement, dans l'amertume ou la nostalgie. « Je reviendrai » dit Mathilde « dans un mois ou dans un an, sans raison ou pour un mariage, suppliée par ma mère, contrite ou heureuse d'être là, je reviendrai pour les regarder vivre ».
    Entre tendresse et agacement, Caroline Lunoir écrit le sentiment de porte-à-faux de la narratrice face à cette tribu bourgeoise bien campée dans les privilèges de sa caste, une situation entre soumission et rébellion, posée en équilibre instable sur le fil inflexible d'une existence dorée que la génération engourdie à laquelle elle appartient ne parvient pas à casser, trop indissociablement rivée à une vie d'aisance pour arriver à déroger aux règles de classes ou aspirer à un semblant de révolte.
    Ce premier roman de Caroline Lunoir augure de belles perspectives littéraires pour le futur. Les éditions Actes Sud ne s'y sont pas trompées en décelant chez la jeune écrivaine un joli don d'observation doublé d'une bien belle plume. Caroline Lunoir révèle déjà un univers et un style tout à fait personnels, des mots qu'elle lie avec un soin poétique en un beau bouquet colorée…sans faute de goût.
    Avec ce récit qu'on suppose inspiré de son propre vécu, elle peint une fresque minimaliste avec une sensibilité d'aquarelliste. Des petites touches, délavées par ci, assombries par là, qui forment, dans un camaïeu à la fois tendre et incisif, le tableau d'une bourgeoisie encore bien trop empreinte des usages d'un autre temps pour se laisser aller à la clémence.
    Triste morale de cette histoire : quelles que soient l'affection, la connaissance, la reconnaissance que l'on porte aux gens de maison, le constat est toujours le même « on ne mélange pas les torchons et les serviettes »…
    La lutte des classes a encore de beaux jours devant elle.
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    Critique de qualité ? (30 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par LiliGalipette, le 31 août 2011

    LiliGalipette
    Mathilde, la narratrice, arrive dans la maison familiale en plein mois d'août. Les vacances auprès des grands-parents et des autres aïeux sont l'occasion d'évènements éculés que chacun prétend rendre inédits. Une piscine, récent fleuron du domaine, devient le centre d'un médiocre drame dont la conclusion tragique avorte sans panache. Dans la maison en indivision, les concessions et les chicanes sont le lot quotidien. Une question se pose alors : qu'est-ce qui fonde une famille ? « En dehors de ces quelques gouttes de sang que nous partageons et de cette maison, érigées en symboles et transmises à chacun comme partie de notre identité, rien ne nous réunirait. Éternel mais irrésistible contrat. La logique de lignée a ses limites. » (p. 28) Alors, « famille, je vous hais » ? Il n'est même pas question de cela. La vie au sein du domaine est nonchalance et passivité, comme la promenade commune qui a « l'ambigüité de la famille, elle est douce et lassante. » (p. 63)
    Mais Mathilde ne fuit pas sa famille. Lucide et sans illusion, elle connaît l'histoire des siens, les lâchetés et les petits héroïsmes. Rien de comparable aux soubresauts des existences de ses aïeux n'a secoué ses jeunes années, mais Mathilde s'est construite, entre opposition et continuité, dans la froide sérénité d'une génération sans passion ni combat. le séjour estival dans le domaine familial écrasé de soleil lui permet de se raccrocher à une généalogie solide, de s'inscrire dans une histoire tangible, d'être vivante quelque part. « Je reviendrai. Dans un mois ou dans un an, sans raison ou pour un mariage, suppliée par ma mère, contrite ou heureuse d'être là, pour une réunion de famille ou pour un enterrement. Je reviendrai vérifier qui ils sont. Je débarquerai pour soigner un malaise, une solitude, et en récolter d'autres. Je poserai mes valises, je ne reste pas longtemps, hein, juste quelques jours, pour les écouter, pour les regarder vivre. Et je prendrai mon train, attendrie, agacée ou sombre. Un jour, mon dernier jour ici, je serai confusément atterrée de n'avoir pas su retenir des bribes de leurs vies pour ne pas qu'elles passent, sans bruit. Cette maison deviendra mon paradis perdu, un peu nauséeux, celui que je tresse déjà. Beau, fantasmé et triste. Comme pour tous les vieux cons. » (p. 94) Un sursaut, plein de malaise, la tire de l'indolence dans laquelle elle s'englue. le retour à Paris est une perspective sombre, mais qui la rend à elle-même, qui la redessine en dehors de la famille. Attraction/répulsion, à l'infini.
    Mais alors, quelle est-elle cette faute de goût ? Est-ce d'avoir oser penser que les domestiques pouvaient jouir du même plaisir que les maîtres ? Est-ce d'être parisienne et indépendante dans un clan qui cultive l'esprit de famille ? On ne sait pas vraiment. Ce récit à la première personne est porté par une voix désabusée. On voudrait entendre celle de l'auteure, mais ce n'est pas ce qui compte. La mélancolie ensoleillée qui sous-tend les pages est gênante parce qu'elle renvoie à des horizons connus. Les relations familiales ne se ressemblent pas, mais les mêmes passions tièdes sont à l'œuvre partout. Les grands emportements et les portes qui claquent, c'est finalement assez rare, surtout dans le monde bourgeois dépeint par la narratrice. En cas de conflit, le mieux à faire, c'est de prendre la porte en ménageant l'élégance et les apparences. Et c'est exactement ce qui se passe à la lecture. J'ai refermé le livre comme je quitterais une pièce sur la pointe des pieds, après avoir surpris une scène trop intime. Et surtout, j'ai refermé le livre en me disant que mes tristes guéguerres familiales me suffisent et que celles des autres ne sont en rien plus tragiques. Finalement, La faute de goût, c'est peut-être d'avoir étalé sur quelques 110 pages le morne 15 août d'une famille banale.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par CyrielF, le 05 mars 2012

    CyrielF
    Une très bonne surprise que ce petit livre d'une centaine de pages ! La lecture est fluide et rapide, on se laisse vite emporter dans le monde de la narratrice, dans cette maison familiale où on a tous passé nos vacances, entouré de nos tantes, oncles, cousins, cousines et autres grands-parents. Derrière ce qui semble être un banal récit du quotidien se tisse une satire des moeurs bourgeois et de la famille dans sa forme la plus traditionnelle. du cousin séduisant et séducteur aux grands-tantes commères, en passant par les oncles effacés et la soeur mère-poule, tous les stéréotypes familiaux sont présents, et on est forcé de se reconnaître quelque part.
    La faute de goût a été, pour moi, une lecture très agréable. C'est un livre qui s'apprécie avec une tasse de thé ou bien installé dans un fauteuil de bibliothèque par un après-midi neigeux. Même si ce premier roman de Caroline Lunoir semble parfois présenter un style d'écriture un peu trop travaillé, il constitue un roman doux et léger à dévorer pour se transporter, l'espace de quelques heures, dans nos souvenirs des semaines du 15 août.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par oops, le 06 avril 2012

    oops
    Mathilde est une jeune avocate parisienne, tous les ans au mois d'août, elle s'en va rejoindre sa famille dans la maison bourgeoise gérée par sa grand-mère au cœur de la campagne. Chaque année pour le week-end du 15 août, la famille au complet se réuni ce qui représente quatre générations. Cette année, le château s'est doté d'une piscine. Chacun fait ses petites concessions pour que règne un minimum d'harmonie. La faute de goût c'est entre autre que le grand-père permet à Rosana la gardienne, de venir profiter de la piscine quand la famille n'y est pas. Voilà qui n'est pas du tout du goût de la majorité de la famille qui se pose en maître et veut faire respecter les conventions dues à sa situation sociale. En fait les fautes de goûts sont multiples dans cette famille mais on s'en accommode ! Mathilde elle-même les constate mais comme les autres n'osera en faire part se contentant seulement de propos futiles. Une satire familiale subtile qui cerne bien le souci de savoir s'imposer dans une famille traditionaliste qui compte des générations complètement opposées. Malgré une écriture agréable je me suis vite lassée de cette famille qui se prélasse dans son conformisme de bonne famille, heureusement le livre est court !

    Lien : http://ma-bouquinerie.blogspot.com
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par lotusmauve, le 19 septembre 2011

    lotusmauve
    La faute de goût, premier roman de Caroline Lunoir, est un bref récit (110 pages) des quelques jours que passent une jeune femme, Mathilde, auprès de sa famille, un week end de 15 août. Parenthèse dans la vie de la jeune femme, le récit commence par le départ de Paris et se termine par le retour à Paris. La boucle est bouclée pour ce récit aux modestes prétentions: analyser et recueillir les sentiments qu'inspirent chez la jeune femme ces retrouvailles épisodiques. Relations tendres avec les grands-parents, questions d'héritages entre les différents aïeux, préparation de repas pour de grandes tablées, cousin ou cousines avec lesquelles elles n'a rien de commun...
    La narratrice porte un regard distant et lucide sur sa famille.
    Il est dommage que La faute de goût porte si peu à conséquence. Evénement passagé qui ne marque finalement pas longtemps les esprits. Les conséquences de cette faute de goût ne sont pas tant la réaction de la famille que le départ anticipé de la jeune femme. On reste quelque peu sur sa faim. Dommage, car le style de ce récit est concis, fluide et tout à fait agréable.
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Critiques presse (3)


  • Telerama , le 14 septembre 2011
    D'une composante autobiographique certaine, le livre capte à merveille la torpeur moelleuse des vacances en famille et en dit long sur la difficulté d'exister dans un clan nombreux.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • Lexpress , le 09 septembre 2011
    L'expression est galvaudée, mais on ne saurait mieux dire : La Faute de goût est un véritable petit bijou, un texte bref et poli à point, qui évite l'écueil du bavardage propre aux débutants pour aller à l'essentiel. Zéro faute !
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Lexpress , le 31 août 2011
    [Ce premier roman de Caroline Lunoir] est un sombre constat, un court texte lucide qui décrit une jeunesse molle, incapable de se révolter. L'écriture élégante conforte ce sentiment et permet d'affirmer que cette jeune romancière a une voix singulière.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 06 août 2011

    « Je reviendrai. Dans un mois ou dans un an, sans raison ou pour un mariage, suppliée par ma mère, contrite ou heureuse d’être là, pour une réunion de famille ou pour un enterrement. Je reviendrai vérifier qui ils sont. Je débarquerai pour soigner un malaise, une solitude, et en récolter d’autres. Je poserai mes valises, je ne reste pas longtemps, hein, juste quelques jours, pour les écouter, pour les regarder vivre. Et je prendrai mon train, attendrie, agacée ou sombre. Un jour, mon dernier jour ici, je serai confusément atterrée de n’avoir pas su retenir des bribes de leurs vies pour ne pas qu’elles passent, sans bruit. Cette maison deviendra mon paradis perdu, un peu nauséeux, celui que je tresse déjà. Beau, fantasmé et triste. Comme pour tous les vieux cons. » (p. 94)
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  • Par oops, le 23 mars 2012

    Aujourd'hui, un corps ciselé et doré à loisir est un pedigree. La condition physique n'est plus la seule chance de salaire, la garantie d'un gagne-pain, l'assurance-vie d'un travailleur. L'aisance n'a plus pour marque la langueur et les chairs abandonnées. Le poids est la nouvelle mesure sociale.
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  • Par Catoucat, le 21 septembre 2011

    Je bronze mais j'ai peur. Peur de ce teint hâlé sans labeur. Peur de cette vie sans lutte. Peur du clanisme décomplexé dont je suis un beau produit.Je me chauffe tranquillement au soleil de notre société. Je ne déroge à aucune règle et surtout pas à celle de la révolte conventionnelle de la jeunesse rangée. Je n'ai rien à arracher à la face du monde pour exister. Je n'ai jamais connu que l'aisance. Tout m'a été donné pour perpétuer ma classe. J'aime ma famille et j'en suis aimée. J'étudie , je me cultive, je voyage, je dépense. Quoi que je souhaite entreprendre, trois connaissances de la famille me sont recommandées pour que je sollicite leurs conseils. J'attends seulement l'âge de la légitimité, celui qui permet d'être entendu.

    Cette promenade a l'ambiguïté de la famille, elle est douce et lassante .
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  • Par LiliGalipette, le 06 août 2011

    « Dans notre tribu, hors la caste bienveillante des grands-tantes, avec leurs maris et sa hiérarchie propre, chacune ici redevient fille de, identifiée par sa classe d’âge, tante, nièce ou cousine. Les prénoms n’ont vraiment d’importance qu’à niveau égal. Petite, je les ai parfois révisés avant d’arriver, dans la voiture. Les réciter, branche par branche, était comme redescendre de l’arbre. » (p.13)
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  • Par LiliGalipette, le 06 août 2011

    « En dehors de ces quelques gouttes de sang que nous partageons et de cette maison, érigées en symboles et transmises à chacun comme partie de notre identité, rien ne nous réunirait. Éternel mais irrésistible contrat. La logique de lignée a ses limites. » (p. 28)
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