> Guillemette Belleteste (Traducteur)

ISBN : 2757810197
Éditeur : Points


Note moyenne : 3.73/5 (sur 22 notes) Ajouter à mes livres
C'est sans doute son innocence monstrueuse qui fait du héros de Cormac McCarthy un serial killer d'une espèce singulière, dont on accompagne presque malgré soi la descente aux enfers, de la misérable maison où il vit à l'écart du monde aux grottes où il entrepose les ca... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Eskalion, le 25 février 2011

    Eskalion

    « Un enfant de Dieu » a été écrit en 1973, soit au début de la carrière de l'auteur et bien avant les succès que je viens d'évoquer.
    Si « La route » explore le chaos extérieur, l'effondrement du monde et l'implosion de la civilisation, « Un enfant de Dieu » quant à lui, sonde le chaos intérieur de l'être humain, la désagrégation de son humanité et le retour à sa bestialité primaire.
    Car « Un enfant de Dieu » c'est l'histoire d'une bête. Une bête humaine. Celle de Lester Ballard, né dans le Sud profond américain. Un orphelin, qui une fois adulte deviendra fétichiste et nécrophile au fur et à mesure de sa dégradation humaine.
    Quand il est chassé de chez lui et sa maison mise en vente, il se retrouve à errer dans la nature, à courir les bois qu'il connait comme sa poche. Jamais vraiment intégré à la société, celle-ci finit de se désintéresser de lui et le renvoie à la lisière du monde civilisé.
    Quand tout a-t-il basculé pour Lester ? le jour où il tombe sur les cadavres encore chauds d'un couple dans leur voiture et qu'il décide d'abord de violer la morte avant de l'emporter avec lui dans la montagne, ou bien la cassure remonte t'elle plus loin en amont dans le sillon de son enfance? Au suicide de son père ?
    Toujours est-il que progressivement Lester se transforme en autre chose qu'un être humain, un homme-animal où l'instinct de survie le dispute à la violence qui l'accompagne. Où la pulsion supplante la raison. Comme une vielle peau qu'il abandonne après une mue, il se soulage du peu d'humanité qui lui reste à mesure qu'il s'enfonce toujours un peu plus vers l'animalité.
    Et quand la cabane qu'il avait trouvée, est réduite en cendres dans un incendie qu'il provoque involontairement, c'est ce reste d'humanité qui part en fumée avec elle. La transformation a dès lors définitivement fini d'opérer.
    C'est dans une grotte qu'il se terre alors. Un refuge, un antre, un temple dans lequel il va ramener le corps de ses victimes dont il aime à s'entourer.
    Pourquoi ? En gardant ces corps près de lui, cherche t'il malgré tout à garder un lien, fut-il ténu, avec cette humanité qui l'a rejeté et qu'il a fini par fuir ? Ou bien s'agit il simplement pour lui d'assouvir son pouvoir en se construisant un univers où il est au centre de tout ?
    N'attendez pas explications. L'auteur n'en délivre aucune, n'offre aucun jugement, ne procède à aucune exploration psychologique de son personnage. Nous sommes seuls face à la description de cette bestialité mise à nue, à nous imaginer, à essayer de comprendre, si cela à toutefois un sens de le faire.
    Le style de Mac Cormack est abrupte, son écriture sombre et sèche, ce qui donne encore plus de puissance à ses mots.
    Ce roman est court. Pour autant il interpelle sur la nature humaine. Ne portons pas en nous cette part de bestialité que nous enfermons dans la cage de notre civilisation ? Et quelle est la part de responsabilité de cette société dans cette dégradation humaine à laquelle nous assistons, en refusant à un « enfants de dieu » d'y entrer et d'en faire partie.
    Ce n'est sans doute pas le meilleur roman de Cormak Mc Carthy (certainement pas le moins mauvais non plus) mais sa lecture en reste incontournable pour celui qui veut appréhender l'œuvre de cet auteur remarquable..

    Lien : http://passion-polar.over-blog.com/article-un-enfant-de-dieu-de-corm..
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par JAsensio, le 11 septembre 2011

    JAsensio
    «Y aurait-il eu plus noires provinces de la nuit qu'il les eût trouvées», écrit Cormac McCarthy dans son troisième roman, Un enfant de Dieu (1), aussi dépouillé que les deux premiers pouvaient être qualifiés de baroques. Ne doutons point de la volonté du personnage principal, Lester Ballard, de s'enfoncer profondément dans l'horreur et la nuit. Ne doutons pas, dans le même mouvement de main tendue, de la volonté de McCarthy de suivre coûte que coûte cet homme «livré à lui-même» (p. 38), «troll de la montagne rendu fou» (p. 130), «sombre réprouvé» (p. 50), «homme assailli par quelque abominable succube» (p. 131), «faux acolyte ou criminel aseptisé, praticien de l'horreur, goule à mi-temps» (p. 150), ce vagabond «à l'expression tourmentée» (p. 107) qui ne pleurera qu'une seule fois (cf. p. 147) en contemplant la nature qui l'entoure.
    En fait, il est bien difficile de dire ce que Lester Ballard, tueur et nécrophile cela au moins est certain, est véritablement, malgré l'abondance de qualificatifs dont use McCarthy pour tenter de capturer un peu de l'essence labile du meurtrier. Peut-être s'approcherait-on de la vérité en affirmant que nous saisissons la qualité, le secret de cet homme, lorsque, après avoir contemplé, dans une scène bellement écrite, le travail d'un forgeron sur la lame d'une hache qu'il lui a donné à aiguiser, Ballard répond à une question du forgeron par quelques mots qui le condamnent et signifient son inutilité : «Si ça se trouve, d'avoir vu faire vous pourriez vous y mettre ?», demande ainsi le forgeron, alors que la réponse de Ballard, elle, constate l'évidence de son inutilité prodigieuse, «Me mettre à quoi ?» (p. 66).

    Lien : http://stalker.hautetfort.com/archive/2011/05/19/un-enfant-de-dieu-c..
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    • Livres 3.00/5
    Par Aileean, le 07 janvier 2009

    Aileean
    Des chapitres courts, syncopés, qui nous donnent une idée de ce qui se passent dans la tête de Ballard. Ses idées ne sont pas claires, il s'enferme dans son monde, laisse sa part de nature sauvage prendre le dessus. Il suit ses instincts, morbides, terrifiants.
    Une plongée brutale dans un monde noir, où l'on pressent le pire. Et il arrive. Lecture oppressante et écriture sans concesssion
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  • Par sbrodj, le 18 juin 2011

    sbrodj
    On retrouve dans ce roman la future noirceur absolue de "La route" qui a révélé Mac Carthy au grand public. Ce roman met en scène un personnage à la frontière de l'humain et pose donc cette question de savoir "si c'est un homme" celui qui se voit rejeté à la périphérie de son espèce. un style âpre et inimitable, un personnage exceptionnel. du très grand art!
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    • Livres 4.00/5
    Par gflorens84, le 11 mars 2012

    gflorens84
    On sait bien ce que nous attend avec Mccarthy, et sûrement pas une partie de franche rigolade... C'est glauque, c'est violent, avec un personnage tellement pathétique, à la frange ultime de l'humanité, que l'on se surprend presque à s'apitoyer sur son sort. C'est d'une concision terrible, dans un style précis et tranchant comme une lame, et l'on s'enfonce un peu plus à chaque page dans la noirceur de l'âme humaine, à l'image de la caverne froide et humaine dans laquelle Lester ira se réfugier...
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Citations et extraits

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  • Par Eskalion, le 25 février 2011

    Il réapparut se débattant, crachant, et se mit à battre l'eau pour rejoindre la rangée de saules qui délimitaient la berge submergée de la rivière. Il ne savait pas nager, mais comment un type comme lui aurait-il pu se noyer? La rage semblait lui tenir lieu de bouée. Une pause dans le cours normal des choses sembla se produire en ce lieu. Regardez-le. On aurait pu dire qu'il était porté par ses semblables, des gens comme vous. Qu'il en avait peuplé le rivage et qu'ils l'appelaient. Une race qui nourrit les estropiés et les fous, qui veut de leur sang mauvais dans son histoire et l'obtient.
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  • Par Eskalion, le 25 février 2011

    A observer ces choses qui émergent d’une matinée par ailleurs silencieuse et champêtre, un homme, devant la porte de la grange. Il est petit, crasseux, mal rasé. Il se déplace dans la balle sèche au milieu de la poussière et des lames de soleil avec une brutalité contenue. Du sang saxon et celte. Un enfant de Dieu, sans doute, comme vous et moi.
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