ISBN : 202021542X
Éditeur : Editions du Seuil (2007)


Note moyenne : 4/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
Longtemps en Europe le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent ou un ancêtre de l'homme. Les cultes dont il a fait l'objet plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère ont laissé des traces dans l'imaginaire et les myth... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 30 novembre 2010

    LiliGalipette
    Essai de Michel Pastoureau, historien médiéviste de renom.
    Michel Pastoureau écrit l'histoire culturelle de l'ours. Si l'Afrique avait le lion et l'Asie le tigre, l'Europe occidentale a eu pendant des siècle son fauve bien à elle, l'ours. Depuis le Paléolithique, l'ours est au centre des représentations et de l'imaginaire humain. Les hommes partagent alors les grottes, lieux inquiétants mais aussi sanctuaires, avec les ours. Les hommes n'y vivent pas mais ils viennent y peindre des images rupestres lourdes de sens, mettant en scène l'humain face à l'animal. Plus tard, les cultes ursins étaient très développés dans la Rome et la Grèce antiques avec le culte d'Artémis la déesse des animaux sauvages, mais surtout dans les contrées germaniques et scandinaves, où l'ours était entouré de rituels initiatiques de combat, de mise à mort et d'incarnation. Les chansons de geste et les romans de chevalerie regorgent de hauts faits d'armes menés contre les ours. le fauve est alors un présent royal, échangé entre monarques européens, pièce maîtresse des ménageries royales et symbole du pouvoir. L'ours entre dans l'héraldique et l'iconographie comme symbole de force et de courage d'une lignée.
    De tout temps, des légendes ont consacré l'ours comme l'animal le plus puissant du monde, mais aussi comme un prédateur sexuel amateur de jeunes filles humaines. Les récits de rapts et de viols de jeunes femmes par des ours, les légendes d'accouplements contre-nature et de procréation d'êtres monstrueux foisonnent dans l'imaginaire antique et médiéval.
    "À sa force musculaire exceptionnelle, l'ours ajoute une résistance à la fatigue et aux intempéries qu'aucune autre espèce européenne ne possède. L'ours paraît insensible au froid, à la pluie, à la neige, au vent, à l'orage. [...] Mais, d'une manière générale, il semble venir à bout de toutes les forces hostiles de la nature et mépriser toute forme de danger. Aucun animal ne lui fait peur, pas même les plus gros sangliers qu'il rencontre dans les bois et qui engagent parfois un combat contre lui pour s'emparer d'une proie, encore moins les meutes de loups affamés qui, l'hiver, l'attaquent à quinze ou vingt et tentent de le déchiqueter. L'ours n'a peur de rien et est, de fait, pratiquement invincible." (p. 56) L'ours n'a qu'un seul prédateur, l'homme. Et ce prédateur, après avoir usé d'armes et de pièges, a réussi le tour de force de réduire cette brute animale à presque rien, uniquement par la force de l'esprit et du verbe.
    L'Église chrétienne a très tôt vu d'un mauvais oeil le culte rendu à cet animal surpuissant et a tout fait pour dénier la ressemblance anthropomorphique entre l'ours et l'homme: la bête est aussi habile que l'homme, elle s'assoit, se tient debout et peut descendre une paroi dos au vide. Au fil des siècles, les théologiens et pères de l'Église se sont appliqués à remplacer toutes les fêtes païennes liées au culte ursin par des fêtes chrétiennes dédiées à des saints dont le nom est en rapport avec l'ours, de façon étymologique, légendaire ou historique (Ursule, Valentin, Bernard, Martin, etc.) Les récits hagiogaphiques montrent l'ours dompté par le saint: l'homme de Dieu est plus fort que la bête la plus puissante du monde animal. L'ours entre ensuite dans le bestiaire infernal du Diable, en devient son attribut principal voire sa représentation la plus courante. "Il incarne presque tous les vices et toutes les forces du Mal." (p. 154)
    L'éradication de l'ours est passée par l'avènement d'un nouveau roi des animaux, le lion, "vedette de toutes les traditions écrites, qu'elles soient bibliques, grecques ou romaines." (p. 123) C'est ainsi que, dans le Roman de Renart, le roi des animaux est le lion Noble alors que Brun n'est qu'un animal stupide, constamment humilié et victime du goupil. "Désormais, pour les contes et les fables comme pour les proverbes et les images, l'ours sera le plus souvent une créature grossière, solitaire, irascible et bornée." (p. 221)
    L'ours passe également de bête royale à bête de cirque et devient un attribut voire un accessoire des forains ambulants et des batteleurs. Enchaîné, affublé d'atours ridicules et d'une muselière, l'ours devient une marionnette pitoyable qui danse et jongle sur les places des marchés. Il finira dans le zoo, derrière des grilles, soumis aux regards des curieux. Dans la vénerie et l'art noble de la chasse royale, l'ours perd sa place au profit d'un autre animal royal, le cerf. Les naturalistes de toutes les époques, comme Pline l'Ancien ou Buffon, ont toujours été incapables de faire entrer le fauve dans leur classification.
    Mais si l'ours n'incarne plus la brutalité et la puissance, il trouve d'autres incarnations. Au tout début du XX° siècle, il devient le compagnon privilégié des enfants américains puis du reste du monde. Teddy Bear, Baloo, Winnie the Pooh, Paddington et Petit Ours Brun ont rendu à l'ours une place de choix dans le coeur des hommes, une place faite de tendresse et de possessivité. "Les hommes et les ours ont toujours été inséparables, unis par un cousinage progressivement passé de la nature à la culture, et ils le sont restés jusqu'à l'époque contemporaine." (p. 332)
    La composition du nom de l'ours est passionnante. La racine indo-européenne du mot ours [art-] s'est déclinée en de nombreuses autres racines dans les langues issues de ce berceau linguistiques: [arct-], [ars-], [ors-], [urs-] et a donné des noms propres comme Artémis, Arcadie, Arthur, Orson, Ursula, etc. La racine germanique et saxonne [ber-], déclinée en [bern-], [bero-], [beorn-], [per-], [pern-], a donné des noms comme Adalbert, Bernard, Berne, Berlin, etc. Mais l'ours est aussi nommé d'après sa couleur, le brun, ce qui donne Bruno ou Brunehilde.
    Cet essai est passionnant et il se lit sans aucune difficulté. Michel Pastoureau, spécialiste des symboles, sait vulgariser avec talent les sujets les plus pointus. Cette histoire culturelle de l'ours se lit comme un polar où l'ours passe du statut de héros à celui de coupable et de victime.
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    • Livres 5.00/5
    Par bmiepinalgolbey, le 13 août 2010

    bmiepinalgolbey
    Michel Pastoureau s'intéresse à l'évolution de l'ours et des symboles qu'il véhicule depuis l'antiquité à nos jours.
    Il nous montre comment cet animal autrefois roi des animaux, dieu germanique et image du courage chez les romains est progressivement raillé, chassé et détesté par le christianisme. Ce dernier en ridiculisant cet animal vénéré des sociétés païennes germaniques et en le remplaçant par le lion au panthéon du monde animal, s'assure ainsi la victoire sur le paganisme, même s'il ne pourra jamais totalement effacer ça et là des résurgences de ces vieilles croyances.
    L'historien, dont on sent la sympathie pour son sujet, termine son ouvrage par la revanche de l'ours qui dispose de nos jours d'un capital sympathie certain puisqu'il est devenu l'incontournable objet de transition des enfants: l'ours en peluche, le doudou.
    Un ouvrage riche, érudit et très documenté écrit dans un style agréable et accessible.

    CM
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    • Livres 4.00/5
    Par calimaq, le 14 janvier 2009

    calimaq
    Du temps de l'homme des cavernes, des combats du cirques, aux forêts du Moyen-Age, jusqu'à l'époque de l'ours en peluche et des ours des pyrénées, voici une fascinante histoire des rapports entre l'homme et cet animal à part : l'ours.
    Comme toujours, Pastoureau s'intéresse moins à l'histoire factuelle qu'à l'ours en tant que symbole. A la manière dont l'homme l'a représenté, imaginé, mis en scène dans les légendes, dans les contes, dans l'héraldique, dans les gravures ...
    Parce que l'ours est un animal proche de l'homme (trop proche ?), il a toujours occupé une place ambigüe dans l'imaginaire humain et fait l'objet d'une véritable persécution de la part de l'Eglise au Moyen Age, qui n'est pas sans rapport avec sa quasi-disparition actuelle.
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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 30 novembre 2010

    À sa force musculaire exceptionnelle, l'ours ajoute une résistance à la fatigue et aux intempéries qu'aucune autre espèce européenne ne possède. L'ours paraît insensible au froid, à la pluie, à la neige, au vent, à l'orage. [...] Mais, d'une manière générale, il semble venir à bout de toutes les forces hostiles de la nature et mépriser toute forme de danger. Aucun animal ne lui fait peur, pas même les plus gros sangliers qu'il rencontre dans les bois et qui engagent parfois un combat contre lui pour s'emparer d'une proie, encore moins les meutes de loups affamés qui, l'hiver, l'attaquent à quinze ou vingt et tentent de le déchiqueter. L'ours n'a peur de rien et est, de fait, pratiquement invincible. (p. 56)
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Vidéo de Michel Pastoureau

La grande librairie 03/11/2011 sur France 5 de François Busnel, Michel Pastoureau parle de son nouveau livre "Bestiaires du Moyen Age"











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