Il s'agit de savoir si l'on veut faire un poème ou rendre compte d'une chose (dans l'espoir que l'esprit y gagne, fasse à son propos quelque pas nouveau). C'est le second terme de l'alternative que mon goût (un goût violent des choses, et des progrès de l'esprit) sans h... > voir plus
Ce recueil "poétique" de Francis Ponge est tout à fait étonnant. Dans des thèmes de la nature (Berges de Loire, guêpes, oeillet, bois de pins, paysage de Provence), Ponge se livre à un travail très approfondi, scientifique presque, de retournement, de déconstruction de la langue du poète. Dans les notes et lettres en fin de volume, il explique tantôt, à propos du Carnet du Bois des Pins, que cela n'est pas vraiment sérieux, pour evenir plus tard à l'idée qu'il agit ici contre la poésie. Quelle part de fantaisie, de naturalisme admiratif, de provocation, d'intention critique? C'est bien difficile à dire au terme de cette lecture, qui sous des aspects répétitifs (variantes nombreuses sur chaque thème), montre comme l'aboutissement partiel d'un work-in-progress tout à fait passionnant. Et puis, il y a simplement cette magie de savoir transformer un objet, un insecte, une fleur, en sujet poétique absolu.
« Sur la campagne de Provence
rêgne un pétale de pervenche
Ce jour bleu de cendres vaut nuit
Qui pèse sur la Provence….
.. Le jour qui luit sur la Provence
est un azur à mine de plomb
ce jour bleu de cendres-là vaut nuit
… l'immensité intersidérale est vue ici par transparence et c’est grandiose (aprçu sur l’infini).
Quelque chose d'éclatant voilé, de splendide voilé, d'étincelant voilé, de radieux voilé.
Ce qui est curieux, c'est que la chose éclatante en question soit voilée par l'excès même de son éclat
"J'ai besoin du magma poétique mais c'est pour m'en débarrasser.
Je désire violemment (et patiemment) en débarrasser l'esprit. C'est en ce sens que je me prétends combattant dans les rangs du parti des lumières, comme on disait au grand siècle (XVIIIème). Il s'agit, une fois de plus, de cueillir le fruit défendu, n'en déplaise aux puissances de l'ombre, à Dieu l'ignoble en particulier."
Jean Tardieu ; 4 - Jean TARDIEU : ses débuts dans la littérature et dans la vie, son mariage, l'obligation de gagner sa vie et ses conséquences ; sa rencontre avec Francis PONGE, leur désaccord à propos de son poème "Figures de la mort" ; les mots privilégiés ; les problèmes sociaux et son attitude à l'égard de l'engagementpolitique ; son sentiment d'être dépossédé à cause de la nécessité de...