ISBN : 2879297869
Éditeur : Editions de l'Olivier (2011)


Note moyenne : 3.22/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres

« Les mots s’ajoutaient aux mots. Les dossiers s’entassaient. Les hommes défilaient sans fin. On ne distinguait plus leur visage ou leur corps. Ensemble comme un gigantesque amas obscur ils nous mettaient mal à l’aise. Ils é... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par ATOS, le 25 avril 2012

    ATOS
    «Assommons les pauvres!» de Shumona Sinha aux Editions de l'Olivier est un roman sans concession.
    La narratrice de cette histoire, nous dit son histoire, sa descente aux enfers, le quotidien de la misère.
    La misère qui se déverse par vague successive. Un tsunami humain :« les contes des peuples migrateurs».
    Traductrice dans un centre de demande d'asile, elle va prendre de plein fouet cette réalité rugissante: «Ils étaient le revers de la broderie, ils étaient le dos noir des poêles trop usés, ils étaient la face cachée de la mascarade. Les officiers les interrogeaient, ils répondaient, je traduisais, je faisais le trait d'union entre eux. ».
    Mais le trait d'union doit s'imposer l'espace. La promiscuité de l'universalité de ces destins scarifiés va peu à peu mettre la narratrice face à sa propre histoire.
    «Assommons les pauvres» c'est briser le miroir. Détruire une image insupportable puisqu'en l'autre il y toujours une partie de soi.
    Elle tente elle même d'entrer dans le brouillard. s'enivrant d'histoires sans lendemain - «Je m'annule chaque fois que je vais à la rencontre des hommes de cette ville» -, se raccrochant à l'illusoire passion pour le visage d'une femme: Lucia .
    Les mythes et les légendes naissent de l'esprit des Dieux, les humains n'ont que leur âme.
    Dans ce magma boueux d'infortune, chacun est là pour sauver sa peau.
    Un état d'urgence perpétuel. Et à ce jeu le mensonge s'installe, se répand, s'accroît comme une moisissure.
    Le système dépassé par la force de cette vague essaie de conserver un semblant de légitimité. Tous, officiers, juges, avocats, traducteurs, demandeurs d'asile connaissent la distribution des rôles.
    Mais il ne s'agit que d'une mise en scène dans un théâtre de chimères.
    Existe t il un mètre étalon de la souffrance, de la désespérance?
    Leur degré de souffrance, leur degré de désir de survie doivent être audibles pour notre monde. Notre compassion ne pourra se concevoir qu'en étant passer par le laminoir
    de la conversion.
    Il faut convertir sa douleur, la renier ,se soumettre à d'autres mots de prière, pour espérer survivre. C'est l'inquisition de la misère.
    Alors tous jouent le jeu, essaient de trouver la meilleure réplique, le ton le plus juste.- Puisque tu ne pourras jamais comprendre - Inventons une histoire qui tiendra la route, toutes les routes.
    La peur engendre toujours la violence. Mais ici la peur n'existe pas.
    La narratrice n'a pas peur de l'Autre, cet Autre errant qu'elle connaît dans sa propre chair puisqu'elle ne cesse ne se reconnaître en lui: peau, parfum, souvenirs, langue maternelle. Ce qui va la pousser à cet acte violent c'est le mensonge. C'est le refus d'une complicité malodorante. «Je suis un narcopirate»
    Lever la main sur un homme pauvre, acte subversif, geste tabou.
    Briser le miroir pour émerger du cauchemar. le geste poussé au paroxysme de la douleur, Elle tend la main, non pas par compassion , mais par révolte.
    Elle assomme la chimère et intime ainsi l'ordre à cet homme de reprendre un visage humain.
    L'écriture de Shumona Sinha est introspective, directe, honnête,fluide.
    Une très intense lecture.
    Un livre pour voir le monde comme il se décline.
    Astrid SHRIQUI GARAIN
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    • Livres 2.00/5
    Par 100choses, le 18 juillet 2011

    100choses
    Voici le premier titre que je chronique dans le cadre de l'opération Rentrée littéraire, organisée par Libfly et le Furet du Nord. Merci à eux pour cette chouette aventure. Merci également aux Editions de l'Olivier. Vous pourrez vous procurer ce titre en librairie dès le 25 août prochain.
    Tout comme Meli en faisait la remarque, je ne sais pas comment les divers titres ont été attribués, mais j'avoue avoir tout de suite trouvé que le hasard ( ?) avait plutôt bien fait les choses en m'octroyant un ouvrage reprenant le titre d'un poème de Baudelaire ♥. Poème que vous pouvez d'ailleurs lire ici et qu'il est intéressant de connaitre avant de découvrir ce roman. Mais trève de bavardage, passons à mon avis sur l'ouvrage.
    Je dois dire que j'ai d'abord eu énormément de mal à réellement entrer dans le récit. On nage dans une suite assez floue de souvenirs et évocations diverses, qui ne nous permettent d'abord pas de cerner la narratrice. Difficile en effet de savoir qui elle est vraiment et pourquoi elle se livre ainsi par touches désordonnées. Mais petit à petit, j'ai fini par m'intéresser à son histoire, ses interrogations, à défaut de vraiment réussir à m'attacher à elle. Elle n'évoque avec nous que des bribes de son passé, des ses sentiments, comme ils lui reviennent en mémoire. C'est alors au lecteur d'agencer petit à petit, au fil des pages, tout cela, pour mieux la comprendre. C'est d'ailleurs uniquement dans le dernier chapitre que l'on découvre pourquoi, comment elle se retrouve dans ce poste de police. Et malgré cela, elle reste un personnage assez mystérieux qui m'a laissé l'impression frustrante de disparaitre avant que je n'ai pu réellement la cerner.
    Elle s'efface donc, n'existant à travers ces pages, que pour son travail de traductrice. On découvre un tourbillon de personnages anonymes et d'histoires délavées tant elles ont été racontées dans l'espoir qu'elles permettraient l'obtention d'un titre de séjour. J'ai beaucoup aimé cette galerie de portraits furtifs mais souvent émouvants. En être réduit à acheter une telle histoire pour plaider sa cause, n'est-il pas plus sordide que ce récit adopté ?
    En revanche, le style m'a semblé bien souvent lourd, parfois répétitif (cette histoire de bureaux semi-opaques m'a assez vite tapée sur le système !), parfois trop travaillé au point d'en être pompeux. Toutes ces fioritures m'ont trop souvent détachée de la teneur du texte, au point que j'étais obligée de relire certaines phrases pour en retrouver l'essence. J'aurais aimé un style plus froid et direct, plus percutant. Comme ces gens qui ayant tant souffert, finissent par vous raconter leur histoire avec un certain détachement dans la voix, pour ne plus être atteint. Ou alors, plus de cynisme. Mais en tous cas pas cette impression d'être ballottée au fil des pages.
    De même, je n'ai pas pu m'empêcher de pousser quelques soupirs d'agacement à la lecture des scènes et allusions sexuelles. Cela n'apporte ici strictement rien au récit (du moins selon moi), et comme Matilda, l'exprimait il y a quelques temps, j'ai l'impression que c'est une espèce de norme, d'ingrédient phare que les auteurs contemporains se croient obligés d'intégrer à leur œuvre pour paraitre libérés, indépendants, pas coincés. C'est crispant!
    Au final, je me rends compte que j'ai beaucoup de mal à parler de cet ouvrage. C'est sans contexte une lecture qui m'a marquée, mais que je n'ai pourtant pas particulièrement aimée. Je reste sur une impression d'inachevé…Trop de choses restent dans le flou à mon goût. Même après plusieurs jours, j'ai l'impression de n'avoir toujours pas fini ma lecture. Etrange…

    Lien : http://leboudoirdemeloe.wordpress.com/2011/06/19/sinha-shumona-assom..
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    • Livres 3.00/5
    Par leprixvirilo, le 03 octobre 2011

    leprixvirilo
    La description du rôle très paradoxal dans lequel se trouvent plongés les « officiers de protection », chargés de déterminer si les demandeurs d'asile sont bien fondés ou pas à bénéficier l'asile, et avec eux la traductrice, est très fine et adroite. Les officiers sont à la fois au service du droit d'asile et de la protection des personnes. Mais en même temps, l'Etat les a chargés d'écarter les demandeurs non fondés. Flics, ou humanitaires ? Les deux et le grand écart de conscience que cela leur occasionne est très bien décrit, jusque dans l'absence de solution possible.
    Ce grand écart est redoublé par celui qui envahit la narratrice : indienne, bengalophone et vivant de cette compétence, elle a pourtant clairement choisi de vivre en France. le livre est implicitement très critique de la notion de racine et porte une revendication universaliste très forte : la patrie, c'est là où on a choisi de vivre. L'environnement professionnel de la narratrice, les demandeurs d'asile auxquels elle a affaire, la plongent sans cesse dans des situations paradoxales : celle, par exemple, de contribuer à refuser à un homme le déracinement pour lequel elle a pourtant lutté. Elle les analyse en détail, de même que la pente délétère sur laquelle elles l'engagent. Là où le livre ne se suffit pas tout à fait, c'est qu'il double cette analyse au scalpel, et finalement très inconvenante, d'un style trop riche en métaphores ciselées. le fonds de l'ouvrage est rude et aurait mérité une langue âpre, sans doute une analyse plus en profondeur de ce que ces situations peuvent signifier psychologiquement mais aussi politiquement. La grande froideur de la narratrice vis-à-vis des demandeurs (au point qu'elle en arrive à assommer celui du titre), qui est une des trouvailles du livre et une grande source de son intérêt, souffre de la préciosité de l'écriture. Autre préciosité superflue, l'auteur insiste longuement sur le cadre urbain de son travail, qu'elle trouve révulsant (alors qu'il n'est que banlieusard). Au final, tout cela fait passer l'absence de bons sentiments pour du cynisme, et la subtilité pour de l'affectation.

    Lien : http://prixvirilo.com/2011/10/03/assommons-les-pauvres-de-shumona-si..
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    • Livres 4.00/5
    Par vdujardin, le 26 avril 2012

    vdujardin
    Un texte très osé sur l'autre face de l'immigration... Quand il n'est plus possible d'avoir une régularisation pour raison économique, comment naissent les récits d'une persécution, indispensable pour obtenir le statut de réfugié... de récit incroyable en récit improbable, la pression des avocats (et si elle interprétait plutôt un récit en accord avec ce qu'ils vont plaider plutôt que de traduire les hésitations et les incohérences?), le flux de questions des experts (qui est le parti A, le B, qui persécute qui? victime de quoi?), le regard des hommes qui ne supportent pas cette femme qui s'interpose entre leur récit et les autorités qui détiennent peut-être la clef des papiers, un récit au cœur des contradictions que vit cette traductrice. Comment oublier son propre passé? Comment traduire de manière neutre, qui va néanmoins révéler les contradictions et les mensonges? Un livre à lire pour avoir une vision différente des discours entendus sur l'immigration... Ou comment le système broie ces vies déjà en morceaux, obligeant ces personnes à se créer une vie de persécutés pour avoir une maigre chance d'obtenir une carte de réfugié... le tout écrit dans un style très particulier. A découvrir absolument!

    Lien : http://vdujardin.over-blog.com/article-assommons-les-pauvres-de-sinh..
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Critiques presse (3)


  • LeMonde , le 16 septembre 2011
    Sinha ici cherche moins la description sociale que la typologie d'un enfer, celui d'une fraternité haineuse, unissant sur un même territoire en déréliction l'interprète et les interprétés, la voyageuse volontaire et les déplacés, celle qui a voulu s'envoler et ceux qui, de par leur seule présence, la tirent vers le bas.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Telerama , le 14 septembre 2011
    Assommons les pauvres !, titre emprunté à Baudelaire, est un livre poignant, d'une rudesse infinie sur l'exil, la société et ses miroirs, la mémoire lacérée.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • Bibliobs , le 14 septembre 2011
    Un roman ambigu comme les sentiments de la narratrice, un roman où les immigrés ne sont ni des bons ni des méchants, mais de pauvres hères qui n’ont pas le droit de dire qu’ils fuient simplement la misère.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs

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Citations et extraits

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  • Par Altona, le 29 décembre 2011

    Une femme en exil, si loin d'elle-même qu'elle ne reconnaît plus les siens. Son dévouement pour son pays d'accueil est suspect par son excès. Son amour pour l'un n'est au fond que la haine de l'autre. Elle prend dans ses bras ceux qu'elle connaît le moins et repousse son peuple pour éviter de se voir en face, pour mieux s'éloigner d'elle-même. Tout se transforme, se complique, traverse les tuyaux tordus d'un alambic qu'elle a au fond d'elle, et le crachat est effrayant.
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Shumona Sinha - Assommons les pauvres .
Shumona Sinha vous présente son ouvrage "Assommons les pauvres" aux éditions de l'Olivier.http://www.mollat.com/livres/sumana-sinha-assommons-les-pauvres-9782879297866.htmlNotes de musique : Magnificient Melody - 2 - A tribute to Dulal Babu








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