Aujourd'hui. Une femme se réveille dans le lit d'une chambre à coucher qu'elle ne reconnaît pas, aux côtés d'un homme qui lui est un parfait inconnu. Elle sent une panique sourde commence à monter dans sa poitrine. Quand elle aperçoit son reflet dans le miroir de la salle de bains, son étrangeté lui saute aux yeux : elle ne se reconnaît pas dans cette femme ridée et fripée que la glace lui renvoie. Est-elle bien éveillée ? Amnésique, voilà ce qu'elle est : c'est ce que lui indique l'inconnu qui se dit son mari, Ben. Chaque nuit, le sommeil efface ses souvenirs. Chaque matin, elle doit tout reconstruire, aidée par cet homme. Dépendante, c'est une autre de ses caractéristiques, d'un homme qu'elle ne reconnaît pas et qui pourvoit au moindre de ses besoins. Ambivalente, au final : peut-elle faire confiance à cet homme ? A-t-elle le droit de se questionner ainsi, lui qui semble si gentil et dévoué ?
Avant d'aller dormir, chaque soir, elle écrit pour essayer de redonner une cohérence à une vie que l'amnésie a fait voler en éclat…
L'amnésie : un thème somme toute classique pour un policier, que bon nombre d'auteurs auparavant ont exploité (comme
Sébastien Japrisot dans l'excellent : «
Piège pour cendrillon »). Ici, S. J. Watson sait tirer profit de ce thème à merveille pour entraîner ses lecteurs dans une épopée d'un peu plus de 400 pages où l'on ne s'ennuie à aucun moment, à tel point qu'on se presse d'aller jusqu'au bout…
Avant d'aller dormir !
L'auteur nous fait entrer dans la psychè de cette femme qui s'appelle Christine Lucas : c'est elle qui parle, en « je », d'un bout à l'autre du policier. C'est là le premier tour de force de Watson : le lecteur partage toute la détresse de Christine, qui se renouvelle jour après jour, sa fragilité, son extrême dépendance ainsi que ses doutes et ambivalences : peut-elle faire confiance à un homme, qui se dit son mari, qu'elle ne reconnaît pas ? Et nous, lecteurs, pouvons-nous faire confiance à cette femme amnésique qui a longtemps été enfermée en hôpital psychiatrique aux côtés de médecins qui la disaient, parfois, sujette à des attaques de paranoïa, à de la confabulation ? Je me suis posée cette question à de multiples reprises, au long de ma lecture.
Ayant pris ce parti d'une narratrice amnésique pour qui, chaque matin est un présent déconnecté d'un passé oublié, comment Watson allait-il s'y prendre pour faire progresser malgré tout son histoire ? Il fait intervenir un troisième personnage, sous les traits d'un neuropsychologue, le Docteur Nash, qui a proposé à Christine, à l'insu de Ben, une thérapie. Celle-ci passe par l'écrit : il s'agit pour Christine d'écrire un journal, dans lequel elle notera chaque jour «
Avant d'aller dormir » les événements de la journée. le lendemain, une nuit de sommeil aura effacé tout souvenir, mais l'écrit, véritable fonction mémoire, sera toujours là. Il faudra par contre au Dr Nash appeler Christine tous les matins pour lui rappeler l'existence du journal et son emplacement… Un scénario un peu tarabiscoté ? Pour ma part, j'ai adoré ce côté « tordu » et surtout le fait que Christine écrive en cachette, sans que Ben le sache… Voilà, à mon sens, la première clé de l'intrigue.
Car le policier peut paraître long, sans véritable action : Christine est habitée de doutes, à l'égard de Ben, qui semble lui mentir, ou tout du moins, ne pas tout lui dire. Des morceaux de son passé ressurgissent çà et là, à l'occasion d'une promenade, d'une odeur, d'un bruit… Mais le puzzle ne se reconstitue pas encore. L'intrigue semble parfois piétiner, le lecteur doute lui aussi du bien-fondé des doutes de Christine, une femme si fragile, dépendante, … malade ? Paranoïaque ? Fabulatrice ? Et pourtant, … Watson avait semé tout au long de l'intrigue des petites clés, des soupçons d'indices. Il fait éclore ces germes au dernier moment, dans un final époustouflant.
Impossible de lâcher le livre en cours de route :
Avant d'aller dormir, il faudra tout lire… Un devoir bien plaisant ! Mais, à l'inverse de Christine, le souvenir d'une lecture éblouissante ne se sera pas perdu dans les limbes d'un cerveau frappé par l'amnésie. Et pourtant, écrire un commentaire s'impose pour garder mémoire de moments d'une lecture emplie de suspens…