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A l'épreuve de nos valeurs 

Interview : Etienne de Montety à propos de La Grande épreuve


Article publié le 12/11/2020 par Adélaïde Bauchet

 

On se souvient du fait divers qui avait ébranlé la France le 26 juillet 2016. Ce jour-là, dans une petite église normande, un prêtre est assassiné pendant la célébration de la messe par deux jeunes djihadistes devant une maigre assemblée. Tragédie violente au cœur de l’été, entre les murs d’une église qui se veut lieu de paix. C’est ce qui a inspiré le journaliste et romancier Etienne de Montety pour son roman La Grande Épreuve, paru aux éditions Stock le 19 août 2020. Dans ce roman choral tournoient les destins de David et d’Hicham, du père Georges, de familles françaises avec leurs joies et leurs peines, d’un policier. Chacun à leur manière, ils se font l’incarnation de valeurs et l’écho de grands questionnements. Chacun à leur manière, ils répondent à un engagement qui les fait vivre, et pour lequel il faut parfois mourir.

 

Ce roman poignant qui interroge sur la force des convictions, est en lice pour le prix Renaudot, l'Interallié et le Grand prix du roman de l’Académie française. Étienne de Montety a répondu à nos questions sur son livre et ses lectures. 

 


© Patrice Normand

 

En 2013, vous publiiez La Route du salut qui fait revivre le conflit en ex-Yougoslavie à travers les destins croisés de deux jeunes soldats français d’horizons différents. Vous aviez donc analysé les notions d’engagement, de foi, de don de soi dans le domaine militaire. Aujourd’hui le tragique assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne du Rouvray en juillet 2016 vous sert de toile de fond pour donner un nouvel éclairage à ces valeurs. Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans celles-ci ?

 

Elles permettent à un roman de créer des personnages forts, traversés par des tensions, des doutes et des tiraillements, puisque ces mots, « engagement », « foi », « don de soi », sont de ceux qui cherchent à donner un sens à une vie.



L’événement raconté dans votre roman résonne comme l’irruption de la tragédie et de la violence dans ce qui se veut l’incarnation de la paix. Est-ce cette confrontation brutale et barbare que vous nommez la « grande épreuve » ? 

« La Grande Epreuve » c’est la vie, c’est-à-dire un temps où peuvent survenir la tragédie et la violence. Notre époque avait cru s’être affranchie du tragique et celui-ci est revenu sans crier gare, nous interrogeant sur nos raisons de vivre et de mourir. C’est cela « la Grande Epreuve », évoquée par l’Apocalypse, livre qui nous dit qu’on en sort plus fort.


Vous êtes journaliste et avez fait le choix de traiter ce fait divers de manière romanesque. Pourquoi avoir écrit un roman si fortement inspiré de faits réels ? Le roman peut-il être pour vous une voie de connaissance de l’histoire ? 

Le fait divers est là, avéré. Le père Hamel avec sa vie ordinaire et sa mort glorieuse. Rien à en dire, sauf à s’incliner avec respect. Le roman permet d’entrer en toute liberté dans ce qui, dans l’affaire Hamel, dépasse infiniment le père Hamel. A travers ce prêtre, ce sont tous les prêtres qui entrent en scène. A travers ces deux jeunes assassins, toute une jeunesse en proie au malaise. Le genre romanesque m’a permis de les réinventer, d’entrer dans leur intériorité, d’imaginer leur quotidien, leurs joies, leurs peines, leurs doutes, leurs révoltes.


Le fait de s’inspirer d’événements passés est-il pour vous source de liberté ou l’avez-vous parfois vécu comme une contrainte à la liberté du romancier ? Et plus précisément, dans le cas de La Grande Épreuve, avez-vous eu recours à un travail de documentation poussé, à des témoignages ? 

Le romancier a besoin de liberté, sans quoi son travail ressortit au journalisme ou au témoignage.

Mon enquête s’est limitée à rencontrer l’équipe qui a conduit l’assaut à Saint-Etienne du Rouvray pour connaître les techniques d’intervention et, surtout, pour comprendre l’état d’esprit de ces hommes appelés sur un théâtre d’opérations où ils risquent leur vie pour sauver celle des autres.


La Grande Épreuve se présente comme une sorte de roman choral dans lequel chaque chapitre est tour à tour centré sur un des cinq personnages principaux. A la fin, leurs destins se rejoignent dans l’événement tragique qui clôt le roman. Dans quelle mesure la forme adoptée vous a-t-elle permis d’essayer de comprendre le pourquoi du comment de cet événement ? 

J’ai choisi cette forme qui m’a permis de m’intéresser à tous mes personnages et à les rapprocher les uns des autres au fil des pages, selon une mécanique qui est peut-être celle du destin.

 



Ce roman donne au lecteur un petit aperçu de différentes tranches d’une société française hétérogène : des jeunes en quête d’identité, des personnes issues de l’immigration, un prêtre catholique, un homme devenant policier par goût de la moto… Quelle vision de la société avez-vous voulu donner à travers eux tous ? Est-ce une vision que vous tirez de votre expérience journalistique ? 

Je ne donne aucune vision de la société, je suis romancier, au lecteur de se représenter celle-ci. J’ai voulu raconter l’histoire d’un prêtre ordinaire, entièrement dévoué aux autres, qui meurt poignardé par deux jeunes en proie au malaise et récupérés par l’islamisme le plus violent.

Cette histoire interroge en moi la place de la religion dans la société et dans le cœur de l’homme, les raisons de chacun de vivre et de mourir.


Votre livre paraît lors de la rentrée littéraire de l’automne 2020. Allez-vous lire certains livres à paraître en même temps que le vôtre ?

Mon métier est de lire. J’ai particulièrement aimé en cette rentrée Impossible d'Erri De Luca, American Dirt de Jeannine Cummings, et La Filière de Philippe Sands.



Etienne de Montety à propos de ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d'écrire ?

Le Comte de Monte Cristo.


Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

Les Œuvres complètes de Hemingway.


Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Le Rouge et le Noir


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Candide, pour le style et l’ironie.


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Les Mille et Une Nuits.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé. » Montesquieu.


Et en ce moment, que lisez-vous ?

Du Fanatisme, d'Adrien Candiard.

 

 

 Découvrez La Grande épreuve de Etienne de Montety publié aux éditions Stock


 

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