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4.18/5 (sur 60 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Charles Stépanoff, né à Paris, a fait des études de philosophie et de lettres à l'École normale supérieure (Ulm). Il a enseigné la littérature française pendant un an à l'université Herzen de Saint-Pétersbourg. Après une recherche sur le philosophe autrichien Wittgenstein, il a entrepris des études d'anthropologie. Depuis 2002, il a effectué plusieurs enquêtes de terrain chez les Touvas et les Khakasses, peuples turcophones de Sibérie du Sud.

En 2007, il a soutenu une thèse sur le chamanisme chez les Touvas. Depuis 2008, il enseigne comme maître de conférences à la chaire « Religions de l'Asie septentrionale et de l'Arctique » de l'École pratique des Hautes Études. Ses thèmes de recherche actuels sont le rapport aux animaux, les relations rituelles et les écologies de l'imagination.
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Source : http://las.ehess.fr/index.php?2243
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Bibliographie de Charles Stépanoff   (11)Voir plus

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Le Prix de l'essai Et maintenant ? France Culture / ARTE récompense un essai traitant d'un enjeu contemporain publié par un chercheur ou un penseur et appuyé sur une recherche. Paru dans l'année, il a vocation à s'adresser à tous les publics pour faire partager la connaissance au plus grand nombre. Les essais présélectionnés : Apprendre à voir d'Estelle Zhong Mengual (Actes Sud) Avoir le temps de Pascal Chabot (Puf) L'animal et la mort de Charles Stépanoff (La Découverte) La conversation des sexes de Manon Garcia (Flammarion) Les filles du coin de Yaëlle Amsellem-Mainguy (Presses de Sciences Po) Réveiller les esprits de la terre de Barbara Glowczewsky (Ed. du Dehors) Remise du prix par Sandrine Treiner, directrice de France Culture, et Boris Razon, directeur éditorial d'ARTE France

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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
…Le poète Lamartine raconte comment ,dans sa jeunesse, il tira sur un chevreuil et vécut une scène semblable à celle décrite par notre informateur au début de ce chapitre :

“Le pauvre et charmant animal n’était pas mort. Il me regardait, la tête couchée sur l’herbe, avec des yeux où nageaient des larmes. Je n’oublierai jamais ce regard auquel l’étonnement la douleur, la mort inattendue semblaient donner des profondeurs humaines de sentiment ,aussi intelligibles que des paroles: car l’œil a son langage ,surtout quand il s'éteint.
Ce regard me disait clairement ,avec un déchirant reproche de ma cruauté gratuite : Qui es tu? Je ne te connais pas, je ne t’ai jamais offensé. Je t’aurais aimé peut-être ; pourquoi m’as-tu frappé à mort? “
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Nous nourrissons nos animaux-enfants de la chair et du sang de nos animaux-matière. La déshumanisation des conditions de vie de nos anciens animaux de ferme n’est pas en contradiction avec la personnification de nos animaux de compagnie. Elle en est la condition de possibilité.
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2. « Or nous savons que le double mouvement centrifuge et centripète est précisément au cœur du rituel chamanique qui articule la venue des esprits et le départ de l'âme de l'officiant. Tout se passe comme si chacun accomplissait à l'état de sommeil ce que le chamane accomplit à l'état de veille pendant ses rituels : le rêve a donc la potentialité de faire de chaque individu un quasi-chamane. C'est pourquoi il est crucial d'examiner quelle valeur et quel rôle les différentes sociétés accordent aux expériences oniriques. » (p. 134)
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5. « Le chamanisme n'est pas une technique archaïque de l'extase, selon les termes d'Eliade, mais un art réflexif innovant du voyage mental. C'est en ce sens que l'on peut dire que nous sommes tous des chamanes potentiels. Sortir l'art chamanique de son image pathologique, c'est éviter de neutraliser le potentiel subversif dont il est porteur, comme forme proprement humaine de communication avec le monde, au même titre que d'autres qui nous sont plus familières et nous semblent seules légitimes.
L'art chamanique du voyage mental ne se laisse pas non plus résumer à un corps de croyances et représentations culturelles sur le monde, comme tendent à le proposer les interprétations symboliques, une autre manière d'en neutraliser la portée. L'école des EMC [« états modifiés de conscience »] et l'approche symbolique sont finalement animées par une même conception de l'imagination comme réservoir de représentations mentales, que ces représentations soient conçues comme déviantes ou comme conventionnelles. Dans les deux cas, l'imagination est considérée sous son mode contemplatif, alors que son mode agentif est crucial dans l'expérience chamanique. » (p. 415)
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6. « "Expliquer trop serait voler à la personne l'occasion d'apprendre."
Notre hypothèse est que la stabilisation des images est corrélée dans les sociétés qui la connaissent à un régime d'imagination plus inégalitaire. De l'hétérarchie à la hiérarchie, le sens imaginatif comme mode de connaissance du monde tend à s'externaliser dans des images matérielles. Parallèlement, l'autonomie du rapport de chacun à son milieu vital tend à s'externaliser en se délégant à un spécialiste autorisé. Cette double externalisation […] est libération, car elle soulage chacun d'une charge et, par la spécialisation, elle permet le développement de grandes traditions virtuoses, dans les arts de la parole comme dans l'iconographie. Mais à quel prix ? Elle soumet les individus à des schémas de dépendance dans des réseaux de contrôle et de contre-pouvoirs, elle appauvrit leur rapport au monde en l'amputant de ses dimensions invisibles et en leur retirant en partie la responsabilité. » (p. 425)
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Au cours de cette enquête, il nous est apparu que l'enjeu véritable du conflit entre les veneurs et leurs détracteurs n'est pas tant la défense des cerfs ou de la forêt que l'affrontement de mises en scène différentes du rôle de l'homme dans la nature. La sensibilité animaliste promeut une attitude empathique fondée sur l'attention à la souffrance de chaque animal, individu unique et irremplaçable. De ce point de vue, la mort de tout animal revêt une dimension tragique qui interdit à l'humain, seul être de la nature conscient de cette tragédie, de la provoquer volontairement. L'homme se distingue du reste du vivant par cet impéracif moral de protection et de sauvetage auquel ne sont pas tenues les autres espèces.
La sensibilité des adeptes de la vénerie met l'accent non sur l'indi-vidu, mais sur les relations éco-éthologiques entre les espèces vivantes, invoquant la réalité de la prédation et de la mort dans la nature. Ils envisagent l'humain comme un prédateur parmi d'autres, intégré à un grand cycle de vie et de mort. Ils s'opposent à une vision de la nature dont l'humain serait exclu, une menace pour le mode de vie rural selon eux. Militants et veneurs partagent bien plus qu'ils ne le croient : l'amour de la forêt et l'admiration pour la grande faune sauvage, mais ils sont séparés par des conceptions différentes des continuités et des discontinuités entre humanité et nature. La venerie se heurte frontalement à la cosmologie moderne de deux manières : en introduisant au cœur du monde sauvage une tradition culturelle avec costumes, fanfares et cérémonies, elle contrevient à la séparation entre nature et culture. D'autre part en associant protection, identification morale et confrontation sanglante avec le cert, elle entretient une zone trouble de relation à l'animal qui résiste à la séparation des êtres, des lieux et des attitudes entre les deux grands schèmes relationnels de l'amour protecteur et de l'exploitation extractive.
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3. « Définir le chamanisme comme "la" religion et "la" vision du monde de certaines populations fait perdre de vue [les] tensions et [les] formes de résistance délibérée des groupes face au risque d'un monopole de leur chamane sur la gestion de leurs relations avec le monde. Le chamanisme hétérarchique postule que chaque individu est doué de pouvoirs suffisants pour assumer lui-même ses relations avec le monde non humain. Si certains occupent une position de spécialiste, c'est parce qu'ils possèdent à un degré plus élevé un talent commun à tous. Ils jouent un rôle de traducteur plutôt que de représentant. L'originalité du chamanisme hiérarchique réside dans l'idée que la communauté peut déléguer certains de ses intérêts à un mandataire. Cette délégation est justifiée par une théorie des compétences inégalement distribuées entre des catégories essentialisées aux limites rigides […]
[…]
Peut-on discerner un lien entre inégalités rituelles et inégalités socio-économiques ? Il n'existe pas, rappelons-le, de sociétés égalitaires : partout on établit des différences entre hommes et femmes ou jeunes et vieux. La question décisive est ce que les gens font des inégalités. » (p. 196)
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4. « La lecture sémiotique, qui réduit les dessins à l'inscription iconique de croyances sur le monde, présume transparents les rapports entre le niveau pictural et le niveau mental, comme l'exprime la métaphore du reflet. Ce faisant, elle détache les dessins à la fois des instruments sur lesquels ils ont été peints et de leur contexte d'usage, pour les soumettre à une hypothétique idéologie collective.
Les témoignages des chamanes eux-mêmes concernant le rôle des dessins sur leurs tambours suggèrent une tout autre piste de compréhension. […] Certains chamanes khakas affirment que les dessins les aident à "s'orienter dans leur voyage" et à "avancer". Des chamanes evenki disent également qu'ils leur permettent de"s'orienter dans les pays obscurs". […] Or qu'est-ce que s'orienter, sinon établir une coordination particulière entre son propre corps et l'espace environnant ? » (pp. 245-246)
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Parmi ces compétences, notre pénétration des mondes mentaux de nos proies est si profonde qu'elle en paraît presque déloyale. Il y a toutefois un inconvénient à cette arme : se mettre à la place des animaux peut rendre leur mise à mort difficile. Sur tous les continents, les chasseurs-cueilleurs établissent des rapports d'identification, de partage de substances et de socialité avec les animaux. Mais comment alors se nourrir de la chair d'êtres si semblables à moi? Partout, la mise à mort des animaux et la consommation de leur chair s'envi-ronnent de traitements rituels, de compensations, de justifications et de mythes pour que la chasse soit autre chose qu'une dévoration destructrice et cruelle. L'homme vit avec cette contradiction intime qui parfois le déchire : il est un predateur empathique.
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1. « Des décisions difficiles concernant des actions risquées ou complexes demanderont une longue exploration par imagerie mentale, mais même des actions simples engagent des représentations imaginatives. D'une façon générale, ce qu'on appelle une "action" n'est pas autre chose qu'un événement résultant d'une causalité intentionnelle, c'est-à-dire causé par une représentation mentale préalable de cette action. L'activité imaginative est le moteur de toutes les actions humaines, elle imprègne la totalité de nos échanges avec notre environnement.
[…]
Si la fonction imaginative nous détournait du réel et nous menait à adhérer à des idées fausses sur le monde, comment aurait-elle pu être sélectionnée par l'évolution chez nos ancêtres ? » (pp. 33-34)
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