AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Note moyenne 3.92 /5 (sur 151 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1977
Biographie :

Loana Hoarau est auteur et scénariste.

Auteure depuis plus de vingt ans, ses romans et scénarii sont basés uniquement sur le drame psychologique, le réalisme et l’horreur.

Elle vit à Belfort dans l’Est de la France.

page Facebook:
https://www.facebook.com/HoarauLoana

Ajouter des informations
étiquettes

Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Hoarau-Loana   07 mai 2014
Mathématiques du chaos de Loana Hoarau
Face à sa cible, il se fond dans le décor. Par-dessous le buisson, il a une vision parfaite. Observe d’un œil attentif le jardinet et sa grande cour attenante, brodée d’un parterre de sable jaunâtre.Le grand cerisier et sa balançoire, îlot central qui donne le ton. La mezzanine qui s’étend d’un bout à l’autre de la grande maison est déserte. Se pare de feuilles d’or la terrasse de bois, le petit potager à l’abandon.

Lussi est là, assise sur la balançoire sommaire, fredonnant avec maladresse un air qu’elle a entendu l’instant d’avant à la télévision. Elle a une expression maladive, boiteuse, tout son corps resplendit d’une fragilité qui accentue son innocence. Elle est dans sa sphère et son auditoire muet,invisible, se nourrit de son chant dissonant. Sa rousseur tournoie au temps venteux. L’œil énigmatique,impérieux, s’octroie d’une humble malice. Elle laisse zigzaguer entre ses doigts enfantins une petite fourmi. A cet âge là, on s’amuse avec virtuosité d’un rien.

Ah, maudite gamine ! Elle aussi elle deviendra comme tous les autres !

L’enfant lève brusquement la tête lorsqu’elle entend un bruissement rebondir sur les cailloux. Elle descend de sa balançoire, attentivement regarde sur le côté. Peut-être est-ce le chat secoué de la voisine qui se serait encore fait prendre dans les filets du buisson. Elle s’avance, se penche en dessous. Passe une main distraite, sans réfléchir. Éclaboussante erreur.

En une seconde, elle distingue une longue entaille sur une gorge musclée qui se dissimule sous un tatouage vermillon. Et des yeux d’un bleu intense, perçants, exagérés.

“C’est ton jour, Pomme d’Amour.”

Une main calleuse l’attire derrière le buisson, d’une rusticité affligeante l’assomme de moitié en la bousculant sur le sol.

Un battement de cœur. Une seconde.

Elle recule d’épouvante, désorientée, mais la poigne énergique de son bourreau évite qu’elle ne dérape ou ne fuit. Elle se retrouve soulevée et jetée avec fermeté dans le coffre d’un classieux véhicule gris. Repliée, tentant de protéger son visage de ses mains égratignées, elle voit venir l’obscurité

parasite.

L’espace est étroit, branlant, inconfortable, linoléum gluant, cercueil précaire. Sa respiration tourmentée se mêle au bruit d’un moteur sourd. Dans un excès de folie qu’elle ne maîtrise pas elle tente bien de se redresser mais sent la carrosserie du coffre se fracasser sur sa tête. Sans grande conviction elle essaie de soulever le capot, tout d’abord timidement, puis avec hargne. Or ballottée, secouée de toutes parts, elle comprend que ses efforts seront stériles. Quoi qu’elle fasse, la tôle reste obstinément fermée. Elle est dans un tel état d’abrutissement qu’elle ne se rend pas compte qu’elle

frappe dans le vide effrayant.

Une sensation de vitesse intense l’envahit. Les bosses, crevasses, malformations de la route la bousculent, l’agitent avec ferveur. Réflexe instinctif, elle tâtonne le linoléum verminé en quête d’un objet contondant afin de se défendre face à l’agresseur futur. Ne trouve rien qui aurait pu la protéger.

Par vagues, les bribes sauvages du moteur l’englobent. Cet effet sonore sous la carlingue la berce, lorsqu’une crevasse plus profonde que les autres la pousse avec virulence contre la carrosserie et l’assomme de moitié. Elle ne lutte plus face à cette nouvelle attaque et se laisse secouer tel un

pantin.

Déliquescence de son cerveau.

Abasourdie par cette trop lourde révélation, elle s’est laissée tomber dans une chute molle.

Le bitume glacial l’avait cogné en silence.

Tout est faux, inutile, secondaire. Injuste, mais normal.

Au-dessus d’elle dansent les étoiles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Boulibooks   09 juin 2017
Buczko de Loana Hoarau
Je me jure de ne jamais finir vieux. Et de ne pas m'attacher aux autres. Je préfère prendre, détruire, et vite passer à autre chose. Il n'y a que comme ça que l'on s'en sort. Une vie de misère et de stress, très peu pour moi.
Commenter  J’apprécie          50
Julitlesmots   08 juillet 2017
Buczko de Loana Hoarau
Un jour peut-être... comprendra que je ne cherche pas à lui causer du mal, mais que tout ce que je lui fais subir est pour mon bien !"
Commenter  J’apprécie          50
Loana   26 mars 2015
Buczko de Loana Hoarau
Je me fais un troisième rail. Vais prendre une nouvelle murge. Je suis encore conscient à ce moment-là. Je suis juste moins réactif. J’envoie balader un gars qui veut une clope. Trou noir. Je m’endors deux secondes au volant, puis me reprends sous le klaxon de la voiture d’en face.



Je sais pas comment j’ai fais pour arriver jusqu’à ma piaule. À moitié bouffé je descends jusqu’à la sous-cave. D’habitude, je préfère monter à l’étage et regarder sur mon écran si mes petites souris sont restées bien sages en mon absence. Mais j’ai envie d’aller voir Éli cette nuit. Effet euphorisant de l’héroïne.



Je dévale les escaliers, une bouteille de vodka à la main. Je vois Éli qui tangue. Elle s’est réveillée d’un coup, s’est redressée, puis s’est recroquevillée au bout du lit en me fixant du regard, tremblante. La poudre brune se marre, se colle à mon oreille et me susurre des mots doux. La poudre brune est toujours là quand il faut pas.



« Vas-y, prends-la. Elle est à toi. Rien qu’à toi.



— C’est pas le moment. Pas encore.



— Elle est là pour ça. C’est ce que tu voulais, non ?



— Elle n’est pas prête je te dis.



— Bien sûr qu’elle est prête. Regarde-la. Elle te veux. Elle n’attend que ça. Regarde comme elle te sourit. Comme elle te provoque. Tu sais quoi ? Tu vas juste l’embrasser. Et la caresser aussi. Rien de très méchant. Elle va aimer ça, crois-moi. Elle pourra plus te résister après quelques caresses. Pourquoi tu hésites ? T’as envie d’elle. Je vois bien que t’as envie d’elle. »



Elle a raison. La poudre a toujours raison. Sans vraiment le vouloir, mes yeux sont déjà en train de déshabiller Éli. De la frapper, de la prendre de force. C’est pas ma faute. Ces petites garces qui se pavanent devant moi, comme ça, leur sourire attrayant, leurs yeux brillants qui me promettent leur lune, leur voix juvéniles qui réclament mon corps, ce sont elles qui me cherchent. Et moi qui ne peux pas résister à



c’est pas



de jolies friandises derrière leurs



ma faute



vitres de fin cristal.



Ma tête tourne encore. La poudre me pousse du coude vers le lit. J’humecte mes lèvres trop sèches par la vodka.



« Je vais juste discuter un peu avec elle, dis-je sans conviction.



— Ouais, c’est ça, ricane ma brune, va discuter avec elle mon pote. C’est un bon début. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Patroth   11 août 2019
À sa manière de Loana Hoarau
4ème de couverture :

Je suis entré. J'ai attendu vers l'entrée, puis je me suis dirigé lentement vers le bureau d'accueil. La personne derrière, une femme blonde, les cheveux courts, tapait sur son clavier d'ordinateur, et ne m'a pas regardé. Elle a seulement dit "C'est pour quoi ?" J'ai dit que je venais déposer une plainte. Elle a dit "De quel genre ?" J'ai dit Une plainte pour des coups et blessures. Elle a continué à m'ignorer. J'ai dit "Et aussi pour viol". La personne à l'accueil ne m'a regardé qu'une fois après avoir dit « pour viol ». Elle m'a fait répéter, comme si elle entendait ça pour la première fois, de la bouche d'un homme.



Elle a eu un petit sourire, d'un quart de seconde. Comme si c'était un réflexe. Comme si ce n'était pas normal. Je pense qu'elle l'a regretté de suite, et qu'elle s'en est voulue, parce que que c'est là qu'elle a vu mon visage pour la première fois, un visage mordu par les privations et des douleurs. Elle s'est levée, elle a vu mon corps décharné. Elle m'a encore fait répéter, pour être bien sûre "Vous dites pour viol ?" j'ai opiné du chef. Elle a continué "Vous savez qui est votre agresseur ?" J'ai encore opiné et j'ai lâché le morceau "C'est mon frère.



****************************************

Dans une famille ou tout semble aller bien , Lauri le plus jeune des 2 garçons , subit quelques abus de son frère Neil plus vieux de 8 ans ....Au début il pense que ce n'est rien de grave ,mais au fil du temps ,celui - ci devient de plus en plus violent et prend son petit frère comme objet sexuel et au départ du père cela empire ...

Au fil de son journal intime , nous découvrons les violences quotidiennes autant envers lui qu'avec sa mère ... Lauri devient le souffre douleur se son frère , mais s'y habitue ....
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Loana   08 juin 2019
À sa manière de Loana Hoarau
"L'eau était glacée, mais je suis très vite entré dedans. Je sais nager, donc je me suis éloigné de Nell, qui mouillait encore sa nuque au bord de l'eau. Mais il a nagé jusqu'à moi. Alors j'ai regardé sur le côté pour voir si maman et tata Nana ne nous regardaient pas. Elles jetaient seulement de rapides coups d'œil car elles étaient concentrées à beurrer les sandwichs. Nell s'est rapproché complètement de moi, il a lançé un regard en arrière lui aussi pour vérifier si personne ne nous regardait, puis il a plongé ma tête sous l'eau, et il l'a maintenue pendant dix secondes. Je me suis débattu, je griffais, je sentais de l'eau entrer dans mon nez et ma bouche. Je paniquais complètement.

Puis il m'a lâché, et il a dit Rigole. J'étais en totale panique et j'ai dit Quoi ? Il a fait Je veux qu'elles t'entendent rigoler, alors rigole. Ce que j'ai fait. J'ai ri et je les ai vues nous regarder. Puis retourner sur leurs sandwichs. Nell m'a brusquement tenu le bras, sur mon bleu, pour ne pas faire de nouvelles traces, et il a chuchoté T'as dit quoi ? J'ai secoué la tête et j'ai répondu Rien. Alors il m'a replongé la tête sous l'eau, plus longtemps. Puis il m'a ressorti, et j'ai pris une grosse respiration, je toussais, je croyais que j'allais étouffer. Il a encore dit Te fous pas de moi, sale petite merde. T'as dit quoi à cette pute ?! J'ai repris mes esprits, et j'ai répondu Je te jure que j'ai rien dit. Il a fait Elle a pas essayé de te faire parler, peut-être ? J'ai dit Oui, elle voulait que je lui dise comment ça se passe à l'école. Il a dit Tu te fous de moi ? J'ai répondu Non Nell. J'ai entendu que maman lui parlait de mes notes et qu'elle s'inquiétait pour moi. C'est tout. Il a réfléchi, puis il a dit Toute façon, je le saurai si t'as moufté quoi que ce soit sur nous deux. Alors j'ai encore répondu J'ai rien dit. Je te jure que j'ai rien dit.

Il m'a lâché lentement, l'air toujours menaçant, pour que je continue à avoir encore bien peur de lui, et ça marchait. Il a nagé un peu loin de moi, et moi je restais dans mon coin, j'avais envie de chialer tellement j'avais eu peur de mourir. Bien-sûr j'aurais pu aller voir maman et lui dire que mon frère, son propre fils, avait voulu me tuer. Je lui aurais tout raconté, exactement tout, et pas seulement que les coups, si j'avais eu un peu de courage. J'aurais dit à tata Nana qu'elle avait raison de se douter de quelque chose. Alors maman m'aurait pris dans ses bras, et elle aurait dit Mon dieu mon pauvre petit garçon, mon amour, je vais tout raconter à la police, je vais tout leur dire. Mais je savais qu'elle ne ferait rien. Rien du tout. Alors je me suis enlevé ça de la tête et j'ai nagé pendant quelques minutes, je suis retourné près de maman et de Tata Nana pour me sécher. J'ai souri le plus simplement du monde et j'ai fait Vous devriez aller vous baigner. Elle est bonne, ça fait du bien."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Loana Hoarau
Loana   22 novembre 2016
Loana Hoarau
Chronique de Paul Laurendeau pour "SOLEIL À VAZEC"



Dans ce court roman en forme de métaphore sociale, les perceptions sont altérées, les motivations occultées, la vérité distordue et la morale mise en charpie. Michel Butor dans La modification (1957) avait utilisé, pour mieux ceinturer l’expérience de lecture dans l’enceinte restrictive de la narration, le vous en lieu et place du je ou du il. Il y allait donc à coups de vous faites ceci, vous faites cela, il vous arrive ceci, vous entrez par ici, vous sortez par là… et ce, tout le long de son roman. À la fois plus directe et plus évasive, Loana Hoarau domine l’esprit de ce procédé, hérité de Butor et du nouveau roman, en optant pour le tutoiement et le futur simple prospectif. L’effet de déroute référentielle et d’emprisonnement dans la lecture est saisissant.



«Bon. T’es pas si con que ça, on dirait.»



Il t’examinera ensuite faire la salle d’eau entière, lui s’occupera des dernières finitions: fournir les serviettes, des échantillons de shampoing et de dentifrice, un verre en plastique dans son emballage, du papier toilette.



Il te conduira ensuite vers le lit, te scrutera t’appliquer à ta tâche maladroitement, le traversin dépassant de la couche, l’oreiller de travers, le pli sur la couette, le drap à l’envers ou mal aligné. Il secouera la tête en te chuchotant des “Recommence” et défera ton ouvrage trois fois de suite avant que tu ne l’exécutes parfaitement. Passer l’aspirateur te demandera beaucoup d’attention. Le récurage également. Tu partiras un peu dans tous les sens.



Jonas semblera compréhensif et te montrera comment gagner du temps. Il t’apprendra le détourage et à ne pas cogner ton outil contre les meubles, les pieds de lits, le mur. Le nettoyage des vitres à l’américaine, bien plus rapide. Le dépoussiérage du bois en deux coups trois mouvements.



C’est que nous sommes indubitablement dans une situation d’altération perceptuelle, de perte de repères, d’abus corporel et psychologique profond et ce, sans oublier la brutalité du rapport de classe. TU, personnage principal, est un homme que l’on suppose assez jeune, possiblement même un adolescent. Il a été enlevé, ou à tout le moins retiré du monde, par un homme plus mûr, élégant, brutal. C’est un patron tertiaire, arrogant, tyrannique. Il tient quelque choses comme une luxueuse chaîne d’hôtels, des hôtels particuliers… particulièrement particuliers, s’il faut tout dire. Et avec des clients… fort exigeants, s’il faut en rajouter.



TU subit erratiquement sa situation. S’il a un statut dans toute cette histoire c’est le statut d’esclave. Esclave professionnel, esclave comportemental, esclave sexuel. Conséquemment, ici, le temps (notamment le temps de travail mais aussi le temps de narration) ne se calcule plus de la même façon. Le temps du prolo moderne, c’est comme l’eau d’un robinet qui s’ouvre et se ferme par moments fixes, spécifiés contractuellement. Le temps de l’esclave, c’est comme une mare ou un puit d’où l’on pompe à volonté. À cela se trouve directement corrélé le fait que, comme le bœuf ou la mule champêtres (car il y a ici quelque chose de profondément, de viscéralement agricole), l’esclave n’opère pas dans un rapport consenti. Il émet une tension constante de résistance. Il est implicitement rétif, peu coopératif, tant et tant qu’il faut gaspiller une quantité significative d’énergie à le punir, le cerner, le réprimer, le faire s’épuiser pour qu’il se soumette. Le principe fondamental de l’esclavage contemporain, du point de vue du poudré tertiaire qui exploite, est que l’intégralité du temps de travail est disponible comme un tout, une fois l’esclave isolé du monde. On le ponctionne donc, comme une masse, une force, un flux, ayant du temps et de la puissance ad infinitum (jusqu’à extinction). On opère donc ici, froidement, dans un dispositif où il est sereinement assumé qu’on gaspillera massivement une portion significative du temps et de la force de l’esclave. Tout son temps et toute sa force nous appartiennent. Donc, eh bien les jours s’égrènent, comme sans fin, et on presse le citron, tranquillement, sans compter, ni tergiverser. Et ça, l’esclave ne le sait pas vraiment encore, attendu que, modernité oblige, on a quand même bien su le cajoler, le charmer, l’endormir, le séduire.



Car le fait est que TU découvre sa condition et son désespoir à mesure que les choses déclinantes et brutales de son esclavage inexorablement avancent. Ne nous y trompons pas nous-mêmes, ce jeune homme sans ville, sans pays, sans soleil, fourvoyé dans un cauchemar social qu’il ne décode qu’à demi, c’est n’importe qui, un epsilon sociologique cueilli presque au hasard. TU, c’est vous et moi en fait (c’est bien là la fonction narrative et référentielle du tu). Et il avance vers son avenir incertain, douloureux et amoral en tâtonnant et en ne pouvant vraiment jurer de rien (c’est bien là la fonction narrative et référentielle du futur simple prospectif).



Implacable, ce roman est court mais dense, nerveux mais ouateux, cuisant mais brumeux, cruel mais onctueux. Le dérèglement des sens y est permanent. Ça, c’est la faute au verre de lait. Le patron-maitre-tyran en costard et qui sent bon ne paie pas son esclave. Il le nourrit peu, le loge mal, ne le laisse sortir de son immense domaine campagnard que lorsque TU prend l’initiative de s’en évader lui-même, pour une douloureuse et désespérante cavale dans des champs de maïs cruellement et gratuitement hitchcockiens. Mais la totalité de ces privations, de ces sévices lancinants, de ces abus absurdes va complètement se dissoudre dans le verre de lait du soir. Après avoir bu son verre de lait, TU semble ne plus rien sentir de sa terrible et fatale condition carcérale de classe. Il y a indubitablement quelque chose qu’on instille insidieusement dans cet anodin verre de brouillard blanc, dans cette potion engendrant le caractère abrégé, ouateux, brumeux et cruel de NOTRE dérive. Quelque chose… quelque chose… Le rêve? L’espoir? L’amour?



Non, non, non, c’est pas fini, l’esclavage…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Loana Hoarau
Loana   22 novembre 2016
Loana Hoarau
Lussi face au chaos du monde

Par Paul Laurendeau



Lussi est une petite fille qui vient de se faire enlever par un homme violent. Il l’enferme dans un sous-sol miteux, la brutalise, la force à manger un brouet peu appétissant et à prendre des bains qui rappellent plutôt des simulations de noyades. Y a-t-il abus sexuel ? La chose reste vague. Or Lussi est aussi une petite fille vivant avec une mère insensible et un beau-père (stepfather) abusif et contrôlant. Scolarisée à la maison, justement par le personnage odieux en costard et cravate, elle vit au rythme des diktats et des torgnoles de l’être exécré. Lussi pense beaucoup à son vrai père, elle voudrait tant le revoir. Est-il remarié, mort ou simplement parti ? La chose reste vague. Mais Lussi (la Lussi enlevée par une brute inconnue) va mettre en branle la dimension résistante de son être, se retourner, comme une petite fouine, et mordre violemment. Mais Lussi (la Lussi scolarisée à la maison par un tyran trop connu) va mettre en branle la dimension résistante de son être, se retourner, comme une petite fouine, et fuir, fuguer ouvertement sous la pluie blafarde. Sommes-nous à découvrir ici les deux facettes distinctes d’un même monde ou y a-t-il encore autre chose ?



C’est une étude de l’abus de l’enfant par l’adulte, ça indubitablement, surtout (mais pas exclusivement) par l’adulte mâle. Nous sommes taraudé(e)s à l’intérieur de Lussi, petit bout de femme s’efforçant de circonscrire au mieux les pourtours calamiteux du monstre. Lussi (la Lussi enlevée par une brute inconnue) observe peureusement un alcoolique primaire, un inconnu aux traits mal définis et à la cohérence comportementale erratique. Ici, Lussi doit surtout lutter contre son propre affaiblissement, la peur, la faim, le sommeil, la perte de la cohérence des repères due à l’involontaire dérèglement des sens. Lussi (la Lussi scolarisée à la maison par un tyran trop connu) existe haineusement, comme une corde tendue. Elle évolue entre une mère insensible et le cousin et concubin de celle-ci qui entend contrôler jusqu’à la diète et les temps de loisir de Lussi. Ici Lussi doit jouer au chat et à la souris avec l’enquiquineur odieux et assumer que la moindre tentation turbulente ou subversive aura un coût punitif virulent, un lot de conséquences détestées et non intériorisées. Cherche-t-on à nous faire piger que Lussi Stan et Lussi Bauer sont la même personne confrontée à deux des facettes, imaginaires ou réelles, du chaos du monde ou… y a-t-il encore autre chose ?



En tout cas, quoi qu’il en soit, voici où nous en sommes arrivés, dans la civilisation actuelle, avec nos enfants. Ce roman est l’histoire honteuse, minable de ce que nous leur avons fait inexorablement. Nous sommes tous, à des degrés divers, impliqués dans la hantise cruelle de cette question insoutenable : que feraient-ils concrètement à une enfant s’ils se trouvaient, eux adultes, en situation d’impunité absolue ? Jeff et Yann, les deux hommes adultes mis en scène ici, sont impondérables, impalpables, insaisissables. Inhumains dans leur impunité, ils sont pourtant profondément enfouis en chacun de nous. Ils sont ce que nous ne pouvons plus éviter, ou contenir. Ils sont banalisés. Ils sont ce qui transforme l’illusoire paradis de l’enfance en un insoutenable enfer. Ils sont désormais un des nombreux avatars issus du monde adulte que l’enfant contemporain subit, envisage, affronte, contourne ou évite. La seule différence est que cet avatar-là détruit l’enfant, le broie, le nie. Nous avons perdu quelque chose de profond, de crucial et cette perte, c’est l’enfant qui la subit. Et en plus, pour en rajouter une couche, une dimension cynique confinant à l’innommable, on finit par faire un jeu compétitif de tout cela.



Le style de Loana Hoarau est vif, cinglant, singulièrement autonome et vivant. Il y a aussi cette sobriété, cette retenue de ton qui sait parfaitement laisser le plus insupportable dans l’implicite. Il ne s’agit pas exactement ici de pédophilie nouveau genre mais bien plutôt, en fait, de cruauté arbitraire à l’ancienne, d’abus « classique + de la force physique et du pouvoir social des adultes. Lussi se fait malmener comme Aurore, l’enfant martyre ou comme la petite Christina dans Mommie dearest ou comme les bambins de Jeux interdits. Torgnolée, sermonnée, froidement méprisée, « éduquée », cernée, elle se fait asséner, par des sadiques et/ou des insensibles, des vérités de toc dont les tenants et les aboutissants restent d’un flou macabre, filandreux, chaotique. Et on va bien en payer le prix, de cet abus adulte. Tout ce qui existe dans cet univers social va en payer le prix… Même la narration va en payer le prix. Car il y a effectivement autre chose, une manière de deuxième degré faussement angélique, une sorte d’arabesque allégorique, un brimborion de chute odieuse. Lussi survivra. Lussi survivra aussi. Lussi comprendra. Lussi comprendra aussi. Mais cette confrontation enfantine et prométhéenne avec le chaos du monde sera terriblement et insondablement stérile, ratée, cruelle, cuisante, futile.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Loana   21 février 2017
Buczko de Loana Hoarau
Terminé tôt ce matin, BUCZKO de Loana Hoarau. Une mise en garde, âme sensible s’abstenir ! comment expliquer sans spoiler ? s’agissant d’un epub, je n’ai pas de 4e de couverture et la note de l’éditeur dévoile, un peu trop, le livre. Le narrateur est BUCZKO à la personnalité complexe et perverse ; commis boulanger (bien sous tous les rapports) qui excelle dans la dissimulation d’un côté et de l’autre, le prédateur, personnage psychotique et drogué. C’est le récit glaçant de ses perversions, qu’il n’hésite pas à mettre en œuvre…. L’auteur place d’emblée, le lecteur dans la tête de ce monstre à la personnalité très très complexe… Personnellement, j’ai trouvé le livre bien écrit, bien structuré et objectivement, je lirai « Les mathématiques du chaos » et « soleil à Vazec » de cette auteur qui sont déjà dans ma liseuse. Le livre de Loana Hoarau est dur, insoutenable, mais ce n’est pas un livre gore, il n’y a pas de surenchère inutile, les faits sont cruels, relatés sans parti pris, simplement il traite d’un sujet sensible.

Ce livre ne peut pas laisser indifférent... même si le personnage principal est inhumain, il y a une ambiguïté terrible, difficile à analyser... on arrive presque à "justifier" ses actes, compte tenu de son vécu et cela met, la lectrice que je suis, très mal à l'aise ! Je fais une pause avant de m'attaquer à "mathématiques du chaos". Je n'ai lu aucun résumé, ce sera la surprise totale ! 😊



Coati raleur





Combien d'entre nous ont déjà mis leurs enfants et petits enfants en garde: ne parle pas aux personnes que tu ne connais pas!

Oui mais quand cet adulte a un prénom, qu'il est d'une apparence ordinaire, d'une honnêteté irréprochable pourvu d'un minois agréable et de maniaqueries aseptisantes, ce n'est plus un inconnu et il pourrait devenir un ami...

Et puis le piège se resserre inéluctablement et le masque tombe.

Alors c'est une descente dans les abimes d'un pédo/toxico sans aucune morale et d'une cruauté aussi insupportable que dégradante que le lecteur va devoir supporter sans ménagement...

Une lecture révoltante et dérangeante à ne pas mettre dans toutes les mains, âmes sensibles s'abstenir!

Les femmes excellent dans ce style d'écriture et j'avoue que j'aimerai comprendre... pourquoi? et comment?

A bon entendeur Loana Hoarau explique moi... peut être l'inexplicable ?





"Je vous fais partager mon avis sur les deux romans que je viens de finir :

Buczko de Loana HOARAU : j'ai adoré le livre. Il n'y a pas de longueur, pas de description gore mais une large place à notre imagination.

On retrouve tout à fait le processus de raisonnement de certains pédophiles d'où je pense un fort travail de recherche en amont de l'écriture.

J'avoue avoir eu envie d'entrer dans le livre pour coller une bonne tarte voire plus à ce Buczko.

Vraiment à lire!"



Gwénaëlle Plusquellec





J'avais promis un retour à Loana Hoarau concernant Buczko que je viens de terminer.

Comment dire... c'est juste Waow ! Une écriture peu commune puisque le narrateur est un pédophile sociopathe, un vrai fléau pour la société. On entre dans ce bouquin avec un dégoût certain pour le personnage de Buczko, puis on essaie de comprendre le mécanisme psychologique de cet être aussi abject, ce qui fait tout l'intérêt de ce livre. Attention, âmes sensibles s'abstenir : c'est voilent, sombre et glauque.

Un IMMENSE MERCI à Loana pour cette pépite !



Pascale Gautheron
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Loana   26 mars 2015
Buczko de Loana Hoarau
Que se passe-t-il dans l’esprit d’un ogre ? Deuxième histoire sombre proposée par la grande Loana Hoarau, Buczko va soigneusement sélectionner son lectorat. N’espérez pas une seule risette qui ne soit archi fausse ; ça cogne fort dès le début, et ça empire tout au long de ce récit des derniers mois d’un pédophile meurtrier que l’on suit, inconfortablement installé à l’intérieur de sa petite tête infernale, dans ses aventures corrosives, depuis la destruction de sa pénultième victime jusqu’à la sienne propre au terme d’une dégringolade hallucinante de foi inassouvie.



Ne laissez pas vos jeunes enfants rentrer tout seuls. Le petit chaperon rouge vous avait déjà prévenus (pas la bouse avec les joyeux chasseurs et la mère-grand aux grandes dents, non ; le vrai Chaperon rouge, l’austère). Ici, Hoarau met ses poings métalliques sur vos petits i en sucre d’orge pour bien vous enfoncer dans le crâne que l’adultophobie ça donne ça : des démanteleurs d’enfants, qui forent des trous là où il n’y en a pas. Lisez donc Buczko si vous l’osez.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

Auteur membre de Babelio voir son profil
Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox

Lecteurs de Loana Hoarau (134)Voir plus


Quiz Voir plus

Avec qui passer Noël ?

- Qui pourrai-je inviter à Noël ? J'ai mon crayon à la main pour faire ma liste. - Tiens, déjà comme tu es célibataire, voilà un livre qui va t'aider ..."Comment kidnapper un mari quand on n'a rien pour plaire", me donne ma future ex meilleure amie. donc pas de mari à Noël !

Nadine de Rotschild
Tom Sharpe

14 questions
22 lecteurs ont répondu
Thèmes : humour , romans policiers et polars , romans américainsCréer un quiz sur cet auteur

.. ..