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EAN : 9782869382299
104 pages
Éditeur : INA (27/08/2015)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Cet ouvrage est le résultat d’un dialogue engagé en juin 2014, lors d’une séance des ateliers de recherche méthodologique organisés par l’Ina, entre Dominique Cardon et Antonio Casilli sur le thème du digital labor. Au travers d’échanges nourris, antagonistes parfois, ils ont abordé avec une hauteur de vue exemplaire les questions liées aux enjeux de la production de valeur sur Internet et à la qualification des usages numériques ordinaires comme travail. Ces atelie... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
deuxquatredeux
  09 août 2016
Court livre - une centaine de pages - se composant d'une introduction, d'un chapitre écrit par Antonio Casili, « Digital Labor : Travail, technologies et conflictualités », d'un chapitre écrit par Dominique Cardon, « Internet par gros temps », et de la retranscription d'un débat entre les deux auteurs, Qu'est-ce que le digital labor ? est une introduction au "Digital Labor » par deux chercheurs français dont les sujets de recherche sont le numérique (ou du moins certains des aspects du numérique).
Le « Digital Labor » ne se traduit pas en langue française, sinon malaisément. La traduction littérale de « travail numérique » ne rend pas compte de tout ce que recouvre le Digital Labor.
Par exemple, lorsque un internaute sur un site ou une plateforme en utilise le système d'authentification reCAPTCHA (le déchiffrement de mots déformés), il contribue à la numérisation de textes du service propriétaire Google Books - en 2009, Google a fait l'acquisition de reCAPTCHA. Autrement dit, chaque fois qu'un internaute remplit un reCAPTCHA, il y a une création de valeur que Google capture et la tâche de cet internaute s'assimile à un travail pour lequel il n'est pas rémunéré.
Autre exemple plus près de nous : l'écriture de critiques, la correction des bibliographies, celle des résumés de livres et d'autres tâches sur un site comme Babelio entrent dans le cadre du Digital Labor. En effet, les babelionautes par leurs activités créent de la valeur, ne la capturent pas et ne sont pas rémunérés pour les tâches qu'ils accomplissent*.
Par exemple, lorsque les utilisateurs de Facebook, Instagram, ou d'autres plateformes postent de photos, des commentaires ou des Like, ces activités - des "liaisons numériques » - participent du Digital Labor.
Dans « Digital Labor : Travail, technologies et conflictualités », Casili revient sur la genèse de ce courant de recherche encore en émergence - il date de la fin des années 2000 avec une première conférence aux États-Unis en 2009**. Il précise ce que le digital Labor n'est pas et ce qu'il est - « Nous appelons digital labor la réduction de nos "liaisons numériques" à un moment du rapport de production, la subsomption du social sous le marchand dans le contexte de nos usages technologiques » (p. 13): autrement dit, c'est la « mise au travail de nos "liaisons numériques" » (p. 11) - et présente certains des enjeux forts liés au Digital Labor, à la sharing economy, au capitalisme cognitif et à des nouvelles formes d'aliénation et d'exploitation***.
Dans son « Internet par gros temps », Dominique Cardon change un peu la perspective par rapport à l'intervention de son collègue. Il rappelle la nature de l'esprit des pionniers de l'Internet et ce que la massification des publics d'Internet a changé par rapport à l'esprit des pionniers. Et dans une approche critique, il se demande « De quelle aliénation le Digital Labor est-il la théorie de l'exploitation ? (p. 74). En effet, comme Cardon l'explique, « Si les internautes « travaillent alors qu'ils pensent faire autre chose, il faut expliquer le mécanisme qui leur fait commettre une erreur si navrante sur le sens réel de leurs pratiques numériques » (p. 74). Cardon pointe quelques soucis faiblesses dans les arguments des tenants du Digital Labor tout en soulignant l'utilité d'un discours sur Internet qui soit plus proche des usages » (p. 78). Au final, Cardon préfère s'intéresser aux phénomènes d'intelligence collective à l’œuvre sur Internet davantage qu'aux questions d' « économisation » des pratiques numériques et de tout ce qui va avec (p. 53).
Enfin, dans le débat qui les réunit davantage qu'il ne les oppose, Casili et Cardon débattent de leurs contributions respectives, apportent des précisions et discutent de nouvelles notions comme le weisure ou le playbor ou de la critique de l'Internet, voire de sa radicalisation.
Aussi, si le « portait de l'internaute en travailleur exploité »****, a priori votre portrait si l'on suit le digital labor, vous intéresse, la lecture de Qu'est-ce que le Digital labor ? constituera une introduction de choix à la question.
* Il n'est pas certain qu'ils accepteraient d'être payés pour le faire dans la mesure où leurs motivations ne sont pas pécuniaires.
** La conférence est The Internet as playground and factory dont les actes seront publiés sous le titre Digital Labor. The Internet as playground and factory, sous la direction de Trebor Scholz.
*** Un ouvrage majeur publié récemment sur le Digital Labor a pour titre Digital Labor and Karl Marx.
**** Ici : http://www.franceculture.fr/emissions/place-de-la-toile/digital-labor-portrait-de-linternaute-en-travailleur-exploite#, le podcast de Place de la toile présenté par Xavier de la Porte et consacré au Digital Labor.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   07 novembre 2015
C'est en nous penchant sur les lieux de nos sociabilités ordinaires, sur nos interactions quotidiennes médiatisées par les nouvelles technologies de l'information et de la communication, que nous commençons à détecter des formes d'activités assimilables au travail parce que productrices de valeur, faisant l'objet d'un quelconque encadrement contractuel et soumises à des métriques de performance. Nous appelons digital labor la réduction de nos "liaisons numériques" à un moment du rapport de production, la subsomption du social sous le marchand dans le contexte de nos usages technologiques. (Antonio A. Casilli)
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