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sur 244 notes

Critiques filtrées sur 4 étoiles  
Deuxième lecture. Maintenant que je n'ai plus besoin de tourner frénétiquement les pages pour savoir si oui ou non Alvare va céder à la tentation et se laisser séduire par le Diable, je suis plus à même de succomber moi-même à la délicieuse perversité de ce petit conte immoral.
Prenez un roman de Richardson, tiens, Clarisse Harlowe, allégorie de la vertu, qui se défend avec âpreté contre les désirs de Lovelace malgré son amour pour lui. Inversez. Et vous obtenez le Diable amoureux où Alvare fou de concupiscence pour Biondetta résiste comme il peut aux assauts de la jeune femme parce qu'il voudrait se réserver jusqu'au jour du mariage...
C'est hilarant. D'autant plus qu'Alvare est soldat, qu'il a une bonne épée (mmm...) et qu'on pourrait penser qu'il refuserait de battre en retraite.
« J'ai révolté contre moi les passions les plus cruelles, les plus implacables ; il ne me reste de protection que la vôtre, d'asile que votre chambre : me la fermerez-vous, Alvare ? Sera-t-il dit qu'un cavalier espagnol aura traité avec cette rigueur [...] une personne de mon sexe ? »
Je me reculais autant qu'il m'était possible, pour me tirer d'embarras ; mais elle embrassait mes genoux, et me suivait sur les siens : enfin, je suis rangé contre le mur. « Relevez-vous, lui dis-je, [...] Quand ma mère me donna ma première épée, elle me fit jurer sur la garde de servir toute ma vie les femmes, et de n'en pas désobliger une seule.
— Eh bien ! cruel, à quelque titre que ce soit, permettez-moi de rester dans votre chambre. [...]
Je lui tourne le dos, et m'approche de mon lit pour me déshabiller. « Vous aiderai-je ? me dit-on. — Non, je suis militaire et me sers moi-même. »
Voilà donc le beau militaire armé de sa seule pruderie (et de sa chemise de nuit) acculé par la tendresse de Biondetta et en butte aux attaques les plus impitoyables. Biondetta se plaint, pleure, gémit, se pâme, s'effraie de tout.
« Je veux la rassurer. « Mettez la main sur mon coeur, disait-elle. » Elle me la place sur sa gorge, [...] quoiqu'elle se trompât en me faisant appuyer sur un endroit où le battement ne devait pas être le plus sensible »
Comme on le voit, le danger est grand et la vertu d'Alvare en passe d'être balayée. Heureusement (?), Dieu veille:
« Tout ce badinage agréable était mêlé de caresses trop séduisantes pour que je pusse m'y refuser : je me livrais, mais avec réserve ; mon orgueil compromis servait de frein à la violence de mes désirs. Elle lisait trop bien dans mes yeux pour ne pas juger de mon désordre et chercher à l'augmenter. Je fus en péril, je dois en convenir. Une fois entre autres, si une roue ne se fût brisée, je ne sais ce que le point d'honneur fût devenu. »
Eh oui, on se le demande, qu'est-ce qu'il va devenir le point d'honneur de notre vertueux Alvarounet? le combat est douteux et son dénouement ambigu. Mais pouvait-il en être autrement? le Diable est chameau et épagneule, mâle et femelle; sa duplicité nous divise quant à la signification de cette ultime nuit où Alvare et Biondetta se connaissent bibliquement -ou pas, où la vertu l'emporte sur le vice -ou pas, où l'homme enfin s'est donné -à moins qu'il ne se soit repris.
À lire, donc, et d'autant plus que « Le Diable amoureux » fait au bas mot 1900 pages de moins que le roman de Richardson. Et même en ces temps de confinement, ça compte.
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J'ai lu ce truc parce que c'est Lacan qui m'en a parlé. Il arrêtait pas de me rabâcher cette ritournelle lancinante à laquelle je ne comprenais rien, dans l'un ou l'autre de ses séminaires : « Chè vuoi ? ». Et ché vuoi quoi alors ? Qu'est-ce que c'est encore que cette connerie Lacanou ?


Quelques petites recherches plus tard, je tombe sur « le diable amoureux » de Jacques Cazotte, dans la traduction de Gérard de Nerval. de l'un à l'autre, une certaine accointance de style. Des histoires courtes fantastiques, avec de l'amour malheureux qui ponctue les péripéties du personnage principal, des phrases à enluminures sans être forcément emmerdantes, des paysages et des personnages comme de beaux objets exposés derrière les vitrines des musées. Mais là n'est pas le principal. L'histoire a attiré l'attention de Lacan et – si tout le reste m'emmerde – cela mérite quand même vigilance de ma part.


Alvare de Maravillas, le narrateur, rouille en garnison près de Naples. Pour tromper l'ennui, il se laisse embarquer dans des aventures occultes. Un personnage rencontré au hasard d'une soirée de picole lui apprend par quel moyen ésotérique il pourra enfin trouver une bellâtre à culbuter. Séduit par cette idée, Alvare se rend un jour dans les ruines de Portici à Herculanum et invoque Belzébuth.
« A peine avais−je fini, une fenêtre s'ouvre à deux battants vis−à−vis de moi, au haut de la voûte : un torrent de lumière plus éblouissante que celle du jour fond par cette ouverture ; une tête de chameau horrible, autant par sa grosseur que par sa forme, se présente à la fenêtre ; surtout elle avait des oreilles démesurées. L'odieux fantôme ouvre la gueule, et, d'un ton assorti au reste de l'apparition, me répond : Chè vuoi ? [Que veux-tu ?] »


AH ! voilà ce Chè Vuoi ? question qui cible le désir de celui qu'elle interroge d'une manière si directe qu'elle n'est pas sans susciter l'angoisse existentielle. Question si malaisée à répondre qu'Alvare préfère la retourner à son interlocuteur histoire de se laisser trente secondes de réflexion. Et toi donc, qu'est-ce que tu veux ? qu'il lui balance avec grand courage, comme pour cerner ce qu'il en est du désir de l'autre avant d'oser donner une voix au sien. le chameau, moins timoré mais un peu fourbe, lui répond : « Maître, me dit le fantôme, sous quelle forme me présenterai−je pour vous être agréable ? »


Puisque son désir est le mien, se dit Alvare, plus cocu que jamais, je peux y aller – et il lance ainsi la machine des illusions, le piège du fantasme, le leurre de l'amour. Alvare tâtonne, toujours aussi peu couillu : il demande d'abord une chienne épagneule (quelle idée de merde) qui lui serait fidèle et qu'il appelle Biondetta. Après quelques papouilles, Alvare se rend compte qu'il voudrait un peu mieux et au cours d'une réception qu'il organise plus tard avec ses potes, il lui demande de se transformer en page à sa livrée. le page, servant liqueurs et coupelles, fantastique en répartie et en noblesse d'allure, propage autour de lui une effusion extraordinaire dont Alvare s'empare pour nourrir le désir des autres : c'est mon page, fanfaronne-t-il.


« Mon aisance les déconcerta plus encore que le changement de la scène et la vue de l'élégante collation à laquelle ils se voyaient invités. Je m'en aperçus, et résolu de terminer bientôt une aventure dont intérieurement je me défiais, je voulus en tirer tout le parti possible, en forçant même la gaieté qui fait le fond de mon caractère. »


Porté par l'enthousiasme, se défiant de toute retenue, Alvare finit par saluer la femme imaginaire de ses récits par un toast : « Je porte la santé de la plus jolie courtisane de Naples ; nous la buvons ». Alvare sait qu'il peut demander n'importe quoi à présent : « la signora Fiorentina m'a promis de me donner un instant ; voyez si elle ne serait point arrivée ». le page sort de l'appartement et « Fiorentina entre tenant sa harpe ; elle était dans un déshabillé étoffé et modeste, un chapeau de voyage et un crêpe très-clair sur les yeux ». La séduction exercée par ces objets sur Alvare lui fait oublier qu'il est à l'origine de leur création. le chameau à la voix caverneuse qui se cache derrière leurs figures charmantes s'est fait oublier. Mais la fête se termine, les convives partent et ne reste plus qu'une Biondetta qui concentre à la fois la figure charmante de Fiorentina, la volonté de perfection de Biondetto et la fidélité de la petite chienne épagneule. Elle reste aux côtés d'Alvare qui se défend de ne plus pouvoir se passer de cet étrange objet suscité par son désir. Il lui demandera à plusieurs reprises de disparaître mais Biondetta, par un don d'acuité démoniaque, semble savoir instinctivement quel comportement adopter, quelle posture revêtir, quelles paroles proférer pour piéger Alvare dans le reflet de ses désirs et de ses fantasmes.


Alvare ne veut pas de cette Biondetta derrière laquelle se cache une figure de dromadaire mais il la désire à la mesure de l'ambivalence des sentiments qu'il éprouve pour elle, entre fascination et répulsion. Après des aventures qui conduiront Alvare et Biondetta à Venise puis vers l'Estramadure, Biondetta poursuit plus loin la proposition de se faire le semblant de l'objet de son désir. Pour cela elle lui propose de régler ses créances au jeu, de lui enseigner la science secrète des nombres qui lui permettrait de gagner à tous les coups et, en ultime requête, elle annonce qu'elle serait prête à abandonner son immortalité pour passer sa vie avec lui. Alvare finit par se marier à Biondetta dans un demi-rêve duquel la conscience s'estompe de plus en plus mais, après avoir consommé leur union, la maléfique épouse annonce le prix du semblant. Elle demande à être l'unique adorée d'Alvare, elle demande à être adorée pour ce qu'elle est : Belzébuth. Biondetta retire alors le voile pour révéler à Alvare la véritable apparence de l'objet de son désir. « À l'instant l'obscurité qui m'environne se dissipe : la corniche qui surmonte le lambris de la chambre s'est toute chargée de gros limaçons ; leurs cornes, qu'ils font mouvoir vive ment et en manière de bascule, sont devenues des jets de lumière phosphorique, dont l'éclat et l'effet redoublent par l'agitation et l'allongement ». Et tout de suite après cela, « presque ébloui par cette illumination subite, je jette les yeux à côté de moi », nous raconte Alvare, « au lieu d'une figure ravissante, que vois-je ? Ô ciel ! c'est l'effroyable tête de chameau. Elle articule d'une voix de tonnerre ce ténébreux Chè vuoi qui m'avait tant épouvanté dans la grotte, part d'un éclat de rire humain plus effrayant encore, tire une langue démesurée… ».


Lacan s'est appuyé sur ce récit pour illustrer la métaphore du voile quant à l'accent pervers (qui se trompe sur son objet) du désir et son articulation au fantasme. Au terme de cette histoire, Alvare découvre qu'il est l'instrument de la jouissance de l'Autre et qu'il s'est lui-même fait objet de la demande de l'Autre en croyant suivre son désir. C'est la réponse qu'offre le névrosé à la question Chè vuoi ? (« que me veut-il ? ») : ce n'est pas son désir qu'il cherche avant tout puisqu'il le délègue à l'Autre sous la forme d'une demande de reconnaissance, bien souvent sans qu'il ne le sache lui-même. Cette historiette a aussi permis à Lacan d'illustrer l'idée que le désir tourne autour d'un manque fondamental, impossible à connaître, impossible à combler pour cela même que c'est ce manque qui engendre le mouvement dynamique de la vie. Ce que le sujet croit désirer, il ne le veut pas puisqu'il ne peut jamais l'avoir, mais il ne le sait pas. le désir qui se noue au désir de l'Autre engendre une boucle au sein de laquelle gît le désir de savoir ce qu'il en est du désir.


L'histoire d'Alvare a également permis d'illustrer ce qu'il en est du transfert dans la cure analytique puisque c'est une demande de vérité que l'analysant adresser à l'analyste. Qui suis-je ? Que me veut-on ? demande-t-il en espérant que l'analyste, support de ses projections, objet érigé en fantasme d'un sujet-supposé-savoir, lui enseignera la vérité de son existence et de son être. C'est pour éviter cela que Lacan préconise l'effacement de l'analyste dans la cure jusqu'au point où il se confond avec le non-être car « l'être du sujet surgit sur un fond de non-être [de l'Autre] ». le reflet de soi que le sujet va voir en l'Autre ne devrait souligner que l'absence de désir de celui-ci à l'égard du sujet afin que celui- ci cesse de s'en référer à l'Autre pour répondre aux questions qui sont les siennes. L'analyste se limitera « à n'être que l'espace où résonne le Chè vuoi ? ».


Voilà ce qu'il en est pour la petite dissertation sur le Chè vuoi de Lacan. Si on a pu reprocher à Lacan d'être un charlatan de la psychanalyse (jaloux), on ne peut l'accuser de n'être pas un lecteur passionné et méticuleux. Peu importe. Cette histoire plaît pour elle-même. Elle plaît en ce qu'elle nous fait comprendre pourquoi nos vies semblent parfois se barrer dans tous les sens sans cohérence. « Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages sur les collines », écrivait Buko, et il en est ainsi de nos journées agitées, frénétiques mais surtout aveugles, comme cet Alvare qui se leurre avec des objets qui ne le charment que parce qu'ils nourrissent des fantasmes qui lui furent inspirés par une béance impossible à deviner. Sans eux, il verrait que tout n'est que tête de dromadaire. Pensons à ceux que nous avons laissés et qui nous ont laissés : par quel prodige avions-nous pu devenir fous pour eux ? Une fois l'illusion amoureuse disparue, il ne reste qu'un sain éclat de rire. L'amour, disait Lacan, c'est donner à l'autre ce que l'on n'a pas et ce dont il ne veut pas. Voilà un parfait résumé de ce Diable amoureux.

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Cazotte publie le Diable amoureux en 1772 : dans ce court roman qui relève plutôt du conte fantastique, la figure diabolique est incarnée par une belle jeune femme qui séduit le narrateur, Don Alvaro, pour le conduire à sa perte. Au XVIIIème siècle, on ne brûlait plus les sorcières et on commençait à se divertir avec le personnage d'un diable moins terrifiant, auquel on ne croyait plus vraiment, déjà mis en scène de manière assez sympathique et picaresque par Lesage avec le Diable boiteux dès 1707. Aussi, ce récit fut-il reçu comme un amusement, hors de tout genre sérieux.

Tous les traits diaboliques sont ici réunis : la rencontre avec une créature surnaturelle à tête de chameau monstrueux, érectile et transformiste, à la voix tonitruante qui vomit un épagneul blanc, puis le pacte que Biondetta fait jurer à Don Alvaro par une formule trompeuse (« Esprit qui ne t'es lié à un corps que pour moi, et pour moi seul, j'accepte ton vasselage et t'accorde ma protection »), l'acceptation de présents sous la forme d'un logement luxueux à Venise et enfin le sabbat, vu d'une manière plus allusive lors du bal de mariage. Cazotte respecte la tradition littéraire autour du diable avec peut-être une certaine distance humoristique ; je pense ici à la scène de possession de Biondetta, très édulcorée, décrite avec juste quelques rougeurs et palpitations quand elle semble danser dans un état second…
Le personnage de Biondetta est particulièrement intéressant car Cazotte lui donne toute latitude pour s'exprimer et se faire entendre. D'abord petite chienne inoffensive, puis jeune page asexué et enfin belle jeune fille, elle se fait le porte-parole de la sensibilité et du plaisir, de la liberté et des désirs naturels. Face à elle, Don Alvaro symbolise le paradoxe du désir fantasmé ; il représente la faiblesse des préceptes religieux, puisque ni la religion ni la foi ne lui permettent de résister aux attaques du diable. Il introduit dans l'oeuvre une forme de doute existentiel.
Ce conte laisse le lecteur perplexe : est-ce bien le diable qui a pris la forme de Biondetta ? En effet, la narration laisse la place à de nombreuses ambiguïtés qu'il faut re-contextualiser en plein siècle des Lumières, quand les problématiques autour du désir, de la sensibilité et du matérialisme hédoniste étaient en constant conflit avec la religion et ses valeurs morales. le dénouement, que je ne révèlerai pas ici, n'apporte aucune certitude sur la réalité de diable et de ses actions car il nous donne toute liberté d'interprétation par un jeu de mots sur « l'illusion » : don Alvaro a-t-il été victime d'une illusion de son imagination ou bien doit-il considérer les évènements diaboliques comme des illusions afin de mieux pouvoir les oublier ?
Dans de nombreuses éditions de cet ouvrage, on trouve trace, après l'épilogue où Cazotte justifie son dénouement, des autres fins envisagées mais non retenues par l'auteur…

Cazotte devient ici un vrai précurseur du récit fantastique ; en effet, il met en scène des évènements surnaturels à une époque où la société est devenue assez savante pour ne plus y ajouter foi et les lecteurs peuvent donc raisonner à leur aise et apprécier l'invraisemblable et la fantaisie du récit. le Diable Amoureux correspond en tous points à la définition de la littérature fantastique : derrière les péripéties surnaturelles racontées, il y a l'idée qu'elles ne peuvent pas exister réellement.
Il ne faut pas oublier ce petit roman fondateur. À lire et à relire.
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Alvare, jeune Espagnol au service du roi de Naples, souhaite être initié à la cabale et maîtriser les esprits. « S'ils ont du pouvoir sur nous, c'est notre faiblesse, notre pusillanimité qui le leur donne : dans le fond, nous sommes nés pour les commander. » (p. 14) Dans une grotte perdue d'Italie, il convoque Béelzébuth et se fait offrir la plus délicieuse des soirées, partagée avec des amis qui assistent à l'expérience. « Vous nous donnez un beau régal, ami, il vous coûtera cher. / Ami, […] je suis très heureux s'il vous a fait plaisir ; je vous le donne pour ce qu'il me coûte. » (p. 20) Hélas, Alvare est bien loin d'avoir pris la mesure de son engagement auprès de l'esprit démoniaque qui est désormais à son service. Sous les traits d'une femme, l'esprit se fait séducteur et amoureux. Biondetta se déclare éprise de son maître et prête à tout pour le satisfaire. Peu à peu, Alvare s'éprend de cet esprit qui s'est fait corps et qui lui promet les plus beaux serments. « Quand j'eus pris un corps, Alvare, je m'aperçus que j'avais un coeur. » (p. 41) Mais ce coeur est bien avide et la jolie Biondetta demande un amour absolu et exclusif. Comment échapper au diable et à ses douces paroles ? Parce que même sous des dehors charmants, le démon ne faiblit jamais. « Votre espèce échappe à la vérité : ce n'est qu'en vous aveuglant qu'on peut vous rendre heureux. Ah ! tu le seras beaucoup si tu veux l'être ! Je prétends te combler. Tu conviens déjà que je ne suis pas aussi dégoûtant que l'on me fait noir. » (p. 61)

Il y a quelque chose de gothique et de tout à fait fascinant dans ce très court texte. La valse des apparences est largement exposée et la farandole des sentiments humains est tour à tour moquée et piétinée. Ah, vertu, qu'il en faut peu pour te souiller ! C'est toujours un plaisir rare de plonger dans un texte du 18° siècle, avec sa langue riche et désuète.
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Au XVIIIeme siècle, Don Alvare est un jeune espagnol en visite en Italie, est amené par le hasard, à invoquer le Diable. Evidemment, celui-ci lui apparaît un soir, d'abord sous les traits d'un monstre à tête de chameau... puis sous la forme d'une magnifique fille d'une beauté resplendissante. Très vite, une liaison s'établit entre eux... Alvare résistera-t-il au Diable ?
Un titre insolite pour un roman du XVIIIeme siècle, une histoire singulière et un peu de diable dans tout cela, ça ne pouvait que attirer mon attention, moi féru du fantastique. Surtout quand on sait qu'il est un des précurseurs du genre ! Eh oui, on considère souvent le Diable amoureux comme un des piliers du fantastique qu'on connait, et qui allait au siècle suivant, connaître son essor...
Et du fantastique, il y en a ! le diable joue le jeu, il mène le héros à la baguette, le manipule, et éprouve de l'amour envers lui ! Diantre, le diable amoureux d'un humain ! Une histoire d'amour particulière et originale.
Leur relation démoniaque évolue dans un monde propre au XVIIIeme siècle, de la Venise ville des plaisirs avec ses courtisanes et son carnaval, à l'Espagne encore très catholique, et de la France plongé dans les Lumières... le réalisme se frotte à l'ambiance mystérieuse et extravagante régnant dans l'intrigue.
Pourtant, c'est une histoire abordant le Bien et le Mal, montrant que chaque homme peut être soumis aux tentations du Mal, mais étrangement, c'est un roman qui semble sans pitié contre les Lumières ! Eh oui, Cazotte était contre les Encyclopédistes et donc aux grands penseurs tel que Voltaire, Diderot, croyant qu'ils poussaient l'humain à des savoirs trop éloignés et peut-être dangereux. C'est pour cela qu'à la fin, c'est grâce à la foi que la situation se conclut... Et que notre Cazotte sera malheureusement guillotiné à la Révolution, voyant la Révolution comme l'oeuvre du diable ! Car dans cette oeuvre, on y trouve beaucoup de référence ésotériques et cabalistiques.
En revanche, le héros m'a un peu agacé : c'est surtout son côté peureux qui me manquait de lui donner une gifle. Sérieux, un type qui se cache sous le lit et réclame comme un enfant, sa maman ! C'est ridicule ! Et surtout, il hésite, il hésite...
Quand à l'écriture, elle a toujours ce parfum d'élégance et de beauté, abordant toujours de manière raffiné les choses les plus noires et les plus sombres (voyez Justine de Sade... ).
Une histoire à ne pas manquer, faisant partie de celle ayant lancé le genre ! Mais prenez garde en lisant le livre : résisterez-vous aux charmes du Malin ?
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Ce petit conte a été dévoré proprement et promptement. Quel délice que ce français un peu passé, tout engoncé dans ses belles manières et ses belles gens. Les aventures de Don Alvare qui lutte en vain contre les charmes du Diable, qui représente tous les vices et qui n'a d'autre but que de nous séduire par les moyens les plus insidieux, donne un bon aperçu de la façon de penser de cette époque très marquée par la religion.

Pactiser avec le Diable est un sujet courant en littérature, un point de départ dans de nombreux livres et qui donne lieu, toujours, à des récits immoraux où la dette à payer est extrêmement lourde, disproportionnée et à laquelle il est impossible de se soustraire. A moins d'être plus rusé que la plus rusée de toutes les incarnations du mal.

Lecture intéressante sachant que ce récit date du 18e.

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Alvare est un jeune cavalier espagnol qui fait partie de la garde royale de Naples. Lors d'une discussion de caserne, le sujet se porte sur la cabale. le jeune homme, intrigué, demande à Soberano de l'initier. Avant la fin de cet apprentissage, il dit qu'il se sent prêt à invoquer les esprits. Soberano le met en garde contre ce danger, mais le jeune homme répond qu'il n'a pas peur du diable et que, « s'il le voit, il lui tirera les oreilles ».

Un soir, Soberano, Alvare et quelques compagnons se rendent dans une grotte. Soberano trace un pentacle au sol et donne la formule à son « élève » pour qu'il fasse venir Belzébuth : il apparaît sous la forme d'une immense tête de chameau en lui criant : « Che vuoi ? »…



Classique du XVIIIème siècle écrit par un homme mort sur l'échafaud pour s'être opposé aux Jacobins, le Diable amoureux est écrit dans le beau style de l'époque et se lit vite. On y voit comment le diable peut s'amuser à séduire une âme trop sûre d'elle…


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Ça fait longtemps que ce livre est dans ma PAL, j'ai profité du petit mois de février pour faire cette petite lecture.
Malgré un français ancien, ma lecture fut très apprécié.
L'auteur sais nous mener dans son histoire, on a l'espoir que Biondetta soit la femme qu'elle dit être, mais en même temps on attend patiemment que Don Alvare se prenne le retour de bâton qu'il mérite pour avoir défié des forces qu'il ne maîtrisait pas.
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Etonnant petit ouvrage dont j'ai lu la version préfacée par Nerval. La parenté semble évidente. Ce qui étonne, dans ce livre, c'est surtout l'époque à laquelle il a été écrit, peu avant la Révolution, alors que son contenu est d'une grande modernité, rappelle par bien des points des Arthur Machen, Lovecraft, Paul-Jean Toulet, ou encore Baudelaire, dans certains de ses poèmes en prose, qui ne naîtront qu'un siècle plus tard (environ).
Pour faire rapide, il s'agit d'une apparition du Diable qui prend l'aspect d'une belle fille, que le narrateur, Alvare, surnomme Biondetta. L'intrigue est constituée par la lutte de l'auteur entre l'attraction qu'il ressent envers la femme et sa répugnance pour le Diable. La particularité, ici, est que le Diable semble à la merci du personnage principal, semble être à la recherche de l'amour et ne cherche pas particulièrement à lui nuire. Mais peut-être n'est-ce là encore qu'un artifice pour nous vaincre ? Tout se déroule dans un univers de rêve et de fantasmagorie très bien rendu. J'en conseille la lecture.
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Comme le dit si bien la 4eme de couverture du livre :
" Jacques Cazotte 1719-1792
Homme de lettres français, adepte passionné de Spiritisme et de l'illuminisme, il connaît la célébrité grâce au Diable amoureux, premier grand récit fantastique français"
Voilà tout est dit ce récit est un classique fantastique français à lire si ce n'est pas déjà fait !
L'épisode de l'arroseur arrosé. Don Alvare, cavalier espagnol invoque le Diable pour le tourner en ridicule pour finalement se faire duper par ce dernier.
Classique qui a très bien vieilli et qui se lit encore de nos jours.

[ Imposture ou amgie, cette aventure qui se déroule en plein carnaval de Venise présente toutes les facettes d'un divertissement amoureux...]
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