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Citations sur La part du fils (16)

Jean-Daniel
Jean-Daniel   17 septembre 2019
Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées. Elles menaient toutes au gouffre de l’Allemagne nazie. Pareils à ces mandarins subalternes de la Chine ancienne, qui ne devaient pas souiller de leurs lèvres le nom illustre de l’empereur, nous laissions du vide entre nos mots dès qu’il s’agissait de lui. Certains paysages et ce prénom feraient défaut ; il y avait des trous dans nos cartes géographiques, dans les itinéraires, les faits. La douleur n’était jamais sujet.
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hcdahlem
hcdahlem   26 août 2019
Sur la table, ce bouddha en jade, de même qu’un modèle réduit de la fusée d’Hergé achetée à Bruxelles, damier blanc et rouge, imitée d’une fusée V2 nazie, allaient servir de presse-papiers pour le courrier ou la documentation à éplucher. Si, comme tout le monde, je menais une vie normale dans la journée, je me réservais chaque matin une heure d'investigations, nourrissant des cahiers et établissant des fiches sur du bristol, limier lancé sur les traces de Paol, en chasse. Il était devenu ma figure centrale. Que pouvais-je faire de plus nécessaire que de le ramener à la lumière? Et tenter de nouer ce dialogue singulier avec lui…
Pour autant, plus les choses se ramifiaient, plus elles se complexifiaient. Un témoignage venait en contredire un autre, les dates ne se recoupaient plus, il manquait des pièces et des interactions. Tout aurait-il été embrouillé? A qui s’adresser? M’égarant dans la fourmilière des réseaux et des mouvements, des sous-groupes et des cellules, manquant d’interlocuteurs, le puzzle restait incomplet. Hormis ce que nous en répétions de manière automatique – résistant, déporté, mort en Allemagne –, je ne trouvais pas grand-chose de concret sur cet homme ordinaire…
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MelleFifi
MelleFifi   06 octobre 2019
Il n’y a plus rien à faire. Tout se calme sur le quai rincé. La porte a grondé sur sa glissière, le wagon a été cadenassé. Des vantaux d’aération, grillagés exprès, ne montent plus qu’un piétinement, des râles, parfois des papiers pliés en quatre jetés avec des noms, des adresses...
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michdesol
michdesol   26 septembre 2019
Je n'ai voulu ni prendre de photos ni rien acheter à la mini-librairie dont les volumes racontaient l'histoire du camp. J'avais fait ce qu'il m'avait paru être juste, comme on s'en va sur la mer houleuse chercher son noyé, et qu'on tente de le ramener sur la grève, à la limite de ses forces. Oui, je dirai à Pierre que j'étais allé en Allemagne, dans le camp aux fusées, que j'avais renoué ce qui avait été avec ce qui était et allait venir, et que sur la place d'appel, dans un vent d'est, entre les collines qui avaient verdi et s'étaient couvertes d'arbres, au pied des derniers baraquements et de quelques fondations dont on relevait au sol la composition des rectangles et de carrés, j'avais récité pour Paol, debout et cette fois seul, la tête vers le ciel, une sorte de prière des morts, et que tout avait été prononcé, son nom breton de forêt et d'étang, celui de ses fils, de ses petits-enfants, et cela m'avait consolé de la distance, du temps ancien, de ce qui subsistait à peine au milieu de ce qui était perdu, de ce qui avait eu lieu ici, en silence et dans le fracas, ce vers quoi j'étais remonté, et d'apprendre cela aurait peut-être apaisé Pierre à un âge où il faut l'être...
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Arthore
Arthore   08 septembre 2019
La vérité d'un homme peut être aussi sa souffrance. Mais même si elle était insoluble, insécable, jamais partagée, elle pesait sur moi par contrecoup. Ce poids de mémoire close étit devenu le mien. J'en restais meurtri, dépossedé de ma propre histoire. Qu'aurais-je pu faire sinon la remonter, l'éclaircir et la remonter? Écrire comme un travail de deuil. Une effraction et une floraison. Une respiration entre deux apnées.
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Adalarasi
Adalarasi   19 juillet 2019
Son mutisme faisait coupe feu. Non, personne n'irait plus loin que ce rempart dressé contre sa peine puisque, derrière, l'univers s’était effondré. Et les autres devaient faire avec ça. Ou plutôt sans.
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michdesol
michdesol   26 septembre 2019
Pauvre petit grand-père inconnu qui ne pouvait se douter à ce moment-là que, la guerre finie, une fois ses bourreaux exécutés, sitôt dévidée cette pelote de faits et de gestes qui passe par la Bretagne, le nord de la France et l'Allemagne, les trains de la peur, les cargaisons de prisonniers effondrés, l'usine à fusées, la boue glacée, le fils aîné de son fils cadet le pisterait soixante-dis ans plus tard...
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michdesol
michdesol   26 septembre 2019
Et c'est pour cette raison que j'aurais aimé que, comme un père avec son fils, une fois durant toutes ces années, il me parlât de lui, de son père à lui, côte à côte ou face à face, il aurait égrené un peu de la tragédie et je lui aurais répondu, comme un fils avec son père, que je comprenais tout ça, bien sûr, que j'en serais le gardien et le passeur à mon tour, puisque ce qui nous avait forgés m'appartenait, que Paol était aussi mon histoire, que j'en ferais peut-être un livre parce que je ne savais rien faire d'autre de plus vrai qu'écrire, essayer d'écrire, ce qui ne le serait pas étant comme perdu, et que la vie d'un homme était celle de tous les hommes, et la peine d'un père, celle de tous ses fils.
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Squirelito
Squirelito   03 septembre 2019
N’en déplaise à von Braun et à son sourire triomphal, sa conquête des étoiles avait dû franchir d’abord la porte des enfers. Les prisonniers de Dora en firent les frais, Paol parmi eux. Comment l’oublier en regardant le ciel ?
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Squirelito
Squirelito   03 septembre 2019
Il tente de garder son humanité au milieu de la barbarie même si certains, déjà, à cause de la promiscuité, de la peur, de la fatigue énorme, de la dysenterie et de la puanteur, sont devenus fous à lier dans l’étuve. Ils geignent avant de s’écrouler. D’autres se battent. Quelques uns sont écrasés. Il faut tenir au-delà de l’intenable sur cette planète éteinte
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