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EAN : 9782848684949
288 pages
Editions de la Loupe (29/08/2013)
3.12/5   279 notes
Résumé :
Nul n'entre ni ne sort de Corée du Nord, le pays le plus secret de la planète. Et pourtant, flanqué de son ami Clorinde, qui affectionne davantage Valéry Larbaud que les voyages modernes, et déguisé en vrai-faux représentant d'une agence de tourisme, notre écrivain nous emmène cette fois sur un ton décalé au pays des Kim.

Au programme : défilés et cérémonies, propagande tous azimuts, bains de boue et fermes modèles, mais aussi errances campagnardes e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (78) Voir plus Ajouter une critique
3,12

sur 279 notes
Petite visite guidée au pays de la pensée unique.

Sous couvert d'une fausse identité et flanqué de son ami Clorinde pourtant peu enclin au voyage, notre témoin va consigner jour après jour ses impressions dans son petit carnet à spirale grands carreaux histoire de conserver un souvenir ému de ce périple liberticide.
Une fois le passeport et les portables provisoirement confisqués, le temps est venu de faire plus ample connaissance avec ses guides attitrés très rapidement surnommés Kim 1, Kim 2 et Kim 3 pour des raisons évidentes d'évocations patronymiques un poil de panda facétieuses. Et autant s'y habituer tout de suite car ces trois cerbères mono-expressifs ne les lâcheront jamais d'une semelle, attachés et dressés qu'ils sont à la voix de leur maître Kim Jong-un, parfaite incarnation du dictateur omniscient.

La Corée du Nord, une évocation pressante au voyage, un vibrant appel de la mère patrie surnommée " le Paradis Rouge ", comment ne pas succomber ?
Rien de neuf sous le soleil.
Enquillant les visites touristiques au parcours et à la durée préalablement établis histoire de bien rester dans les clous balisés par le " Grand Successeur " , et tout comme nos deux acolytes qui font là où on leur dit de faire sans possibilité d'y déroger, le lecteur médusé et impuissant subit un décorum factice assorti d'une propagande un brin agressive pour finalement hésiter à ne pas résilier son billet au profit de la République ( bonne vanne ) de Djibouti, pays à la dictature débonnaire et épanouissante. C'est vrai quoi, le totalitarisme, ça va un moment...

Sur un ton cynique et désabusé, Coatalem déroule sur la RPDC sans vraiment surprendre, confirmant férocement l'obstination d'Amnesty International à toujours lui refuser le prix orange du gouvernement le plus fun de ces 70 dernières années...
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Sous le prétexte mensonger d'un voyage de repérage pour son agence de voyage, le journaliste Jean-Luc Coatalem obtient son visa, précieux sésame pour pénétrer dans le pays le plus fermé du monde : La République populaire démocratique de Corée. Flanqué de son ami Clorinde, un dandy casanier qui n'a jamais quitté la France, le voilà au pays des Kim pour un voyage surréaliste, sous la surveillance constante d'un guide, d'un traducteur et d'un chauffeur. Triste périple dans un pays gris où chaque visite est programmée, chronométrée, sans aucune place pour l'imprévu, l'improvisation, l'échange, les rencontres. Chaque jour, le journaliste consigne, dans un carnet caché dans la doublure de sa valise, ses impressions sur un voyage ennuyeux, sauvé de la dépression par la lecture du génial ‘'Mardi ‘' de Melville.

Rien de nouveau sous le ciel de Pyongyang. Jean-Luc Coatalem brosse un portrait sans concession d'un pays exsangue qui subit la dictature des Kim depuis que Kim Il-sung, le ‘'Président éternel'', le ‘'Professeur de toute l'Humanité'', a pris le pouvoir en 1949. Quand les deux amis s'y rendent, c'est son fils Kim Jong-il, le ‘'Dirigeant bien-aimé'', qui préside aux destinées de ses concitoyens, main de fer dans un gant qui l'est tout autant. La famine sévit, l'électricité est souvent coupée, tout comme l'eau courante, les rues sont vides et la population mal nourrie, mal vêtue, visages fermés, regards vides, essaie de survivre à ce régime liberticide, paranoïaque, absurde.
Rien ne trouve grâce aux yeux du journaliste qui promène son regard d'occidental condescendant sur les gens, la nourriture et même les paysages. On ne lui reprochera pas de rester insensible à l'usante propagande du régime mais on pourra s'étonner qu'il critique les portions qu'on lui sert à l'hôtel quand il sait pertinemment qu'il a le privilège de pouvoir se nourrir dans un pays où le plus gros de la population ne mange pas à sa faim. Moqueur et fier de ne pas être dupe du décor théâtral qu'on lui présente, il voudrait peut-être qu'on pousse le vice jusqu'à lui proposer des buffets à volonté ??
Instructif peut-être pour ceux qui ne sont pas du tout au courant de la situation en Corée du nord, ce livre n'apporte aucun élément nouveau à qui s'est déjà un peu renseigné sur le pays. Au contraire, c'est une suite de poncifs alignés sur un ton ironique, sans empathie, sans compassion. Malgré la surveillance des guides, l'ennui mâtinés d'un soupçon d'angoisse, les deux amis ont pu rentrer en France sains et saufs, retourner à leurs banquets gastronomiques et à la douceur de vivre d'un pays libre…Le peuple nord-coréen est, lui, condamné à vie.
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Jean-Luc Coatalem, déguisé en représentant d'une agence de tourisme désireux de découvrir ce beau pays pour ses futurs clients, réussit à s'introduire incognito en Corée du Nord. Accompagné de son ami Clorinde, qui quitte Paris pour la première fois ou presque, et de son escorte de Kim1 (le guide) et Kim2 (le représentant du gouvernement), il va tenter de découvrir le pays le plus fermé du monde, ce qui ne s'avèrera pas de tout repos.

En ouvrant Nouilles froides à Pyongyang, j'étais curieuse d'en savoir plus sur la Corée du Nord, ce pays si secret et si terrible à la fois et j'espérais que le voyage sur place de l'auteur lui aurait permis malgré la propagande de nous faire comprendre un peu mieux ce pays et son régime complètement délirant. J'ai bien aimé le ton et le style de l'auteur, un mélange d'humour (souvent noir) et de petites touches d'ironie et sa capacité à nous informer sur ce qu'il connaît de la Corée du Nord sans jamais paraître trop didactique ou pompeux. Malheureusement, une fois les 50 premières pages lues et le suspens de l'entrée dans le pays de l'auteur (va-t-il être démasqué ?) et de ses premières impressions dans ce pays où nul ne peut aller ou presque, j'ai commencé à m'ennuyer un peu.

J'ai eu l'impression que ce voyage était si verrouillé et la propagande si bien rodée que Jean-Luc Coatalem n'a finalement presque rien vu de la Corée du Nord. Passées les premières évocations plutôt drôles de la manière dont le régime se met quotidiennement en scène, de l'impossibilité totale pour les 2 français de faire un pas seuls ou en dehors des sentiers battus du programme qu'on leur a concocté et les scènes assez touchantes des conditions de vie effroyables dans lesquelles le pays est plongé et de son absence totale de développement économique, j'ai trouvé que le récit tournait en rond avec de pages en pages les mêmes scènes et mêmes situations répétées. La manière dont l'auteur nous fait ressentir son désespoir et son ennui profond au fil des jours dans un pays où rien n'est vrai, où toute découverte est proscrite est certes intéressante mais fallait-il vraiment pour cela nous raconter toute l'intrigue de Mardi, roman de Melville dans lequel il se réfugie ?

Plus gênant, j'ai eu du mal à comprendre comment Jean-Luc Coatalem pouvait ainsi détester tout ce qui lui est présenté de la Corée du Nord, jugé systématiquement indigne d'intérêt et sans valeur. OK pour les site de propagande grossière, le culte du leader Kim Il-Sung ou les hôtels miteux dans lesquels il séjourne mais pourquoi détester ainsi les montagnes où il randonne ou l'occasion qui lui est donnée de goûter les célèbres nouilles froides de Pyongyang ? N'y-a-t'il pas eu malgré le régime totalitaire et la surveillance constante dont il fait l'objet le moindre moment d'émerveillement ou de surprise, le moindre fait intéressant ou étonnant qu'il pourrait nous partager ? J'ai fini ce récit avec le sentiment assez désagréable d'un auteur plein de parti pris qui rejette complètement un pays du fait du régime abominable dans lequel il est plongé sans même tenter de le comprendre vraiment.

Dommage, ces Nouilles froides à Pyongyang ne m'auront finalement pas apporté grand chose même si j'ai apprécié certains passages pleins d'humour du fait de la jolie plume de l'auteur. Finalement pour découvrir ce mystérieux pays qu'est la Corée du Nord mieux vaut lire le magnifique Pyongyang de Guy Delisle (un de mes albums cultes) que j'ai trouvé beaucoup plus ouvert et curieux de ce qui l'entoure, loin de cette morgue condescendante que semble adopter Jean-Luc Coatalem.
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Ceux qui me suivent connaissent mon intérêt et ma curiosité pour l'expérience communiste et ses dérives. le cas de la Corée du Nord, exemple extrême encore d'actualité, m'intéresse particulièrement et lorsque j'ai entendu parler de cet ouvrage de Jean-Luc Coatalem, je me suis empressée de me le procurer. Une hâte bien inutile au regard de ce que j'ai pu retirer de cette lecture, c'est-à-dire pas grand chose.

Jean-Luc Coatalem est rédacteur en chef adjoint au magazine GEO. Pour la rédaction d'un article sur la Corée du Nord, il décide de s'embarquer à destination de l'autre pays du matin calme en se faisant passer pour un professionnel du tourisme. Cet ouvrage raconte son séjour, un séjour bien décevant puisque dès le pied posé sur le sol nord-coréen, Jean-Luc Coatalem et son compagnon de voyage sont immédiatement pris en charge par des agents du Parti chargés de les escorter en permanence.

le séjour est programmé du début à la fin et nos deux voyageurs ne pourront voir que ce qu'on voudra bien leur montrer, et parfois même moyennant des sommes astronomiques. Discours formatés et propagandistes et visites artificielles et orchestrées uniquement à leur attention se suivent et se ressemblent. le paysage morne, les paysans et villages décrépis et miséreux défilent derrière les vitres de leur voiture. Pas question de s'arrêter et de s'entretenir avec les autochtones. Tout contact avec les occidentaux leur sont interdits sous peine de sérieux ennuis. La recherche d'un minimum de confort est inutile, eau coupée, repas sautés ou, lorsqu'ils ont lieu, frugaux et douteux à l'extrême.

Bref, de l'aveu même de l'auteur, on apprendra rien de plus sur la Corée du Nord que l'on ne sache déjà.

« Et je m'interroge : pourquoi être venu au pays de la nuit noire ? Pour publier un « voyage » de quinze mille signes ? Afin de livrer quelle information sur cette région de frappés qui ne soit pas déjà connue ? A quoi je joue ? A me faire peur ? »

L'intérêt de l'ouvrage résidera donc plus dans les réactions et le comportement des voyageurs. Les tentatives de Jean-Luc Coatalem d'échapper à ses « gardiens » font sourire. « Monsieur Jean » est bien trop turbulent ! Son escapade au musée des Beaux-Arts est même plutôt amusante. En dehors donc des visites convenues et des rares fois où Monsieur Jean tente de se jouer de la surveillance de son escorte, c'est plutôt l'ennui qui règne. Un ennui que nos voyageurs tentent de combler par des moments de lecture que l'auteur nous fait partager. On a donc le droit à un magnifique spoiler intégral du roman Mardi de Melville. Je vous avoue que j'ai failli abandonner ma lecture et que je l'ai poursuivie en diagonale uniquement pour lire les passages relatifs à Mardi.

Pour le reste, la situation politique et économique de la Corée du Nord est brièvement traitée. Forme de l'ouvrage oblige, l'auteur ne nous épargne pas ses commentaires et réflexions. Les Kim en prennent pour leur grade mais le ton bien trop moqueur de l'auteur m'a agacée. Et lorsqu'il ne peut voir de ses yeux, il se permet alors un peu trop de suppositions et spéculations. L'auteur se répète aussi un peu trop souvent et la lecture devient lassante.

A la question « Faut-il rire ou bien pleurer ? » qui clôt l'ouvrage, Jean-Luc Coatalem a choisi le rire, un humour lourd presque nerveux comme pour compenser l'effroi mais qui m'aura plus souvent gênée qu'amusée.

Un compte-rendu de voyage donc tout en subjectivité qui ne vous révélera rien d'extraordinaire sur ce mystérieux pays mais qui donne un aperçu du malaise que peut ressentir un occidental immergé dans ce milieu hostile à l'atmosphère pesante.

En revanche, pour ceux qui ignoreraient encore tout de la situation en Corée du Nord, cet ouvrage serait une excellente introduction.
Lien : http://booksandfruits.over-b..
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Nouilles froides à Pyongyang ou quand la réalité dépasse la fiction...

C'est complètement hallucinant !

Il est difficile d'imaginer qu'à notre époque il existe un pays où les habitants n'ont aucune liberté : ni de penser, ni de s'exprimer, ni de se déplacer, ...
Le système que Jean-Luc Coatalem décrit est complètement absurde - bien plus que notre système de santé ! Il fait aussi quelques rappels historiques utiles pour des gens comme moi qui sont loin d'être des incollables sur l'histoire contemporaine de la Corée du Nord !
L'auteur s'autorise quelques digressions en parlant des lectures qu'il a pris avec lui et l'empêchent de sombrer dans la dépression. (j'avoue avoir un peu décroché dans ces passages)

C'est le premier récit de voyage que je lis et le moins qu'on puisse dire c'est que cela m'aura marquée! le petit bémol que je noterai, c'est la forme que l'auteur a choisi pour son livre.
le plus triste quand même, c'est de se dire que de pauvres gens vivent cette réalité tous les jours...
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critiques presse (4)
Telerama
30 janvier 2013
Voyage au pays de la paranoïa, où les grandes avenues fleuries sont désertes, où les lumières des rues s'éteignent à 21 heures.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress
23 janvier 2013
Et si Ubu vivait en Corée du Nord : Jean-Luc Coatalem, écrivain voyageur, pointe dans Nouilles froides à Pyongyang le grotesque et le non-sens de l'une des pires dictatures au monde.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress
15 janvier 2013
La force du récit de Coatalem est de donner à voir une Corée du Nord au raz du bitume : des habitants ressemblant tous à des Playmobil - coupe au bol et uniforme bleu -, avec lesquels il est non seulement interdit d'échanger un mot, mais même un regard !
Lire la critique sur le site : Lexpress
LePoint
14 janvier 2013
L'écrivain-journaliste, habitué des longs voyages en Asie et adepte de la "littérature voyageuse" [...], nous livre là une sorte de Quai de Ouistreham au pays des Kim (grand-père, père et fils). Un très bon carnet de route qui met des mots sur le supplice que vivent les Nord-Coréens, depuis plus de 60 ans. Déjà.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Six heures du matin. Première tasse de thé. La brume lèche le carreau de ma fenêtre, je ne la laisserai pas entrer. Nous sommes mardi, je lis Mardi...
Dans les cales du brigantin à la dérive, les compères n'ont rien trouvé. Ce qui les attend se cache dans les vergues : un Maori manchot, appelé Samoa, tatoué de la tête aux pieds sur une moitié du corps, et une fille des îles, Annatou.
Après s'être fait expliquer la situation (le navire a été attaqué, des guerriers ont décimé l'équipage, ces deux-là sont des rescapés, le manchot s'est lui-même amputé le bras), Jarl et le narrateur reprennent le contrôle du bateau et poursuivent leur aventure au gré des vents, dans une liberté qui n'est autre que celle du romanesque.
Rappelons le titre : Mardi et le voyage qui y mena. Ce n'est pas le prénom d'un Robinson de plus mais celui d'un archipel des mers du Sud. A la dérive, donc, dans une atmosphère proche d'un demi-songe, nos naufragés se laissent pousser vers le blanc des mappemondes, espérant atteindre ces îles miracles, fortunées et touffues.
L'histoire de ce livre est étonnante. Après un succès avec deux récits, fruits de son expérience dans les mers du Sud (Taïpi, Omou, 1846 et 1847), pour lesquels il fut accusé d'affabulation, Melville décide de s'atteler à une fiction. "L'idée me vint d'écrire un pur roman d'aventures polynésiennes et de le publier comme tel, afin de voir s'il ne serait pas possible que la fiction passât pour vérité : dans une certaine mesure, l'inverse de mon expérience précédente", note-t-il.
Le voyage sera sans carte, au milieu des poissons "têtes d'argent, casqués, nageant côte à côte, en rangs uniformes, comme une armée". Et le récit file devant lui, au hasard, vers la métamorphose, la fantaisie, avec des phrases à rallonge et des noms pépites. Puis une tempête déferle, tant mieux. Annatou disparaît, tant pis. Les rescapés abandonnent le brigantin et continuent à bord de leur barcasse, le Chamois. Ils croisent alors un "canoë double" monté par des Polynésiens. Pour les impressionner, les marins se costument à l'orientale, en s'enroulant de draps et en se parant de verroteries que le soleil incendie, l'apparition de deux émirs devant saisir l'esprit desdits sauvages...
A bord, une jeune femme, européenne ou albinos, prisonnière plus que princesse, Yillah, native de l'île des Délices. Promise au sacrifice,. Les marins veulent sauver cette beauté. Le sorcier s'interpose : "Partez et vous vivrez. Restez et c'est la mort !" Bel adage ! Une bagarre s'ensuit. Le narrateur finit par occire quelques Maoris, dont le méchant sorcier. Ils s'évadent alors avec l'enfant merveilleuse, et tant pis si les fils du sorcier se lancent à leur poursuite. Au large, le héros voit la vie tout autrement. "Un calme enchanteur, et dans ma main, la main de Yillah, pareil à un frôlement. Des visions flottaient devant moi et en moi ; à mon oreille, un murmure : tout l'air n'était qu'un chant..."
On avance à la vitesse d'un canot qui dérive et du récit qui s'invente. Ou va Melville ? Il le saura en l'écrivant.
- Je lis donc je lutte, dis-je à Clorinde, qui n'en pense pas moins.
Durant ce périple où, en comparaison, tout nous est obligé et prévisible, nos lectures parallèles que nous commentons avec ardeur nous mettent du baume au coeur. Elles nous sont un antidote à cette Corée fade qui défile par la lunette arrière et d'où l'on aperçoit, floutés par la vitesse, des grumeaux de gens qui marchent, des camions hoquetant leur nuage de charbon, des jeeps avec des militaires, des colonnes de types courbés, tenant des pelles, des râteaux, des sacs en toile de jute, des baluchons d'herbes, nous adressant parfois des signes puis se ravisant, tous très jeunes, la plupart du temps hébétés, somnanbuliques, cassés, comme des pestiférés du Moyen Age éparpillés sur la parcelle d'un châtelain invisible et démoniaque. Et tant pis s'il n'y a rien à voir le long de cette départementale aussi nue qu'un genou, tant pis si nous ne pouvons pas descendre de la voiture, même pour nous détendre ou pisser parmi les acacias, que les villages aux murs noircis nous sont interdits d'accès (on n'y passe pas ou, si c'est le cas, interdiction de s'y arrêter), nous continuons à lire, tous deux comme on se vaccine, chaque chapitre en piqûre de rappel. Oui, n'en déplaise à ces messieurs, la vie peut être multiple, drôle et surprenante, imprévisible. Tout le contraire de ces latitudes bornées.
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Aujourd'hui, la propagande répète sans sourciller que, lorsque le Guide se promène dans les champs, tous les arbres fleurissent à son passage. Que la glace fond sous ses après-ski et que les oiseaux gazouillent l'hiver en l'apercevant. Et s'il renverse un flacon d'encre sur une carte d'état-major, un typhon se déchaîne sur la région en question - c'est à chaque fois le (maudit) Japon ! Ou s'il déplie un plan ou des papiers en rase campagne, par exemple sur le blindage d'un char, le vent cesse aussitôt afin qu'il puisse donner ses ordres aux tankistes. De même lorsque le maître s'approche de la frontière avec le Sud, une brume opportune l'enveloppe-t-elle pour absorber ses pas - les sentinelles ennemies ne le tiendront jamais dans leur ligne de mire !
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« Hommage d'un visiteur de passage au Président de la Corée-du-Nord… »
C'est fait.
–Qu'a laissé ce long-nez à cravate rouge? Interroge le majordome.
M. Kim traduit, embêté. L'autre fait une grimace. Ça ne va pas, ça ne va pas du tout ! J'ai oublié un adjectif. Il me faut obligatoirement ajouter « éternel » à mon hommage, s'il vous plaît. E-ter-nel ! Le motif serait suffisant pour n'importe quel Coréen de se faire jeter dans un camp.
Comme je peux, j'insère mes trois syllabes au-dessus et, ce jour-là, parce que ce mot doit s'accoler à ma ligne tel un postiche, une fausse barbe de savant sur un menton de potache, parce que je ne pourrais sortir sans avoir effectué cette correction, que c'est à moi, de passage, d'apposer aussi cet éternel, avec mon nom, ma ville et mon pays en dessous - le compliment traduit et recopié sur une fiche intercalaire –, j'ai le sentiment que ce régime de baudruches a tout perdu depuis longtemps, qu'il n'a surtout jamais rien gagné dans le cœur de chacun que par la force et la terreur. L'empire des Kim reste une contrée de paranoïaques, minée par ses mensonges, maintenue vaille que vaille par ses sujets–victimes, en respiration artificielle. Justement, il est tout l'inverse de cette Éternité rayonnante et heureuse tant réclamée, tant affichée, si obligatoire.
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Pour les nouilles froides, il y a deux écoles de pensée. Faut-il les déguster l'été pour qu'elles vous rafraîchissent ( froid dans le chaud = effet froid ) ou l'hiver afin qu'elles produisent un choc salutaire ( froid dans le froid = effet chaud ) et vous requinquent ? Je n'ai pas su trancher, on était au printemps.
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Dans le célèbre roman de George Orwell, 1984, trois empires se font la guerre. Si celle-ci est leur apparente motivation, elle est surtout l'assise de leur existence. Contre un ennemi, même supposé, il faut réagir, faire front, tenir et encadrer son peuple. Dans le bloc anglo-saxon, l'Oceania, Big Brother, le grand scrutateur, est partout dans la société. Celle-ci est composée de trois classes : les dirigeants, une poignée, les fonctionnaires, zélés et insensibles, les hordes de prolétaires, courbés, soumis. Une police de la pensée traque le récalcitrant. Et il faut user de cette novlangue sans nuance, réduite et donc peu dangereuse. Si l'on n'a pas les mots suffisants et adéquats, comment faire avec ce que l'on ne peut pas nommer, comment inventer, et s'extirper d'une syntaxe carcérale ? Les slogans les plus absurdes ("War is peace", "Freedom is slavery", "Ignorance is strength"), répétés en mantras, deviennent des évidences. Ils sont martelés jusqu'à l'étourdissement. La soumission. L'adéquation. Ils feront de vous ce que vous ne vouliez pas être : une créature apeurée, un complice. Un pion de plus parmi un peuple de pions.
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Jean-Luc Coatalem vous présente son ouvrage "Une chambre à l'hôtel Mékong" aux éditions Stock. Rentrée littéraire automne 2023.
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