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Citations sur Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (403)

Harioutz
Harioutz   19 décembre 2019
Je voudrais tant trouver le sommeil. Ne plus entendre les rats. Ne plus sentir l'odeur des hommes. Ne plus écouter l'hiver au travers d'une vitre. Ne plus devoir manger du poulet bouilli dans des eaux grasses. Ne plus risquer d'être battu à mort pour un mot de trop ou une poignée de tabac. Ne plus être contraint d'uriner dans le lavabo parce, qu'après une certaine heure, nous n'avons plus le droit de tirer la chasse d'eau.

Ne plus voir, tous les soirs, Patrick Horton baisser son pantalon, s'asseoir sur la lunette et déféquer en me parlant des « bielles entrecroisées » de sa Harley qui au ralenti « tremblait comme si elle grelottait ».
A chaque séance, il œuvre paisiblement et s'adresse à moi avec une décontraction confondante qui donne à penser que sa bouche et son esprit sont totalement découplés de sa préoccupation rectale. Il n'essaye même pas de moduler ses flatulences d'effort.
Tout en finissant ses affaires, Patrick continue de m'éclairer sur la fiabilité des derniers moteurs désormais montés « sur des Silentbloc dits isolastic », avant de réajuster ses braies comme un homme qui a fini sa journée, et d'étaler sur la cuvette un linge immaculé censé tenir lieu d'abattant et qui sonnait un peu pour moi à la fois comme la fin d'un office et un « Ite missa est ».

Fermer les yeux. Dormir. C'est le seul moyen de sortir d'ici, de laisser les rats derrière soi.
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Cancie
Cancie   22 janvier 2020
La détention allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps une consistance pâteuse, vaguement écœurante.
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Ladybirdy
Ladybirdy   04 novembre 2019
Il suffit de prêter son attention et son regard pour comprendre que nous faisons tous partie d’une gigantesque symphonie qui, chaque matin, dans une étincelante cacophonie, improvise sa survie. 
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Cancie
Cancie   23 janvier 2020
Les inégalités de la vie sont généralement reconduites et confirmées par voie de justice jusque dans notre mort. Pour un assureur, le décès d'un chef d'entreprise new-yorkais est une sale affaire, car l'indemnisation versée à la famille sera entre dix et vingt fois supérieure à celle d'un éleveur de chevaux disparu dans le Montana.
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Cancie
Cancie   22 janvier 2020
La prison nous ensevelit vivants. Les courtes peines peuvent espérer quelque chose. Les autres sont déjà dans la fosse commune. Et si d'aventure on leur accorde une remise de peine, ils iront, un moment, respirer l'air du dehors, mais reviendront ici, dans la maison des réprouvés, où on les appelle par leur nom, où on les traite comme des animaux de ferme.
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Harioutz
Harioutz   20 décembre 2019
« J'ai repensé à ton histoire l'autre jour avec le psy. Tu t'y es mal pris. »
Tout en suivant avec mille précautions, sur sa feuille, le fil ténu de sont trait, Patrick m'instruit des conduites à tenir face à un évaluateur.

« C'est pas compliqué. Tu lui dis juste ce qu'il veut entendre. Des trucs simples. Je regrette à mort ce que j'ai fait. Et je reconnais que j'ai dépassé les limites. En plus j'ai aucune excuse. J'avais des putains de parents nickel qui m'ont pas élevé comme ça. Voyez, je crois que la prison m'a fait du bien. Ici j'ai appris le respect et on m'a remis les yeux en face des trous. Je crois que je suis prêt à sortir et faire une vraie formation. J'aimerais bien conduire des bus. Si tu sens pas le bus tu le remplaces par ce que tu veux. Ce qu'il faut, c'est que l'autre saucisson sois content, qu'il ait l'impression que tu t'es mis en slip devant lui et que t'es prêt à servir. Tu vois bien le truc ? La règle elle est super simple : tu dois le convaincre que t'as rien dans le calcif.
Lance-moi la gomme. Putain, je parle, et à chaque fois je déborde. »

Toutes peines confondues, durant ce qui est encore une jeune vie, Patrick Horton a déjà fait 5 années de détention. Pour ma part, j'ignore quand je sortirai d'ici.
Deux années de prison pour la faute que j'ai commise me paraît être une peine proportionnée, à la mesure de l'importance du délit. Qui n'est, selon moi, ni gravissime ni anodin.
Mais dans mon cas, un problème majeur m'empêche de mettre en application le théorème d'Horton.
Si je n'ai aucun problème à franchement regretter ni déplorer mon geste pour peu qu'il ait été commis sur un citoyen lambda, je le trouve en revanche totalement pertinent lorsqu'il s'applique à la victime précise que j'ai agressée.
Évaluateur ou pas, pour cet homme, il n'y aura jamais ni merci ni pardon.
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Fandol
Fandol   25 février 2020
Il est très difficile de s’occuper d’un immeuble et d’une femme en même temps, de choyer une vingtaine de veuves tout en cajolant une épouse.
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Cancie
Cancie   21 janvier 2020
(Veille du 25 décembre, à la prison) Ici, la nuit venue, un prêtre déclassé viendra dire en vitesse une messe réglementaire pour les amateurs de génuflexions, et sans y croire vraiment, promettra à chacun d'être, un jour, assis à la droite de son créateur, avant de filer au plus vite respirer l'odeur juvénile d'une chorale d'enfants de chœur.
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Harioutz
Harioutz   22 décembre 2019
L'enfermement a une odeur déplaisante. Des remugles de macération de mauvaises pensées, des effluves de  sales idées qui ont traîné un peu partout, des relents aigres de vieux regrets. L'air libre, par définition, n'entre jamais ici.
Nous respirons nos haleines en vase clos, des souffles communs chargés d'éclats de poulets bruns et de sombres projets. Même les vêtements, les draps, les peaux finissent par s'imprégner de ces exhalaisons auxquelles on ne s'habitue jamais.
Au retour des promenades, quand l'air du dehors s'arrête au seuil des tourniquets, la transition est à chaque fois brutale et une vague nausée se charge aussitôt de nous rappeler que nous vivons et respirons dans un ventre qui nous charrie continuellement, longtemps nous digère, avant, le moment venu, de nous expulser pour se libérer plutôt que pour nous rendre la liberté.

.../...

La détention allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps une consistance pâteuse, vaguement écœurante. Chacun éprouve le sentiment de se mouvoir dans une boue épaisse d'où il faut s'extraire à chaque pas, bataillant pied à pied pour ne pas s'enliser dans le dégoût de soi-même.
La prison nous nous ensevelit vivants.
Les courtes peine peuvent espérer quelque chose. Les autres sont déjà dans la fosse commune.
Et si d'aventure on leur accorde une remise de peine, ils iront, un moment, respirer l'air du dehors mais reviendront ici, dans la maison des réprouvés, où on les appelle par leur nom, où on les traite comme des animaux de ferme.
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palamede
palamede   14 novembre 2019
 J’ai compris assez tôt que le culte protestant était un sport peu exigeant, aux règles assez souples, débarrassé de la trame rigide et du carcan liturgique des catholiques.
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