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°°° Rentrée littéraire 2022 # 47°°°


Je referme ce roman impressionnée par l'ambition de l'autrice qui a construit un scénario incroyable tissé de milles fils, de milles chemins de traverse sur deux siècles, et qui au final se tient parfaitement. Impossible de le résumer, ni souhaitable d'ailleurs tant il recèle de surprises. Disons que les thématiques principales tournent autour de la question de l'héritage et de la transmission, ainsi que des spoliations des oeuvres d'art possédées par des Juifs durant la Deuxième guerre mondiale puis leur restitution.

Le fil conducteur du récit est un coffret marqueté dans laquelle la future Comtesse de Ségur, la jeune Sophie Rostopchine, glisse un trésor, son journal intime rédigé en 1812 sur le chemin de l'exil qui la conduit à Paris après la disgrâce de son père, le comte Fiodor Rostopchine, gouverneur général de Moscou, qui a fait incendier la ville pour ne rien laisser à Napoléon Ier. La Part des cendres raconte l'épopée du coffret et son contenu secret qui passe de mains en mains, disparaît et réapparaît de 1812 à 2019.

Etant donné la densité des informations historiques injectées dans sa fiction, Emmanuelle Favier a fourni un travail d'érudition vertigineux. J'ai appris énormément de choses. Dans un décor ample couvrant la Russie, la France, l'Ukraine, les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Algérie ou encore l'Italie, elle fait croiser de très nombreux personnages fictifs et historiques, spoliateurs, pillards, trafiquants, résistants, redresseurs de torts, belles âmes. de ce très fourni panorama géographico-historique, émergent des portraits intimes, essentiellement féminins.

Un personnage a particulièrement attiré mon attention : Rose Valland, une de ces femmes invisibilisées à laquelle Emmanuelle Favier donne la place qu'elle méritait du fait de son action exemplaire au service de l'Art. Cette attachée de conservation au Jeu de paume entre en résistance dès que la galerie devient le lieu de stockage des oeuvres d'art spoliées aux Juifs français par les Nazis avec Hernann Goering aux manettes qui cherchent des oeuvres pour le projet de musée à Linz imaginée par Hitler ou pour sa propre collection dans son château de Carinhall. Durant tout le pillage, sous la direction d'un autre grand résistant, Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux et du Louvre, elle relève clandestinement le mouvement des biens volées, fournit des informations essentielles aux Alliés. Après la guerre, elle oeuvre à la restitution de près de 60.000 oeuvres d'art.

Cela fait beaucoup d'informations à digérer dans cette imposante fresque. Je me suis souvent essoufflée dans cette cavalcade qui passe d'un lieu à l'autre, d'un personnage à l'autre, d'une date à l'autre. D'autant que les interpellations trop nombreuses convoquant le lecteur dans de longues parenthèses ( « où nous retournons un instant … », « précisons ici pour le lecteur ambitieux ... », « nous aurons l'occasion de la revoir... » ) m'ont agacée et fait décrocher. Cela ajoute de la grandiloquence à une écriture déjà très ouvragée, emplie de vocabulaire rare ( pas mal d'avoir un dico pas loin ). A cause de cela, je n'ai pas été convaincue par la totalité des chapitres. Disons que le caractère roboratif du récit aurait mérité d'être allégé de quelques coupes.

Si j'ai tout de même raccroché à chaque fois, c'est parce que la thématique de la transmission, incarnée métaphoriquement par le coffret, est très pertinente et irrigue toute la lecture. Porter atteinte à un bien culturel, c'est porter atteinte à l'humanité, que ce soit pour le désir de posséder ou d'éradiquer un peuple. Rendre un objet spolié, croûte ou chef d'oeuvre, c'est soigner les liens tissés, par d'autres, entre les générations. Un objet est chargé de la mission de transmettre qui nous sommes, d'où nous venons. Tout cela, Emmanuelle Favier le dit fort bien, avec sensibilité, et ça compte à l'heure où les dernières générations ayant un lieu direct avec la Deuxième guerre mondiale disparaissent et où se posent la question d'autres restitutions de biens volés à l'époque coloniale.
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Immense déception! le projet était ambitieux, le résultat ne me semble pas à la hauteur de l'immense travail de recherche que l'auteure a du faire an amont ..
Déception donc. Un petit coffret passe de main en main .. de Moscou en 1817 à nos jours, Ce roman est avant tout un constat amer sur les pillages et spoliations qui parcourent les siècles. Idéologie, pouvoir et surtout avidité insatiable à l'origine de ces exactions ne peuvent être en aucun cas excusables ni tolérés.
Suit alors un inventaire des faits, guerres napoléoniennes, guerre de 14/18, guerre 39/40 , etc.... tout dire à une vitesse supersonique relève de l'utopie. Profonde lassitude du lecteur averti et désintérêt du néophyte qui ne peut pas suivre. A moins que cet ouvrage ne s'adresse qu'à une intelligentsia avertie à même de comprendre la signification de certains mots employés et qui soit sensible à l'écriture souvent pompeuse et prétentieuse d'Emmanuelle Favier:
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué!!
J'ai résisté, j'ai consulté le dictionnaire à maintes et maintes reprises, je suis allée au bout .désolée Madame vous ne m'avez pas convaincue

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Voilà un roman qui aurait mérité un résumé un peu plus exhaustif, voici celui de l'éditeur Albin Michel :

De l'incendie de Moscou au manoir de Kerlan en passant par Dresde, Odessa, la Carinhall de Goering, Nuremberg et New York, deux siècles de tumulte ou le fol itinéraire d'un petit coffret contenant un trésor, symbole de la grande Histoire des spoliations et des guerres.
Fresque monumentale où l'on croisera les monstres et les héros modestes de l'Histoire, les crapules et les martyrs, La Part des cendres entrelace avec génie les fils de cette toile qui fait l'humanité – son courage, sa ferveur et son avidité

Avec un tel résumé, j'espérais quelque part retrouver le plaisir d'une lecture similaire à celle de la cité des nuages et des oiseaux d'Anthony Doerr, où un objet liait les femmes et les hommes dans le temps, autour d'une symbolique.

Bon, ce fut laborieux au début (tout comme fut la rédaction de cette critique), j'ai même eu du mal à trouver le temps de lire (fausse excuse), je dirais presque que cela en était devenu une corvée. Je ne concevais pas l'abandon, je m'échinais en me disant que j'étais fatigué et pas dans le bon état d'esprit pour lire. Mais non rien n'y faisait.

Le roman ouvre sur Sophie Rostopchine, que nous connaissons mieux en tant que Comtesse de Ségur, elle est jeune, toute jeune à peine 18 ans et on suit son exode vers la France depuis sa Russie natale, dont elle écrit quelques pages de ce périple qu'elle glissera dans le fameux coffret. Je m'attendais à voir le coffret être l'élément central du livre, et bien non du tout, c'est au plus un point de repère et un fil conducteur pour ne pas perdre le lecteur dans cette fresque historique.

Après ça part un peu dans tous les sens, toujours de façon chronologique bien sûr, mais au final ça se destine à être un récit historique de l'art à travers le temps, aussi bien pictural que littéraire. La plume est lourde, comme volontairement pédante. de plus, l'autrice est friande de digressions ce qui rend le tout confusant ; au sein d'un même chapitre, on change de lieu, de point de vue, des fois même de temps.

Une très importante partie de cette fresque historique, sera consacrée à la Seconde Guerre Mondiale et à la violence des Nazis au sujet de l'art, des spoliations et des restitutions. Je pense même que cet énorme passage aurait presque mérité un ouvrage historique à lui tout seul tellement c'est bien documenté. En revanche cette ambivalence dans le genre historique/roman, permet à l'autrice de donné son avis sur les personnages historiques qu'elle nous racontera, quasiment toujours partie prenante, rien de neutre, comme si cette ambivalence permettait sous couvert du roman de donner son avis personnel sur des faits historiques. Car oui, on va en croisé du monde, même brièvement, La comtesse De Ségur, Tolstoï, Goering, Hitler, Woolf, Yourcenar ect ; mais ce ne serons pas des personnages « actifs » des énonciations dans une trame historique que nous connaissons plus ou moins selon nos connaissances personnelles.

J'avoue m'être questionné sur le prisme par lequel j'avais attaqué ma lecture, je pensais lire un roman avec tout ce qu'il y a d'imaginé par un auteur. Mais je faisais fausse route, plus les pages défilaient et plus ma frustration enflaient. J'ai posé le bouquin deux jours puis ai corrigé ma vision du livre, je l'ai enfin pris comme un récit historique ou l'histoire du coffret est à reléguer au second plan.

Et bien j'ai appris énormément de choses, parce que Madame Favier à fait un travail de recherches historiques colossal, et ça se sent ; c'est pour ça qu'elle avait des choses à dire et à raconter comme tout un chacun, ravi de faire partager ses connaissances. Il aurait été préféré un style plus sobre, du vocabulaire beaucoup trop lourd qui n'a pas aidé non plus à l'immersion, des fois inutile, juste comme je le disais plus haut, pédant sans être utile.

Au final, je me suis accroché, j'ai changé mon angle de lecture, et comme pour nous remercier, l'autrice, nous fait du dernier cinquième du livre un roman au sens premier du terme.

Ou l'on va suivre trois femmes sur trois générations, Georgette la grand-mère, Blanche la mère et Mathilde la fille qui deviendra notre personnage principal, notre point d'ancrage après avoir été baladé au fil des siècles. Etrangement la plume se fit plus agréable. le coffret se fera plus présent dans l'intrigue après avoir disparu de toute narration pendant un petit bout de temps. J'ai également aimé le personnage de Mérédith de Cornulier qui deviendra l'amie de Mathilde, un personnage fantasque qui vient mettre un peu de lumière.

Finalement, un bouquin aux qualités historiques indéniables, mais il faut savoir à quoi on s'attaque avant de se lancer.
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J'ai abandonné la lecture à la 270 ième page. Très rare que j'arrête la lecture d'un roman, je me force souvent pour finir même si la lecture ne me plait pas.
Ici le roman est trop décousue, pas fluide ce qui a rendu la lecture compliquée.
Pourtant l'idée est bonne, partant des spoliations et pillages dans L Histoire, on suit des personnalités , des faits historiques, des guerres... Et on perd très vite l'intérêt de l'histoire.
Peut être un essai historique aurait eu plus 'intérêt, qu'un roman noyé dans l'étalage des connaissances historiques.
Bref immense déception.
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Extraordinaire, passionnante et immense fresque romanesque que ce nouveau livre de Emmanuelle Favier En compagnie d'héroïnes tressaillantes et courageuses, la stupéfiante résistante Rose Valland, Mme de Sévigné et ses descendantes, Marguerite Yourcenar, et bien d'autres, de salauds comme Goering, de héros ambivalents tels Malraux et Stendhal, de grandes figures des musées, on assiste à la spoliation des oeuvres d'art durant 2 siècles en Europe avec quelques incursions en Asie et en Afrique. Un roman d'une immense culture à travers les archives et les musées de l'Europe (quel travail documentaire !). Une traversée par Paris, Dresde, Berlin, Venise, Sébastopol, la Bretagne, Washington, Saint-Pétersbourg, ... Une épopée à travers 2 siècles de guerres et de "furher" européennes.
On retrouve à nouveau l'écriture puissante et vibrante d'Emmanuelle Favier, qui m'avait marquée dès son premier roman, le courage qu'il faut aux rivières.
Par-delà ces superlatifs, ce roman opère un remarquable panoramique en profondeur (oui, c'est possible, la preuve avec ce roman) de l'histoire somme toute pas si connue de la spoliation des oeuvres d'art et des livres — particulièrement des artistes, des collectionneurs, des particuliers de confession ou d'origine juive — sous les différents totalitarismes (nazi, stalinien) et pose un regard très précis sur le projet toujours à l'oeuvre derrière : en s'appropriant art et culture, on veut nier et faire disparaître, en détruisant et volant leur culture, des peuples entiers.
On assiste évidemment à l'un des autodafés de 1933, celui de Berlin. Mais il s'agit aussi d'un immense déménagement par trains entiers à travers l'Europe, jusqu'à la fin de la 2e guerre.
Roman difficile à lâcher, qui emporte dans le tourbillon de l'Histoire avec des femmes debout, au service de la culture, la nôtre à toutes et tous, de mots et de toiles.
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La somme de travail nécessaire à l'écriture de ce roman force l'admiration. Trois années de recherches historiques aboutissent à une suite d'évènements ayant trait à la spoliation des oeuvres d'art en Europe au cours des deux derniers siècles. Leurs actrices et acteurs, volontaires ou non, se succèdent à la barre comme autant de témoins de l'appétit insatiables d'amateurs, de voleurs et de pilleurs de richesses artistiques du vieux continent. le coffret qui se promène au fil des invasions et des changements de propriétaire sert de repère dans une forêt où l'on se perd quelque peu. La multiplication des digressions, riches de renseignements, rend parfois difficile le suivi du corpus principal. Certains pans de l'histoire contemporaine sont dévoilés et font froid dans le dos, notamment le pillage organisé par l'Allemagne nazie et son Maréchal Goering, collectionneur compulsif. La ténacité d'une préposée permettra de retrouver des trésors en des lieux improbables, la restitution de biens à leurs propriétaires initiaux ne sera pas une mince affaire, la légendaire lourdeur administrative française se chargeant de compliquer, si besoin était, une tâche déjà fort ardue.
Moins d'éléments aurait permis une plus grande fluidité dans le suivi des péripéties générationnelles. La transmission est le mot-clé de ce texte foisonnant, de savoir, d'objets, de sensibilités et de non-dits. Les secrets ne sont pas toujours là où l'on pense qu'ils peuvent être.
Cet ouvrage est à lire de manière assidue, sous peine de perdre le fil.
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Ah bah voilà ! Ça c'est de la littérature !
Romanesque, très bien écrit, érudit sans être pompeux et même plutôt drôle. Une histoire de l'art dans la guerre, une saga familiale, une réflexion sur la transmission, la justice et la mémoire, ce docu-roman est tout cela à la fois. Il s'essouffle un peu vers la fin une fois que les mystères des tumultueuses aventures du manuscrit de Sophie sont résolues par Mathilde,la dernière héroïne; mais tout ce qui précède est réellement passionnant. Merci à Emmanuelle Favier de m'avoir fait découvrir sous un nouveau jour Sophie de Ségur dont la lecture de quelques romans en bibliothèque rose ne n'avait pas laissé un souvenir impérissable ; et surtout ce formidable personnage de Rose Vallant, grande résistante au service de l'Art.
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Le grand plaisir de lecture d'une fresque historique romancée nous saisit. Voilà un voyage sur deux siècles sur le sujet des spoliations d'oeuvres d'art. Il nous conduit partout en Europe et nous fait rencontrer des personnages souvent remarquables et héroïques et des individus très connus au comportement très douteux et parfois peu recommandables. Une découverte étonnante dans un style remarquable et riche. Une plume alerte et humoristique qui associe parfois le lecteur. Une approche psychologique sensible des héros qui les rend très attachants. Une remise à l'honneur d'auteurs qu'il serait criminel d'oublier et enfin une intrigue élégante prétexte à ce grand voyage qui, grâce à sa finesse, nous évite les lourdeurs d'un roman policier facile.
Un plaisir rare.
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Mal noter un roman sur lequel je sens qu'un auteur a fait un travail phénoménal me met mal à l'aise et me donne le sentiment de commettre une injustice. D'autant qu'ici je suis complètement admiratif de l'ambition déployée dans La Part des cendres par Emmanuelle Favier et de l'érudition dont elle a fait preuve.
Aussi plutôt que de critiquer le roman, je vais plutôt dire pourquoi je n'ai pas accroché.

Je me suis perdu dans la foule des événements relatés, je n'ai pas réussi à sauter aussi agilement que je l'aurais souhaité d'un pays à l'autre, de faire des bonds dans le temps, de faire le tri avec aisance entre les personnages fictifs et réels.
Je me suis tellement noyé que j'ai même souvent perdu le fil rouge illustrant le sujet de la transmission et symbolisé par un coffret que l'on suit depuis le moment où Sophie Rostopchine, future comtesse De Ségur, y a caché son journal intime, et qui réapparaît 200 ans plus tard après avoir connu plusieurs propriétaires.
Bref, cette abondance et cette richesse m'ont donné le tournis.

J'ajouterai à cela que je me suis épuisé à devoir rechercher dans un dictionnaire une moyenne d'une dizaine de mots par page, mots appartenant aux jargons de métiers n'existant plus ou techniques inconnues du profane, mots surannés, voire carrément archaïques, etc. Là aussi un excès dans l'écriture, fort belle au demeurant mais à la limite de la sophistication.

Emmanuelle Favier est une autrice de talent, bourrée de qualités, disposant de grandes capacités , mais qui, à mon humble avis, gagnerait peut être à plus de tempérance.

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C'est un pavé dans tous les sens du terme, 550 pages denses ; et qui ne peut se lire que doucement tant les références à la grande littérature et évidemment à L Histoire sont profondes. L'écriture est riche, en ce qui me concerne, le dictionnaire m'a été très utile, sans être ennuyeuse au contraire. le fil rouge tout au long permet de rester en éveil.
Une très belle fresque
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