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Citations sur Magnus (133)

Elle n’a plus hésité à se lancer à son tour dans la lecture du roman, la curiosité aiguisant sa connaissance imparfaite de l’espagnol. Le récit l’a déconcertée, tous les personnages n’étant que des âmes en souffrance ballottées dans le vide, entretissant des lambeaux de dialogues, une farandole échappée d’outre-tombe et errant à la façon de feux follets dans la longue nuit blanche de Comala. Est-ce ainsi que nous parlent les morts ? s’est-elle alors demandé. Terence a répondu obliquement, disant qu’ainsi parle notre mémoire, en un ressassement continu, mais si bas, si confus, comme celui du sang dans nos veines qu’on ne l’entend pas. On l’entend d’autant moins qu’on ne l’écoute pas. 
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Les contraires s'entremêlent, le désir tourne entre l'ici et l'ailleurs et le présent vibre dans une douce excitation, tendu entre le révolu et l'inconnu.
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C’est dans ses bras à lui, contre son corps qu’elle n'a jamais dénudé, jamais étreint ni caressé, qu’elle veut mourir. Seuls la tendresse et le silence de ce corps d’homme demeuré inaccessible à son désir, son frère époux, son âme frère peuvent l’aider à rendre les armes, à passer sans effroi ni colère dans l’inconnu de la mort. Contre le corps de son amant, elle n’y parviendrait pas, elle éprouvait trop de révolte et de souffrance. Or elle veut pouvoir consentir à l’inéluctable, l’affronter en combat singulier. Elle veut réussir à honorer sa mort.
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Mais il y a des livres écrits de telle sorte que, parfois, ils
font sur certains lecteurs un effet semblable à celui de ces gros coquillages
que l’on presse contre son oreille, et soudain on entend la rumeur de son sang
mugir en sourdine dans la conque. Le bruit de l’océan, le bruit du vent, le
bruit de notre propre cœur. Un bruissement de limbes. Adam a lu ce livre, qui à
d’autres ne raconte qu’une histoire étrange, confuse, dont ils ne franchissent
pas le seuil, et le livre se sera posé contre son oreille ; un livre en
creux, en douve, en abîme, où une nuée d’échos se sera mise à chuchoter.
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Livres 4.00/5Par Eve-Yeshe le 09/06/2014


C'est l'histoire d'un enfant âgé de cinq ans quand on fait sa connaissance. Il a été très malade, a failli mourir du typhus, dont il a gardé comme séquelle une amnésie complète de tout ce qui s'est passé avant. Sa mère Théa Dunkeltal l'a ramené à la vie et lui a appris avec patience toute l'histoire de son illustre famille et lui a réappris l'allemand.
Le mari de Théa est un adorateur d'Hitler, directeur d'hôpital et ses deux Frères Franz et Georg sont morts à la guerre de manière illustre, c'est pourquoi elle a donné à l'enfant le prénom de Franz-Georg.
L'autre personnage important du roman est Magnus, un ours marron clair dont l'une des deux oreilles en cuir porte une trace de brûlure et sent toujours le roussi. Cet ours appartient à l'enfant qui ne veut pas s'en séparer alors que Théa ne semble pas l'aimer.
Il tient beaucoup à ses parents et son père Clemens, le fascine : il est médecin dans un hôpital et les patients viennent de loin pour le consulter, donc il doit être quelqu'un d'important. Et le soir parfois il chante des airs de Bach ou Schubert de sa belle voix de Baryton basse tandis que Théa l'accompagne au piano. C'est un moment heureux car le reste de temps, ce père souvent absent se désintéresse de l'enfant trop rêveur donc pour lui, paresseux.
Peu à peu, l'atmosphère devient lourde à la maison, et ses parents changent plusieurs fois de nom et le père finit par fuir au Mexique. On comprend alors, que le brillant médecin est en fait le directeur d'un camp de concentration, pas uniquement en admiration pour le régime Nazi, il en a été en fait une personnalité importante et il sera jugé pour crime de guerre (alors qu'il a fui au Mexique).
L'enfant entend avec horreur tout ce qui se dit sur son père et sur ceux qui étaient leurs amis avant alors que sa mère reste obstinément dans le déni. Ce sont des mensonges, les photos sont truquées. Elle s'accroche a ses chimères quand elle apprend que Clemens est mort. Dés cet instant plus rien ne l'intéresse et elle confie l'enfant à son frère Lothar, pasteur qui a fui en Angleterre pour échapper aux persécutions Nazies et dont la femme Hannelore est juive.
Une nouvelle vie va commencer pour lui, avec un changement de nom : il prend le nom de famille de son oncle et devient Adam Schmalker. Grâce à Lothar il apprend qui était réellement Clemens Dunkeltal et sa famille. Est-ce que le changement de nom suffit pour avoir une nouvelle vie ?




Ce que j'en pense :

C'est le premier roman de Sylvie Germain que je lis. Cela fait des mois que j'attends que son livre « Petites scènes capitales » soit disponible à la médiathèque et pour patienter j'ai choisi de lire « Magnus ».
L'auteure nous raconte toute l'histoire d'Adam, cette enfance bizarre sous le règne du mensonge, sa deuxième vie chez Lothar où il apprend l'anglais et encore plus rapidement l'Espagnol qu'il adore, et poursuit ses études, avec ses premiers émois d'adolescent, son premier baiser avec Peggy Bell. Il ne se sent quand même pas le fils de la maison. Il a honte de ses parents à qui il ressemble si peu physiquement Dévoiler le texte masqué
L'auteure nous présente l'histoire d'Adam de façon très originale ; elle alterne les « fragments » de sa vie avec des renseignements historiques, ou légendaires qu'elle appelle « notule », des extraits de poèmes appelée « séquences » et enfin les « résonnances », échos des réflexions du fragment précédent. Cela rend le livre plus léger et elle commence par le fragment 2, pour nous présenter le Fragment 1 quand on est prêt à entendre le début de la vie d'Adam, au bout de presque cent pages.
L'ours Magnus tient une place importante. On ne sait pas qui s'appelle Magnus, lui ou l'enfant, car les lettres sont brodées sur un foulard noué autour du cou de l'ours. Il est le lien avec sa vraie mère et détient peut-être la clé de son identité.
Il y a un hommage rendu aux Lettres dans le roman : c'est après avoir lu un livre écrit en espagnol, que May lui a prêté, qu'il se perd dans le désert Mexicain et frôle la mort : expérience initiatique ; mais aussi l'auteure cite, dans ses « séquences », des poèmes de Supervielle ou Thomas Hardy pour ne citer qu'eux.
La musique tient aussi une place importante : la vraie musique avec le moment de communion entre Adam et Clemens quand il chantait Bach ou Schubert. Mais est-ce seulement pour ce moment magique que Sylvie Germain insiste autant ? Et le musique des mots qu'elle emploie.
Elle réussit à introduire un article qu'Hannah Arendt lors du procès d'Eichmann et son idée de « la banalité du mal » pour expliquer au passage que ces Nazis étaient férus de musique, de poésie, de peinture tout en étant inconscients d'avoir fait quelque chose de mal et se disaient « non coupable » en le croyant vraiment. Donc, une réflexion sur le bien et le mal et la limite ténue entre les deux qui peut être si facilement franchie si l'on n'y prend pas garde.
Un beau roman, bien construit, bien écrit qui nous réserve des surprises jusqu'à la fin. Un bémol quand même : c'est justement la fin qui n'en est pas une et me laisse perplexe. Sinon, il fait monter plein d'émotions car, on les voit, ces personnages, tant ils sont authentiques et paraissent crédibles avec leurs forces et leurs faiblesses.

Note : 8/10


Lien : http://eveyeshe.canalblog.com/archives/2014/06/09/30045446.html
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« I have a dream ». Les rêves sont faits pour entrer dans la réalité, en s’y engouffrant avec brutalité si besoin est. Ils sont faits pour y ré insuffler de l’énergie, de la lumière, de l’inédit, quand elle s’embourbe dans la médiocrité, dans la laideur et la bêtise. P 128
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laisser le temps se décanter, jour après jour, heure par heure. C'est une activité semblable à celle de l'érosion, ou de la formation d'aiguilles de glace dans une grotte; une activité qui exige une folie de patience, de concentration, de décapage de la pensée. De dénudement de soi.
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Mais non, l'espagnol n'est pas la langue de cette terre, elle n'est pas originelle, elle est venue s'y plaquer il y a juste une poignée de siècles, par la violence des armes. Une langue plus ancienne gémit sous les pierres, la poussière. La langue des vaincus, demeurée coriace, rebelle.
( Commentaire : que de mots justes sur la colonisation et tout ce qu'elle peut détruire ! )
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"Magnus aime ces périodes de désordre et d'incertitude qui précèdent les déménagements, le temps se désheure, l'espace familier est bouleversé, les habitudes bousculées. De jour en jour les objets disparaissent dans des cartons, et les caisses s'amoncellent le long des murs de l'appartement. Le lieu que l'on s'apprête à quitter se pare soudain du charme de la nostalgie tandis que croît la curiosité pour le nouveau pays où l'on va s'installer ; les contraires s'entremêlent, le désir tourne entre l'ici et l'ailleurs et les présent vibre dans une douce excitation, tendu entre le révolu et l'inconnu."
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Voilà donc à quoi se résume une vie, un corps qui fut si ardemment en marche, bruissant de paroles, de rires et de cris, mû par d'innombrables projets, d'insatiables désirs : une poignée de cendres blêmes solubles dans le vent.
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