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EAN : 9782207159811
208 pages
Denoël (06/02/2020)
4.27/5   70 notes
Résumé :
«10 minutes de Schubert = 5 mg d’Oxynorm.
Mme Kessler est assise dans son fauteuil toute droite, avec son bras offert aux soins et, tandis que je joue pour elle en boucle le thème de l’andante du Trio op. 100 de Schubert, la lumière sur son visage est si intense qu’elle irradie en un flot étincelant toute la pièce, les infirmières et moi-même. Dehors, le chêne aux larges branches en reçoit lui aussi abondamment.»
Lorsqu’elle n’est pas en concert à trav... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Dans un Ehpad d'Ile de France en 2012, le son du violoncelle de Claire Oppert calme miraculeusement une patiente atteinte de démence sénile qui refusait avec violence de se laisser soigner. Une infirmière s'exclame : « Il faudra absolument revenir pour le pansement Schubert. » C'est ainsi que débute pour la concertiste et enseignante un tout nouveau parcours : elle accompagnera une équipe médicale dans une étude clinique sur l'effet de la musique vivante sur la douleur et l'anxiété des malades, elle se formera à l'art-thérapie, et elle jouera désormais régulièrement du violoncelle auprès d'autistes profonds, en gériatrie et en soins palliatifs. Ce livre est le récit de sa bouleversante expérience.


Dès les premières lignes, l'émotion assaille le lecteur. Elle ne va plus le quitter, brouillant bien des pages dans les larmes. Et c'est le coeur chaviré que, tout au long d'une narration tissée de délicate sobriété, d'instants de poésie et, toujours, d'une empathie pleine de respect, l'on accompagne Claire Oppert dans ses rencontres, rendues si singulières et prodigieuses par la musique, au plus profond de la souffrance qui baigne certains services hospitaliers. Qu'il s'agisse de ces jeunes autistes profonds avec qui la musique permet pour la première fois de communiquer, de ces personnes âgées atteintes de démence qu'un air apaise ou relie à elles-mêmes et à leurs souvenirs les plus chers, de ces patients en fin de vie qu'une mélodie distrait de leur douleur et de leur peur, et même de ces mourants dans le coma dont la respiration soudain amplifiée et la chair de poule expriment les dernières émotions palpables quand vibre pour eux le violoncelle, chaque fois l'on est autant ému qu'impressionné par ces instants de grâce, volés, à travers la musique, à la souffrance et à la mort, quand plus rien d'autre ne peut apaiser ni réconforter.


« La musique rejoint l'être humain dans sa dimension vivante et intacte ». « C'est une irruption salvatrice qui convoque le noyau profond en nous, inaltéré et rayonnant, malgré le morcellement de la maladie grave, malgré la démence, la douleur et la mort. » « [Ce noyau qui] est le support de la Vie, [qui] est la Vie », la musique nous y relie, miraculeusement. En tous les cas, les neurosciences ont démontré que, par un phénomène de contre-stimulation sensorielle, elle diminue la perception de la douleur et atténue l'anxiété des malades, répercutant ces bienfaits sur les équipes soignantes et sur les proches.


Traversé par une intense émotion, l'on ne peut qu'applaudir et s'incliner bien bas devant cette admirable expérience musicale et humaine. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Les larmes ont coulé quelques fois, perlé souvent.
Ce livre témoin m'a bouleversé, remué, ébloui.
Claire Oppert a touché ce noyau profond en moi, qui « nous est commun.
Il rayonne en nous, entre nous, par nous. »
Elle se souvient à quatorze ans, après son premier concert, de cette femme, qui lui dit « Si vous aviez été médecin vous m'auriez guérie. »
Ces paroles prémonitoires provoquent une onde de choc chez la jeune musicienne. Une vague déferle en elle, se coule lentement au fond de son âme. Intuition fondatrice, confirmation d'un coup de foudre pour le violoncelle, éprouvé à huit ans. Elle reconnaît au premier son, son instrument de toujours, plus tard un violoncelle italien de 1749.
La concertiste est à sa juste place, au chevet de ceux que l'on nomme autistes profonds, résidents d'EHPAD, patients déments, malades douloureux en fin de vie.
Elle applique son Pansement Schubert, elle sait quelle pièce convient à la situation, à la demande muette, au regard éloquent. Cette fois-là, le cygne de Saint-Saëns survole l'espace à l'heure de la sieste, après avoir éteint la télé et salué le grand chêne à l'entrée de la résidence.
Les corps se réveillent, les mains applaudissent, les mots fusent, poèmes spontanés et les aides-soignantes sourient. Les vibrations de l'instrument entrent en résonance avec les vibrations profondes de l'être. Les sons-amis réunissent les parties éclatées des souffrants.
« Ça fait du bien aux problèmes. »
Claire Oppert fait du bien partout, accompagne jusqu'au dernier souffle, lorsqu'elle anime et apaise la parcelle de vie intacte dans chaque corps abîmé. Elle fait merveille.
La musique soulage et calme les personnes malades, leurs familles et les soignants. le Pansement Schubert est devenu méthode aux effets objectivés. Une étude sur 112 patients observe une diminution de la douleur de 10 à 50%. Les effets positifs sur l'anxiété sont évalués à 90% et montent à 100% sur les soignants. Les rencontres musicales à visée thérapeutique ont une action avérée. L'art-thérapeute a complété sa démarche intuitive par une formation pour mesurer une possible amélioration des symptômes des patients.
Mais le succès de cette approche non médicamenteuse tient également à un partage d'émotions non quantifiable, lors de l'unisson entre musique, souffrance et soin. L'apport de ces subjectivités mêlées est ô combien précieux.
L'auteure livre un peu d'elle-même en quelques pages brèves, respiration entre les moments musicaux, "lieu de mémoire propice à l'émergence des souvenirs". Elle met également des mots lumineux sur les effets de la musique, textes courts livrés en italique, lorsqu'elle oeuvre en unité de soins palliatifs. La musicienne jongle avec les mots comme elle module les notes, avec un talent rare et nous donne une narration multicolore, symphonique, dirais-je. Je ne compte plus les cordes à son archet.

Je me souviendrai à jamais de vous, Claire Oppert, musicothérapeute géniale et sensible. Je vous ai écoutée à la radio, je vous ai lue, je vous ai "vue" près d'elles et eux, j'ai gouté ces morceaux choisis bénéfiques aux âmes en peine.
Que vibre le Pansement Schubert dans tous les lieux de soins.


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Dès qu'il s'agit de Schubert, mon esprit est en éveil car sa musique m'enchante et me transporte. C'est donc sans hésitation que j'ai choisi le récit de Claire Oppert, présenté dans ma librairie habituelle.
Et ce n'est pas un hasard si c'est en priorité avec la musique de Schubert que l'auteure exerce son oeuvre magnifique de musicienne art-thérapeute. Grâce à la magie des morceaux choisis pour son violoncelle, elle réussit à apprivoiser les autistes gravement atteints, à adoucir la souffrance des malades en fin de vie, à réveiller les souvenirs enfuis des pensionnaires des Ephad.
La passion de Claire Oppert pour son instrument-ami, son pouvoir d'alléger la douleur, sa grande générosité et humanité méritent amplement de la lire et de la faire mieux connaître.
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Si vous allez dans une pharmacie et que vous demandez un pansement Schubert, il y a peu de chances que votre demande soit comprise et satisfaite. Et pourtant, il existe bel et bien grâce à Claire Oppert et son violoncelle. Il s'agit en effet d'une forme différente de soin qui rejoint la personne au plus profond de son âme, de son coeur, de sa vie, y compris et peut-être même surtout quand elle ne tient plus qu'à un fil.
Dans ce récit, Claire Oppert partage avec nous quelques instants de vie vécus au chevet de personnes en fin de vie, de malades douloureux, d'autistes ou de ceux que l'on nomme les déments. J'ai été tellement touchée par ses mots, l'humanité qui se dégage de ces pages. « Paul sourit maintenant. C'est une lumière de sourire, telle ombre claire, qui illumine subtilement l'orage de son front et le bleu de son regard. Il laisse son tube et s'assied de nouveau près de moi. Il est calme. Il pose sa joue droite et ses deux mains à plat sur la table du violoncelle. Il chante, je crois. »
Pour avoir consacré 13 ans de ma vie à l'accompagnement de personnes âgées isolées, je suis intimement convaincue de la puissance de l'écoute, de l'empathie, du prendre soin autrement qu'avec des protocoles médicamenteux.
Merci Isabelle de m'avoir offert ce livre qui résonne fort en moi.
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"Chère merveilleuse Claire, merci ! 💗
Votre récit est une "splendeur" qui atteint le "soubassement de la vie", un ferment de germination, il gonfle le coeur, nous soulève, redonne confiance dans l'humanité !

- le fan de l'art thérapie trouvera dans ce petit livre (190 pages), une formidable confirmation du pouvoir de la musique au travers la description de quelques séances mémorables, en contrepoint avec des portraits souvenirs, champs de forces qui structure une vie.
- le lecteur de roman, une histoire extraordinaire,
- le passionné de thriller, une tension à couper le souffle,
- L'amoureux de poésie, une langue d'une beauté bouleversante,
- le musicien, une partition où succèdent les forte, piano, andante, allegro d'une parole sculptée de l'intérieure par la musique,
- le scientifique, des faits incontestables comme source d'inspiration pour ses recherches,
- Celui, ouvert sur d'autres dimensions de la vie, une porte vers les étoiles,
- le commun des mortels qui ne rentrent pas dans ces catégories, comme moi, y verra le témoignage hallucinant d'une personne humble profonde, et vraie, qui s'enracine dans une série d'expériences fondatrices de sa petite enfance, "Confiance et gratitude devant la splendeur des choses, comme soubassement de la vie", puis à 6 ans "le coup de foudre plus fort que le tonnerre" pour le violoncelle, à 14 ans à l'issue de son premier concert "l'onde de choc du commentaire d'une veille Dame qui dit avoir été guérie"...

Je crois bien n'avoir jamais autant pleuré à la lecture d'un ouvrage... Peut-être parce que l'écoute dont vous avez le don nous ouvre les portes de de notre propre humanité.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Dans un coin de l’Espace, une femme hurle et se débat. Deux infirmières s’agitent autour d’elle, la maintenant fermement pour l’empêcher de tomber de son fauteuil, tout en parant ses attaques.
Elles doivent absolument refaire le pansement de Mme Kessler. La plaie de son bras droit est purulente.
Je ne peux pas deviner son visage caché par le profil des infirmières aux sourcils froncés et aux gestes tendus. Lorsqu’elle cesse de crier, elle tente de les mordre.
Je ne sais pas ce qui me pousse à m’arrêter devant elle. Je ne prononce pas une parole. Je m’assieds et lui joue au violoncelle le thème de l’andante du Trio op. 100 de Schubert.
Il se passe trois secondes à peine, deux mesures peut-être, et son bras se détend. Il s’abandonne d’un coup. Les cris cessent, le calme revient dans la pièce. Je peux observer alors son visage, regard étonné, et à ses lèvres une ébauche de sourire.
Je joue peu ce jour-là, tant le pansement est rapide. C’est plus qu’une surprise, comme un prodige. Je vois les infirmières sourire à leur tour, l’une d’elles rit même et me dit : « Il faudra absolument revenir pour le pansement Schubert. »
C’est joliment tourné, tout à fait adéquat. L’expression est née ainsi et elle est restée par la suite.
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La maladie grave est une expérience de délogement de soi. Elle assaille le corps, enchaîne les pertes successives. Elle conteste à la personne son pouvoir d’agir sur elle-même. Elle la laisse dépourvue, étrangère à elle-même, sans demeure stable ni identifiée.
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Je joue Schubert en ouverture, le thème de l'andante du Trio op.100. La voix chaude, ronde et plaintive du violoncelle vibre jusque dans chaque recoin de la pièce. L'une des soignantes s'est mise à chantonner. Elle ajuste son aiguille et touche doucement le bras du patient, qui se crispe. Mais Schubert chante et la mélodie plonge quelques mesures dans les graves en roulant comme les vagues de la mer. L'infirmière approche la seringue du bras bleu d'hématomes. Au moment où elle enfonce l'aiguille d'un geste précis, Schubert ondule avec souplesse et regagne les aigus. Le malade, au lieu de hurler la veille, se met à chanter lui aussi et à diriger de la main droite. Les infirmières se regardent et éclatent de rire. Le sang coule rapidement dans le petit tube. Le patient, devenu chef inspiré, conduit d'un geste ample mon violoncelle, son orchestre. Son visage se détend, ses yeux pétillent.
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En revenant la semaine suivante, je le trouve gravement altéré. Il est étendu sur son lit, corps marbré, visage dissimulé sous un masque à oxygène. Il est inconscient depuis la veille, ses bras reposent sur sa poitrine. On dirait qu’il attend calmement. Pourtant, quand je lui joue les premières notes de Gabriel Fauré, sa respiration s’amplifie massivement. Le tempo d’Après un rêve s’accorde à son souffle qui s’élargit peu à peu. Je suis entrée dans le rythme de sa respiration. J’ai ce privilège. Son souffle se mêle au chant de mon violoncelle. Il n’y a plus dans la chambre que nos deux respirations qui s’accordent mystérieusement sur la mélodie. Pulsation commune.
Quand je m’arrête de jouer, je constate que ses bras sont couverts de chair de poule. Après un rêve.
C ‘est notre dernier dialogue. Il meurt le jour même, une heure à peine après que j’ai quitté la chambre.
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Elle est arrivée environ un an après moi dans le centre. Jusque-là, elle était restée dans un hôpital psychiatrique, attachée pendant deux années, et ces derniers mois assommée de neuroleptiques surpuissants. Howard nous raconte comment il l’a sortie de l’hôpital, après de nombreuses et rocambolesques démarches. (…)
Le matin de son arrivée, Amélia est lâchée dans l’institution. C’est Howard qui l’a dit : lâchée. Je ne suis pas présente ce jour-là, mais j’apprends à mon retour qu’elle a tout détruit, avec un extincteur arraché du mur. Deux jours de travaux ont par la suite fermé les portes du centre Adam Shelton. (…)
Deux ans après son arrivée, Amélia est métamorphosée. Howard accroche sur le tableau de l’institution une photo envoyée par sa mère : on la voit assise, au milieu de toute sa famille, souriante, à côté d’un arbre de Noël. [Amélia est autiste]
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