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Critiques sur Le consentement (60)
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michfred
  02 janvier 2020
Le consentement n'est pas un témoignage de plus  sur les ravages de la pédophilie.

Il n'est pas non plus la dénonciation à scandale d'un prédateur sexuel célèbre et même célébré,  doublé d'un pervers narcissique , que son prix Renaudot a récemment remis sur le devant de la scène littéraire après un sérieux purgatoire médiatique.

 Il ne surfe pas sur la lame de fond d'une très récente libération de la parole des victimes d'abus sexuels.

Le consentement est d'abord un livre.
Très bien écrit, très bien pensé, très bien "envoyé".

  Le consentement est  un tombeau  et une réhabilitation.

Le tombeau littéraire d'un ogre qui a voulu se faire passer pour prince charmant.

Le tombeau d'une époque où dans les milieux artistiques,  au nom du "jouir sans entrave " cher à 68, on a bien  voulu confondre la liberté sexuelle des adolescents avec l'impunité triomphale des adultes qui en tiraient profit.

Le tombeau de cette impitoyable condamnation des victimes au nom d'un "consentement" qui les voue -ou les vouait ?- au silence, à l'opprobre , au mieux à  ĺ'incrédulité. 

Le tombeau,  aussi , de ces livres que nous lisons, aimons, dévorons, et qui sont parfois le pire des poisons,quand ils ne deviennent pas des instruments de torture, des armes létales qui renvoient toute réalité au rang de pure fiction.

Prologue brillant, epilogue magistral,  le Consentement, écrit sans le moindre voyeurisme (amateurs de témoignages graveleux passez votre chemin!), dans une langue toute classique est truffé de références litteraires entre lesquelles , comme dans une galerie des glaces, la jeune V.se faufile comme une petite Alice au pays des horreurs.

Car il s'agit pour elle de retrouver qui elle est dans ce pays de faux-semblants où les présidents de la République sont les garants de moralité des abuseurs d'enfants, où les plus grands philosophes se font les avocats du Diable , où ĺes animateurs les plus connus reçoivent avec les honneurs le Loup escorté de son petit Chaperon rouge de service.

 Il s'agit pour l'ecrivain Vanessa S.  de  réhabiliter la petite nymphette V. aux yeux du monde et surtout à ses propres yeux. Il s'agit pour celle dont un manipulateur sans scrupule a fait son objet sexuel pour sa plus grande gloire littéraire, de prendre,  après s'être réconciliée avec les livres trompeurs -elle est devenue directrice d'une grande maison d'édition- les mêmes armes que lui pour lui donner enfin l'estocade finale.

Se réhabiliter,  réhabiliter les livres et réhabiliter Le  Livre comme parole empreinte de vérité.

 Pour effacer enfin l'emprise et  l'empreinte jusqu'alors indélébiles qui la souillaient.

Mission accomplie. La petite V.peut recoudre comme Peter Pan son ombre au talon blessé de son enfance.  

Bravo,  Vanessa S.

Une seule femme, Denise Bombardier, auteure québécoise,    avait osé, en 1990 , vous défendre en "apostrophant" vigoureusement votre bourreau. J'ose espérer qu'elles seront unanimes à vous défendre en lisant votre très beau livre qui fait honneur à la littérature.
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Jmlyr
  11 janvier 2020
Les critiques précédentes sont pour la plupart éloquentes, Je ne m'étendrai donc pas. Ce livre marque un avant et un après " l'affaire Matzneff", je n'en doute pas, et j'encourage toutes les victimes à parler, écrire, porter plainte si elles le peuvent, féminines ou masculines, avec la même intelligence, le même courage dont a fait preuve Vanessa Springora pour écrire ce livre.

Elle fait preuve d'une analyse implacable du processus de victimisation dont elle a été l'objet, elle écrit avec le recul de 30 ans de souffrance morale et physique, et probablement d'une immense réflexion, qui l'a amenée à témoigner.
Elle a énoncé les faits, simplement, avec pudeur et sincérité, et l'on ne peut que s'incliner face à son courage. Sa vie a été brisée comme celles de centaines de victimes de la manière la plus insidieuse qui soit, mais aujourd'hui, elle ne pouvait plus faire silence et continuer à se sentir salie, sa relation ancienne avec G.M. étalée et décortiquée dans ses écrits depuis des années.

Personne ne peut être au-dessus des lois en matière de pédophilie et rien ne peut justifier pareils actes.


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isabelleisapure
  05 janvier 2020
Je salue avant tout le courage qu'il a fallu à Vanessa Springora pour se livrer avec autant de pudeur et de franchise sur une relation qui l'a brisée.
Alors qu'elle avait à peine 14 ans, la jeune fille, on devrait plutôt dire la fillette, se retrouve sous la coupe d'un célèbre écrivain rencontré lors d'un dîner professionnel auquel elle assiste aux côtés de sa mère, attachée de presse pour une maison d'édition. L'adolescente, qui grandit avec sa mère est immédiatement captivée par l'aura de G. Évidemment, à cette époque, elle ignore que l'écrivain a publié plusieurs essais qui indiquent indubitablement la nature de ses désirs.
Comme tous les prédateur G choisi ses victimes avec soin, il connaît leurs faiblesses et en profite honteusement en espérant passer pour une âme charitable.
« Un père aux abonnés absents qui a laissé dans mon existence un vide insondable. Un goût prononcé pour la littérature. Une certaine précocité sexuelle, et surtout un immense besoin d'être regardée. »
Dès lors l'engrenage infernal s'enclenche, V va devenir la victime consentante de G. et tout le monde va trouver ça normal.
Cette relation malsaine est connue du tout Paris littéraire et journalistique.
Lors d'une célèbre émission littéraire, tous les participants saluent l'oeuvre de G et ne semblent nullement gênés que les héros de ses livres soient toujours des enfants. le célèbre présentateur de l'émission n'a à aucun moment semblé mal à l'aise face à son sulfureux invité.
Pour se défaire de cette emprise, V mettra des années, entre dépression et anorexie.
Ce livre n'est pas un énième document sur le viol, la pédophilie ou autres crimes dont sont victimes les enfants. C'est aussi un questionnement sur l'hypocrisie et la complaisance d'un certain milieu littéraire.
Pourquoi personne n'a rien dit ? Comment peut-on décerner un prix littéraire à un homme dont toute l'oeuvre est basée sur le récit de ses amours avec des enfants ?
Vanessa Spingora se pose la question : « Pourquoi une adolescente de quatorze ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente-six ans son ainé ?
Cent fois j'avais retourné cette question dans mon esprit, sans voir qu'elle était mal posée, dès le départ. Ce n'était pas mon attirance à moi qu'il fallait interroger, mais la sienne. »

Ce récit constitue un magnifique témoignage porté par une écriture claire, sobre et percutante qui lui donne encore plus de force.

Merci à NetGalley et aux Editions Grasset pour cette lecture.
#Leconsentement #NetGalleyFrance

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fabienne1809
  05 janvier 2020
Sitôt trouvé en ebook sitôt lu... mue par la nécessité de rendre justice à l'auteure et par ma profonde empathie pour cette victime d'un environnement culturel et d'une époque complaisante, où une certaine élite signe des pétitions en faveur de la dépénalisation des relations sexuelles entre mineurs et adultes.
Même si les signataires s'excusent plus tard de cette dérive et de cet aveuglement, G.M. lui ne baisse pas les armes. Les publications de celui-ci deviendront le pire instrument de trahison, présentant une oeuvre de fiction qu'il veut faire passer pour la réalité. L'auteure découvre que les livres peuvent devenir un piège dans lequel elle est enfermée. G.M. s'empare de son image et lui vole son âme.
L'auteure constate qu'en dehors des artistes, il n'y a que chez les prêtres qu'on a assisté à une telle impunité.
Avec cet ouvrage, Vanessa Springora se réapproprie son image. Elle démontre que la parole des victimes peut enfin se libérer.
Avec une très belle plume , Vanessa Springora entre directement dans la cour des grands.
Maintenant qu'elle est redevenue le sujet de sa propre histoire, Vanessa Springora pourra peut-être, dans le futur, poursuivre son oeuvre littéraire.
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oiseaulire
  02 janvier 2020
Témoignage autobiographique sur les relations destructrices d'une adolescente de quatorze ans piégée par la séduction mortifère d'un vieux beau de cinquante ans, écrivain estimé de sa génération et pédophile notoire.
C'est le récit d'une emprise : l'auteure n'aurait pas pu faire mieux pour poser les divers aspects de la notion de consentement.
De sa terrible expérience, relatée avec une grande authenticité, on ne peut que conclure qu' il est des circonstances où l'on peut accepter sans consentir.
Car le consentement se doit d'être éclairé. Et éclairé, il ne l'est jamais au-dessous d'un certain âge.
°°°°°°°°
Quelques personnes, rares il est vrai, ne veulent voir dans ce livre que l'expression d'un dépit amoureux, "une histoire d'amour qui finit mal". Je trouve cette appréciation choquante à plus d'un titre. D'abord, quand des faits sont criminels, et aussi clairement exposés, comment peut-on se permettre de juger la victime et non l'auteur des faits ? C'est toujours la bonne vieille suspicion envers la victime qui est en oeuvre dans ce jugement, surtout si cette victime est une femme. C'est la règle en matière de viol. Or nous ne sommes pas ici dans un tribunal, le lecteur n'est pas un juge, il n'a pas été tiré au sort comme juré.
Ensuite, comment est-il possible que ces personnes jugent une jeune fille de treize-quatorze ans apte psychologiquement à vivre une "histoire d'amour" avec un homme de cinquante ans ? Par quel manque d'empathie peuvent-elles mésestimer la souffrance occasionnée par cette prise de possession progressive d'une adolescente par un homme plus que mûr : emprise scolaire, puisqu'il lui faisait ses dissertations, emprise sur sa vie (il l'a détournée de la musique), éloignement de la normalité d'une fille de son âge coupée de ses camarades et exhibée lors de repas mondains à des heures où elle aurait dû être couchée, pratiques sexuelles intenses et d'une technicité repoussante pour son âge, et non celles de très jeunes gens découvrant la sexualité, mensonges répétés, tromperies. Le prédateur a enfermé cette gamine dans un univers glauque qu'elle n'avait pas la maturité suffisante pour évaluer pleinement et qui l'a mise en marge de ce qu'elle aurait dû vivre et qu'elle ne vivra plus jamais, les fameuses "coudées franches" dont parle Brassens dans "La petite fille et le père Noël". Un chagrin d'amour vraiment, alors qu'il l'a transformée en monstre à ses propres yeux ?
Reste qu'on peut penser ce qu'on veut. Mais qu'on ne s'étonne pas que Vanessa n'ait trouvé aucune aide à l'époque quand nous ne sommes même pas capables de comprendre ce qu'elle a vécu et qu'elle l'explique pourtant avec le recul suffisant pour y mettre des mots.
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Frederic524
  11 janvier 2020
V. a treize ans, l'âge des premiers émois, celui ou la sensibilité d'une toute jeune fille commence à fleurir au sortir de l'enfance. Elle est élevée seule par sa mère, son père étant inexistant ou presque dans sa vie. Nous sommes dans un dîner mondain où sa mère a été conviée. V. y voit un homme, le premier qui daigne s'intéresser à elle. Il s'appelle G., il a cinquante ans et c'est un intellectuel brillant ayant toutes ses entrées dans les milieux littéraires parisiens. Il est souvent invité par un certain Bernard Pivot qui lui dresse un tapis rouge à chacune de ses apparitions télévisuelles. V. ne sait pas ce qu'elle recherche, sans doute l'amour d'un père qu'elle n'a pas et puis, à treize ans, comment mettre des mots sur ce que l'on ressent ou pressent. G. est derrière l'image de l'écrivain connu, un véritable prédateur sexuel, un pédophile notoire qui multiplie les abus sexuels sur mineurs. Il pratique le tourisme sexuel et s'en vante dans ses « oeuvres », ses journaux intimes qui n'ont d'intimes que le nom car il vit de ces crimes commis contre l'enfance, l'adolescence.. car à treize ans, sait-on seulement ce qu'est être consentant.. Dans le milieu des années 80, à l'heure où une certaine gauche soixante huitarde célèbre Cohn Bendit et quelques autres dont G. qui souhaitent que la pédophilie soit reconnue et acceptée non seulement dans les cénacles et autres alcôves du pouvoir, mais aussi dans la société toute entière, Vanessa Springora se réapproprie son histoire ou bientôt plutôt son errance suite à l'indicible abus dont elle fût la jeune et innocente victime. Vanessa Springora, ce prénom et ce nom sont sur toutes les lèvres à l'heure de cette rentrée littéraire de janvier 2020. C'est en effet, un des livres importants de la rentrée et il s'appelle « le consentement« . Un autre nom fait la une mais pour des raisons diamétralement opposées à celles de Vanessa Springora : Gabriel Matzneff. Cet écrivain, intellectuel porter aux nues par toute une intelligentsia gauchiste soixante huitarde, est l'incarnation du prédateur sexuel, du pédophile qui prétend faire le bien autour de lui en ayant des relations sexuelles avec des mineur(e)s. Aucune trace de culpabilité, pas l'ombre d'un remord, rien sinon le déni chez lui du mal qu'il a occasionné du fait de ces abus sexuels en série. Celui qui s'enorgueillissait de faire du tourisme sexuel aux Philippines, en Thaïlande.. violant des petits garçons de 11 ans, est aujourd'hui, enfin, cloué au pilori. Vanessa Springora raconte avec une acuité saisissante l'emprise de G. sur elle. Ce dernier a abusé de l'innocence de celle qui n'était alors qu'une toute jeune adolescente de treize ans. le dégoût, la colère, la révolte, tous ces sentiments nous habitent durant cette lecture où Vanessa Springora ne nous épargne rien de son calvaire physique et psychique. Depuis l'irruption dans le monde médiatique du mouvement salutaire et courageux « #MeToo », la parole des victimes d'abus sexuels s'est libérée. C'est dans cette lignée de témoignages nécessaires que s'inscrit ce livre poignant, brûlot courageux contre ceux qui confondaient libération sexuelle avec les pratiques criminelles d'abus sexuels sur des mineures sans que le consentement de ces derniers ne soit à aucun moment mis en question. On en veut à cette mère qui n'a rien fait, à ce père absent, à ce philosophe, Cioran, qui lui conseille de rester avec G. parce qu'il est un artiste et que donc tout lui est permis. On est abasourdi par la répugnance de ce milieu intellectuel gauchiste à remettre en cause les pratiques de pédophiles protégés du fait de leur statut d'artiste. Un témoignage fort et nécessaire qui renverse les rôles. En osant briser cette loi du silence, Vanessa Springora signe un récit glaçant mais salvateur en signifiant que la seule victime dans cette histoire c'est elle, l'adolescente, qui fût broyée par cet être vil et infatué de lui-même, ce pervers narcissique pédophile. A lire absolument.
Lien : https://thedude524.com/2020/..
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Eve-Yeshe
  13 janvier 2020
Vanessa décide enfin de prendre la plume pour raconter ce qu'elle a vécu avec un écrivain longtemps (trop) encensé par les media. Nous sommes au milieu des années quatre-vingt !

Elle raconte son enfance entre un père, dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'il est parano : jaloux, possessif, maltraitant psychologiquement : une tache sur une nappe suffit à déclencher la violence, ou le fait de savoir qu'on a touché à ses livres (ils ne sont plus tout à fait à leur place, alors crise… (on est loin d'un TOC).

Vanessa a six ans quand le couple se sépare, il ne paye pas de pension, voit à peine sa fille, donc il s'ensuit un lien fusionnel mère fille, ce que je trouve curieux…

Elle se réfugie dans les livres car sa mère travaille dans une petite maison d'édition à l'époque, ce qui lui permet de rencontrer des écrivains, journalistes… « tout ce beau monde est cultivé, brillant, spirituel, et parfois célèbre ».

Un soir sa mère l'emmène à un dîner, avec quelques personnalités du monde littéraire » dont G. qui a déjà détecté en elle sa future proie. Elle est tellement à la recherche d'un substitut paternel, et tellement besoin d'être aimée qu'elle tombe dans ses filets. « La présence de cet homme est cosmique ». Elle a treize ans, il en a cinquante, c'est surtout cela qui est co(s)mique…

Elle pense être amoureuse, et être aimée de lui. En fait, elle aime l'idée d'être amoureuse, en quelque sorte « l'idéal de l'amour » alors qu'elle entièrement sous son influence. Elle accepte tout, les caresses d'un « vrai pro de l'amour », il la sodomise mais il lui apprend l'amour (en fait le sexe, mais elle confond les deux) tel un Pygmalion…

Comment résister à un homme qui écrit de si belles lettres d'amour ?

Vanessa Springora décrit très bien tout le processus de l'emprise que G. exerce sur elle, et le fait qu'elle n'en a pas conscience, puisqu'il lui dit qu'il l'aime, le lui écrit. Ils forment un « vrai couple » puisqu'ils font l'amour, se promènent mains dans la main, dans la rue. Il va même jusqu'à l'attendre pas loin du collège, sans se cacher !

L'homme la fascine et le fait qu'il soit un écrivain connu, c'est flatteur… Et puis, après tout, le tout-Paris intello sait qu'il aime sodomiser les petits garçons quand il va à Manille par exemple, mais on continuer à l'encenser, alors comment une gamine de quatorze ans pourrait-elle ne pas être subjuguée par l'aura du « Maître à la gueule de bonze…

Je comprends qu'il lui a fallu du temps pour comprendre que c'était un prédateur et qu'il se lasserait d'elle pour une proie plus jeune. Mais, je n'ai pas ressenti autant d'empathie que je m'attendais à en ressentir, à la lecture du résumé, et c'est très perturbant.

Cette lecture a déclenché chez moi un profond dégoût : vis-à-vis de G. dont je n'ai jamais lu un seul livre car ce personnage sulfureux m'a toujours donné envie de vomir et à changer de chaîne quand il était reçu en grande pompe à Apostrophe, un homme qui écrit et fait publier son journal avec tous les détails et dans lequel il fait figurer toutes les lettres d'amour que V. (et les autres, avant et après) lui a écrite et sans jamais leur demander leur avis.

« Vous voyez bien qu'il s'agit d'amour », voilà ce que suggère ce pervers qui a milité pour l'abaissement de la « majorité sexuelle » encore une escroquerie… Il a même été à l'origine d'une pétition dans ce sens et certains de ceux qui l'ont signée sont archi-connus. Il n'y a pas que dans l'Église que se cachent ces pourris. Il y aurait un grand ménage à faire car les prédateurs sexuels sont loin d'être une espère en voie de disparition.

D'autres choses m'ont profondément choquée dans ce livre : comment les parents de V. ont pu ne rien faire : le père a fait semblant d'essayer, mais la mère n'est pas nette du tout (pour moi elle est à enfermer pour non-assistance à personne en danger !) : elle laisse faire, on a l'impression à la fois qu'elle est jalouse, et aimerait être à la place de sa fille, mais aussi que c'est flatteur pour elle que G. s'intéresse à sa fille.

Cette mère ne reconnaîtra jamais qu'elle a eu tort : tout est de la faute, de V. de toute manière elle était en avance pour son âge, à quatorze ans !

Et Cioran qui dit à V. que si elle le quitte, ce pervers, il va avoir beaucoup de peine ! on rêve ? Ces intellos de gauche, soixante-huitards attardés sont vraiment à part !

Autre source de dégoût : c'était une autre époque ! ah bon, la pédophilie, parce que c'est quand même de cela qu'il s'agit, c'était normal ? L'exhiber dans les livres aussi ? il y a beaucoup de personnes qui auraient dû intervenir et n'ont rien fait.

Dernier malaise : quand le gynécologue lui propose une intervention chirurgicale pour un hymen trop serré, V. parle de viol ! en gros, elle a été violée par un scalpel, mais pas par G.

Néanmoins, c'est un ouvrage qu'il est important de lire, malgré de dégoût, pour bien comprendre le processus de l'emprise, et surtout, ce qui dans la vie d'une adolescente en mal d'amour, a pu conduire à une telle relation « bourreau victime ». Un pervers sait très bien détecter la faille qui fait une proie facile.

Pour terminer, je tire mon chapeau au magazine ELLE où il était interdit, dès les années 90 de prononcer le nom de cet « écrivain » alors que Bernard Pivot vient seulement de reconnaître qu'il n'aurait pas dû! François Busnel s'est excusé de l'avoir reçu une seule fois en disant que cette seule fois était déjà une de trop. Quant à l'éditeur, il vient juste de suspendre les ventes du « Journal »…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m'ont permis de lire ce livre et de découvrir son auteure dont la plume est intéressante…

#Leconsentement #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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musemania
  14 janvier 2020
Véritable raz-de-marée de la rentrée littéraire de janvier 2020, cette autobiographie attirera de nombreux lecteurs pour de bonnes ou moins bonnes raisons. Alors que le phénomène « #Me Too » poursuit sa route et offre au fil des mois de nouvelles révélations, « le consentement » est bien plus qu'un énième livre sur le sujet, comme tant d'autres publiés.

Comment ne pas être touchée par l'enfance et l'adolescence de Vanessa Springora, si seule, qui décrit sa jeunesse de manière si juste sans tomber dans l'exagération facile. Un père totalement absent, une mère choisissant les solutions de facilité et au milieu de cela une jeune fille qui doit faire ses gammes dans une vie, loin de la normalité. C'est sa mère proche du milieu littéraire des années 80 qui lui fera rencontrer notamment un écrivain, très apprécié de l'époque et de 34 ans son aîné ! L'auteure le surnomme G., ce dernier devenant son amant un an plus tard.

Pour ceux de ma génération mais aussi pour les plus jeunes, le nom de cet écrivain n'évoquait pas grand chose. Depuis l'annonce de la publication du présent livre, les articles à son sujet foisonnent. On y découvre un homme aimant les filles pré-pubères, voyageant de nombreuses fois en Malaisie pour avoir des relations sexuelles avec des petits garçons et tout ça à la vue et sus de tous, sans que cela ne scandalise ses contemporains ! Au contraire, il est invité sur de multiples plateaux de télévision et une seule personne (en l'écrivaine canadienne Denise Bombardier) ne s'est opposée à son discours ignoble notamment lors d'une émission de Bernard Pivot, «Apostrophe », en 1990. Que du contraire puisque le journaliste insiste lors de l'interview de G. sur son goût pour les minettes et les petits garçons ! le tout avec un ton taquin et des clins d'oeil complices!

Bien entendu, aujourd'hui, nous ne pouvons qu'être choqués par ce type de comportement. Pourtant, il garde son sérail de protecteurs et de mécènes le considérant, encore aujourd'hui, comme l'un des auteurs les plus doués de son temps. Pour ma part, je stipule que je n'ai lu aucun de ses livres et même si je pouvais lui trouver un quelconque talent, je trouverais odieux d'en faire son éloge et de lui crier louange.

Que sa vie personnelle ne concerne en rien sa vie professionnelle est une chose, mais la façon dont il en fait l'exposé dans ses livres me donne tout simplement l'envie de vomir. C'est comme si finalement, M. D., pédophile belge notoire de son état et meurtrier de nombreux enfants et jeunes filles belges, se mettait à écrire sa prose et que le monde littéraire se prosternait devant lui en lui reconnaissant du talent !…. La comparaison est facile et pourtant, on est dans le même domaine de l'abject.

Vanessa Springora ne règle pas ses comptes : elle met simplement des mots sur son vécu, sur les traumatismes dont elle a essayé de se défaire mais qui l'ont marquée au plus profond d'elle-même la traumatisant à tout jamais. Narcissique pervers, en plus de son emprise physique, G. s'est plu à la manipuler intellectuellement durant des mois afin d'exercer au mieux sa maîtrise sur la fragilité de Vanessa et en devenir son Pygmalion….

C'est un livre qui mérite d'être lu pour réveiller les consciences de ces biens-pensants et je suis contente de la déferlante médiatique qui l'entoure car les gens pourront comprendre toute la qualité qui entoure ce livre émouvant, légitime et fort.

Lu dans la cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2020, catégorie « Document » faisant partie de la sélection soumise au jury du mois de mars.
Lien : https://www.musemaniasbooks...
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jg69
  04 janvier 2020
" Prendre le chasseur à son propre piège, "l'enfermer dans un livre " pour sortir de ses rêves de meurtre et de vengeance "

1985. Vanessa (V. dans ce texte) a 13 ans. Après le départ d'un père caractériel et tyrannique V. vit une relation fusionnelle avec sa mère. Celle-ci travaille dans une petite maison d'édition qui occupe le bas de leur immeuble, très jeune V. côtoie écrivains, journalistes, éditeurs. Elle trouve refuge dans les livres pour combler le vide laissé par le départ de son père qui se désintéresse très vite d'elle.

Lors d'un dîner, elle rencontre G. un écrivain célèbre dont elle ignore la réputation sulfureuse. Envoutée pas sa voix, flattée par le regard qu'il porte sur elle et par l'intérêt voire le désir qu'elle imagine susciter chez lui V. se sent enfin jolie. Il la vouvoie, elle se sent soudain grande. Et voilà V. tombée dans le filet de l'écrivain au " sourire carnassier de grand fauve blond " qui peu de temps après ce dîner lui envoie une lettre lui déclarant son besoin impérieux de la revoir. Il parvient à la convaincre qu'il l'aime et V. succombe. Ils deviennent amants. Elle a 14 ans, lui la cinquantaine. La mère de V. ne s'oppose pas à cette relation et ne fera jamais rien pour y mettre fin.

Elle qui vit dans les livres qui lui " tiennent lieu de frères et soeurs, de compagnons de route, de tuteurs et d'amis" est fascinée par cet homme de lettres. Elle a le sentiment d'avoir été élue, d'avoir un professeur particulier dévoué à son éducation sexuelle, elle se voit devenir sa muse, elle est flattée d'être incarnée en héroïne de ses romans. " Par vénération aveugle de " l'écrivain " avec un grand E, je confonds dès lors l'homme et son statut d'artiste."

Au bout de plusieurs mois de relation, en lisant des livres qu'il a publiés, V. découvre que G. collectionne depuis toujours les amours avec des jeunes filles vierges et pratique le tourisme sexuel auprès de tout jeunes garçons à Manille. G. est en fait un prédateur sexuel manipulateur couvert par une partie du milieu littéraire de l'époque. Commence alors pour V. ce qu'elle nomme la déprise, il lui faut s'arracher à l'emprise de cet homme alors même qu'il va s'apprête à raconter leur histoire dans son prochain roman. Ensuite ce seront de longues années de reconstruction d'autant plus difficile pour elle que G. ne cessera jamais de tenter de maintenir son emprise sur elle en la harcelant directement et au travers de ses écrits allant même jusqu'à publier les lettres qu'elle lui a écrites...

Ce texte n'est pas un roman mais "un récit littéraire autobiographique" comme le définit l'auteure elle-même. Vanessa Spingora décortique d'une manière simple et efficace le mécanisme de l'emprise psychologique d'un homme d'une cinquantaine d'années sur l'adolescente de quatorze ans qu'elle était à l'époque.

Dans ce récit remarquablement construit, elle retrace son enfance et analyse les conditions qui ont fait d'elle une proie, un père absent, un terrible manque d'amour, une grande solitude, une fascination pour un écrivain célèbre alors qu'elle était passionnée de lecture, des parents qui n'ont pas joué leur rôle de protecteurs, une mère complaisante et nourrie de la culture du "Il est interdit d'interdire", la tolérance du milieu bohème d'artistes et d'intellos dans lequel sa mère évoluait à une époque post 68 qui prônait la libération des moeurs. Elle décrit la manipulation psychique dont elle a fait l'objet et l'ambiguïté de sa situation puisqu'elle était consentante et amoureuse de cet homme. Un consentement qui sera source de culpabilité pour elle quand elle ouvrira enfin les yeux sur la vraie personnalité de cet homme.
Pour raconter sa terrible histoire Vanessa Springora a trouvé des mots extraordinairement justes et sobres sans jamais tomber dans le voyeurisme, ceux qui s'attendent à trouver du scabreux dans ce récit se seront trompés de lecture. J'admire la capacité de Vanessa Springora à prendre de la distance, à analyser, à se remettre dans la peau de la jeune fille de quatorze ans qu'elle était, à ne pas occulter son aveuglement, sa naïveté et surtout à ne jamais se poser en victime. Elle explique aussi clairement pourquoi elle est maintenant en capacité de livrer ce témoignage.
" le consentement" est un témoignage courageux, honnête, lucide et extrêmement digne mais c'est aussi de la bonne littérature. C'est un témoignage personnel à la portée universelle, un texte choc remarquable et essentiel car il dénonce l'impunité dont a bénéficié ce pervers connu pour défendre et pratiquer la pédophilie, protégé par un milieu littéraire complaisant qui l'encensait, un homme qui revendiquait ses penchants dont il faisait l'exploitation littéraire dans ses livres allant même jusqu'à publier ses journaux intimes et les photos de ses jeunes conquêtes sur son site officiel. Un homme qui bénéficiait aussi de protection dans le milieu judiciaire et politique...
Ce qu'a subi Vanessa Springora est prescrit mais espérons que son témoignage ouvrira la voie à d'autres victimes qui ont subi des abus plus récents.

"La sexualité d'un adulte avec une personne n'ayant pas la majorité sexuelle est un acte répréhensible, puni par la loi."
Lien : https://leslivresdejoelle.bl..
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alexb27
  10 janvier 2020
Le consentement est le récit toujours juste d'une emprise : celle d'un adulte sur une enfant en quête d'amour qui va se trouver à la merci d'un prédateur. C'est le récit aussi d'une défection : celle d'une mère (comment autoriser une telle relation ?) et celle d'un père (totalement inexistant). C'est enfin le récit d'une reconstruction : celle que Vanessa va s'autoriser en écrivant cette histoire, en utilisant la littérature (tout comme G. relatait ses méfaits dans ses journaux) pour dénoncer son abuseur. Un texte terrible, très sobre.
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