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Par Woland, le 22/05/2012
Riz noir de
Anna Moï
[...] ... Vers midi, une voiture bleu clair, de marque américaine, débouche lentement sur le carrefour. Elle a accompli un long périple depuis Huê, où s'est effectué le départ dès l'aube. Le conducteur, un bonze, immobilise son véhicule, ouvre la portière, soulève le capot. La foule s'écarte. L'apparition de cette voiture américaine au capot relevé a quelque chose d'inquiétant. Ses passagers en descendent, tous revêtus de la toge safran. L'un d'eux, le plus âgé, s'avance lentement jusqu'au milieu du carrefour. Un disciple dépose sur le macadam en fusion un mince coussin sur lequel le premier s'assied dans la position du lotus, tenant dans sa main gauche un chapelet de prière. Il s'appelle Thich Quang Duc, il a soixante-six ans et il pratique des retraites zen dans les montagnes de Nha Trang à la recherche de l'illumination. Il en est sorti pour venir s'asseoir au milieu d'un carrefour, à Saïgon, un jour de juin 1963, à l'heure où le bitume se liquéfie.
Sur un imperceptible signe de sa tête, des gestes tragiques s'enchaînent inexorablement. Le deuxième disciple débouche le bouchon d'un jerrican d'essence et, sans attendre d'autre signaux, en déverse le contenu sur la tête rasée du Vénérable Thich Quang Duc. L'essence glisse rapidement sur le crâne, gicle, imprègne la robe safran. Ensuite, tout se passe très, très vite. D'une main, Thich Quang Duc continue à égrener le chapelet de prière, et de l'autre, il craque une allumette qui met immédiatement le feu à sa robe de moine. Le vent embrase les pans drapés, les bras nus, les doigts osseux, les perles de bois.
Le troisième disciple marche le long du cordon de spectateurs tout en clamant dans un mégaphone : "Un bonze brûle à mort !" La phrase, répétée inlassablement, couvre à peine les pleurs des femmes et les échos sourds du gong de Xa Loi. Un cinéaste filme. Des appareils photo crépitent.
Le vent courbe les flammes et, par éclipses, le visage est dégagé. Thich Quang Duc reste immobile, dans la position du lotus, les mains posées sur ses pieds repliés. A l'exception de quelques infimes frémissements autour de sa bouche, son corps est aussi figé et serein que le brasier est séditieux. ... [...]
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Par Woland, le 22/05/2012
Riz noir de
Anna Moï
[...] ... Le Café du Souvenir était un café-cimetière. Il se signalait par des lampions en papier blanc. Le portail s'ouvrait sur des tombeaux anciens couverts d'une mousse légère qui ne cachait pas tout-à-fait les sculptures diaboliques des stèles. Ils occupaient tout le devant du café. Il y avait juste la place, sur le côté gauche, pour les quelques mobylettes des clients. Le gardien du cimetière - ou du café - distribuait des tickets de parking. Autrefois, les tombeaux étaient simplement prolongés d'un terrain en friche, réservé sans doute aux morts à venir. Puis, par quelque hasard du destin, le terrain avait été vendu avec ses stèles et ses cadavres enterrés. Les propriétaires, demeurant à l'étranger, avaient incorporé dans l'acte de vente une clause faisant de l'entretien des tombes une obligation sacrée. Les tenanciers du Café du Souvenir la respectaient scrupuleusement tout en aménageant le terrain vague en deux loggias symétriques le long d'une allée centrale bordée de bananiers nains. De chaque côté de l'allée, des auvents abritaient plusieurs petites tables en bois, et les murs étaient décorés de poèmes calligraphiés à l'encre de Chine. ... [...]
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Par joedi, le 11/12/2011
Violon de
Anna Moï
- J'arrête pas de te le répéter passe à la création tu es mûre.
- Un ami peintre de ma mère m'a dit "Créer c'est se jeter d'une falaise" tu vois ça comment ?
- Tu peux commencer par te jeter dans une piscine du plongeoir de trois mètres.
- Non, je veux des précipices mais il faut voir si j'y arriverai.
- Tu sais je crois qu'on ne sait jamais jusqu'au jour où on le fait.
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Riz noir de
Anna Moï
Je n'aime que la poésie, comme Lê Quy Dôn, qui composait au XVIIIe siècle ses poèmes à la lumière d'un bocal de lucioles. (page 111).
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Par joedi, le 11/12/2011
Violon de
Anna Moï
Les gouges. Les ratissoires. Le canif. Chaque outil largue un écho propre. Les bois d'épicéa ou d'érable, à leur tour, ont des vibrations différentes. Autrefois, quand les sabots étaient creusés dans des billots de bois, savetiers et luthiers se mimaient. Les deux métiers étaient presque identiques, à la différence près qu'aucune partition n'a été écrite pour sabots. Les premiers luthiers de Venise, au XVIIIe siècle, Francesco Gobetti et Domenico Montagnagna, étaient cordonniers ou fils de cordonniers. Ils dorlotèrent les pieds des Vénitiens autant qu'ils flattèrent leurs oreilles.
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Par joedi, le 12/12/2011
Violon de
Anna Moï
D'après Manou, "On perd l'innocence le jour où on doit commencer à réfléchir à la mort", et j'ai pensé que j'ai peut-être perdu l'innocence ce jour-là, ou bien le jour où Adèle a déclaré, "Je m'en fous de tout". Une autre fois, Adèle a dit, "Tu perds l'innocence, le jour où tu as tes règles parce qu'après tu vas donner la vie et donc la mort".
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Par joedi, le 11/12/2011
Violon de
Anna Moï
Maître Arnault disait, "Le violon est un poumon un organe de respiration et de son fabriqué en bois" et il avait raison.
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Par TRIEB, le 27/02/2012
Nostalgie de la rizière de
Anna Moï
Dans les tunnels de Cu Chi, au plus fort de la guerre, entre deux alertes aériennes, on faisait du théâtre et du chant. La guerre est une période de création artistique intense, car face à la souffrance, l’hormone du bonheur doit être à tout prix stimulée. Le chant, ainsi que toutes les formes d’art, ont sauvé les Vietnamiens du malheur