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> didier bazy (Préfacier, etc.)

ISBN : 2266152181
Éditeur : Pocket (2005)


Note moyenne : 3.71/5 (sur 1104 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
De conception traditionnelle, cette collection a le mérite d'aborder l'œuvre intégrale sous des angles diversifiés. Outre le résumé détaillé des différentes parties et les commentaires composés qui le complètent, ch... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Hugo, le 05 juillet 2013

    Hugo
    Deux 4ème au total, la seconde fut plus efficace que la première, maman était fière, l'honneur était sauf (ainsi soit-il). Cette année là je fus élu à l'unanimité membre éminent du « branlétériat » et en tant que tel, je me faisais une joie de lire cette grande pièce de théâtre dont je n'avais jamais entendu parlé et sur ce dernier point je faisais honneur à ma toute nouvelle nomination.
    Nous avions hérité mes petits camarades et moi d'une jeune professeur de français, jolie à souhait, mais un peu "messe du dimanche" sur les formes et la mode. Il faut reconnaitre qu'elle était quand même moins nase que l'autre binoclarde dépressive de l'année d'avant.
    Enfin bref, sortez Le cid acte 1 scène 1
    Ô Rodrigue, Ô Chimène…
    Moi : pssssssitt psittttttttttttt
    Future choupette : Quoiiiiiiiii
    Moi : C'est quoi ton nom ?
    Future choupette : Depuis 6 mois tu ne le connais pas ??
    Moi : 6 mois déjà… bon alors c'est quoi ?
    Future choupette : Choupette
    Moi : Quoi tu es une meuf ?
    Future choupette : Connard…
    Prof messe du dimanche : Un commentaire M.Hugo
    Moi : Oui Choupette est une meuf, et de face je me disais que ce n'était pas très flagrant…
    (Rire général), oui j'étais cruel à cette époque et je prie chaque jour notre seigneur de pardonner mes offenses comme nous pardonnons bla bla bla…
    Acte II
    Ô Rodrigue, Ô Chimène… Ô Badi (celle là je peux l'a supprimer si nécessaire)
    Moi : Putain c'est toujours la même chose cette pièce...
    Mon meilleur pote de tous les temps à la vie à la mort : ouep c'est clair,
    mais je crois qu'il y a eu un mort ??
    Moi : cool, sinon comment ça se passe avec ta meuf, vous avez couché ?
    Mon meilleur pote de tous les temps à la vie à la mort : Mais non putain, ça me vénère, j'ai quand même le droit de mettre mes doigts dedans, un truc de psychopathe...
    Moi : Tropppppppppppppp cool "sa mère" (expression très en vogue à l'époque)… une vraie cochonne ta "Chimène..."
    Mon meilleur pote de tous les temps à la vie à la mort : ouep c'est clair…
    Prof messe du dimanche : Un commentaire M.Hugo
    Moi : Oui madame mon meilleur pote de tous les temps à la vie à la mort est encore puceau "sa mère (très en vogue j'ai dit)
    (Rire général), il faut garder à l'esprit que mes camarades avaient le même âge que moi…
    Acte V
    Les actes III et IV ne me semblent pas indispensables pour cet avis, à l'époque non plus d'ailleurs, bien sur j'ai relu cette pièce un plus tard et je dois reconnaitre que la maturité a su me convaincre que finalement les actes III et IV étaient tout de même importants, mine de rien.
    Ce qu'il faut retenir c'est la rencontre avec ma "Chimène". Pour dire la vérité nous nous étions jamais adressés la parole cette année là et pendant les 4 années suivantes non plus…
    Aujourd'hui ça fait 13 ans qu'on ne s'arrête plus… comme quoi des fois la vie est pleine de surprise.
    Je n'ai jamais revu mon meilleur pote de tous les temps à la vie à la mort depuis la 4ème, pourtant il n'est pas mort : dédicace à lui et toute la 4ème 2.
    Une pensée particulière pour Corneille aussi. (Paix à son âme parce que lui il est bien clamsé)
    A plus les copains
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    • Livres 5.00/5
    Par Dionysos89, le 07 février 2013

    Dionysos89
    Le cid, tragicomédie archiconnue s'il en est. Tellement qu'il m'a fallu me résoudre à l'étudier au collège-lycée. J'ose donc poser LA question : qui n'a jamais déclamé le « Je ne te hais point » qui a rendu célèbre la figure de style méconnue qu'est la litote ?
    Pour revenir à l'œuvre proprement dite, Corneille, dans son style épique et tragique qu'on lui connaît, peint un drame classique : un amour menacé. Celui de Rodrigue et Chimène tient l'ensemble de la pièce à bout de bras et par des tirades mythiques. L'amour contrarié, la vengeance ourdie de longue date, d'atroces dilemmes moraux en toutes circonstances : que peut-on demander de plus ou de mieux pour aborder en profondeur les relations individuelles et les sombres sentiments de l'espèce humaine qui font du drame un magnifique élément de théâtre ?
    L'intrigue se noue de manière attendue en respectant la fameuse « règle de trois » du théâtre classique français, celle des trois unités, d'action, de temps et de lieu. Si l'ensemble est classique au sens historique comme au sens stylistique, l'effet produit par cette pièce est en revanche au-delà du commun tant les enjeux nous empoignent le cœur et l'esprit sans daigner les lâcher avant le dernier mot.
    Le mot de « référence » n'est pas donc volé ici. Pierre Corneille rend une copie parfaite avec cette œuvre, parfois oubliée, mais jamais déconsidérée, c'est mérité.
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    • Livres 4.00/5
    Par Laurence64, le 13 février 2013

    Laurence64
    Le dilemme cornélien ou l'art de s'empoisonner l'existence quand les amours s'épanouissent et les petits oiseaux gazouillent.
    Adolescente, par détestation solidaire avec ma soeur ainée en proie à un enseignant aux tendances sadiques, je m'étais refusée à jeter la moindre oeillade sur le volatile classique, lui préférant le tubercule tout aussi classique. J'ai dévoré Racine et dédaigné Corneille. Lorsque ma propre fille commença à suer sur l'apprentissage d'une tirade (devinez laquelle) , je décidai d'entonner Le CID, à voix haute, sans peur et sans reproche, jouant tous les rôles.
    Une tirade déconnectée de son contexte me paraissait un exercice aussi vain que rébarbatif. Face donc à ma pré-adolescente, j'entamais la tragi-comédie avec le coeur d'une mère qu'aucun obstacle n'arrête.
    Mais que diable allais-je faire dans cette galère? Non, ça c'est une autre pièce et ce n'est pas Corneille. Et ce ne fut pas une galère. Plutôt un plaisir. Même si… Chimène m'a considérablement agacée.
    Chimène aime Rodrigue qui l'aime. Ils sont jeunes, beaux, de noble extraction et sentent bon le sable chaud. Mais la comédie romantique trébuche en raison d'une querelle gériatrique. le papa de Chimène se dispute avec le papa de Rodrigue, lequel est méchamment souffleté. La santé chancelante mais l'honneur rougeoyant, le papa mande son rejeton afin que justice lui soit rendue.Le petit Rodrigue trucide donc celui qui aurait pu être son beau-papa. Entre amour et honneur, sentiment et devoir familial, on ne barguigne pas.
    Chimène prend le même chemin que son amoureux et demande au roi sa tête, lequel envoie l'amoureux en entier chasser le Maure. Il en revient auréolé de gloire. Encore plus légionnaire que jamais (l'odeur de sable chaud, hum), Chimène succombe davantage mais mais mais… Rodrigue reste l'assassin de papa. le devoir reste le devoir. Elle veut obtenir justice quitte à gâcher sa vie. Don Sanche qui aime Chimène sera son champion. Un duel est organisé par cette idiote de Chimène qui a un talent fou pour créer des situations inextricables. Elle épousera le vainqueur. Donc soit elle épousera l'assassin de papa (qu'elle aime), soit elle épousera l'assassin de son amoureux (qu'elle n'aime pas). On comprend qu'elle motive Rodrigue pour combattre, la petite hypocrite.
    Au final, Rodrigue sort vainqueur. Chimène peut donc l'épouser en respectant sa parole. Son honneur est sauf.
    Et ben, non! Elle chipote, elle tergiverse. Oui mais non. Je ne peux pas. Mon papa… Il faut que le roi lui ordonne de se marier avec Rodrigue après un délai de un an.
    Combien les héroïnes raciniennes me touchent davantage!
    Je me plais à imaginer que l'Infante, sensible aux charmes de Rodrigue, aura mis à profit les douze mois d'ergotage de Chimène. Je ne suis pas soumise à l'unité de temps.
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  • Par melillov, le 27 mai 2013

    melillov
    Quelle pièce de théâtre froide et vénale de pouvoir ! Quand on y pense, ils étaient assez barbares à cette époque là !
    Tout commence avec une discussion animée entre le roi et Don Diègue dont ce dernier reçoit un petit soufflet bien placé. Dieu, qu'a-t-il osé faire ?! Partant sous les menaces, l'offensé se rendit chez son fils, lui donnant l'ordre d'aller sauver l'honneur de leur famille en tuant ce comte qui a osé lui manquer de respect. le gamin comprit qu'il n'avait pas le choix et sentit même le courage de le faire mais quand le nom de la personne tomba ... Il se fit souffleter aussi, de façon imaginaire ! Il devait tuer son futur-beau père, au risque presque sûr de perdre sa bien-aimée ! Oualala, que faire ? Tant pis, allons le tuer ... L'honneur de la famille prime avant tout. C'est ce qu'il fit. Les rumeurs courts et s'éloignent jusqu'aux oreilles de cette bien-aimée, Chimène qui ne veut pas croire en cette situation désastreuse qui, quelques heures auparavant, était tout autre. Perdue, effrayée et complètement colérique, elle se rend sur les terres où son père est mort. le sang est répandu, sa haine monte contre celui qui avait emprisonné son coeur. Il fallait qu'elle aille voir le roi. Elle y alla et demanda la mort de Rodrigue, ce gamin qui n'avait écouter que la voix de son père et des valeurs familiales. Elle veut qu'on l'immole mais elle est triste, parce qu'elle l'aiiiiime. La vengeance prend le dessus sur les sentiments et Rodrigue, ivre de honte, va à la rencontre de la femme qu'il aime, pour qu'elle le tue de ses propres mains. Mais elle ne peut pas, elle en est incapable et donc, partant triste de ne pas être mort, Rodrigue se retrouve avec son père, l'élément déclencheur orgueilleux qui a déclaré tout ce bordel, qui lui dicte LA solution pour la reconquérir et ainsi reconquérir le roi qui trouvait normal qu'on l'immole. « Agis en guerrier et va niquer tout ses maures qui arrivent sur nos terres ». D'accord, il y alla. Briser des têtes et répandre des corps morts pour gagner le coeur d'une femme, c'est tout a fait faisable ! Et il le fit ! WOUAW, c'est devenu Le CID ! Il devient LE guerrier que tout le monde redoute, qui fait trembler les familles à l'annonce de son nom.
    Mais attention, Chimène n'est pas très contente bien sûr. Il est devenu le VIP de Séville, le mec qu'on vénère dans toute sa splendeur et cela ne lui convient pas. Elle veut qu'il souffre psychologiquement et à la fois, elle veut avoir sa tête entre ses mains pour venger son père.
    Ok, un deal se fait ... Un DUEL proposé par Chimène. Celui qui coupera la tête de l'homme qu'elle aime, elle le fera sien. (J'ai éclaté de rire à cette scène). Don Sanche se propose, éperdument amoureux de la femme, c'est pour lui une occasion en OR. Donc bon, plus tard, Don Sanche se rend chez Chimène avec une épée ensanglantée ... Et là, elle s'emballe ! Comment a-t-il osé tué celui qu'elle adorait ??!! Elle réclame justice .... Elle va trouver le roi (dont je suis certaine n'en pouvait plus de cette femme!) et il lui annonce que son Rodrigue, être chérit qui en bave des tonnes, n'est pas mort. Outragée, elle se demande pourquoi la mort de son père n'est-elle pas vengée mais elle est tout à la fois soulagée de le savoir en vie ... Donc, ça se termine en « Chimène a un an pour sécher ses larmes pendant que Rodrigue aille se proclamer roi chez les Maures avant qu'ils ne se marient » ... Et voilà, c'est terminé et heureusement pour Chimène, car d'une manière ou d'une autre, je crois que je l'aurai étranglé pour qu'elle se taise. Déjà, je ne comprend pas comment le Roi a pu rester stoïque face à un comportement si lunatique et si ... bête. Si j'avais été à sa place, je lui aurai flanqué une chaussette puante dans la bouche pour qu'elle se taise pendant des heures après s'être évanouie !
    Dans cette pièce, je plains deux personnes ... le gentil toutou qu'est Rodrigue pour tout ce qu'il subit (si nous n'avions pas un peu de compassion pour lui, se serait dommage quand même) et pour l'Infante qui ne cesse de pleurer un amour qu'elle n'aura jamais ... Haaa, cette oeuvre m'a retourné sur bien des émotions ! Heureusement que son caractère poétique a réussit à ne pas me faire péter un plomb en milieu de lecture, que je suis entrain d'écrire maintenant ... pfiou ! Retenir son souffle durant toute l'histoire fut très difficile ...
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  • Par cate9999, le 25 mai 2013

    cate9999
    Tant de savantes plumes se sont exercées depuis 1637 ( ou 1636 ? Je ne sais si aujourd'hui la question a été tranchée ), année de la première représentation du Cid, que je ne saurais envisager d'ajouter une critique de cette belle œuvre, généralement considérée comme un grand classique de la littérature française ( bien que la fameuse règle des trois unités n'y soit pas scrupuleusement respectée et que certains aspects de la pièce puissent être considérés sous l'angle de l'esthétique baroque, mais c'est une autre histoire ... ). Je n'en ai ni la compétence ni le désir.
    Je désire seulement me livrer ici à une petite relecture en bonne compagnie pour partager le goût que j'éprouve pour cette tragi-comédie.
    L'action est trop connue pour que je la résume en détails. Chimène et Rodrigue s'aiment, leurs pères respectifs, don Diègue et le Comte ( don Gomès ) sont favorables à leur union, mais c'est don Diègue que le roi de Castille ( don Fernand ) choisit pour précepteur de son fils, ce qui provoque la colère du Comte. Celui-ci gifle don Diègue sur une place publique, portant ainsi gravement atteinte à son honneur.
    Cette rivalité entre deux guerriers valeureux et couverts de gloire peut évoquer, pour les amateurs d'histoire de l'Antiquité, la situation d'un certain Jules César, jeune et ambitieux, face à Pompée, comblé d'honneurs mais vieillissant.

    Don Diègue, dans un premier temps, se lamente :
    " O rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
    N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? "
    ( Acte I, scène 4, v. 237-238 )
    Puis il informe son fils Rodrigue de l'affront qu'il a subi, l'incitant à provoquer le Comte en duel pour laver leur honneur.
    C'est la première manifestation du thème principal de la pièce, le conflit entre l'amour et l'honneur que vivent les personnages. Rodrigue accomplira son devoir, mais il est cruellement atteint par le choix que la situation lui impose :
    " O Dieu, l'étrange peine !
    En cet affront mon père est l'offensé,
    Et l'offenseur le père de Chimène !
    ( Acte I, scène 6, v. 298-300 )
    Donc, bien que profondément conscient des conséquences néfastes pouvant découler de sa décision ( il faut ajouter que le roi de Castille, don Fernand, est opposé à un duel pour régler cette question d'honneur ), Rodrigue provoque le Comte :
    " A moi, Comte, deux mots. "
    ( Acte II, scène 2, v. 397 )
    Il n'est nullement certain que, jeune et inexpérimenté, Rodrigue n'y laisse pas la vie, mais il n'a pas l'intention de se dérober :
    " Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées
    La valeur n'attend pas le nombre des années. "
    ( Acte II, scène 2, v. 405-406 )
    De fait, c'est le Comte qui succombe et cette mort va entraîner pour Rodrigue bien des tourments : d'abord le roi envisage sérieusement de sévir, en partie parce qu'il regrette la mort du Comte, excellent guerrier, survenue de surcroît à un moment où il y a lieu de craindre une attaque des Mores, ennemis du royaume, mais surtout, Chimène demande vengeance pour la mort de son père devant l'autorité royale.
    Elle aussi se trouve déchirée entre son profond amour pour Rodrigue et son devoir familial, qu'elle considère comme faisant partie intrinsèque de sa "gloire ", mot que l'on peut interpréter comme étant " la haute idée que l'on a de soi-même". ( Cf." Lexique du vocabulaire de Corneille " dans l'édition " Nouveaux classiques Larousse ", édition septembre 1970, par exemple. )
    La première démarche de Rodrigue consiste à venir s'entretenir avec Chimène, lui expliquer les raisons de son acte et lui offrir sa vie :
    Don Rodrigue
    " Ton malheureux amant aura bien moins de peine
    A mourir par ta main qu'à vivre avec ta haine.
    Chimène
    Va, je ne te hais point."
    ( Acte III, scène 4, v. 961-963 )
    Je ne résiste pas à l'envie de citer un autre passage de cette scène, qui me touche par ses accents élégiaques :
    Chimène
    " Rodrigue, qui l'eût cru ?
    Don Rodrigue
    Chimène, qui l'eût dit ?
    Chimène
    Que notre heur fût si proche et sitôt se perdît ?"
    ( Acte III, scène 4, v. 987-988 )
    ( " Heur " pour " bonheur ", bien que déjà vieilli à cette époque, est attesté au XVIIème siècle sous la plume de Malherbe, Descartes, La Bruyère ... cf. le Littré. )
    Il saura ensuite se couvrir de gloire en se mettant à la tête d'une troupe parant l'attaque des Mores, remportant une éclatante victoire et un titre prestigieux , " le cid ", conféré par les ennemis vaincus eux-mêmes et confirmé par don Fernand.
    Rodrigue en personne, dans une longue tirade, relate ce fait d'armes au roi :
    " Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
    Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. "
    ( Acte IV, scène 3, v. 1259-1260 )
    Ce faisant, il témoigne aussi d'un certain sens poétique :
    " Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
    Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
    L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort
    Les Mores et la mer montent jusques au port. "
    ( Acte IV, scène 3, v. 1273- 1276 )
    Il termine son récit par :
    " Et le combat cessa faute de combattants.
    C'est de cette façon que, pour votre service ..."
    ( Acte IV, scène 3, v. 1328-1329 )
    Rodrigue ne poursuit pas ses propos, interrompu par l'arrivée de Chimène : il a obtenu par son haut fait d'armes le pardon du roi mais celle qui aurait pu, si les circonstances avaient été plus favorables, devenir sa fiancée, reste déterminée à réclamer au souverain vengeance et justice ( concrètement, la peine capitale à l'encontre de Rodrigue ) pour la mort de son père. Don Fernand use alors d'un stratagème pour lui faire révéler devant la cour son amour pour Rodrigue, lui annonçant la mort au combat de celui-ci. Chimène s'évanouit de douleur mais persiste, une fois la vérité rétablie, à vouloir donner le change et à demander réparation. Son sens de son devoir familial, de l'honneur, de sa " gloire " lui imposent cette attitude.
    L'acte V reprend en écho certains éléments précédents : un nouvel entretien entre Rodrigue et Chimène et une méprise de celle-ci, basée sur un quiproquo, qui l'amènera à une déclaration publique de son amour pour Rodrigue. le roi conclut la pièce par des paroles visant à l'apaisement et à l'espoir.
    Je n'ai pas évoqué le rôle des autres personnages de la pièce, mais il serait dommage de passer totalement sous silence celui de l'Infante, dont la situation et les sentiments, exprimés en particulier dans les stances du cinquième acte ( scène 2 ) reprennent, comme dans une composition musicale empreinte de lyrisme, dans un mode mineur, le thème principal de l'œuvre. Elle connaît le même conflit entre l'amour qu'elle éprouve pour Rodrigue et son sens du devoir, représenté pour elle par la raison d'Etat :
    " T'écouterai-je encor, respect de ma naissance
    Qui fait un crime de mes feux ?
    T'écouterai-je, amour, dont la douce puissance
    Contre ce fier tyran fait révolter mes vœux ? "
    ( Acte V, scène 2, v. 1565-1568 )
    Je me suis surtout plu, dans cet article, à placer de célèbres citations dans leur contexte : elles peuvent en effet paraître ridicules ou même être mal comprises lorsqu'elles en sont séparées. Je ne voudrais cependant pas donner, par mon bref résumé et mon choix de courts extraits, une fausse idée du personnage cornélien tel qu'il se révèle dans le cid. Je laisse donc pour finir la parole à P.-G. Castex, P. Surer et G. Becker ( Histoire de la littérature française, Hachette, 1974, p. 183 ) :
    " le cid est le poème de la gloire amoureuse. ( ... ) Dans la pensée de cet amour, ils ( Rodrigue et Chimène ) puisent la force nécessaire pour agir selon les intérêts d'un devoir qui les oppose ; aussi ne sont-ils jamais plus profondément d'accord que lorsqu'ils s'affrontent en implacables adversaires. Si Rodrigue tue le père de Chimène, si Chimène demande la tête de Rodrigue, c'est surtout parce qu'ils entendent demeurer dignes l'un de l'autre. "
    Je continue à apprécier cette œuvre, à y trouver une certaine modernité par son exposé des conflits pouvant s'exercer au sein de l'être humain, parce qu'elle met en valeur le courage ; du point de vue de sa structure, elle présente de l'intérêt par sa mise en écho de situations et de sentiments comparables, même si l'on peut y trouver quelques longueurs et invraisemblances, et il m'arrive encore de me laisser bercer par le style et les accents de cette pièce " classique ".



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Citations et extraits

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  • Par Well-read-kid, le 18 mars 2010


    ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
    N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
    Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
    Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
    Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire,
    Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
    Tant de fois affermi le trône de son roi,
    Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
    ô cruel souvenir de ma gloire passée !
    Oeuvre de tant de jours en un jour effacée !
    Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
    Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
    Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,
    Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
    Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ;
    Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ;
    Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne
    Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne.
    Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
    Mais d'un corps tout de glace inutile ornement,
    Fer jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
    M'as servi de parade, et non pas de défense,
    Va, quitte désormais le dernier des humains,
    Passe, pour me venger en de meilleures mains.
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  • Par x-Kah-mi, le 22 décembre 2010

    Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
    N' ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
    Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
    Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
    Mon bras qu'avec respect tout l'Espagne admire,
    Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
    Tant de fois affermi le trône de son roi, Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
    Ô cruel souvenir de ma gloire [... ]
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  • Par LSH, le 26 juillet 2008

    Plusieurs citations :

    Nous n'avons qu'un honneur, il est tant de maîtresses !
    L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
    ---
    Ma passion s'oppose à mon ressentiment ;
    Dedans mon ennemi je trouve mon amant ;...
    ---
    A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
    ---
    Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées,
    La valeur n'attend point le nombre des années.
    ---
    Et l'on peut me réduire à vivre sans bonheur,
    Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur.
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  • Par Sihanna, le 10 avril 2014

    C’est peu de dire aimer, Elvire, je l’adore ;
    Ma passion s’oppose à mon ressentiment ;
    Dedans mon ennemi je trouve mon amant ;
    Et je sens qu’en dépit de toute ma colère,
    Rodrigue dans mon cœur combat encor mon père.
    Il l’attaque, il le presse, il cède, il se défend,
    Tantôt fort, tantôt faible, et tantôt triomphant :
    Mais en ce dur combat de colère et de flamme,
    Il déchire mon cœur sans partager mon âme ;
    Et quoi que mon amour ait sur moi de pouvoir,
    Je ne consulte point pour suivre mon devoir ;
    Je cours sans balancer où mon honneur m’oblige.
    Rodrigue m’est bien cher, son intérêt m’afflige ;
    Mon cœur prend son parti ; mais, malgré son effort,
    Je sais ce que je suis, et que mon père est mort.

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  • Par olivberne, le 08 mai 2014

    DON FERNAND
    [...]
    Choisis qui tu voudras, Chimène et choisis bien ;
    Mais après ce combat, ne demande plus rien.

    DON DIEGUE
    N'excusez point par là ceux que son bras étonne :
    Laissez un champ ouvert, où n'entrera personne.
    Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui,
    Quel courage assez vain s'oserait prendre à lui ?
    Qui se hasarderait contre un tel adversaire ?
    Qui serait ce vaillant ou bien ce téméraire ?

    DON SANCHE
    Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant ;
    Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant.
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