-
Par mercure, le 10/10/2011
Après le livre
de
François Bon
Ouvrage érudit, disert, calculé : les qualificatifs ne manquent par pour cet ovni littéraire produit par le défenseur du vrai droit d'auteur. Jurant comme un charretier numérique, piquant sans relâche ses adversaires de sa vacharde mémoire, on est d'autant plus surpris de lire une écriture somme toute apaisée, agréable et convaincante. Erudit, a-ton noté, parce que la visite de l'Histoire à la fois relativise et donne toute sa dimension à la révolution actuelle. Mais pas sans repères. Convoquez là-dessus les Mânes de Robert Darnton et de Roger Chartier et quelque chose de la création littéraire va se laisser s'entr'apercevoir.
La lecture numérique renforce le caractère urgent du propos. Vite, vite, à l'essentiel ! Réglons le cas des homothétiques, orphelins et épuisés pour enfin consacrer tous les efforts aux textes à leurs lectures et à leurs lecteurs.
-
Par brigetoun, le 20/02/2009
Daewoo
de
François Bon
dans un jardin, lire Daewoo de François Bon, une autre vie, en m'interrogeant sur sa façon de retransmettre les entretiens. Tout en savourant la quiétude de ce qui m'entourait et m'entoure. Pensant qu'il est arrivé à transmettre, me semble-t-il, l'émotion, à créer la beauté à laquelle ces filles ont droit, avec leurs mots, à travers ses choix, ses mises en forme, le déroulement des visites.
Sa façon de restituer, par une phrase décalée ou une description de son interlocutrice, ou des lieux et des sons, les silences et le rythme de la mémoire.
Accessoirement, ou surtout, découvert en quoi l'ouvrier existe différemment des employés par la possession d'un métier, si limité soit-il devenu, par une souffrance plus physique, par une action sur la matière, par une création si encadrée, mécanique soit-elle.
Lien : http://brigetoun.blogspot.com
-
Par vclayssen, le 10/10/2007
Bob Dylan Une biographie
de
François Bon
Je n'ai qu'un regret : que ce livre n'ait pas été publié lorsque j'avais 15 ans, et que, littéralement fan du chanteur, je traquais fébrilement toute information le concernant. En même temps, cela m'aurait privée du plaisir de retrouver, dans les pages de François Bon, des pans entiers de mon adolescence. Lorsque les titres de chansons en anglais sonnaient comme de fières devises, comme des points de repères à l'abri des adultes, comme un fléchage vers les chemins de traverse et une façon d'aborder l'existence : "Like a Rolling Stone", "Just Like a Woman" (Tout un programme, pour une fille de 15 ans...).
Au formica orange et au lisse des années 70 s'opposait la rugosité de la voix de Dylan, aux promesses chaque année déçues d'un printemps à nouveau chaud, à l'absence malheureuse de toute plage sous les pavés, le souvenir des protest songs (déjà au programme en anglais...), les éxubérances de "Sara", le violon de "Hurricane" accompagnaient des années pas si drôles, finalement, sur fond de crise du pétrole, de montée du chômage, et de "fini de rêver maintenant...'
Je vous épargnerai (enfin, non) la douze-cordes de mon petit frère et le violon de ma soeur, les reprises à deux voix, l'ahurissement paternel de nous voir apprécier cette voix qui lui vrillait les nerfs, tout comme la pochette de Sticky Fingers des Stones...
François Bon écrit un livre amoureux et curieux, amoureux de musique et de poésie, et curieux de l'artiste et de ce ce qui a fait de Robert Zimmermann un Bob Dylan. Parfois, on croule un peu sous les noms propres, et les petits bouts de bio de tel ou tel musicien de studio m'indiffèrent un peu (elle intéressera les grands amateurs, ceux qui peuvent vous réciter par coeur le nom du bassiste d'un tel à tel festival, la marque de guitare de tel autre sur tel album...) : tout ceci contribue cependant à donner une idée précise du milieu, de l'époque, de la façon dont se fabriquait la musique que des millions de jeunes se sont mis à écouter dans le monde entier.
Le destin de cet homme, comme celui des Beatles, des Stones, est très particulier : bien avant que l'on parle de "people", ils ont accédé à un type de célébrité tout à fait nouveau à l'époque, et ont fait l'objet d'un culte dont le livre de François Bon nous montre à quel point il était difficile à vivre. Continuer de créer, conserver l'énergie qui fait que ce matin là, dans votre esprit va pousser une chanson, cette chanson, et qu'il est indispensable de l'écrire, et qu'il est indispensable de la chanter, c'est cette constance que François Bon, qui nous livre de très belles traductions des intraduisibles chansons de Dylan, nous permet de mesurer.
-
Par tulisquoi, le 09/03/2011
Autoroute
de
François Bon
Un à la caméra, l’autre à l’écriture. Voilà comment François Bon et Verne se sont lancés sur l’autoroute, un peu au hasard, à la recherche d’une histoire à raconter, d’un quelque chose qui se passerait à ramener à une chaîne de télévision pour en faire un reportage. «Ce que je veux, c’est l’ordinaire, jusqu’à ce qu’il prouve cette étrangeté qu’il recèle. » Alors direction l’A6 à la recherche de cet ordinaire qu’ils veulent relater.
Un couple sur une aire d’autoroute à la recherche d’une alliance jetée là un an plus tôt alors qu’ils étaient sur le point de se séparer; un homme qui s’occupe d’une aire de repos depuis douze ans et qui collectionne tout ce que les gens oublient, laissent, jettent; un spécialiste de l’hydrographie qui vérifie une à une toutes les bornes d’écoulement des eaux, chaque année, du début à la fin de sa portion; un type qui ne veut plus quitter l’autoroute parce que la dernière fois qu’il a téléphoné chez lui sa femme n’a pas répondu. Depuis il lui téléphone régulièrement, espérant que quelqu’un décroche enfin, pour qu’il puisse rentrer chez lui; le Japonais, dans le coin de Forbach, qui voyage dans toute l’Europe depuis un an et qui prend toujours la même photo; les gamins oubliés sur une aire par des parents trop pressés; la conductrice de semi-remorque qui, depuis des années, fait le même chemin entre la France et la Pologne…
Onze jours sur l’autoroute à parler avec tous ces gens que l’on ne voit pas, ceux qui font partie de ce moment qu’on passe sur ce bout de bitume qui nous sert seulement à aller d’un point A à un point B. Onze jours à lister, filmer, écrire, noter toutes les particularités de ce monde à part, souligner aussi cette uniformité dans les hôtels du bord de chemin, cette monotonie dans les produits « régionaux » proposés dans toutes les stations-service de ces kilomètres de route. Et puis, au bout de ces onze jours, Verne décide de suivre la conductrice de semi-remorque pour découvrir une route ailleurs, voir comment est l’ordinaire vu du haut d’un camion, dans un pays différent. Et là, la disparition, comme une sortie de route…
(lire la suite...)
Lien : http://www.tulisquoi.net/autoroute-francois-bon
-
Par brigetoun, le 15/02/2011
Prison (nouvelle édition)
de
François Bon
Pour ceux qui ont aimé « Prison » la force de ce qui était dit par les mots des jeunes détenus, et surtout par la façon dont en parlait celui qui les avait rencontré, qui avait essayé de les deviner, qui avait provoqué leurs mots, ce qui était dit aussi de notre société et de ses marges et de la façon dont elles étaient produites, contenues, réprimées, qui avaient découvert ce que l'on peut saisir de la vie des prisons en venant de l'extérieur, il vaut la peine de se procurer cette nouvelle édition révisée, à cause de ce qui y a été ajouté, qui fait environ 70 pages : le rapport intermédiaire, réflexion sur cette expérience, la difficulté qu'entraîne le turn-over extrême – article – textes écrits par participants – courrier (fax) au responsable culturel de la prison – réflexion sur ce qui en reste plusieurs années après, humainement, pour l'intervenant, qui n'est pas le moins important et raison et justification du livre - et l'on peut ensuite reprendre la lecture depuis le début.
Pour ceux qui ne l'avaient pas lu, je conseille fortement de le faire (à tout ce que j'évoque ci-dessus s'ajoute, discrètement, souplement, sans s'imposer ni prendre le dessus, la beauté de la construction et l'écriture)
-
Par XoArum, le 28/11/2010
Bob Dylan : Une biographie
de
François Bon
L'un des achats effectués lors du Salon du Livre de Saint Malo. J'aime pas trop comment François Bon raconte l'histoire de Dylan, l'écriture est pas agréable (sur-utilisation du "On", comme si il se mettait dans la vie de Dylan... pas très lisible) mais une reflexion sur sa vie assez intéressante... Un peu long vers la fin (mais la fin de Dylan n'est pas super de toute facon :-|)
-
Par brigetoun, le 21/10/2010
Les Indes noires
de
François Bon
un regard lucide, la dureté de cet envers de Bombay, en fraternité, sans effet mélodramatique, sans regard "d'en haut", sans croire non plus que le sort est partagé, mais le travail oui. Dans une langue qui rend tout cela évident, prégnant
-
Par brigetoun, le 11/03/2010
apprendre l'invention
de
François Bon
300 pages de découverte d'un univers auquel je suis étrangère : une longue maturation de la technique, oui, pas seulement, mais cela passe par là, des ateliers d'écriture, la passation, la recherche des thèmes, des textes, des outils, les buts et ne pas en rester au pansement, et l'oralité, la contemporanité du regard, partir de Barthes ou Kafka comme plus directs pour revenir éventuellement aux classiques, la formation des enseignants, et puis la critique, etc... et finalement ce que l'écrivain lui-même en tire), avec un intérêt passionné malgré un regard par force frivole, non impliqué, futile parce qu'ignorant, parce que cela parle aussi un peu de notre rapport à la lecture, à l'écriture, au monde
-
Par brigetoun, le 02/12/2009
Diptyque Chaissac
de
François Bon
« Ce que décrivent les lettres de la passion à peindre ou de la chronique d’une vie de village est alors comme démultiplié par le fait que nous savons les trous et les manques : Chaissac produit devant nous l’illusion d’une écriture globale parce que nous savons n’avoir affaire qu’à des fragments arbitrairement retrouvés. »
Brides glanées dans les premières pages du texte de François Bon « grands gestes effrayeurs (de Gaston Chaissac écrivain), la suite est à lire, avec la façon dont se combinent les deux vies celle de la campagne et du labeur, celle des galeries, des écrivains.
Et m’en vient une envie de les lire ces lettres, moi qui me contentais de contacts épisodiques et joyeux avec le peintre-sculpteur. Alors quelques brides péchées dans la première partie, que je conserve sans les développements de François Bon, pour trouver ma réaction propre à ces mots, mon imaginaire
« Et si les âmes étaient visibles avec nos yeux de chair nous en verrions de toutes noires, des régiments, et laides à faire peur. » et bien sur ce n’est pas simple jugement pessimiste, le noir est un révélateur, puisque bien entendu » Mais le noir est quand même une superbe couleur. »
-
Par liberlibri, le 15/10/2009
L'incendie du Hilton
de
François Bon
Que dire de cet Incendie du Hilton quand tout – ou presque – a déjà été bloggué, twitté depuis longtemps ? On peut, comme je l’ai fait, se mettre l’eau à la bouche avec ces quelques passages sélectionnés par Lignes de fuite, avant d’aller découvrir la lecture singulière que fait Jean-Claude Bourdais de ce roman. Et pour ma part, qu’ajouter à leurs voix comme impression de lecture ? On a parlé ça et là de roman flaubertien, de livre sur rien. On y trouve aussi, selon moi, du Simenon dans cette façon de planter une ambiance, de faire sentir la lourdeur de l’attente nocturne sans pourtant charger le récit de longues descriptions. Il y a dans le Tim Hortons de François Bon quelque chose de ces drugstores décrits dans les romans américains du père de Maigret. Ce que l’on a moins dit, c’est la présence de cet hôtel, labyrinthique et obsédant jusque dans son absence même. Quand on se prend à regarder des images du bâtiment, on comprend que ce monstre de béton puisse donner matière à un livre comme, en son temps, un édifice de pierre s’était imposé à Hugo. L’hôtel retient ses clients, les conserve jalousement en son sein. Petite immensité dans celle de la grande ville, il leur offre une autarcie aussi maternante qu’étouffante. L’incendie fera des évacués des orphelins du lieu, abandonnés à l’attente.
« Combien de temps chacun passe dans sa vie à ne rien faire qu’attendre ? » Il est un vieil adage océanien qui dit : « Vous, les Occidentaux, vous avez l’heure mais nous, nous avons le temps ». C’est précisément parce que nous sommes minutés que nous avons perdu l’habitude de prendre et de perdre du – bon – temps. Dès la première alerte de l’incendie du Hilton, le radio-réveil, la montre sont là pour signifier le temps gaspillé. Plus que l’angoisse du feu, c’est l’imprévu de l’attente qui pèse. Pourtant, c’est elle, pause obligée dans un emploi du temps compté, vide incongru dans le rythme hôtelier des femmes de chambre et des réceptionnistes, c’est elle, cette attente, qui donne matière à ce beau livre.
Lien : http://www.liberlibri.fr/?p=886
-
Par hubertguillaud, le 29/04/2008
L Enterrement, L'
de
François Bon
Dans une prose quasi Célinienne, François Bon revient sur ses pas, dans les endroits où l'on ne souhaite pas revenir, auprès de gens qu'on ne souhaite pas cotoyer, mais contre lesquels les évènements parfois vous poussent, comme le ressac. Cet enterrement est un prétexte. Prétexte à évoquer la pesanteur familiale, la gangue moralisatrices des campagnes, la bêtise de nos congénères. Dans cette galerie de portraits, François Bon évoque l'hésitation, ce moment de bascule où l'on accompagne son passé sans pouvoir enfin recommencer.
On parcours cette journée de souffrances contenues, égaillées de bouts de souvenirs, comme des bulles d'eau gazeuse pour digérer la lourdeur de tout ce qu'il faut avaler, à l'épaule de l'auteur. On trace petit à petit les pesanteurs qu'a connu celui qui n'est plus, jusqu'à savoir pourquoi. Mais l'essentiel n'est pas là. Il est dans cette peinture en contre, la rage au coeur, dans ce rejet féroce de ce monde là que François Bon dépeint sans pareil : les réflexions routinières, la gangue crasse de la stupidité...
-
Par hubertguillaud, le 29/04/2008
L Enterrement, L'
de
François Bon
Dans une prose quasi Célinienne, François Bon revient sur ses pas, dans les endroits où l'on ne souhaite pas revenir, auprès de gens qu'on ne souhaite pas cotoyer, mais contre lesquels les évènements parfois vous poussent, comme le ressac. Cet enterrement est un prétexte. Prétexte à évoquer la pesanteur familiale, la gangue moralisatrices des campagnes, la bêtise de nos congénères. Dans cette galerie de portraits, François Bon évoque l'hésitation, ce moment de bascule où l'on accompagne son passé sans pouvoir enfin recommencer.
On parcours cette journée de souffrances contenues, égaillées de bouts de souvenirs, comme des bulles d'eau gazeuse pour digérer la lourdeur de tout ce qu'il faut avaler, à l'épaule de l'auteur. On trace petit à petit les pesanteurs qu'a connu celui qui n'est plus, jusqu'à savoir pourquoi. Mais l'essentiel n'est pas là. Il est dans cette peinture en contre, la rage au coeur, dans ce rejet féroce de ce monde là que François Bon dépeint sans pareil : les réflexions routinières, la gangue crasse de la stupidité...
-
Par brigetoun, le 26/02/2011
Quoi faire de son chien mort ?
de
François Bon
Courtes, très courtes pièces – ou très brefs levers de rideau – théâtre de mots sans rien – belle oralité reconstituée
-
Par FaBmNrD, le 10/02/2011
rencontre avec le dernier descendant de Charles Baudelaire
de
François Bon
Une rencontre avec celui qui se dit le dernier descendant de Charles Baudelaire, un étrange énègumène qui veut apporter un nouveau regard sur l'oeuvre de son ancêtre.
court petit ouvrage qui amène à reconsidérer ses positions sur Baudelaire et sur la poésie du XIXe en général
-
Par kristov1, le 08/02/2011
Rock'n Roll : Un portrait de Led Zeppelin
de
François Bon
Le plus grand groupe de l'histoire du rock sous la plume d'une des plus grands critiques de rock.
-
Par FaBmNrD, le 25/01/2011
Autoroute
de
François Bon
Un intéressant Road movie littéraire. Caméra sur l'épaule et carnets de notes à la main, le récit d'un voyage sur l'autoroute à la rencontre du prévisible, de l'habituel...
Lien : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501775/autoroute
-
Par ignatus-reilly, le 04/11/2010
Sortie d'usine
de
François Bon
Comment décrire ce livre? C'est assez difficile en fait.
Le sujet : une usine en banlieue parisienne et un ouvrier.
Ce livre nous raconte le quotidien de la vie en usine, le bruit, la poussière, les machines,la grève, la mort, l' accident, la déprime, la dépression et l'ennui surtout l'ennui. Le temps figé, monotone, les tâches tellement répétitives que le moindre incident créé une distraction bienvenue.
A la fin du roman, le narrateur revient sur les lieux après avoir démissionné. Fraîchement débarqué à Paris, c'était son premier job trouvé par le biais d'une boîte d'interim.
L'écriture est très particulière, la syntaxe aussi. Ce qui se passe dans ce livre pourrait se passer en une journée ou en cent ans. Tout se passe et rien ne se passe pourtant. En plongeant dans le cœur de l'usine, c'est dans sa non-vie que nous nous trouvons immergé, le vide jusqu'à l'écœurement.
-
Par brigetoun, le 15/08/2010
L Enterrement, L'
de
François Bon
peut-être le livre de François Bon que je préfère - une composition mosaïque, savante, et qui semble naturelle - un va et vient dans le temps qui fait pénétrer plus profondément dans la vie, les vies concernées de près ou de loin par cet enterrement - l'autobiographie affleurante, transformée, déplacée, recomposée d'éléments divers, mais que l'on sent toujours un peu et qui donne densité au texte - attention aux êtres, aux actes, aux petits rites, aux petitesses, et toujours l'horizon qui s'élargit, qui débouche sur l'histoire passée de l"ami, sur l'histoire présente de celui qui revient pour cet enterrement, juste à travers le corps en voyage.
-
Par brigetoun, le 08/11/2009
Hoboken, plan fixe
de
François Bon
l y a l'eau qui est le nerf des villes (pas toutes), les alvéoles où nous vivons, et
« On sait vaguement encore l’orientation, et où l’artère principale, qui vous ramènera. Un carrefour a ses lois propres : à peine un coin de rue, mais c’est celui dont on se souvient de la cabine téléphonique, ou d’un accident de voiture, ou bien parce que c’est le chemin pour aller chercher le pain. Cherchez en vous-même combien vous portez de coins de rue, cherchez à comprendre pourquoi on mémorise avec tellement plus de précision le coin de rue ou le carrefour que la rue elle-même : parce qu’on y bute contre le vide ? »
vide, parce que la ville évoquée par les photos et par le texte le renvoie à Hooper, à un âge déjà ancien, qui pour ma ville est perdu dans les brumes de l'avenir.
Monde d'immeubles, de voies et de terrains vagues (de pont aussi et des plages désertes) vu dans le flou, l'indécision, le vide du sténopé.
« La maladresse apparente du sténopé c’est nous rouvrir l’écriture depuis l’amont : la possibilité même, peut-être, de gommer la ville, d’en revenir à notre seule énigme, passion du signe, passion de l’abstraction. Nous-mêmes par une géométrie définis. »
et c'est la ville, descendante très lointaine de la mienne - non, sans filiation, autre, à une autre échelle, mais où circulent, vivent les mêmes humains, façonnés un peu par cet univers qu'ils s'approprient pourtant pour y loger leur vie... jusqu'aux dernières lignes
« Nous n’avons plus qu’indifférence quant à nos routes : puisque les villes qu’elles joignent sont pareilles. Alors on s’assoit là, sur le parking. On est dans sa voiture, on a mis une musique. On attend le camion, des écouteurs aux oreilles. On a mal au monde. »
-
Par chartel, le 21/12/2007
Quoi faire de son chien mort ? : Et autres textes courts pour la scène
de
François Bon
La littérature théâtrale devrait-elle obligatoirement passer par la déconstruction/reconstruction du langage pour être reconnue comme contemporaine? François Bon ne semble pas déroger à cette "règles" en usant d'une langue convulsive, spasmodique, inversée (à la manière de l'anglais: venu je suis) et amalgame les paroles des personnages avec les didascalies. Si cette écriture trop recherchée peut nuire à la beauté des situations présentées, elle offre tout de même un réel plaisir de lecture (mais je plains les acteurs et les metteurs en scène...)
Les 5 courts textes montrent à chaque fois les réactions possibles d'individus confrontés à des imprévus, à des événements douloureux: la mort d'un chien, une rupture conjugale, une mutilation sordide, une disparition. Les personnages évoluent dans un monde urbanisé, sur des lieux de passages et de rencontres possibles: paliers, cages d'escalier, rue. Souvent avec humour, François Bon dessine les travers d'une époque ou l'individualisme et le consumérisme étouffent notre propre humanité. C'est ce qui rend ce livre attachant. Mais est-ce suffisant pour présenter ses textes sur une scène?