Mathématiques congolaises de
In Koli Jean Bofane
Nombres relatifs, équations réciproques, irrationnelles, numériques, calculs de dérivées. Théorème de Thalès, notions de trigonométrie. Géométrie dans l'espace, propriétés fondamentales du plan, cône de révolution, différence de deux vecteurs. Dans le calme de sa chambrette, sous un éclairage dansant, Célio Matemona tournait doucement les pages de l'Abrégé de mathématique à l'usage du second cycle de Kabeya Mutombo, édition 1967. Sa main de temps en temps, en appuyant avec précaution, lissait les surfaces patinées par le temps. Le jeune homme posait ses paumes avec délicatesse comme pour percevoir une ultime vibration, un dernier signe que lui enverrait l'ouvrage. Parce qu'il le connaissait en profondeur, le bouquin. Il s'y était immergé sans restriction, y avait passé des nuits entières. Il s'était réellement imprégné de la moindre virgule, du plus banal des astérisques, que le contenu vivait littéralement en lui.
Les théorèmes et les définitions qui se succédaient avait été de véritables oracles pour Célio. Il les avait appliqués aveuglément et en avait usé comme autant de martingales. Les graphiques et les schémas compliqués le ramenaient à des souvenirs aussi nets que des diaporamas. Chaque chapitre, paragraphe, alinéa, avait été une solution vitale, un retournement spectaculaire, parfois, aussi, une déception. A force de manipulations, les bords des pages du livre s'étaient érodés et étaient devenus irréguliers, les coins s'étaient arrondis et fragilisés.
Malgré les soins dont les entourait Célio, certaines des pages avaient été chiffonnées, d'autres n'existaient tout simplement plus. Un morceau de ruban adhésif transparent, jauni par le temps, barrait l'une d'elles en diagonale. Célio se souvenait de cette déchirure ; du livre qui volait de banc en banc. Il avait dû se battre contre toute la classe pour récupérer le manuel. Le jeune Célio avait souvent été l'objet de sarcasmes à cause de son amour immodéré des mathématiques.
> lire la suite
Par Gangoueus, le 25/02/2009
Mathématiques congolaises de
In Koli Jean Bofane
Mais tout cela n’était que littérature. Entre-temps la Faim, au milieu de la population gagnait du terrain, faisait des ravages considérables. Elle progressait en rampant, impitoyable comme un python à deux têtes. Elle se lovait dans les ventres creusant le vide totale autour de sa personne. Ses victimes avaient appris à subir sa loi. En début de journée, avant qu’elle ne se manifeste, on n’y pensait pas trop, absorbé par le labeur qui permettrait justement de manger et ainsi obtenir un sursis. On faisait semblant d’oublier, mais l’angoisse persistait à chaque moment. En début d’après midi, avec le soleil de plomb qui accélère la déshydratation, cela devenait plus compliqué. L’animal qui depuis, depuis longtemps avait pris la place des viscères,
manifestait sa présence en affaiblissant le métabolisme, se nourrissant de chair et d’autres substances vitales. On était obligé de vivre sur ses maigres réserves. L’effort faisait trembler les membres, rendait les mains moites et froides, le cœur avait tendance à s’emballer . Pour calmer la bête, on lui faisait alors offrande d’eau froide, pour qu’elle se sente glorifiée. Cela ne durait pas, car juste après, elle jouait sur le cerveau et d’autres organes de la volonté et du sens combatif. On pouvait avoir tendance à mendier. Certains devenaient même implorants, parce qu’elle laminait, de son ventre rêche, des choses aussi précieuses que l’orgueil et la fierté. Elle omniprésence et omnipotente. On ne conjuguait plus le verbe " avoir faim ". A la question on pouvait aller la réponse était : Nzala ! la faim ! Elle s’était institutionnalisée.
> lire la suite