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ISBN : 2070421961
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 4.15/5 (sur 129 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Les demeurées, ce sont une idiote du village et sa fille, fruit d'un contact éphémère avec un ivrogne de passage. Entre ces deux êtres d'infortune, nulle parole. Leur amour est silencieux, bâti sur leur seule présence l'une à l'au... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 15 avril 2013

    marina53
    La Varienne est une demeurée, une abrutie, se plaisent à dire les habitants du village. Habitant seule dans une maison isolée, de tout et de tous, elle s'est enfermée dans un profond silence, n'ayant que pour seule compagnie sa fille, Luce, son trésor le plus précieux. Elles ont construit leur vie en mode autarcie, ne se déplaçant guère et ne parlant à personne. Elles s'aiment très fort malgré le silence qui les entoure, ne se parlant même pas entre elles. Elles mènent une vie figée et laissent aux autres l'adage selon lequel les demeurés font des demeurés, car Luce ne sait ni lire ni écrire.
    Leur quotidien va se trouver bouleversé le jour où Mademoiselle Solange, l'institutrice du village, va vouloir scolariser la petite Luce. La Varienne n'a d'autre choix que de laisser l'enfant partir vers l'inconnu et leur cocon familial va se briser. Car, c'est toute la vie des ces deux femmes qui va changer. Passionnée par son métier, Mademoiselle Solange va tenter d'enseigner la lecture et l'écriture à Luce. Mais, la petite fille est-elle réellement prête à s'ouvrir aux autres? le travail acharné de l'institutrice va-t-il porter ses fruits? Et à quel prix?
    Tombée un peu par hasard sur ce livre dont seule l'auteure ne m'était pas inconnue, j'ai été charmée par La Varienne et la petite Luce. Deux êtres inséparables, presque fusionnels, que Solange tentera d'ouvrir au monde. Un récit ramassé dont la profondeur n'a d'égal que l'humanité qui s'en dégage. C'est réellement une histoire poignante et bouleversante que nous raconte Jeanne Benameur. Toute l'intensité de ce roman se retrouve dans les non-dits et le silence qui entoure les deux femmes.
    L'auteur pose un regard sur les limites de l'enseignement et la passion dévorante de certains professeurs pour leur métier, leur soif de faire partager leur savoir.
    Un roman empli d'émotion, de sensibilité, d'amour et d'humanité.

    Les Demeurées … ou la voix du silence..
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    • Livres 4.00/5
    Par Hahasiah, le 18 mars 2013

    Hahasiah
    Une mère et sa fille : deux êtres reliés par le sang. La Varienne et son enfant prénommée Luce. Deux entités jumelées par ce qu'elles inspirent chez les villageois : indifférence, questionnement ou crainte.
    Chaque village, chaque bourg, chaque hameau a son idiot, son demeuré. Un individu qui tient le rôle de l'imbécile, de l'abruti de service. Celui qui rassure car on se croit forcément plus « intelligent » que lui. Ici, c'est la Varienne. Une femme transparente aux yeux des autres, tellement mise à l'écart qu'elle en est venue à s'isoler elle-même avec son enfant dans un mutisme protecteur. le silence les habille toutes deux. Recluses dans un cocon qu'elles ont lentement élaboré, elles chérissent une solitude apaisante. Mais toutes les bonnes choses ont une fin…
    Luce est en âge d'aller à l'école et de franchir l'enceinte jadis interdite à la Varienne : celle du savoir. Mademoiselle Solange, l'institutrice, se fait pressante pour que l'enfant intègre sa classe. La mère, dépossédée de la chair de sa chair, voit l'autarcie délicieuse dans laquelle elles baignent s'assècher peu à peu. La frontière qui la protégeait de l'Extérieur n'est plus.
    Molestée par sa peur de l'inconnu et l'obligation de se conformer aux règles, La Varienne souffre. Nul ne peut imaginer comment va évoluer la rencontre entre ces deux univers. Celui d'une mère et sa fille vivant dans l'ombre et l'autre : public, exposé à la lumière et à la foule.
    A pas feutrés, Jeanne Bennameur qui fut elle-même enseignante, invite le lecteur à franchir le seuil de l'intime propre à ces trois personnages féminins. Portés par une musicalité infinie et une grande poésie, leurs portraits esquissés avec délicatesse sont saisissants d'émotions.
    Le thème de la différence est magnifiquement mis en exergue dans le récit : différence dans la façon de vivre ou dans la manière d'intégrer de nouveaux apprentissages. L'auteure effleure avec pudeur les souffrances de ses enfants imperméables à l'enseignement scolaire. Ces laissés pour compte qualifiés souvent d' inadaptés auxquels une pédagogie collective et massive ne convient guère.
    Les Demeurées c'est aussi la transcription des chaînes indéfectibles et secrètes qui réunissent une mère et sa fille. Jeanne Bennameur réussit avec brio à décrire l'impalpable et les mystères insondables des liens maternels. On retrouve d'ailleurs dans ce livre un peu de l'alchimie qui unit mère et fille dans La leçon de piano de Jane Campion. Autant d'attaches organiques et fusionnelles qui échappent au rationnel et difficiles à mettre en mots.
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  • Par sylvie, le 14 juillet 2008

    sylvie
    J'ai beaucoup aimé ce très court roman.
    Il nous parle avec des mots choisis de ce qui souvent ne se dit pas et reste un mystère profond.
    Il met des mots sur le mutisme d'une petite fille qui arrive à l'école et ne veut rien apprendre.
    Elle ne veut pas avec une telle force que l'institutrice en est intriguée, émue et interpellée.
    Nous suivons l'histoire de cette enfant, née d'une brève rencontre entre un homme saoul et sa mère, dite "La Varienne".
    On l'appelle aussi "La Demeurée" au village.
    Elle habite retirée avec sa fille dans une maison loin de tout et survit grâce au ménage qu'elle fait chez les gens qui l'entretiennent par charité semble-t-il.
    Elle ne parle pas. Elle s'occupe de sa fille, malgré tout et à sa manière silencieuse.
    Elle est toute en instinct, en émotions.
    Elle et sa fille ne font qu'un, elles sont à l'unisson de ce monde rien qu'à elles, qu'elles écoutent et regardent à longueur de journées.
    Elles se suffisent, elles s'aiment.
    Jusqu'au jour où l'école obligatoire vient les séparer.
    La déchirure fait une blessure profonde qui semble ne pas pouvoir cicatriser.
    La mère a peur, elle a mal. La petite fille s'inquiète et a grand peur aussi.
    La passion pédagogique de l'institutrice a été réveillée par l'enfant qui refuse tout en bloc.
    Ce livre nous raconte combien l'accès au savoir peut être effrayant et douloureux et comment une enseignante peut se noyer dans la dépression, confrontée au doute du bien fondé de son action .
    Ce drame est cruel sans doute parce que criant de vérité.
    Le récit s'immisce dans la pensée et dans le cœur de l'enfant qui ne veut que le bonheur et l'amour de sa mère. Il révèle les émotions de la mère qui butent sur les choses faute de mots.
    Il relate le désespoir profond de l'enseignante qui comprend qu'elle a rendu l'enfant malade, et qu'elle a sans doute échoué et faillit.
    C'est un livre à lire pour qui s'intéresse à la relation pédagogique et à l'apprentissage de l'écrit.
    des liens sur : http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/07/les-demeures-jeanne-benameur.html
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    • Livres 5.00/5
    Par trust_me, le 06 décembre 2012

    trust_me
    On m'avait dit : « Lis ça, tu vas adorer ! » On m'avait dit : « Il faut le lire d'une traite, en apnée. »Par contre on ne m'avait pas dit à quel point ce tout petit texte est bouleversant. On ne m'avait pas dit qu'il allait me prendre aux tripes. C'est toute la littérature que j'aime. Une écriture minuscule, faite de phrases courtes, ciselées et imparables. Tout est gratté jusqu'à l'os, pas un mot de trop. le genre d'ouvrage qui me conforte dans l'idée qu'il n'y a pas de plus belle activité que la lecture.
    Simplement sublime.

    Lien : http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/12/les-demeurees-de-jeann..
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    • Livres 5.00/5
    Par lauredanse, le 03 avril 2013

    lauredanse
    Dès les premiers lignes de ce court roman (81 pages), Jeanne Benameur nous emporte avec elle dans cette histoire émouvante. Charriés par sa poésie, nous dévalons avec avidité le cours de ce fleuve de mots emplis d'humanité et de liberté. C'est un véritable coup de coeur pour la grandeur de ce petit récit, d'une intensité émotionnelle incroyable et d'une intelligence indéniable.
    La Varienne, c'est comme cela qu'on l'a appelé, vit sa vie avec sa fille, sans penser, sans parler, sans montrer ses émotions. Elle est « la demeurée », « l'abrutie ». Sa fille cherche à chaque instant un signe, une émotion, un regard … mais rien. Pourtant ça n'enlève rien à l'amour pur qui les unit. Mais le jour où Luce va à l'école car c'est obligatoire, La Varienne est désemparée et reste plantée dans la rue à l'attendre. le sentiment de manque qu'elle ne connaissait pas s'insinue en elle et c'est alors une grande souffrance qui s'empare de tout son être. Luce est aussi triste et blessée à vif par cette séparation et reste totalement hermétique, de par sa volonté : « Elle fait mur. Aucun savoir n'entrera. L'école ne l'aura pas. » Pour elle, si elle apprend elle s'éloigne de sa mère, et elle ne veut pas. Leur amour est fusionnel, inconditionnel. Elles ne sont bien qu'ensembles.
    Mademoiselle Solange, l'institutrice, va tenter de prendre Luce sous son aile après l'école avec l'accord de sa mère qu'elle est allée convaincre, pour lui transmettre son savoir. Très vite Luce va tomber malade et se retrouver à rester chez elle. Elle ne retournera pas à l'école, elle ne le veut pas. Sa mère restera à son chevet, apprenant la douceur en prenant soin de sa petite. » le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher. Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille . Comme elle a été naïve de croire qu'elle pouvait apporter à un être quelque chose de plus ! La petite est comblée. de tout temps comblée et si elle l'ignorait, en la faisant venir ici, dans cette école, elle le lui a appris. C'est la seule chose qu'elle lui ait enseignée sans le savoir : une douleur et un bonheur intense. Savoir qu'on manque à quelqu'un, que quelqu'un nous manque. »Tous ses évènements ne vont qu'amplifier leur besoin de rester unies et toutes les deux. Elles ont connu ce sentiment de manque insupportable lorsque Luce était à l'école. Désormais Luce est rétablie et elles vivent leur vie tranquillement chez elle, loin des autres, unies à jamais.
    Luce commencera à chantonner, chantonner les mots qu'elle a entendus. Elle se rendra compte rapidement que tous ces mots refoulés qui lui venaient de l'école, tous ces cours, sont bien ancrés en elle. Malgré elle, malgré qu'elle les ait rejetés le plus fort possible, elle a appris, elle possède un savoir, et elle aime cela. Elle le savait, mais pour elle il était un danger pour sa mère et elle, alors elle l'a chassé, enfouie en elle, hors de sa conscience. Maintenant qu'il refait surface, elle le prend à bras le corps et veut apprendre. Elle s'initiera à la broderie avec du fil que ramènera La Varienne. Ce sera alors son secret et elle continuera par la broderie son apprentissage des mots loin des yeux de sa mère, de l'alphabet pour commencer. Elle aura protégé sa mère, protégé leur amour, gardé intact la pureté de leur lien, tout en ayant le plaisir du savoir et de la connaissance. L'institutrice quant à elle vivra avec douleur son échec, pensant qu'elle a eu tort de vouloir forcer un apprentissage, elle en perdra la raison de culpabilité.
    Je ne vais pas en dire davantage mais la suite et la fin sont un condensé de beauté, de tristesse mêlée, des émotions à fleur de peau qui vous envahissent en un instant, vous laissant dans une sensation de plaisir littéraire intense. La plume de Jeanne Benameur est une merveille, sa poésie a un impact sur moi incroyable. Je savoure encore ses mots, ses messages, toute cette humanité qui explose, tout ce désir de liberté individuelle qui crie son existence et tout la beauté de la simplicité ! D'une grande pudeur, d'une sensibilité puissante, je vous conseille de tout mon coeur cet ouvrage magnifique !

    Lien : http://madansedumonde.wordpress.com/2013/04/03/les-demeurees-jeanne-..
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Citations et extraits

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  • Par araucaria, le 18 mai 2013

    Dans la cour de l'école, la petite reste seule. Ce que vivent les autres filles ne l'intéresse pas. Elles se parlent, chuchotent, jacassent, crient parfois, des sons aigus qui font se tourner son visage, d'un seul coup.
    Elle, ne crie jamais.
    Dans la poche de son tablier, elle serre l'unique objet qui la relie au monde des murs grisés, luisants, de la vapeur des légumes bouillis. Lisse, bombée, sa toute petite dent.
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  • Par clochette09, le 10 mai 2013


    Quand elle a poussé la porte de la maison,la Varienne s'est levée. Luce s'est jetée contre le grand corps.Il n'y a pas d'autre vérité. Tout est là. Dans l'obscur du grand tablier. Qu'on la protège.

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  • Par lauredanse, le 03 avril 2013

    Aujourd’hui, les mots sont là, dans sa tête à elle. Ça ne fait pas de bruit. Sous ses doigts, à chaque lettre qui se dessine, les mots arrivent. Luce lève les yeux, guette. Sa Varienne va dans la maison, lourde et tranquille. Les mots dans la tête de Luce sont silencieux. Ils ne s’échappent pas. Ils vient tout seuls,ne font pas mal. Luce s’étonne du secret. C’est tout un monde qui respire sans apparaître. C’est à elle, rien qu’à elle. Une grande chaleur peu à peu envahit tout son corps. C’est à elle, à l’intérieur d’elle et personne, personne ne peut y toucher. La joie qui l’envahit en silence ne peut pas se mesurer. Elle y est toutes, ne sait pas pourquoi. Luce continue sa lente progression dans l’alphabet. Elle est seule, heureuse.
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  • Par Yuko, le 04 mai 2012

    Comment faire désormais ?
    Elle voudrait parler à quelqu'un.
    Devant elle, le secret tissé entre deux êtres.
    La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout. Même de nom.
    Le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher.
    Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille ?
    Comme elle a été naïve de croire qu'elle pouvait apporter à un être quelque chose de plus !
    La petite est comblée. De tout temps comblée et si elle l'ignorait, en la faisant venir ici, dans cette école, elle le lui a appris. C'est la seule chose qu'elle lui ait enseignée sans le savoir : une douleur et un bonheur intense. Savoir qu'on manque à quelqu'un, que quelqu'un nous manque.
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  • Par Reka, le 03 juin 2009

    Cette nuit-là l'obscurité les gagne. Il y a dans le monde des amours qui ne reflètent rien, des amours opaques. Jamais l'abandon ne trouverait de mot pour guider leur coeur. Derrière leurs paupières closes, leurs yeux sont grands ouverts, ne cherchent rien. Ni route, ni chemin ne parviennent jusqu'à elles. Elles sont égarées dans le présent du grand lit, immobiles. Aucune image, aucune pensée ne les mène jusqu'à demain. Tout entières présentes, comme tombées de si haut que leur poids s'est multiplié jusqu'au vertige. Trop lourdes pour la vie. Abruties, demeurées dans la nuit. (p. 25)
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