ISBN : 2070421961
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 78 notes) Ajouter à mes livres
Les demeurées, ce sont une idiote du village et sa fille, fruit d'un contact éphémère avec un ivrogne de passage. Entre ces deux êtres d'infortune, nulle parole. Leur amour est silencieux, bâti sur leur seule présence l'une à l'au... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par sylvie, le 14 juillet 2008

    sylvie
    J'ai beaucoup aimé ce très court roman.
    Il nous parle avec des mots choisis de ce qui souvent ne se dit pas et reste un mystère profond.
    Il met des mots sur le mutisme d'une petite fille qui arrive à l'école et ne veut rien apprendre.
    Elle ne veut pas avec une telle force que l'institutrice en est intriguée, émue et interpellée.
    Nous suivons l'histoire de cette enfant, née d'une brève rencontre entre un homme saoul et sa mère, dite "La Varienne".
    On l'appelle aussi "La Demeurée" au village.
    Elle habite retirée avec sa fille dans une maison loin de tout et survit grâce au ménage qu'elle fait chez les gens qui l'entretiennent par charité semble-t-il.
    Elle ne parle pas. Elle s'occupe de sa fille, malgré tout et à sa manière silencieuse.
    Elle est toute en instinct, en émotions.
    Elle et sa fille ne font qu'un, elles sont à l'unisson de ce monde rien qu'à elles, qu'elles écoutent et regardent à longueur de journées.
    Elles se suffisent, elles s'aiment.
    Jusqu'au jour où l'école obligatoire vient les séparer.
    La déchirure fait une blessure profonde qui semble ne pas pouvoir cicatriser.
    La mère a peur, elle a mal. La petite fille s'inquiète et a grand peur aussi.
    La passion pédagogique de l'institutrice a été réveillée par l'enfant qui refuse tout en bloc.
    Ce livre nous raconte combien l'accès au savoir peut être effrayant et douloureux et comment une enseignante peut se noyer dans la dépression, confrontée au doute du bien fondé de son action .
    Ce drame est cruel sans doute parce que criant de vérité.
    Le récit s'immisce dans la pensée et dans le cœur de l'enfant qui ne veut que le bonheur et l'amour de sa mère. Il révèle les émotions de la mère qui butent sur les choses faute de mots.
    Il relate le désespoir profond de l'enseignante qui comprend qu'elle a rendu l'enfant malade, et qu'elle a sans doute échoué et faillit.
    C'est un livre à lire pour qui s'intéresse à la relation pédagogique et à l'apprentissage de l'écrit.
    des liens sur : http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/07/les-demeures-jeanne-benameur.html
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    Critique de qualité ? (21 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 12 avril 2012

    Seraphita
    Abrutie, la Varienne, qui vit dans un silence opaque. Abrutie, Luce, sa fille, qui ferme ses oreilles aux mots de l'institutrice, Melle Solange. En pédagogue convaincue, celle-ci s'efforce à tout prix de lui apprendre à lire et écrire, c'est son devoir. C'est sans compter sur le pouvoir de résistance de Luce : apprendre lui fait peur, tant les mots l'éloignent de sa mère, irrémédiablement. Aussi, elle se mure au fond d'elle-même pour échapper au savoir. Jusqu'au jour où Mlle Solange écrit le nom de Luce au tableau et force la petite à l'écrire. C'en est trop. le nom ainsi affiché marque en lettres de craie un non-dit, vient révéler le secret de l'enfant. Au fur et à mesure que Luce s'affaiblit jusqu'à ne plus pouvoir venir à l'école, Mlle Solange perd sa foi de pédagogue et s'étiole progressivement : elle exigeait le meilleur de Luce, voilà qu'elle lui oppose une résistance passive. Mais Luce va découvrir, à la faveur d'un événement inattendu, que les mots de l'institutrice ne sont pas morts : ils sont toujours là, en elle, et ne demandent qu'à éclore…
    « Les Demeurées » est un magnifique roman très court écrit par Jeanne Benameur. Guidée par une plume âpre, exigeante, emplie d'une poésie et d'une tendresse éblouissantes, l'auteure a su décrire l'éveil au savoir d'une petite fille, dans toutes ses difficultés, mais aussi dans son potentiel de promesses. Elle pose avec brio et sans jargon aucun les grandes difficultés que peut rencontrer l'apprenant au seuil de l'apprendre à lire-écrire : pourquoi consentir à un tel effort quand ce savoir viendrait éloigner de l'autre, parce qu'il vient révéler un secret originel qui pourrait détruire ?
    « Les Demeurées » est un chant d'espoir, tant pour l'apprenant que pour le pédagogue. Ne jamais forcer le désir d'apprendre, c'est ce qu'un des professeurs de Mlle Solange lui avait appris. En acceptant, bien malgré elle, cette résistance, le désir de Luce peut s'éveiller, autrement. Un désir dont la petite accepte les risques, mais un désir risqué pour l'autre…
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 08 juillet 2011

    brigittelascombe
    La forclusion du nom du père chère à Lacan,la forteresse vide chère à Bettelheim, qu'importe d'où vient l'enfermement, toujours est il que le lien tissé entre La Varienne, l'idiote du village et sa fille Luce est si fort que rien ni personne ne peut pénétrer dans le monde fermé qui est le leur. Même pas le savoir. Elles sont demeurées là, telles qu'elles, en l'état, brutes,abruties.
    Mais, "c'est quand sa mère dort, seulement, que la petite avance les doigts de la main droite et sent les tiges, le ruban,les fleurs qu'il faut à peine effleurer".
    Maigre espoir, frèle espoir. Luce. "Luce est un nom, un vrai.La petite est."
    Mademoiselle Solange, l'institutrice, armée de bons sentiments, (c'est pour le bien de la petite pas vrai?) va s'ingénier à percer un trou, un trou qui s'appelle Luce, un nom qui pénètre la demeurée et l'envahit jusqu'à la rendre malade.
    "Tout se mure."Mademoiselle Solange aussi! Mais on peut demeurer sans être demeurée.
    C'est dur et fort, comme un amour incommensurable!
    Qu'est ce que l'intelligence, qu'est ce que la débilité? Qu'est ce qu'un sujet? Qu'est ce que l'aliénation?Comment retrouver sa cohérence, tout en se séparant de l'Autre qui est tout?
    Des questions que Jeanne Bénameur(longtemps enseignante) soulève pour ensuite de façon très poétique ouvrir la porte close de jolis mots brodés.
    Les Demeurées a reçu le prix Unicef en 2001 et Jeanne Benameur connue pour plusieurs textes poétiques,livres jeunesse, et pièces de théatre a publié récemment l'excellent :Les insurrections singulières, l'histoire et la remise en question d'Antoine ouvrier d'usine délocalisé au Brésil.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par BMR, le 08 février 2008

    BMR
    Mais pourquoi donc les auteurs modernes français s'obstinent-ils à Goncourir pour la prose la plus tarabiscotée ?
    Voilà donc Jeanne Bénameur sur le podium aux côtés de Philippe Claudel, Tanguy Viel, Muriel Barbery et tant d'autres.
    Soyons indulgents, cette fois, Jeanne Bénameur aurait un alibi : son phrasé désarçonne mais c'est (peut-être) pour mieux nous faire pénétrer dans l'esprit tordu de deux «abruties», deux idiots du village comme on dit.
    Deux idiotes en l'occurrence : la mère et la fille, Les Demeurées.
    Et puis fort heureusement, au bout de quelques pages (l'opuscule n'en compte que 80), ça se calme un peu, à moins que l'on s'habitue.
    Et la prose savante s'efface un peu pour laisser place à l'histoire. À l'humanité.
    Car c'est une histoire poignante, comme on dit.
    L'histoire d'une gamine accrochée à sa mère et d'une mère cramponnée à sa fille, car ces deux-là n'ont qu'elles deux pour survivre.
    L'histoire d'une gamine que l'institutrice du village, Mademoiselle Solange, se met en tête d'amener à la lecture (Jeanne Benameur a été prof).
    Et c'est là que ça se complique.
    Et sur le chemin de la maison, l'enfant récalcitrante recrache littéralement ses leçons, tous les mots appris de l'instit, pour être sûre qu'ils quittent sa tête.
    Car la petite sait bien que ces mots risqueraient de l'arracher à sa mère. Et les deux demeurées veulent demeurer ensemble.
    Qui de l'enfant têtue ou de l'institutrice obstinée aura gain de cause ?
    On ne vous le dira pas bien sûr, d'autant que la réponse n'est pas si simple et que ce petit bouquin recèle quelques surprises.
    On tient là une très belle histoire, un joli conte de Noël, s'il n'était pas si triste, si dur parfois.
    Et surtout une très belle histoire de « mots », avec de quoi ravir tous les amoureux des livres et de la lecture.
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    • Livres 5.00/5
    Par meyeleb, le 01 août 2011

    meyeleb
    Une mère, comme une louve aux abois devant le danger du savoir des hommes. Une mère qui garde sa fille contre son flanc. Qui n'a pas de mots, qui parle avec la pulsion d'amour animale. Un comportement dont se délecterait la psychanalyse... le style épuré vient par mimétisme chercher l'abrupt, signifier le lien fusionnel, puis la peur de la séparation.
    J'ai aimé cette écriture (que je n'ai malheureusement pas retrouvé dans les autres romans de Benameur, à part dans Les mains libres, peut-être...) portée à une tension émotionnelle parfois poétique. Aimé comme le style embellit l'histoire.
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Citations et extraits

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  • Par Yuko, le 04 mai 2012

    Comment faire désormais ?
    Elle voudrait parler à quelqu'un.
    Devant elle, le secret tissé entre deux êtres.
    La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout. Même de nom.
    Le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher.
    Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille ?
    Comme elle a été naïve de croire qu'elle pouvait apporter à un être quelque chose de plus !
    La petite est comblée. De tout temps comblée et si elle l'ignorait, en la faisant venir ici, dans cette école, elle le lui a appris. C'est la seule chose qu'elle lui ait enseignée sans le savoir : une douleur et un bonheur intense. Savoir qu'on manque à quelqu'un, que quelqu'un nous manque.
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  • Par sylvie, le 14 juillet 2008

    Luce et le Varienne l'ont réveillée jusqu'à l'éblouissement;
    Comment faire désormais ,
    Elle voudrait parler à quelqu'un.
    Devant elle, le secret tissé entre deux êtres.
    La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout; Même de nom.
    Le savoir ne les inéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher;
    Qui était elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille ?"
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  • Par Reka, le 03 juin 2009

    Cette nuit-là l'obscurité les gagne. Il y a dans le monde des amours qui ne reflètent rien, des amours opaques. Jamais l'abandon ne trouverait de mot pour guider leur coeur. Derrière leurs paupières closes, leurs yeux sont grands ouverts, ne cherchent rien. Ni route, ni chemin ne parviennent jusqu'à elles. Elles sont égarées dans le présent du grand lit, immobiles. Aucune image, aucune pensée ne les mène jusqu'à demain. Tout entières présentes, comme tombées de si haut que leur poids s'est multiplié jusqu'au vertige. Trop lourdes pour la vie. Abruties, demeurées dans la nuit. (p. 25)
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  • Par BMR, le 08 février 2008

    [...] Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l'intérieur d'elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D'une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau. Entre les grains usés, presque une poussière, elle a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n'entrera. L'école ne l'aura pas. Elle demeure. Abrutie comme sa mère.
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  • Par BMR, le 08 février 2008

    [...] Elle dresse les yeux comme un chien sans flair tente vainement de suivre une trace. Quelque chose disparaît. La lumière a manqué. Une fois encore, la mère et la fille ont failli à la lueur dernière. Une fois encore, la petite se sent de trop dans la poussière, devant la porte. Rien n'ira plus bas que la terre.
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