Critiques de Metin Arditi


Classer par:       Titrecroissant     Datecroissant     Les plus appréciéescroissant
    • Livres 1.00/5
    Par solasub, le 23/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Je n'ai pas fini ce livre dont j'ai lu hier la première partie... et je ne sais pas si je le finirai.
    Pour moi, la lecture est un acte d'amour, un échange qui suppose qu'une connexion s'établisse, que le lecteur s'abandonne à la séduction ; or, ici, rien ne (se) passe, si ce n'est un profond ennui mêlé à une sourde exaspération.

    Je partais pourtant facilement conquise : la renaissance italienne, le XVIème s. et le lien littérature/peinture sont trois passions qui ont aussi constitué mes champs d'étude... Mais quelle déception!

    Dès les premières pages (la page 18 est assez insupportable et très représentative), l'overdose des points d'exclamations, qui tentent maladroitement de construire l'intériorité des personnages à défaut de maîtrise du discours indirect libre, a provoqué chez moi un rire nerveux ; c'est assez gênant, étant donné le manque total d'humour de ce récit...

    Quant à l'érotisme de pacotille mettant en scène des jeunes filles (ou plutôt des enfants!) de douze ans, et convoque les pires poncifs : le harem, le lesbianisme... Certes, page 66, l'auteur semble se souvenir que "c'est pas bien, l'esclavage" et ajoute in extremis une petite anecdote tire-larme, ce qui ajoute l'hypocrisie à l'ensemble.

    En ce qui concerne l'exotisme de Constantinople, je pense que la lecture du Guide du Routard m'apporterait plus de dépaysement : aucun univers ici, aucune odeur, aucun bruit, aucune matière, aucune couleur (ce qui est assez paradoxal lorsqu'on prétend raconter la vie d'un peintre) : quel manque de corps! (à part celui des jeunes filles dont j'ai déjà parlées...)

    Tout ceci à travers une construction boiteuse, une structure qui manque de rythme malgré la brièveté des chapitres, des incohérences narratives : en une demi-page, le héros abandonne le projet mis en place sur plusieurs chapitres et part à Venise : pourquoi, comment? On n'en saura rien. Je ne sais pas non plus pourquoi une ellipse de 43 ans sépare les deux premières parties, sans justification particulière, provoquant l'abandon de la plupart des personnages "installés" au début ; on l'apprend peut-être plus tard... mais il faudrait pour le vérifier que je poursuive et je doute d'en avoir le courage...





    Lien : http://solasubnocte.blogspot.com/2012/01/jai-presque-lu-le-turquetto-darditi....

    Critique de qualité ? (16 votes positifs)


    • Livres 3.00/5
    Par caro64, le 17/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    C’est par une note au lecteur que Metin Arditi introduit son nouveau roman. A elle seule elle suffit à susciter l’envie de dévorer ses quelque trois cent pages. Le postulat est le suivant : un tableau célèbre conservé au Louvre – dont la signature présente une discrète anomalie chromatique – serait l’unique oeuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne. Un égal de Véronèse, un élève prodige de Titien lui-même que le grand maître surnomma ‘ le Turquetto ’, le petit Turc. La petite histoire en appelle une grande, celle d’un destin mouvementé que Metin Arditi conte avec ferveur.

    Ainsi débute le récit d’une passion, celle d’Elie Soriano. né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople vers 1519), qui ne peut concevoir de vivre sans dessiner. A la mine de plomb ou au pinceau, il veut saisir l’autre. Pénétrer son âme, la comprendre et la révéler, dans toute sa vérité. Mais les lois sacrées des Juifs et des Musulmans lui interdisent la représentation. Alors, pour assouvir sa passion, l’artiste triche, renie ses origines et fuit très jeune en Italie. A Venise, il masque son identité, fréquente les ateliers du Titien, et connaît une carrière exceptionnelle sous le nom de Turquetto. Il offre aux congrégations vénitiennes une œuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d'art sacré byzantin. Pourtant, au sommet de sa gloire un malheureux incident fera basculer son formidable destin.

    C’est avec une grande force et une érudition inspirée que Metin Arditi nous entraîne inlassablement dans le tourbillon de cette vie aux identités multiples. En conteur averti, il dépeint, au cœur des rivalités et des fastes de la Renaissance, le destin d’un artiste dont le talent égale l’inspiration. Entre ombre et lumière, avec force détails, il met en perspective l’art pictural avec les contradictions du pouvoir, de la religion et de la filiation.

    Critique de qualité ? (16 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par annie, le 24/11/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    1531, Constantinople, Turquie... Sami, le marchand d'esclave se rend au Han dans le bazar pour vendre Roza, accompagné de son fils Eli et de la gouvernante. Sami est juif et pour cela sont fils ne peut devenir peintre mais sa passion est trop forte et il peint dans sa tête et à la taverne. Eli apprend ainsi la calligraphie avec Djelal, fabricant d'encre, mais toujours l'impossibilité de peindre au grand jour. Il n'aura la révélation de cette possibilité que dans l'église orthodoxe de la ville.

    1574, Venise... A la mort de son père, Eli fuit avant l'enterrement par le premier bâteau en partance pour Venise. Il change son nom pour celui de Ilias Troyanos et se prétend grec. Ainsi il pourra peindre enfin, d'abord comme apprenti du Titien puis à son propre compte. Il épouse une chrétienne, laide, boiteuse et un peu demeurée, fille de l'un de ses riches clients, et de fait de supposé chrétien orthodoxe il devient catholique, et garde secret sa judéité.

    Entre 1574 et 1576, il devient un maître reconnu et envié. Sa vie aurait pu continuer ainsi longtemps. Mais le grain de sable s'appelle Rachel, une jeune juive qui devient son modèle et sa maîtresse. Devant réaliser la plus grande cène pour le réfectoire de la confrérie San Antonio, il lui est fait défense d'employer toute personne n'étant pas catholique, et son mécène, pour simplifier la tâche fait assassiner la jeune femme.

    Lors de la présentation du tableau, c'est la catastrophe. Les personnages sont représentés sous les traits des peintres de l'époque, mais en juifs. Le Turquetto se représente d'ailleurs aussi en Juda.

    Pris en embuscade par des mercenaires à la solde d'un autre peintre, sa judéité soupçonnée est découverte. Accusé de blasphème et d'hérésie il est enfermé sous les Plombs, condamné à mort, son oeuvre détruite dans un autodafé.

    1576, Constantinople... Grâce au nonce de la république de Venise, Eli peut s'enfuir. De son oeuvre, seule "l'homme au gant" a pu être sauvée par Le Titien.

    Eli repart vers Constantinople sous le nom d'Ali et devient hammal pour le patron d'une tannerie. C'est au cours de ses livraisons qu'il va retrouver Zeytine Âbi, le mendient cul-de-jatte et qu'ils deviendront compagnons jusqu'à la mort ce celui-ci.

    excellent - Un bien joli roman que j'ai dévoré en une journée. Presque dommage que ce ne soit qu'une fiction tant les personnages paraissent réels.

    ***
    Sur une étagère, à classer à proximité de :
    Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants - PRIX GONCOURT DES LYCEENS 2010 de Mathias Enard
    et
    Le rêve Botticelli , La passion Lippi , L'obsession Vinci , de Sophie Chauveau


    Lien : http://mazel-annie.blogspot.com/

    Critique de qualité ? (14 votes positifs)


    • Livres 2.00/5
    Par litolff, le 10/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Le Turquetto c'est l'histoire d'un génie de la peinture sacrifié sur l'autel de l'intolérance : ressuscité par Metin Arditi, l'auteur de "L'homme au gant" revêt une nouvelle identité, celle d'un peintre juif qui pour pouvoir exercer son art a bouleversé sa vie et celle de ses proches.
    Fallait-il tourner le dos à son père et à ses racines pour avoir le droit de peindre ? Fallait-il mettre en péril la vie de sa femme et de sa fille afin d'avoir le droit d'exercer son génie ? Au 16e siècle, leur religion interdisait aux juifs de peindre ou de dessiner tandis qu'en Italie, il était impensable qu'un juif exécute des peintures sacrées, quel que soit le talent du peintre...
    Metin Ardit décrit avec minutie les souks de Constantinople et évoque à Venise une Eglise intolérante, ambitieuse et décadente. J'ai personnellement regretté que les personnages, et en particulier celui du Turquetto, ne soient pas plus fouillés...

    Critique de qualité ? (11 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson, le 17/08/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Il est vraiment dommage que la 4ème de couverture en dise un peu trop .Je ne m’appesantirai donc pas sur l’histoire en elle-même. Metin Arditi, dont je découvre ici l’univers et la plume, nous offre un roman sur une base historique, et artistique : celle d’un peintre de la renaissance, entre Venise et Constantinople, où nous suivons très bien le bouillonnement artistique, l’obscurantisme religieux alors que la Réforme bat son plein ailleurs et que l’Eglise catholique tente de garder la suprématie sur les âmes et sur le cours des choses.
    L’art et la Religion, ses interférences, la place des juifs dans la cité, la persécution qui leur était, déjà si je puis dire, infligée, les relations sulfureuse entre le monde de l’art, de la politique et le de la gouvernance religieuse sont les point forts de ce roman écrit sous un rythme idéal : ni galopant ni somnolant. Le roman est découpé en 4 parties équilibrées, qui correspondent aux 4 étapes de vie du Turquetto. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une lecture passionnante puisque instructive, agréable puisque le style est élégant sans ostentation ni prétentions inutiles.
    Encore une fois les éditions Actes Sud présentent un ouvrage soigné, avec une touche d’originalité non négligeable, et dont la couverture qui n’est autre que le tableau en question est à elle seule une invitation qui ne se refuse pas.
    Je prendrai volontiers, un jour prochain, le chemin vers un autre ouvrage de Metin Arditi.




    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/06/le-turquetto.html

    Critique de qualité ? (10 votes positifs)


    • Livres 3.00/5
    Par brusc, le 25/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    L'Homme au gants serait-il vraiment l’œuvre de Titien ou d'un artiste de génie oublié ? Une signature reprise, un repentir sur le gant est le prétexte pour Metin Arditi d'imaginer l'ascension et la chute d'un peintre (Le Turquetto), juif, né à Constantinople, émigré à Venise, élève de Titien puis égal sinon plus brillant que son maître. L'unique peinture qui serait parvenue jusqu'à nous serait celle conservée au Louvre et injustement attribuée au maître de la Renaissance vénitienne.
    Car être peintre à Constantinople ou à Venise au milieu du XVIe siècle est évidemment incompatible avec le fait d'être juif. A partir de cette trame, l'auteur écrit un roman non pas déplaisant mais qui laisse souvent sur sa faim. Découpé en rondelles assez fines (pas plus de trois ou quatre pages par chapitres) l'histoire ressemble davantage à un synopsis développé qu'à un roman abouti. Si l'évocation de la vie du jeune héros à Constantinople entre trois religions (l'Islam, la religion juive et chrétienne et leurs approches de la représentation ) est assez bien rendue, plus généralement les personnages, les situations, les relations compliquées entre art, pouvoir et religion, la condition des Juifs du ghetto, la cohabitation interreligieuse à Constantinople ne sont le plus souvent qu'esquissées. On aurait souhaité un tableau plus léché, davantage travaillé... Une petite déception pour ce livre qui a reçu le prix Giono. Qu'en aurait dit réellement notre peintre-écrivain de la Provence ?

    Critique de qualité ? (8 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par Aaliz, le 16/12/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    J’avais lu de nombreuses critiques élogieuses sur ce roman et la mienne n’y dérogera pas.
    Moi qui suis passionnée d’Histoire, d’Art et de peinture en particulier, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre. Qui est donc ce Turquetto ? L’Homme au gant ne serait donc pas de Titien ?
    C’est en se basant sur cette particularité de cette toile que Metin Arditi construit tout son roman. Et il le fait si bien que j’ai vraiment cru à l’existence du Turquetto. Pourtant tout cela reste entièrement hypothétique même si certains éléments troublants et réels viennent cautionner la thèse de l’auteur.

    J’ai adoré ce roman, intelligent, bien construit et très bien écrit. Rien n’est superflu dans ce récit, les dialogues sont magnifiques. Je pourrais juste reprocher le manque de descriptions qui m’auraient permis de me sentir encore plus dans l’ambiance de l’époque. En revanche, les personnages sont méticuleusement travaillés, leur personnalité est décrite de façon à les rendre vraiment vivants. Curieusement, j’ai même trouvé que les personnages secondaires étaient plus précis que le personnage principal lui-même ce qui ne fait qu’ajouter au mystère qui l’entoure.

    Un des thèmes abordés traite du lien filial à travers la relation entre Elie et son père. Elie a honte de son père et de sa condition. Le père a honte de son fils qu’il voit comme un traître aux « Siens » sous-entendu au peuple juif. Pourtant cette relation est l’axe central du roman et vous ne pourrez plus ensuite regarder le tableau de L’Homme au gant de la même façon.

    Metin Arditi a su aussi reconstituer avec talent les luttes de pouvoir à Venise et le rôle de l’Eglise dans ces conflits. L’action se place en plein XVIème siècle, nous sommes à l’époque de la Réforme et donc de l’émergence du protestantisme. L’Eglise catholique doit réagir face à l’hérésie et doit pratiquer un retour à la pureté des Anciens, surtout dans une ville décadente livrée à tous les vices comme Venise. C’est là qu’intervient l’Art comme outil de propagande, l’Art se met au service du pouvoir et l’auteur explique à merveille les liens entre artistes et Grands du monde qui cherchent par là un moyen de se mettre en valeur et d’assurer leur gloire. Les candidats au capes d’Histoire auront là un très bel exemple illustratif de leurs cours sur Le Prince et les Arts (même si c’est fictionnel c’est toujours intéressant).
    Le Turquetto va donc se retrouver pris dans ces questions de rivalités et va vouloir utiliser son art comme moyen d’expression pour révéler son lourd secret.
    Car Elie, à l’image de son prénom, est à la croisée des trois religions, juive, chrétienne et musulmane et devient, sous la plume de Metin Arditi, tout un symbole.
    Mais dans une époque et un contexte de guerre de religions, l’intolérance et le fanatisme ambiants le conduiront à sa perte.

    Un gros coup de cœur donc pour ce superbe roman à ne pas manquer. Il ne me reste plus maintenant qu’à aller faire un tour au Louvre.


    Lien : http://booksandfruits.over-blog.com/article-le-turquetto-metin-arditi-9283485...

    Critique de qualité ? (8 votes positifs)


    • Livres 2.00/5
    Par ballad, le 05/02/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Que dire sur ce livre ? D’abord, j’ai été terriblement déçue car j’ai été emmenée tout à fait ailleurs que je ne l’aurais pensé. Je pensais qu’il s’agissait de la biographie d’un peintre ayant existé, mais ce roman est juste l’histoire d’un peintre fictif à la période de la Renaissance. En revanche, la toile de L’homme aux gants sur laquelle il existe aujourd’hui un doute quant au fait qu’elle ait été peinte par Titien, est bien réelle. Et c'est cette toile qui a inspiré l'auteur.

    Tout au long du livre, l’auteur m’a donné l’illusion qu’il traitait son sujet comme un historien, c’est-à-dire qu’il était tenu à des faits bien précis, qu’il ne pouvait pas créer trop d’intériorité à ses personnages, etc… De plus, la fin est nébuleuse, un peu comme si Metin Arditi voulait laisser l’auteur dans son illusion, ce que je trouve assez dommage. J’aurais aimé plus de transparence, au moins à la fin du roman.

    Le livre éclaire de beaux tableaux sur la Venise et le Constantinople de la Renaissance, avec chacun leurs mécanismes et leur jeux de pouvoirs.

    Critique de qualité ? (7 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson, le 11/10/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Il est vraiment dommage que la 4ème de couverture en dise un peu trop.Je ne m’appesantirai donc pas sur l’histoire en elle-même. Metin Arditi, dont je découvre ici l’univers et la plume, nous offre un roman sur une base historique, et artistique : celle d’un peintre de la renaissance, entre Venise et Constantinople, où nous suivons très bien le bouillonnement artistique, l’obscurantisme religieux alors que la Réforme bat son plein ailleurs et que l’Eglise catholique tente de garder la suprématie sur les âmes et sur le cours des choses.
    L’art et la Religion, ses interférences, la place des juifs dans la cité, la persécution qui leur était, déjà ,si je puis dire, infligée, les relations sulfureuse entre le monde de l’art, de la politique et le de la gouvernance religieuse sont les point forts de ce roman écrit sous un rythme idéal : ni galopant ni somnolant. Le roman est découpé en 4 parties équilibrées, qui correspondent aux 4 étapes de vie du Turquetto. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une lecture passionnante car instructive, agréable puisque le style est élégant sans ostentation ni prétentions inutiles.
    Encore une fois les éditions Actes Sud présentent un ouvrage soigné, avec une touche d’originalité non négligeable, et dont la couverture qui n’est autre que le tableau en question est à elle seule une invitation qui ne se refuse pas.
    Je prendrai volontiers, un jour prochain, le chemin vers un autre ouvrage de Metin Arditi.


    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/06/le-turquetto.html

    Critique de qualité ? (7 votes positifs)


    • Livres 3.00/5
    Par cleomine, le 11/10/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Avec beaucoup de talent, Metin Arditi nous transporte dans le temps (le XVIe siècle) et l'espace (Constantinople d'abord, puis Venise). Élie est un adolescent orphelin livré à lui-même et passionné par le dessin, mais sa religion juive lui interdit de représenter les figures humaines. Alors qu'il traîne sur le port de Constantinople, il persuade un marin de le laisser embarquer pour Venise. Là-bas, il se fait vite remarquer pour ses talents, et se marie à une jeune Catholique. Les instances religieuses vénitiennes trouvent que les temps sont un peu trop au libertinage et souhaiteraient remettre de l'ordre chez ceux qui ne suivent pas le dogme. Élie reçoit une commande importante des instances catholiques : celle de représenter la Cène. Le résultat sera pour le moins inattendu...
    L'auteur nous fait complètement entrer dans l'époque, presque à la manière d'un conte, l'atmosphère est sensuelle et le destin d’Élie riche en rebondissements. Les religions sont aussi un élément prépondérant dans le contexte historique. Le monde de l'art est également abordé mais pas de panique si vous n'êtes pas grand connaisseur des grands peintres de la Renaissance italienne, vous vous laisserez embarquer... Une fois la première page tournée, je ne l'ai pas lâché !

    Critique de qualité ? (7 votes positifs)


    • Livres 0.00/5
    Par Fantine, le 15/12/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    En ce qui me concerne, je ne connaissais pas du tout Metin Arditti, et, je l’ai découvert en lisant ce roman.

    Le Turquetto est un véritable petit bijou tant au point de vue de la langue française que de l’intrigue.
    En effet, il se lit comme un polar tellement l’histoire est prenante, passionnante. Et pourtant, l’auteur aborde des thèmes graves tels que l’hypocrisie, l’intolérance, la jalousie, le pouvoir, les méfaits de la religion, la création artistique, etc.

    L’action se déroule à Venise, au 16eme siècle, au moment au le Titien règne en maître sur les milieux artistiques, et, notamment sur la peinture vénitienne.

    Au travers du portrait d’Elie Soriano dit Le Turquetto, (obscur peintre vénitien), Metin Arditti en profite pour décrire une société vénitienne dans laquelle la religion, et notamment la religion catholique, contrôle tout, y compris les sujets/les thèmes abordés dans les tableaux commandés aux artistes tels que le Titien, le Véronèse et/où le Turquetto. Et, gare à celui qui déroge aux régles imposées par la toute puissante Eglise romaine.

    C’est aussi un hymne à l’amitié, l’amour, le pardon ainsi qu’à la création même si les relations entre les peintres et l’Eglise sont ambigües, voire parfois houleuses. Tout comme les relations entre chrétiens et juifs. Celles çi frôlent, d’ailleurs l’antisémitisme.

    Enfin bref, Le Turquetto de Metin Arditi est un roman que j’ai apprécié, et, dont je recommande vivement la lecture. Il est à lire (voire à dévorer) sans modération.

    Critique de qualité ? (6 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par leprixvirilo, le 27/10/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Comment vivre sa passion pour l’art lorsque l’on est né au XVIème siècle et que deux religions vous l’interdisent formellement ? Je parie que ce n’est pas la question que vous vous posez chaque matin en vous taillant la moustache. Outre la curiosité qu’il fait naître dès les premières pages en entourant son personnage central d’une note de mystère, Metin Arditi nous présente au fil du récit une galerie de tableaux qui souffrent la comparaison avec ceux des maîtres italiens. Chaque lieu traversé, chaque personnage croisé par le héros donne lieu à des passages d’une très grande beauté.

    En traçant le destin d’un artiste fictif, Metin Arditi évoque dans ce roman les rapports qu’entretiennent art et pouvoir, au XVIème siècle comme à notre époque.


    Lien : http://prixvirilo.com/2011/10/26/le-turquetto-de-metin-arditi/

    Critique de qualité ? (5 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 26/08/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Qui était donc ce Turquetto, peintre génial qui aurait peint le fameux tableau du Louvre, L'homme au gant?
    Metin Arditi nous retrace sa biographie et sa fuite de Constantinople vers Venise où il connaitra la célébrité puis le rejet.
    Constantinople 1519.
    Rue des fabricants de pantoufles, nasses de porteurs,crieurs,badauds.Grand bazar à la foule bigarrée.
    Orphelin de mère, Elie Soriano méprise son père, "juif en terre musulmane"employé au marché des Esclaves qui "pisse tous les trois pas".
    Elevé par Arsinée fournisseuse d'esclaves, le sexe dur, il rêve de dessiner le galbe d'un sein,l'arrondi d'une croupe, lorsque cette dernière dénude une fille pour la revendre au vizir.
    "Voyou!" crie Arsinée.Tu n'es qu'un rat à l'affut !
    Mine de plomb à la main,il trace trait après trait,ombre,dégrade,fronce un regard,trace un muscle jusqu'à rendre son dessin réel.
    La violence des émotions lui octroie une certaine suprématie.
    "Tu n'es pas musulman!Tu es juif ! Et tu n'as pas le droit de calligraphier!"
    Djela, le fabricant d'encres le met en garde, lui qui ne sait pas se défendre dans la rue mais prie, danse et tournoie jusqu'à l'extase pour atteindre la sérénité.Sachant Elie intelligent, une amitié voit le jour et l'homme initie le gamin au secret de son encre parfumée à la rose.
    "Elie a la grace"
    Efthymios,le serviteur de l'église,l'a lui aussi compris en voyant ses dessins.
    Le rabbin lui reproche de reproduire des images qui pourraient passer pour de l'idolatrie.
    Que faire?
    Pris entre deux feux, son désir de peindre et sa véritable identité de juif qui l'en empêche, à la mort de son père,Elie va s'enfuir pour Venise à bord d'un bâteau.
    Il sera Ilias Troyanos.
    "Greco?
    Greco!"
    Venise.Surnommé le Turquetto, Elie-Ilias se présente à l'intendant d'un atelier, livre une "Adoration" à un marchand de draps.Puis un notaire le quémande pour brosser le portrait de sa fille Stéfania.Enfin une "Cène" le propulsera.Il acquiert de la notoriété. L'élève de Titien admire le Maître, apprend le ressenti devant un tableau, les vagues des émotions, l'existence propre du sujet, il apprend à peindre la condition humaine.
    Mais à cacher son identité on se brûle les ailes, surtout lorsqu'on est juif et que l'église est le vrai mécène de l'art "sacré"en cette époque de Renaissance flamboyante.
    Véritable fresque historique,sur le thème de l'exil,du secret, sur fond de pouvoir, de rivalités au temps du Doge et de la noblesse, quel est le prix d'un destin, que reste-t-il de l'oeuvre d'un banni, est-il bon de renier ses origines? Voilà les questions posees par l' excellent livre de Metin Arditi(dont l'oeuvre a déjà été récompensée plusieurs fois) qui je l'espère, le 31 aout, obtiendra le prix du roman FNAC 2011.

    Critique de qualité ? (5 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par lillou, hier


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Un joli (et surprenant) coup de cœur que ce Turquetto, de Metin Arditi – découvert grâce encore (après Les oreilles de Buster) au prix Pages des libraires. Surprenant car je me suis lancée sans être bien emballée : les romans historiques ne m’attirent pas spécialement – pas assez ancré dans leur temps, ou trop tout au contraire. Et pourtant l’Histoire m’a toujours beaucoup intéressée, allez savoir ! Mais là, l’enthousiasme des libraires et les thématiques (Constantinople, Venise, l’histoire de l’art, la peinture, les rapports religion/art…) du Turquetto ont fini par vaincre mes hésitations.
    [...]
    Fils de réfugiés juifs espagnols, Elie Soriano naît à Constantinople en 1519. Passionné, bravant les interdits religieux (et familiaux), l’enfant passe son temps à dessiner, et sa plume est sûre. Celui que l’on surnomme « le petit rat » à cause de son visage sait représenter, amplifier, magnifier ses modèles. On le découvre dans les rues de Constantinople, furetant de-ci de-là, raillant son père, vieil employé d’un marchand d’esclaves, découvrant la fabrication des encres auprès d’un maître musulman, subissant l’injure quotidienne du ghetto… Le jeune garçon est brusquement poussé à l’exil et embarque pour Venise où il va commencer une nouvelle vie sous le nom d’Elias Troyanos – un chrétien ayant fui l'empire ottoman.
    [...]
    La magie de la peinture et de l’époque, la finesse de l’écriture, le talent de Metin Arditi pour faire vivre ses personnages et ses décors, m’ont totalement emportée – et pour une fois l’expression n’est pas galvaudée. Puissance de la religion, liens entre l'art et le pouvoir, histoire d'une passion, questionnement autour de la filiation… Malgré les petites imperfections du récit (un début un peu lent, une fin qui ne me convint qu’à moitié), j’ai véritablement adoré Le Turquetto. Et, pour preuve, je me suis empressée de me renseigner sur les autres romans de Metin Arditi…

    Le reste sur le blog :)


    Lien : http://monbaratin.blogspot.com/2012/02/le-turquetto-metin-arditi.html

    Critique de qualité ? (4 votes positifs)


    • Livres 3.00/5
    Par GribouilleChat, le 18/12/2011


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    À Istanbul au XVIe siècle, le jeune Elie dessine les jeunes esclaves que son père, employé au marché des esclaves, transfère vers le harem. Elie est un dessinateur extraordinaire pour un enfant de 12 ans mais il ne se sent pas très dans cette vie, dans ce monde, dans cette ville : jeune juif, élevé au milieu des musulmans, il est attiré par les fresques splendides des monastères chrétiens. Mais tant la religion musulmane que l’hébraïque refusent ses portraits merveilleux.
    Après la mort de son père, il s’enfuit sur un bateau vénitien et devient, sous une fausse identité, apprenti dans un des meilleurs ateliers de la République. Bientôt, devenu son propre maître, il connaît un succès rapide bien que lui-même vive dans la crainte d’être démasqué, ce qui signifierait sans aucun doute le bûcher. Sa réputation l’amène à être choisi pour peindre une Cène monumentale dans la nouvelle Scuola Sant’Antonio, où un arriviste fait de l’ombre aux bourgeois.
    Cette œuvre extraordinairement belle causera pourtant la perte d’Elie…

    Se basant sur une analyse de L’homme au gant attribué au Titien et qui révélerait une incohérence dans la signature, susceptible de rendre cette attribution caduque, Metin Arditi imagine la vie d’un autre peintre qui aurait pu être l’auteur de cette toile. Ce faisant, il développe une réflexion extrêmement intéressante sur l’art et sur l’identité, sur l’attitude des religions qui détruisent les œuvres…
    La suite sur mon blog...


    Lien : http://artetlitterature.blogspot.com/2011/12/le-turquetto-de-metin-arditi.html

    Critique de qualité ? (4 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par AmandineMM, le 29/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Lors de mes déambulations dans les librairies, il y a des livres qui m’attirent au premier regard, me séduisent d’un mot ou d’une image et me persuadent que je les aimerai de la première phrase au point final. Ce Turquetto en a fait partie dès sa parution. Ce qui a instantanément suscité mon attention, c’est bien sûr l’illustration : un gant élimé sur une main qui en serre fortement un autre, le tout sur un fond noir. Ce détail d’une peinture, L’Homme au gant de Titien, m’a rappelé une autre couverture qui m’avait beaucoup plu : celle de La couleur du soleil d’Andrea Camilleri, elle aussi très sombre. La présentation de l’éditeur a ensuite achevé de me séduire : Constantinople et Venise, peinture, religions et complots… De tels éléments ne pouvaient que me rappeler un de mes « presque coups de cœur » chez le même éditeur, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard. C’est donc avec le souvenir de ces deux romans tant appréciés que j’ai commencé ma lecture : les comparaisons, inévitables, se sont néanmoins estompées petit à petit pour laisser place à un émerveillement grandissant.

    Le récit commence à Constantinople, ville que j’avais tant rêvée sous le regard du Michelangelo de Mathias Enard, mais dans une ambiance résolument différente : loin des palais et des fastes orientaux, le jeune Élie évolue dans les rues populaires, croisant mendiants, marchands et esclaves à vendre. Juif par son père et sa mère morte à sa naissance, il est élevé par une chrétienne grecque et côtoie les musulmans, comme son ami calligraphe qui lui enseigne son art. Ces fréquentations lui sont à plusieurs reprises reprochées par son père malade, de même que sa passion pour le dessin, interdit par les religions juive et musulmane. Tous ces éléments font qu’il étouffe dans cette vie de contraintes et, suite à la mort de son père, finit par s’enfuir à Venise où il perfectionnera sa maîtrise de la peinture. L’atmosphère romanesque change alors : la ville italienne est décrite comme un lupanar que certaines confréries tentent de ramener aux origines de l’Eglise et à de meilleurs sentiments chrétiens.

    Ce sont ces villes et ces ambiances que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman : l’auteur les construit avec brio, de manière à les faire ressentir plutôt que voir. Cela pourrait être dommage dans un roman dont le personnage principal est peintre, mais la caractéristique de son œuvre est, au-delà de sa beauté artistique, de montrer l’humanité, dans toute sa solitude et sa détresse. En cela, la narration romanesque de Metin Arditi y correspond, par sa représentation des sentiments. C’est un narrateur omniscient qui la prend en charge, fixant son attention sur l’un ou l’autre personnage en fonction des chapitres : encore une fois, c’est comme si l’on se retrouvait devant une série de tableaux d’Elie, dit le Turquetto (« petit Turc » en italien, orthographié à l’espagnole) : chacun est vraiment regardé, deviné au fond de son âme, dans tous ses conflits intérieurs et tourments cachés.

    Malheureusement, malgré la très bonne écriture et construction de ce roman, je garde un petit regret : j’aurais aimé voir le sujet de la peinture et de la création davantage abordé. Toute la période entre la commande d’une Cène grandiose par une jeune confrérie chrétienne et son inauguration, moment décisif et représentatif des rivalités qui rongeaient la société vénitienne, est occultée par une ellipse de quelques mois. C’est un petit détail par rapport aux autres sujets abordés brillamment : les querelles religieuses, l’intolérance, les jalousies et complots de l’époque, etc., mais il empêche cette lecture d’être un coup de cœur complet pour moi.


    Lien : http://minoualu.blogspot.com/2012/01/le-turquetto-metin-arditi.html

    Critique de qualité ? (3 votes positifs)


    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 09/11/2008


    La Pension Marguerite La Pension Marguerite de Metin Arditi

    Excellent roman de cet auteur que je viens à l'instant de découvrir.
    Aldo Neri est un violoniste virtuose, "avant tout un technicien", que l'on "admire sans aimer".
    Il doit donner un concert au théatre des champs élysées.
    Cette journée s'annonce habituelle. Dans son hôtel, encore dans son lit, il la planifie jusque 20heures, heure du concert.
    Mais le garçon d'étage vient lui apporter une épaisse enveloppe, et la journée bascule en un immense flash back.
    Un "ancien chef du service psychiatrique" d'un hôpital lui communique des liasses de manuscrits.
    La plume de sa mère, jusqu'à son suicide.
    Le non dit ressurgit du néant, et la culpabilité refait surface.
    La cupabilité est le fil rouge de cette oeuvre. La culpabilité, la capacité de l'homme à oublier et à digérer son passé. Culpabilité d'une mère qui a oublié son enfant, culpabilité d'un enfant qui rend sa mère jalouse, culpabilité d'une femme qui essaie d'aimer.
    Et de multiples analogies habilement travaillées: les cordes du violon et les cordes vocales tranchées, le ventriloque qui dit les choses derrière un silence apparent, la fêlure qui apparaît au fur et à mesure du souvenir.
    Aldo comprend, au fur et à mesure de cette lecture qui fait office de thérapie.
    Et le génie qui est en lui se révèle...


    Lien : http://lelabo.blogspot.com/2008/11/metin-arditi-la-pension-marguerite.html

    Critique de qualité ? (3 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par maylibel, le 20/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Ce roman se présente comme inspiré de faits prétendument réels : l’histoire d’un élève du Titien dont la qualité de travail aurait dépassé celle de son maître. Mais pourquoi toute son œuvre, ou presque, a-t-elle disparu ? C’est ce qu’imagine Metin Arditi, dans un ouvrage extrêmement bien construit, divisé en trois parties qui dessinent peu à peu une histoire ne manquant pas de souffle.
    Tout commence à Constantinople, où un jeune juif orphelin de mère fait preuve d’un talent surprenant pour le dessin. Cela se poursuit à Venise, quelques dizaines d’années plus tard, alors que le héros est devenu un peintre réputé… Le lecteur voyage ainsi à travers deux grandes villes au XVIème siècle, s’introduit dans le monde des riches vénitiens aussi bien que dans le Bazar. Paradoxalement, ce roman historique ne manque d’ailleurs pas d’actualité, les affrontements entre les trois grandes religions monothéistes étant l’un des ressorts essentiels de l’histoire. Un roman à découvrir, que j’ai littéralement dévoré. Je ne suis pas près d'oublier le Turquetto...

    Critique de qualité ? (2 votes positifs)


    • Livres 2.00/5
    Par litolff, le 10/01/2012


    La fille des Louganis La fille des Louganis de Metin Arditi

    Une histoire de drame et de secret de famille, avec en point d'orgue l'inceste, l'homosexualité, l'abandon... une histoire "accrocheuse" qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable... Son dernier roman, le Turquetto m'a paru bien meilleur !

    Critique de qualité ? (2 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par fermeledimanche, le 07/01/2012


    Le Turquetto Le Turquetto de Metin Arditi

    Une jolie couverture qui attire le regard. Une main gantée. Celle de L’homme au gant du Titien. Il n’en fallait pas plus pour m’intriguer. Une caresse sur la couverture très douce, quelques pages que l’on tourne, un joli papier qu’on effleure… Un livre est d’abord un objet et un livre des éditions Actes sud est d’abord un bel objet… beau à regarder, beau à toucher et ce Turquetto, ma foi, est aussi beau à lire !
    Constantinople. XVIème siècle. Elie Soriano est juif et fils d’un marchand d’esclaves. Il n’aime rien d’autre que de dessiner, de peindre, de calligraphier. Or quand on est juif la représentation de la figure humaine n’est pas autorisée, et un juif ne peut s’essayer à la calligraphie musulmane. A la mort de son père, Elie embarque pour Venise où il entrera dans l’atelier du Titien. Il deviendra Ilias Troyanos, dit Le Turquetto, un peintre reconnu, admiré, estimé. Mais une liaison avec son modèle, Rachel, une jeune juive ravissante et l’iconographie scandaleuse d’une Cène de commande feront basculer son destin…
    Quel plaisir de lire ce texte ! On y croit à la biographie de ce peintre. Tant et si bien que je me suis murmuré que ce Turquetto avait échappé à ma sagacité et que bien sûr, j’allais trouver dans le Bénezit ou sur le net des informations et même, qui sait, une ou deux reproductions. Mais non. Rien. Juste l’imagination de Metin Arditi qui nous mène délicieusement en bateau et nous fait partager l’art et les processus de création de ce vrai-faux peintre vénitien du Cinquecento. On se promène avec Elie dans le bazar bigarré de Constantinople, on s’interroge avec Ilias sur l’opportunité de telle couleur, on mélange les pigments, on déambule dans les rues de Venise, on rencontre les riches marchands, le doge…
    Le roman commence en 1531 pour s’achever en 1576. Quatre parties. De courts chapitres comme des petites touches de peintures qui s’écrasent sur la toile, comme autant de moments de la vie d’un artiste enragé, possédé, pénétré par son art. Elie est né peintre. Il crée une peinture « qui accueille et qui rassure » et cette Cène qui dit « le vrai christianisme » et la gloire de Venise !
    L’auteur s’est beaucoup documenté pour rendre crédible la manière d’Elie (si ce n’est le couac anachronique de Tiepolo, certes) : les confréries vénitiennes, les ateliers, les commandes, les pigments, la technique, l’iconographie en vogue, etc.
    Et cet autodafé terrifiant n’est pas sans rappeler celui que provoqua Savonarole à Florence détruisant les peintures de Botticelli, quelques années seulement avant l’arrivée de Soriano en Vénétie.
    Alors oui, si aujourd’hui le touriste se promène à Venise, s’il parcourt les salles de la Scuola Grande, je suis sûre et certaine qu’il doit y voir, au détour d’une porte à peine dérobée, une figure du christ dont la couleur de la robe « œuf de grive » est bien dans la manière su Turquetto. Si, si, je vous assure…
    Beau roman. Beau moment. Et quelle merveilleuse idée de partir du constat d’une anomalie dans la signature de L’homme au gant du Titien. La réalité engendre la fiction…
    Ce roman a reçu le Prix Page des libraires (catégorie "Littérature française") et le Prix Jean Giono en 2011.

    Critique de qualité ? (2 votes positifs)




Faire découvrir Metin Arditi par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Quiz