Il est difficile d'écrire sur ce roman tant on a l'impression de traverser un rêve en le lisant. Néanmoins, la sensation qui en résulte est clairement positive. Jusqu'à maintenant, je n'avais lu que des ouvrages de science-fiction de
René Barjavel j'ai donc été dépaysée en le retrouvant autour de la légende arthurienne.
La trame de l'histoire étant connue, on peut avoir l'impression que ce roman est moins original, la sensation de ne pas retrouver la « patte » de
Barjavel. Et pourtant, l'auteur a réussi à imprimer sa marque sur la légende arthurienne, en la présentant au prisme des passions qui animent les personnages
En effet,
Barjavel aborde principalement la légende par le biais des passions qui unissent les personnages : celles de Merlin et Viviane, Lancelot et Guenièvre, Perceval et Bénie. Or, si vous connaissez un peu
Barjavel, vous savez qu'il n'a pas son pareil pour raconter la passion amoureuse, et le charme fonctionne une fois de plus.
De plus, j'ai adhéré aux diverses trouvailles de l'auteur autour de cette légende : les origines qu'il donne à Merlin, la manière dont les chevaliers se trouvent face au Graal, l'idée d'un Diable attendant désespérément des arrivants en enfer, etc. Néanmoins, je connais mal la légende arthurienne originelle, et j'ai donc du mal à démêler ce qui relève de la légende ou de l'invention de
Barjavel. Il en ressort une certaine frustration.
Dans cette lecture, la magie est partout, sous des formes diverses et toujours surprenantes.
René Barjavel ne cherche pas à expliquer précisément tous les phénomènes magiques qui émaillent cette histoire : il en ressort une impression de mystère, très agréable.
Ce roman tourne autour du personnage de Merlin, que nous découvrons sous diverses apparences. J'ai eu du mal à m'attacher à lui, car il représente le devoir : il fait ce qu'il croit être le bien, n'hésitant pas pour cela à bouleverser la destinée des hommes, quitte à les mener au péché ou à la mort. Néanmoins, son action est essentielle à la réalisation de la quête, il s'efforce de réaliser un grand projet, au détriment de certains personnages, y compris lui-même puisqu'il se trouve séparé de Viviane. Il émane de lui un grand mystère, nous ne savons au final pas grand-chose de lui et de ses pouvoirs, juste assez pour pouvoir imaginer.
Viviane est touchante par l'amour qu'elle porte à Merlin, qu'elle attend durant des années, mais surtout par son amour maternel à l'égard de Lancelot qu'elle protège envers et contre tout. Les autres personnages féminins sont peu développés, ou antipathiques (comme Morgane).
Du côté des chevaliers, Lancelot est attachant, déboussolé par la force de sa passion. Mais c'est Perceval qui m'a le plus touchée, par son innocence et son désintéressement total. Tous les chevaliers devront lutter entre leurs passions et leur mission pour le Graal, et l'auteur met en évidence leur déchirement.
Ainsi,
René Barjavel présente une adaptation réussie de la légende arthurienne, qui met au centre les passions des chevaliers et leur déchirement entre leurs élans et leur devoir. Il reste fidèle à lui-même dans l'écriture de l'amour physique, de la sensualité, qu'il présente comme un véritable accomplissement de l'être. Mais surtout, il recréé pour nous un monde délicatement enchanté dans lequel le lecteur se plaît à évoluer.
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