ISBN : 9782070133567
Éditeur : Gallimard (2011)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Quatre jeunes Allemands de vingt ans partent découvrir le monde, portés par le train de l’histoire : Otto, un peu pitre, Simon, déjà poète, Heinrich, photographe, et Nathan, musicien virtuose. Quand ils quittent le bourg bavarois où ils ont grandi, leurs désirs affleure... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Kittiwake, le 24 janvier 2012

    Kittiwake
    Donner mes impressions sur ce récit m'intimide : mes mots seront indigents devant la beauté troublante de cette écriture qui dit l'indicible. c'est l'une des proses les plus poétiques qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Avec des accents rimbaldiens : on croit apercevoir ce «trou de verdure où chante une rivière» lorsque la nature exhibant inexorablement ses saisons ignore les déflagrations et la chair offerte dans les tranchées infâmes. La vie s'accroche aux souvenirs et aux bribes des nouvelles lointaines, et à l'espérance d'un avenir meilleur, pourtant mutilé par les oublis impossibles, et les séquelles physiques. Mais la mort est là, présente, inéluctable, fauchant une à une les âmes qui ne sont plus certaines d'être humaines; l'ennemi n'est qu'un autre soi-même, et parfois l'alliance est à portée d'un tir : les officiers sont là pour détruire cette aspiration tacite.
    Un mot-clef ouvre chaque chapitre, qui égrène le temps qui passe au rythme des saisons, impression furtive, acte de barbarie, joie infime...., bribes et lambeaux d'une mélopée funèbre, requiem pour une jeunesse immolée sur l'autel de vains idéaux belliqueux.
    Ils enterreront leurs rêves de paix dans la boue mêlée de sang, Otto, Heinrich le photographe, Nathan et Simon le poète narrateur et des millions d'autres qui n'ont pas eu le temps de comprendre l'enjeu de leur présence sur ces terres étrangères, de réaliser l'immensité du mensonge qui les a précipités au sein de ce carnage
    J'aurais hésité à me plonger dans ce livre si j'en avais connu le thème : encore un livre sur la guerre....Cela aurait été une erreur. C'est un livre sur la conscience, sur la fragilité du destin, sur la possibilité d'éprouver un sentiment de beauté devant un détail aussi ténu qu'un brin d'herbe si celui-ci affleure au creux d'un sillon de terre souillée de sang humain.


    Lien : http://kittylamouette.blogspot.com/2012/01/avant-le-silence-des-fore..
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    Critique de qualité ? (26 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par horline, le 28 mars 2012

    horline
    1915, en Lorraine. Dans les tranchées, la boue, confronté à l'ennemi, à la solitude et finalement à soi-même, Simon, tout comme ses trois amis d'enfance, découvre l'infamie et l'angoisse de la guerre. Ils ont à peine connu la vie qu'ils apprennent à côtoyer la mort.
    La guerre est un véritable chaos, elle dépouille les soldats de leurs rêves et de leurs espoirs, blesse plus profondément leur âme que leur chair. Il y a certes les assauts, les explosions qui tuent vite mais il y a aussi « quelque chose d'autre qui tue lentement ». Tout est imprévisible pour ceux qui ont à peine quitté l'adolescence, tout est aussi plus fort, plus intense, plus douloureux. Face à ces émotions qui ne peuvent s'exprimer à voix haute et qui ne peuvent être partagées, Simon les consigne par écrit dans un journal de guerre, comme pour soulager une conscience meurtrie et résignée.
    Pas de récit chronologique, ni de reconstitution historique, encore moins de trame factuelle millimétrée. de manière inédite, le roman s'inscrit dans la densité humaine. Il explore les replis de l'âme damnée de quatre jeunes soldats allemands sur le front de l'est. C'est un concentré d'émotions, « d'avalées de tristesse » et de rêves renoncés, mais aussi de tendres souvenirs, de rires dérivatifs ou d'enchantements intérieurs pour abandonner pour quelques instants la réalité qui vrille l'estomac.
    Lilyane Beauquel c'est une leçon de style époustouflant. Loin des canons du genre, le récit qu'elle nous propose est une plainte, un lamento, une élégie. C'est un chant d'âmes damnées sublimé par l'obstination de l'auteur à extraire le beau, la grâce lorsque la réalité est sombre. Les sentiments de joie, de résignation ou d'espérance ne sont jamais aussi beaux que lorsqu'on les devine fragiles. Avec une prose contemplative et poétique, elle parvient à magnifier la fragilité de l'instant, à sublimer ces vies anonymes pour en faire des destinées.
    Ce style si particulier produit même l'impression d'un réalisme patiné (sans pour autant épargner le lecteur de l'horreur), il se dégage comme une délicatesse et une sérénité quelque peu à contre-courant des faits.
    Pour certains ce serait peut être une écriture trop sophistiquée ou trop féminine au regard du thème choisi. Pour d'autres, un style magnifique qui veut faire percevoir la réalité des choses par les émotions, rappelant ainsi que la beauté de la guerre est rare, la marche forcée vers la haine réellement destructrice pour ces armées d'invisibles.
    En reliant l'intime à l'universel, Avant le silence des forêts constitue une leçon de littérature autant qu'une réflexion sur la barbarie de la guerre.
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Sando, le 28 août 2011

    Sando
    « Avant le silence des forêts » est un texte sublime qui raconte, à travers le regard de Simon, jeune allemand d'une vingtaine d'années, la vie dans les tranchées lors de la première guerre mondiale. C'est avec beaucoup de réalisme et de dureté qu'il décrit la sauvagerie des hommes, pire que celle des bêtes, la destruction du corps et de l'âme et l'impossibilité de ressortir indemne d'une telle violence.
    Il offre un regard lucide et terriblement humain sur ce qui l'entoure. Parfaitement conscient de l'absurdité et de l'injustice que comportent les ordres lancés, il déplore le meurtre et la surenchère de violence auxquels aucun des soldats présents n'étaient préparés mais auxquels chacun doit se résoudre. Ainsi, Simon nous entraîne aussi bien dans les coulisses de ses réflexions que sur le terrain fangeux de la guerre. Il décrit avec douleur le froid, l'attente, la faim, la solitude et la folie qui guettent les moins résistants, comme les plus forts. Il raconte la punition mortelle réservée aux déserteurs. Il reconnaît l'accoutumance à l'horreur et au désastre qui déshumanise inévitablement l'homme le plus pur. Vivre devient une punition. Il dit la barbarie des armes utilisées, la violence de la baïonnette, la sournoiserie des gaz et la destruction causée par les obus. Face à toute cette violence, aucun espoir n'est possible. La tranchée censée protéger les soldats de l'ennemi, devient peu à peu une tombe pour chacun…
    Malgré la dureté du sujet, Lilyane Beauquel parvient à faire de son texte un magnifique moment de poésie et de beauté. Elle sublime l'horreur par la justesse et la pureté des mots qu'elle emploie. Les phrases sont fluides et résonnent avec beaucoup de musicalité. C'est un texte qui se récite plus qu'il ne se lit et fait montre d'un incroyable talent d'écriture.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par estrella_oscura, le 09 novembre 2011

    estrella_oscura
    Ce livre là est un gros coup de coeur que pourtant je n'ai pas dévoré. Je l'ai lu avec attention, dans la lenteur de ces lectures puissantes, ai goûté l'âpreté des faits et l'empathie du style et j'en suis époustouflée!
    Le propos de l'ouvrage tient en peu de mots : Quatre jeunes bavarois, amis d'enfance, partent pour la guerre en 1915. A partir de là, c'est toute une variation sur le quotidien des tranchées ; les peurs, la faim, l'amitié malgré tout, la douleur. Plongé au coeur même de la boue, sans début ni fin, on vit avec eux des instants volés.
    Tout y est excellent. La perfection du style ne fait aucune concession à la cruauté du quotidien, simplement cela prend une autre couleur et devient oeuvre d'art. Lilyane Beauquel invente et joue des mots tout en usant de ces petits accents dix-neuvièmistes si savoureux. Rien n'est caricaturé, tout est dans l'instant et le vrai.
    On vibre, on est là, on se prend des claques et on essaye d'avancer.
    C'est tout à la fois : une leçon de vie, une leçon de littérature. Merveille, merveille, merveille. Lilyane Beauquel dit de son style qu'il est une musique de mort. Je ne peux alors m'empêcher de penser à Baudelaire (tiens, tiens, comme c'est étrange et original) et à l'une de ces fleurs maudites à laquelle elle fait écho : "tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or".

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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par liratouva2, le 14 novembre 2011

    liratouva2
    C'est un beau roman dont il m'est difficile de parler.
    Pourquoi ? Parce que je ne le ressens pas comme un récit mais comme un texte poétique magnifiquement écrit.
    Je ne l'ai pas lu d'un bout à l'autre ni même entièrement non plus bien que je sois allée jusqu'aux dernières pages.
    Je ne l'ai pas seulement parcouru, mais je l'ai savouré, dégusté, voire même dévoré par moments tant les pages sont belles. Toutes, sans exception. Seulement, je n'ai pas pu en lire trop à la fois et j'ai gardé longtemps ce livre auprès de moi, non par ennui mais par plaisir. J'en lisais quelques passages puis le reposais tant étaient fortes l'émotion et l'admiration provoquées par cette lecture. Après il me fallait un temps de silence, de méditation, m'imaginer les moments évoqués dans la réalité vécue non plus par les personnages mais par toute cette génération, allemande ou française, de ces années-là, une génération perdue.
    C'est un livre à tenir près de soi, à lire et à relire. Un livre de textes précieux, ciselés dans une belle langue classique, forte mais simple, fière et pourtant attendrie.
    Les soldats sont jeunes et pleins de vie, d'espoir, d'enthousiasme et de naïveté aussi, des deux côtés, peu importe, c'est pareil.
    Ils savent vite que leur jeunesse se passera là, coincée dans ces boyaux boueux, avec pour seule perspective la mort en face mais il faut vivre et occuper le temps qui passe «Avant le silence des forêts»
    Alors, rêver, écrire, crier et rire, en attendant.
    C'est grand et c'est beau ! Il faut juste le lire

    Lien : http://liratouva2.blogspot.com/2011/11/avant-le-silence-des-forets-l..
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Citations et extraits

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  • Par Forster, le 08 septembre 2011

    La qualité d'écriture fait de ce livre un petit bijou loin des modes parisiennes de la rentrée. Le sujet aurait pu rebuter les lecteurs à l'âme fragile qui préfèrent lire les turpitudes sexuelles d'une enfant de 13 ans au dur labeur de soldats de 20 ans, embarqués dans la première guerre mondiale.

    Le temps, le paysage, l'amitié, le chaos, tout s'enroule par enchantement dans une langue douce et précise.

    Un pur bonheur.
    Et comme l'a si bien écrit Sandro dans sa critique, ce texte est autant fait pour être lu à haute voix.

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  • Par liratouva2, le 14 novembre 2011

    Champagne:
    De tels prodiges pourraient nous rendre fous : voilà que nous buvons du champagne. Heinrich l’a volé à une maison du bourg, elle bâillait par toutes ses portes, et, dans la nuit, ses lucarnes avaient un regard de louve.
    (…) Nous mettons beaucoup d’amitié à tirer sur nos pipes et le champagen circule avec les scintillements des nuits de Noël,il nous en faudrait beaucoup pour renoncer à téter ces bouteilles, à les faire chanter comme flûtes taillées rien que pour nous ! Nous gardons cette volonté d’être très gais.
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  • Par mandarine43, le 29 août 2011

    [ Incipit ]

    Mon sang s'est répandu, il a emporté toutes mes forces, mais je veux dire comment je tente encore, dans l'écrin des fleurs piétinées, tel le bleu du bleu, le vert du vert, comment je retiens les mots inscrits au bord déchiré de mon cerveau alors qu'autour les soldats avancent, tirés par des dogues, l'écume aux dents, me cherchant, ne voulant que ma carcasse.
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  • Par Kittiwake, le 24 janvier 2012

    Ce n'est rien et ce n'est pas tout : les ruines, notre maigreur, les marques sur la terre et sur nous même. Elles touchent les plus modestes et les plus lettrés qui avaient pris autrefois le pouls du monde dans les bibliothèques, avec à leur fronton des nuées de mensonges en une devise unique. L'écho des tirs y répond aujourd'hui
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  • Par krol-franca, le 29 octobre 2011

    L’attente de l’assaut. Le tréteau du ciel au-dessus de nos têtes. L’attente, rideau de satin devant la lumière inattaquée de la lune, mouillant le sol d’un lait tourné et inclément. Le silence bientôt des forêts. Les animaux moins battus que nous, attendant dans des trous provisoires la fin de nos folies, le cœur distendu à en mourir aux émois des explosions.
    Citation de qualité ? (6 votes positifs)






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