ISBN : 2070119416
Éditeur : Editions Gallimard (2009)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 21 notes) Ajouter à mes livres
A quelques mois de la retraite, mohamed n'a aucune envie de quitter l'atelier où il a travaillé presque toute sa vie depuis qu'il est parti du bled. Afin de chasser le malaise diffus qui l'envahit, il s'interroge sur lui-même avec simplicité et humilité. Il pense à son ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Stemilou, le 20 mai 2009

    Stemilou
    Quatrième de couverture
    A quelques mois de la retraite, Mohamed n'a aucune envie de quitter l'atelier où il a travaillé presque toute sa vie depuis qu'il est parti du bled. Afin de chasser le malaise diffus qui l'envahit, il s'interroge sur lui-même avec simplicité et humilité. Il pense à son amour profond pour l'Islam, dont il n'aime pas les dérives fanatiques ; il se désole de voir ses enfants si éloignés de leurs racines marocaines ; il réalise, surtout, à quel point la retraite est pour lui le plus grand malheur de son existence.
    Un matin, il prend la route de son village natal, décidé à construire une immense maison qui accueillera tous ses enfants.
    Un retour « Au pays » qui sera loin de ressembler à ce qu'il imaginait.

    Extraits :
    La journée était divisée selon les cinq prières. La montre c'était le soleil et son ombre. Cependant il lui arrivait de sentir tout son poids, d'imaginer le temps comme un fardeau sur le dos d'un vieil homme marchant avec difficulté. Pour tuer le temps, il donnait des coups de pied dans le fardeau imaginaire ; il labourait la terre avec une lenteur particulière. […] Il ne comprenait pas pourquoi on disait : le temps c'est de l'argent. A ce compte-là, il se considérait riche. Un jour, son cousin, celui qui boitait depuis un accident de travail en Belgique, lui proposa d'ouvrir une boutique sur la route de Marrakech pour vendre du temps. Comment tu vas faire ? C'est simple, je vends aux touristes le temps qui est trop abondant chez nous ; je les connais bien, je les ai fréquentés en Europe, je leur dirai : venez chez nous, vous aurez beaucoup de temps devant vous, il n'y a rien à faire, vous vous reposerez, vous ne regarderez plus la montre et, à la fin de la journée, vous vous demanderez où est passé le temps.

    Commentaire
    Mohamed, travailleur immigré arrivé en France dans les années soixante, apprend, après quarante années de travail, que l'heure de la retraite est arrivée. L'entraite ou plutôt la retraite est pour lui un grand malheur, il ne se sent pas vieux pourtant mais cette « mise à l'écart » est pour lui le signe de son incapacité, il veut travailler ! Ouvrier modèle de la chaîne de montage il est maintenant rejeté. C'est étonnant ! D'autant plus qu'autour de lui, ses amis, ses collègues n'attendent que ça, la retraite c'est la liberté. Une nouvelle vie qui commence ? Non pas pour Mohamed, pour lui c'est le signe de la fin, la mort qui s'approche.

    Il ne sait pas quoi faire de ce temps alors en attendant d'en parler à sa femme il se prépare chaque matin et part au boulot enfin il restera à l'entrée de l'usine. La déprime le gagne, il se sent rejeté par cette France, rejeté également par ses enfants qui sont davantage « Françaouis » que marocains. Ils ne parlent plus le même langage et ne portent plus les mêmes valeurs
    Seule solution, rentré au Maroc, faire le chemin inverse, rePartir dans son village. Il avait quitté sa terre natale pour chercher du travail ailleurs mais il revient avec un rêve, celui de construire une maison, une grande maison avec une chambre pour chacun de ses cinq enfants. Mais même dans son village Mohamed ne se sent plus à sa place, il perd la tête et le sens de la mesure.
    « Mohamed est un homme perdu, dit un de ses cousins, il souffre, la France lui a pris ses enfants, la France lui a donné du travail puis elle lui a tout pris ; je dis ça pour tous ceux qui rêvent de Partir travailler à l'étranger ; là-bas, nos valeurs ne valent rien, là-bas, notre langue ne vaut rien, là-bas, nos tradition ne sont pas respectées, regardez le pauvre Mohamed, c'était un sage, un bon musulman, et le voilà aujourd'hui, misérable, abandonné, à la limite de la folie »
    La Folie. Elle le gagne et le ronge, cette maison tant rêvé est démesurée, inutile mais y attendra quand même ses enfants, après leurs avoir téléphoné et demandé de le rejoindre, de venir vivre avec lui et leur mère. Il les attendra dans un vieux fauteuil, posté devant cette maison mais ils ne viendront pas, il s'enfoncera doucement dans cette terre qui l'a vu naître et disparaîtra. L'un des villageois s'écrira : « le village a son saint ! Dieu ne nous a pas oubliés ! »
    Ce roman de Tahar Ben Jelloun, dont le narrateur est tout à la fois Mohamed et un élément extérieur, on passe du « il » au « je » sans réellement s'en apercevoir, est d'une écriture fluide, légère, le thème de la retraite n'est qu'un leurre car l'auteur n'a de cesse de nous parler du point initial, ce départ de la terre natale, du déchirement que cela provoque .Tout dans ce roman fait référence à l'exil, l'immigration vécue comme la solution ultime, l'immigré en France a un retour parfois difficile car il devient étranger dans son propre pays.
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    • Livres 4.00/5
    Par vanillabricot, le 28 juillet 2009

    vanillabricot
    J'ai trouvé très touchante l'histoire de cet homme qui a traversé sa vie doucement et se rend compte à la fin qu'il est seul.
    Un homme qui a tenu à vivre selon ses valeurs, un homme qui aime sa religion: celle qui l'appaise et le console, un homme qui aime aussi profondément ses enfants sans pourtant vraiment les connaître ni savoir se faire aimer d'eux, un homme bon et droit qui passe pour un homme faible et s'en attriste, un homme qui n'est pas pour autant dépourvu de révolte ou d'indignation, un homme têtu avec la tête pleine de rêve.
    Quant il décide, à la retraite, de réaliser son rêve: construire une maison aussi grande que son coeur pour y réunir toute sa famille, est-ce trop demander? , il se heurte à la réalité, bien moins douce. Les enfants ont leur vie. Ils sont des françaouis. Et lui, est seul. Amertume.
    Cette amertume nous reste collée aux basques une fois le livre fermé, sentiment mêlé à plein d'autres, en vrac, plein de tendresse pour ce bonhomme au coeur plus grand que son destin, l'envie de continuer à rêver sa vie, la tête pleine des vents et du sable qui balaye son bled et finiront par l'ensevelir, l'intuition que la fin de sa vie doit être comme ça: seule, désabusée mais aussi douce et réconfortante.
    De Ben Jelloun je n'avais lu que "Partir" et j'y avais trouvé une certaine extravangance dans une histoire un peu à la Almodovar. Cette fois au contraire je trouve le récit très pudique, un portrait d'homme tout en douceur. J'ai l'impression d'avoir rencontré Mohammed et j'ai envie de dire "Enchantée".
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    • Livres 4.00/5
    Par Lune, le 10 juin 2009

    Lune
    Merci Tahar Ben Jelloun (ah! ce prénom coupé en son milieu par ce h mystérieux et chantant), de nous livrer une fois de plus un roman tout en délicatesse, émouvant, interpellant, nostalgique et onirique. Mohamed, le héros, arrive à la retraite et retourne vers le "bled" natal où il croit pouvoir réaliser son ultime rêve : réunir ses enfants dans la maison qu'il a bâtie de ses mains. A l'heure des multiples bilans, cet homme humble, religieux sans aucun fanatisme, travailleur courageux, constate l'éloignement de ses enfants engloutis par les us et coutumes de leur nouvelle patrie. Mohamed, lucide, déplore également les dérives de tous bords. C'est un homme simple et moral qu'on se prend à aimer. Analphabète, réfugié dans ce qu'on lui a appris : la bonté, le respect, émigré dont l'âme profonde est toujours restée Au pays, Mohamed n'a pas pu comprendre l'évolution de ses enfants. L'incommunicabilité est présente, cruelle pour cet homme dont le destin ne fut que journées de travail, sommeil récupérateur et refuge dans l'Islam. Des générations et des cultures différentes : la vie toute tracée, l'amour qui ne se vit pas, les paroles qui ne se disent pas... Il souffre silencieusement, dépassé par un pays dont il ne peut accepter les trop fortes différences. le retour au sien est métaphorique, dramatique, étouffant. Tahar Ben Jelloun nous donne un récit digne mettant à l'honneur un homme parmi tant d'autres, à qui la vie a fait peu de cadeaux. Comme toujours, l'écriture magique de l'auteur, ses références aux contes, ses images chaudes que l'on ressent au plus profond contribuent à la beauté et à la profonde tristesse de cette histoire qui ne laisse pas indifférent. Décidément, Monsieur Ben Jelloun, je vous lis depuis le début et je ne m'en lasse pas...
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    • Livres 4.00/5
    Par MoodIndigo, le 17 juin 2011

    MoodIndigo
    Au fur et à mesure du livre,le lecteur découvre Mohamed,
    à travers ses souffrances, et les questions que pose
    l'obligation d'émigrer
    en terme de perte de repères, de perte d'identité.
    Un livre profond et émouvant,
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  • Par latrace, le 11 juillet 2010

    latrace
    À quelques mois de la retraite, Mohamed n'a aucune envie de quitter l'atelier où il a travaillé presque toute sa vie depuis qu'il est parti du bled. Afin de chasser le malaise diffus qui l'envahit, il s'interroge sur lui-même avec simplicité et humilité. Il s'interroge sur lui-même avec simplicité et humilité. Il pense à son amour profond pour l'islam, dont il n'aime pas les dérives fanatiques; il se désole de voir ses enfants si éloignés de leurs racines marocaines; il réalise surtout à quel point la retraite est pour lui le plus grand malheur de son existence. Un matin, il prend la route de son village natal, décide à construire une immense maison qui accueillera tous ses enfants. Un retour « Au pays » qui sera loin de ressembler à ce qu'il imaginait…

    Lien : http://latrace.wordpress.com/2010/07/10/au-pays-de-taher-ben-jelloun/
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Citations et extraits

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  • Par latrace, le 01 août 2010

    Mes enfants ne me disent jamais « jtème », moi non plus d’ailleurs, ce ne sont pas des choses qu’on se dit dans la famille, une fois une secrétaire à l’usine m’a rendu u document mal rempli, je lui ai dit: pourtant c’est lui qui l’a rempli, j’ai confiance en lui; elle m’a dit: c’est qui lui? Ma fille cadette! La femme était choquée, mais comment lui expliquer que chez nous c’est comme ça, on ne parle pas de nos filles ni de leur mère, c’est une question de respect, mais elle n’a pas compris. Je n’ai jamais fait de compliments à mes filles…
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  • Par latrace, le 11 juillet 2010

    Aimer ses enfants, vouloir être aimé d’eux, être proche d’eux et vouloir leur bien, c’est ça être malade, c’est ça qu’il faut que je soigne? Très bien, je vais me présenter chez un médecin de fous et je lui dirai: voilà, je suis malade parce que j’aime mes enfants; quels médicaments dois-je prendre pour me soigner? Dois-je avaler un sirop anti-amour familial, ou me foutre des suppositoires qui me seront oublier que j’ai cinq enfants dont une des filles est partie avec un étranger à notre culture, à notre religions et à notre bled? Quel manque d’éducation! Moi j’ai tout fait pour bien les éduquer, je ne sais pas d’où vient cette hargne contre les parents; je ne crois pas qu’à l’école française on leur apprend à détester leurs parents, non, ce n’est pas l’école, je crois que c’est la télé, tous ces films américains ou français où les familles ne sont plus des familles, où les parents n’ont plus d’autorité… Me faire soigner! C’est ça, je suis malade, et j’aime ça!
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  • Par latrace, le 13 juillet 2010

    Je n’ai pas l’air d’aimer les couleurs parce que mes enfants m’ont souvent reproché de m’habiller toujours en gris, mais au fond j’adore les couleurs du printemps, les couleurs naturelles, je n’ai pas besoin de les porter sur mon dos, les couleurs sont dans ma tête, elles font de la musique quand ma tête est fatiguée, elles ne sortent pas de moi, c’est pour cela qu’on dit que je suis triste, être triste c’est être contrarié, rien n’arrive comme je l’avais espéré, alors comme je n’y peux rien, je garde le visage fermé, et regarde le monde s’agiter comme s’il était pris par une frénésie ou une fièvre impossible à soigner.
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  • Par latrace, le 11 juillet 2010

    Mais l’état dans lequel nous met lentraite, n’est-il pas malsain, mauvais, producteur de tristesse et de mélancolie? Tiens, j’ai des douleurs musculaires alors que je ne travaille plus, j’ai mal aux articulations, je sens que mon corps est battu, labouré par une étrange fatigue, c’est curieux, je n’ai jamais connu cette fatigue, c’est parce qu’elle provient du rien, le rien qui s’est installé dans ma vie comment à ronger mes membres. Le vide creuse mon corps. J’ai mal. Je ne me plains pas; ce n’est pas dans mes habitudes, mais depuis que j’ai attrapé lentraite, rien ne va plus.
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La chronique de Gérard Collard - Prix Goncourt
Pour cette rentrée littéraire, notre chroniqueur-libraire Gérard Collard réagit à l'annonce de la première sélection de livres susceptibles de remporter le Prix Goncourt 2011. Pour information le jury de l'académie Goncourt est composé d'Edmonde Charles-Roux, Jorge Semprun, Régis Debray, Françoise Mallet-Joris, Robert Sabatier, Patrick Rambaud, Bernard Pivot, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Didier Decoin. Voici leur sélection : rom@ de Stéphane Audeguy aux éditions Gallimard Limonov d'Emmanuel Carrère aux éditions POL Retour à Killybegs de Sorj Chalandon aux éditions Grasset Dans un avion pour Caracas de Charles Dantzig aux éditions Grasset Les Souvenirs de David Foenkinos aux éditions Gallimard L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni aux éditions Gallimard Jayne Mansfield 1967 de Simon Libérati aux éditions Grasset Un sujet français d'Ali Magoudi aux éditions Albin Michel Du Domaine des Murmures de Carole Martinez aux éditions Gallimard Des vies d'oiseaux de Véronique Ovaldé aux éditions L'Olivier Le système Victoria d'Eric Reinhardt aux éditions Stock Monsieur le commandant de Romain Slocombe aux éditions Nil Tout, Tout de Suite de Morgan Sportès aux éditions Fayard La belle amour humaine de Lyonel Trouillot aux éditions Actes Sud Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan aux éditions JC Lattès








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