Ce recueil présente des textes écrits entre 1998 et 2003, soit pendant les cinq dernières années de la vie de Roberto Bolano: discours, conférences, récits autobiographiques ou non, etc
Borges se flattait plus des livres qu'il avait lus que de ceux qu'il ... > voir plus
Le problème avec Lamborghini est qu'il s'est trompé de profession. Il s'en serait mieux tiré s'il avait travaillé comme tueur à gages, ou comme prostitué, ou comme fossoyeur, des métiers moins compliqués que celui d'essayer de détruire la littérature. La littérature est une machine cuirassée. Elle ne s'inquiète pas des écrivains. Parfois, elle ne se rend même pas compte que ceux-ci sont vivants. Son ennemi est différent, plus grand, beaucoup plus puissant, et qui à la fin finira par la vaincre, mais c'est une autre histoire.
Probablement nous tous, écrivains et lecteurs, commençons notre exil, ou du moins un certain type d'exil, en laissant derrière nous l'enfance. Ce qui conduirait à conclure que l'être exilé, la catégorie de l'exilé, surtout en ce qui concerne la littérature, n'existe pas. L'émigrant existe, et le nomade, le voyageur, le somnambule, mais pas l'exilé, puisque tous les écrivains, par le seul fait de pointer leur nez en littérature, le sont, et tous les lecteurs, par le seul fait d'ouvrir un livre, le sont aussi.
Alors qu'est-ce que c'est qu'une écriture de qualité ? Eh bien, ce que ça a toujours été : savoir mettre la tête dans l'obscur, savoir sauter dans le vide, savoir que la littérature, fondamentalement, est un métier dangereux. Courir au bord du précipice : d'un côté l'abîme sans fond et, de l'autre, les visages que l'on aime, et les livres et les amis et les repas.
Alors, qu'est-ce que c'est qu'une écriture de qualité ? Eh bien, ce que ça a toujours été : savoir mettre la tête dans l'obscur, savoir sauté dans le vide, savoir que la littérature, fondamentalement, est un métier dangereux. Courir au bord du précipice : d'un côté l'abîme sans fond et, de l'autre, les visages que l'on aime, les visages souriants que l'on aime, et les livres et les amis et les repas. Et accepter cette évidence, même si parfois elle pèse sur nous plus lourd que la dalle qui recouvre les restes de tous les écrivains morts. La littérature, comme dirait une folkloriste andalouse, c'est un danger.
Epigramme à "Entre parenthèses"
De ce qui est perdu, de ce qui est irrémédiablement perdu, je ne désire que récupérer la disponibilité quotidienne de mon écriture, des lignes capables de me saisir par les cheveux et de me remettre quand mon corps désormais n'en pourra plus.
Roberto Bolano, Anvers