"Quand c'est pas le jour c'est pas le jour". Voilà les termes du truculent commissaire Salvo Montalbano de Vigata, Sicile, quand Gallo, son chauffeur qui se prend pour Fangio, entre en collision avec une Twingo mal garée. L'accident va entraîner indirectement une macabr... > voir plus
Emouvant, touchant sont les deux adjectifs qui me viennent à l'esprit pour qualifier ce roman. Tout avait pourtant commencé avec une drôlerie formidable - à croire que je découvrai les policiers les plus maladroits de la Sicile ! Puis, doucement, Camilleri nous prend par la main et nous emmène vers la tragédie la plus brutale, le crime le plus abject.
Le commissaire Salvio Montalbano va faire preuve de son habituelle pugnacité pour découvrir le coupable. Au cours de son enquête, il rencontrera des personnages hors du communs, dont la grandeur d'âme et la sensibilité, au diapason de celles de notre commissaire sicilien, est à l'opposé de la cruauté brutale du meurtrier.
Naturellement, il ne fut pas choisi par Montalbano qui, au contraire, décida de couper l'île par le travers, pour se retrouver ainsi à parcourir, dès les premiers kilomètres, des petites routes le long desquelles les paysans survivants interrompaient la besogne pour regarder ébahis, cette auto hasardeuse qui passait par là. Ils en parleraient à la maison avec leurs enfants :
- U sapiti stamatina ? Tu sais quoi, ce matin ? Une automobile passa !
Mais c'était la Sicile qui plaisait au commissaire, âpre où le vert était rare, sur laquelle il semblait (et il était) impossible de vivre et où il y avait encore des hommes, mais de moins en moins avec les guêtres, la casquette et le fusil à l'épaule qui le saluaient depuis le dos de leur mule en se portant deux doigts à la visière.
-Tu veux te manger un peu de pain de froment ? Je l'ai sorti du four y a pas une heure. Je te l'assaisonne ?
Sans attendre la réponse, elle coupa deux tranches d'une miche, les assaisonna d'huile d'olive, sel, poivre noir et pecorino, les mit l'une sur l'autre, les lui tendit.
Montalbano sortit, s'assit sur un banc à côté de la porte, et à la première bouchée, se sentit rajeunir de quarante ans, il redevint minot, c'était le pain comme le lui assaisonnait sa grand-mère.
Montalbano, un instant, fut ému. Le vaste bassin de Vénus. Cette extraordinaire capacité toute féminine de comprendre en profondeur, de pénétrer les sentiments, de réussir à être à la fois mère et amante, fille et épouse. Il posa sa main sur celle d'Anna, elle ne la retira pas.
- Vous savez qu'il a disapru ?
-Oui, je sais. Le même soir que Michela. Mais...
-Commissaire, je peux vous parler sincèrement ?
-Pourquoi, qu'avons-nous fait jusqu'à présent ? Et faites-moi une faveur, appelez-moi Salvo.
-Si vous m'appelez Anna.
-D'accord.
Extrait du documentaire de Mosco Lévy Boucault : "Le sourire de?? Andrea Camilleri, écrivain. . Mosco Lévy Boucault a recueilli les histoires drôles d'écrivains (comme Tonino Benacquista, Thierry Jonquet ou Tonino Guerra), de comédiens (comme Rufus ou François Morel), de réalisateurs (comme Peter Kassovitz), de politiques (comme Laurent Fabius) pour une série intitulée « le sourire de?».