Actuellement, trois choses séparent le Jésus chrétien du reste de l'humanité : le rire, le péché, la copulation. Peut-être qu'il suffit d'ôter ces trois points à un homme pour avoir un dieu – ou un semi-légume. Mais les deux derniers points ont émoustillé pas mal les imaginations et on a déjà récrit des histoires avec tentations et même épousailles, pour rendre ce Jésus-là plus convenable à notre époque. Manquait le rire.
Didier Decoin s'y attelle. L'idée était bonne, il y a des phrases drôles et attendrissantes, mais pas tant que ça vu l'intention de départ, disons quelques sourires, comme des perles rares (collectées et mises à la fin). La plupart du temps, ça reste dans la soupe facile, et sucrée, une bouillie Blédine, "le côté nursery du christianisme", comme dit
Matzneff. Decoin enlève toute rugosité, toute rudesse salvatrice, revigorante et piquante comme la sève et l'odeur des sapins d'hiver à ce Rabbi dérangeant. Ce qui fait que devant la crucifixion, il se dégonfle. Son tort, c'est ainsi de vouloir mettre du rire sans avoir compris qu'il fallait garder les larmes, la colère, et cette indignation douloureuse et exaspérée du Maître devant un tas de cancres à sauver – cacher donc qu'on les aime, parfois, et donc les secouer ou les rudoyer. Un amour rentré derrière l'exigence. […}
Lien : http://vitanova.blogspot.com/2010/01/jesus-le-dieu-qui-riait.html#li..