Comment l'Europe occidentale s'est-elle convertie au Christianisme ? On connaît bien le mécanisme de conversion de l'Empire romain, qui commence avec Constantin. Mais en Occident, le pouvoir passe dès le 5e siècle aux mains des rois germaniques, alors même que la conversion des populations est loin d'être acquise. Qui plus est, les barbares germaniques déjà convertis sont ariens, donc hérétiques aux yeux de l'Eglise. Comment en arrive-t-on en quelques siècles à une population catholique homogène (coexistant avec le Judaïsme) ?
Le sujet est dans bien des fantasmes de nos jours, d'où ce titre polémique, que j'imagine imposé par l'éditeur. La pire manière d'aborder l'histoire est d'y chercher confirmation de réponses que l'on croît déjà connaître à des questions qui ne se posent qu'aujourd'hui. Or,
Bruno Dumézil est un vrai historien. Il livre ici un travail monumental, rigoureux et très documenté, proche des sources, et sans parti pris.
Dans une première partie il décrit l'héritage de l'Empire romain, et les forces toujours à l'oeuvre de conversion de la part des structures religieuses. Dans la deuxième, c'est le point de vue des souverains germaniques en quête d'unité religieuse qui est abordé. Enfin la troisième est consacrée à une définition de la société chrétienne qui se forme.
Le livre est à la fois passionnant et roboratif, un travail d'une lecture à réserver aux universitaires ou aux gens réellement motivés par le sujet. le pavé pèse plus d'un kilo, 400 pages en petits caractères hors notes et bibliographie. Mais le résultat est un tableau nuancé et varié, surprenant parfois sur les mécanismes de conversion, qui jamais n'essaie de gommer la complexité du sujet des croyances.