J'avais décidé de poursuivre l'exploration des romans de
Jacqueline Harpman par
La Dormition des amants parce que celui-ci me semblait d'une nature complètement différente.
En effet, il s'annonce comme un roman historique dont le narrateur est un eunuque (1) qui raconte sa vie auprès de l'infante Maria-Conception de los Lloros, fille de Carlos, roi d'Espagne.
J'aime beaucoup
L Histoire, aussi me suis-je plu à entrer dans ce récit. Mais il n'a d'historique que l'apparence:
Jacqueline Harpman s'est amusée, j'ai l'impression.
Elle nous parle d'une cour d'Espagne, d'une cour de France, qu'on peut situer au 17e siècle grâce à quelques allusions historiques: on est après Henri IV et avant la révocation de l'Edit de Nantes. Mais l'historicité s'arrête là. Les princes et les rois dont elle parle sont tous fictifs. Son propos est beaucoup plus utopique qu'historique et elle réussit à nous faire rêver à une Europe qui aurait été unie trois siècles avant la création de l'Union...
Au début, on constate une véritable recherche dans le style pour "faire 17e siècle", aucun détail ne cloche, puis tout à coup apparaissent dans le récit des éléments qui ne peuvent être que voulus par l'auteur et qui sont complètement anachroniques: une duchesse de Guermantes (2), une madame des Tournelles, une référence à un roman de
Stendhal, une citation de Napoléon, ... Oui,
Jacqueline Harpman a dû s'amuser à écrire ce livre.
Et comme dans les précédents, elle n'a pas résisté à l'envie de jouer les
Hitchcock et de s'y nommer elle-même:
- Comment t'appelles-tu?
- Harpman.
Lien : http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/10/12/j-comme-jacqueline..