AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
3,92

sur 158 notes
5
5 avis
4
8 avis
3
3 avis
2
0 avis
1
0 avis
Deux ans après « A rebours », en 1886, Joris Karl Huysmans – de son vrai nom Charles Marie Georges Huysmans – publie en feuilleton « En rade ». Depuis 1876, l'année de son premier roman, il est l'ami d'Emile Zola qu'il considère comme son maître à penser en littérature ; et qui l'invite fréquemment à Médan, avec d'autres écrivains comme Guy de Maupassant...

Amateurs de Zola, rien que ce petit rappel chronologique impose la lecture de Huysmans ; même si « A rebours » constituait en quelque sorte une rupture avec le courant « naturaliste » cher à Zola… Une rupture assumée avec « En rade »…

Jacques Marles, un riche parisien s'est réfugié au château de Lourps avec sa femme, Louise, ruiné à cause de la « faillite d'un trop ingénieux banquier ». Un retour à la terre, en quelque sorte. Sauf que la campagne quand on est citadin comporte énormément d'inconvénients… Quant aux hôtes du couple, ils s'avéreront de fieffés coquins…

On ne rompt pas aussi facilement avec le naturalisme : j'en veux pour preuve quelques scènes de la vie quotidienne au château que Zola n'aurait pas reniées. Mais l'interêt de « En rade » réside surtout en une ouverture sur le rêve et son analyse, bien avant les théories de Freud : on passe du naturalisme au « surnaturalisme » …
Trois rêves ponctuent le récit, le rêve d'Assuérus au chapitre III, le rêve de la Lune au chapitre V et celui des tours de Saint-Sulpice au chapitre X ; des rêves comme des résurgences de l'inconscient dans la vie réelle. Précurseur, Huysmans ? Peut-être… inconsciemment…

Il n'en reste pas moins que Huysmans est un écrivain majeur du XIXème siècle, contemporain de Zola, et pratiquement oublié de nos jours. Dommage.

Commenter  J’apprécie          450


Ce court roman publié en 1884, se situe dans l'oeuvre de Huysmans entre ces deux romans majeurs que sont À rebours (1882) et Là-bas (1891).

Il n'a ni la flamboyance baroque de A rebours, ni l'exploration teintée d'ironie de l'occultisme et du satanisme de Là-bas.

En rade qui porte bien son nom, tant la vie des héros de ce roman est marquée par l'abandon, le naufrage existentiel, est un récit qui oscille entre naturalisme et symbolisme. Il n'en contient pas moins, je trouve, deux thèmes insolites, celui de l'exploration du rêve et du surnaturel et celui de la maladie psychique.

Jacques, en proie à de graves problèmes financiers et dont le couple bat de l'aile, pense trouver refuge, et prendre un nouveau départ, en s'éloignant de Paris avec son épouse Louise pour se rendre en Normandie dans le vieux Château de Lourps (curieusement le même nom que celui de A rebours) où vivent l'oncle de celle-ci, Antoine et son épouse Norine. L'oncle leur a promis « qu'ils pourraient y vivre en abondance ». En réalité, le château est une ruine sinistre, dont la plupart des pièces sont inhabitables, les jardins qui l'entourent sont à l'abandon, et l'église voisine délabrée. Antoine et Norine, couple de paysans qui vit dans une chaumière près du château sont des personnages antipathiques, grossiers voire grivois, âpres au gain, et malhonnêtes, et dont le couple parisien est contraint de subir les conditions de vie, dont la nourriture pauvre et infecte.
Durant ce séjour, le lecteur suit Jacques dans ses déambulations au sein des salles du château, des caves, de sa rencontre soudaine et terrifiante avec un chat-huant, de ses promenades aux alentours, dans les jardins du château ou de l'église qui lui apportent un peu de paix.
On le voit confronté au mépris et à la malveillance de Norine et d'Antoine, dont il réalise qu'ils le volent, et aussi à la grossièreté de ceux qu'il rencontre dans une auberge voisine.
En définitive, confronté à ces conditions de vie désastreuses et à cette ambiance hostile, le couple va, dès qu'il aura obtenu d'un ami un peu d'argent, s'enfuir avec précipitation vers Paris.

Mais ce séjour, et c'est sans doute le point le plus important, est celui de la révélation de la faillite du couple formé par Jacques et Louise. Une incompréhension et du mépris réciproque s'installent progressivement entre les deux époux. À cela s'ajoute pour Jacques l'énigme de la maladie de Louise, point sur lequel je reviendrai.

Et je crois que les trois rêves extraordinaires de Jacques, auxquels sont consacrés trois chapitres, expriment de façon inconsciente son sentiment du naufrage financier, sentimental, et sexuel de son couple.
Ainsi, particulièrement troublant est ce deuxième rêve décrivant la déambulation du couple sur la Lune, astre féminin par excellence, et de la vision de tous ses paysages figés, de ses mers et montagnes hostiles, rêve qui se termine par le constat que fait Jacques de la sottise de sa femme. Et alors que le premier rêve représente comme la promesse d'une femme jeune et offerte à un roi de l'Antiquité, le dernier révèle la femme sous un aspect physique horrible et devant laquelle Jacques s'exclame «Cette abominable gaupe, c'est la Vérité ».

On sait que plus tard André Breton fera de ce roman de Huysmans un jalon précurseur du surréalisme. Je ne sais qu'en penser, car ici, l'auteur ne fait pas explicitement du rêve le matériel de sa création.
Mais on pourrait aussi évoquer Freud qui publiera à peu près à la même époque (1899), le rêve et son interprétation.

L'autre thème qui fait pour moi l'étrangeté du récit, et qui nous éloigne du naturalisme de cette histoire aux accents souvent pessimistes et sordides, c'est la maladie de Louise. Une maladie dont Jacques nous dit qu'aucun médecin n'arrive à la soigner, et dont les manifestations, les crises de boulimie et d'anorexie, la crise pseudo-épileptique décrite dans le roman font penser à un trouble psychique et plus particulièrement à l'hystérie telle que Charcot la décrivait en fin de 19ème siècle. Devant cette maladie, on trouve un mari désarmé, mais, quant à lui, sans énergie et au psychisme dépressif.

En conclusion, un roman que j'ai eu plus de difficulté à cerner que À rebours et Là-bas, mais dont l'irruption du rêve dans le récit fait l'originalité.
Et puis, il y a comme toujours la beauté du texte, l'écriture toujours aussi riche de Huysmans, l'emploi de ces mots rares qui sont autant de bijoux qui parsèment le récit.
Commenter  J’apprécie          216
Jacques et Louise Marles sont ruinés. Pour fuir leurs créanciers, ils partent en Brie, dans un château dont Antoine, l'oncle de Louise, a la garde. Arrivés sur place, ils constatent que le château de Lourps est une ruine battue par les vents et hantée par les chats-huants. La promesse du repos et du réconfort s'éloigne rapidement. Aux tracas parisiens se substituent les misères provinciales.
Antoine et Norine, sa femme, sont des paysans filous, âpres au gain, avares et malhonnêtes. Ils ne voient en Louise et Jacques que des Parisiens à rançonner. Ressassant leur pauvreté et égrenant la liste de leurs prétendus malheurs paysans, ils incarnent l'image populaire des provinciaux rustres et malappris. Leur langage à lui seul, entre patois et jurons, se veut l'illustration de leur caractère grossier. Étymologiquement, Jacques est l'un d'eux par son prénom, mais tout son être se révolte et se rebiffe : pour lui, il est impensable de s'assimiler à cette population frustre. Et pourtant, dans sa solitude exacerbée, il croit trouver un plaisir à la compagnie des navrants paysans.
Dès le début du séjour, Jacques est traversé de rêves et d'hallucinations qui le laissent épuisé. « Il tenta de s'analyser, s'avoua qu'il se trouvait dans un état désorbité d'âme, soumis contre toute volonté à des impressions externes, travaillé par des nerfs écorchés en révolte contre sa raison, dont les misérables défaillances s'étaient, quand même, dissipées depuis la venue du jour. » (p.76) Des heures entières, Jacques revit les songes qui ont occupé son esprit : « l'insondable énigme du Rêve le hantait. » (p.78) C'est ainsi qu'il occupe de mornes journées. Jacques s'ennuie maladivement : plus sa mélancolie s'aggrave, plus l'ennui se fait prégnant et cet ennui entraîne une mélancolie toujours plus profonde. Mais, à l'inverse de l'illustre Des Esseintes, héros du précédent héros de Huysmans, Jacques n'a pas de fortune pour tenter de tromper l'ennui. Sa misère lui est une douleur supplémentaire, une barrière à un hypothétique bonheur.
Le château en ruines est propre aux fantasmagories les plus hideuses et aux suppositions les plus baroques. Son immensité délabrée et ses mystères insondés ont quelque chose de gothique qui cède finalement au pathétique le plus profond. Nul secret et nulle merveille en ces murs poussiéreux, le château n'est qu'une bâtisse aussi vide que l'âme de Jacques, une incarnation architecturale du taedium vitae. À l'instar de Jacques qui se laisse glisser dans une mélancolie néfaste, le château de Lourps rend les armes devant le temps et les hommes. Les ténébreux songes de Jacques ne sont finalement que l'écho de ses promenades vaines dans les couloirs du triste manoir. « Les cauchemars de Jacques étaient patibulaires et désolants, laissaient dès le réveil, un funèbre impression qui stimulait la mélancolie des pensées déjà lasses de se ressasser, à l'état de veille, dans le milieu de ce château vide. » (p. 199)
Dans la solitude et l'indigence campagnarde, la maladie de nerfs de Louise s'aggrave. Et le couple se délire inexorablement. L'épouse refuse sa couche à l'époux et l'homme s'exaspère de cette chasteté forcée autant qu'il s'énerve de ne plus désirer sa femme. « Ce séjour à Lourps aura vraiment eu de bien heureuses conséquences ; il nous aura mutuellement initiés à l'abomination de nos âmes et de nos corps. » (p. 211) À cela s'ajoutent les terreurs causées par le manque d'argent et les angoisses des comptes qui laissent la bourse de plus en plus vide. Pour Jacques et son épouse, ce séjour en province n'aura rien résolu. le retour à Paris, espéré et idéalisé, porte à peine la promesse de lendemains meilleurs. « Ce départ ferait-il taire la psalmodie de ses pensées tristes et décanterait-il cette détresse d'âme dont il accusait la défection de sa femme d'être la cause ? Il sentait bien qu'il ne pardonnerait pas aisément à Louise de s'être éloignée de lui au moment où il aurait voulu se serrer contre elle. » (p. 211)
Dans ce roman, Huysmans s'essaie au symbolisme et à la transcription du rêve. Une nouvelle fois, il fait montre d'une remarquable puissance d'évocation dans ses descriptions : entre hypotyposes et ekphrasis, elles ne laissent rien au hasard et le lecteur n'est privé d'aucun détail. Dans Là-bas, Huysmans faisait s'élever les murs sur des ruines, ici il fait tomber les murs et révèlent les ruines à venir.
L'opposition Paris/province est savoureuse, mais ce roman m'a assez rapidement lassée et je l'ai achevé sans plaisir. Si j'ai retrouvé la belle plume de Huysmans, j'ai le sentiment qu'il s'est écouté écrire : bien que l'auteur propose des phrases sublimes, il aurait pu faire l'économie de quelques formulations, voire de quelques pages.
Commenter  J’apprécie          200
Jacques Marles et sa femme Louise ont fui Paris et les créanciers pour se réfugier au château délabré de Lourps jouxtant la chaumière de l'oncle Antoine et de la tante Norine, paysans de la région de Brie. Cette cohabitation et promiscuité forcées, du couple lui-même ainsi qu'avec les habitants du lieu, auront des conséquences psychologiques inattendues. « (…) il eût mieux valu ne pas se sauver à la campagne, tenir tête aux assaillants, se débattre à Paris, s'installer d'une façon autre (…) »
En rade, c'est un huis-clos étouffant entre deux êtres qui paraissent tout à coup, transplantés dans un univers inconnu, mal assortis, aux prises avec l'âpreté des moeurs rurales. L'issue temporaire réside dans ces rêves et ces cauchemars qui parcourent les nuits agitées de Jacques et ces envolées éveillées que procure la beauté des paysages.
Peu d'action dans ce roman tout en finesse, ciselé par la magnifique écriture de Joris-Karl Huysmans, mais l'impression d'avoir effectué un voyage temporel mille fois plus intéressant que n'importe quelle intrigue romanesque.
Commenter  J’apprécie          180
- Ah ben c'étant !
V'là les Parisiens qui débarquent en province. Pour fuir temporairement des problèmes d'argent, Jacques et Louise vont se réfugier chez des parents de cette dernière, gardiens du château de Lourps. le jeune couple se retrouve à loger dans une chambre défraichie du manoir qui tombe en ruines, abandonné par ses propriétaires, sans soins. Mais hélas, leur "calvaire" ne se limite pas au manque cruel de confort. L'enfer, ici, ce sont aussi les paysans qui, tout oncle et tante qu'ils sont, entendent bien soutirer aux citadins tout ce qu'ils pourront. Aussi, ceux qui devaient être un soutien en ces temps difficiles s'avèrent d'une cupidité, d'une saleté et d'une vulgarité à laquelle Jacques et Louise ne s'attendaient guère. La seule rencontre agréable de ces quelques mois sera un pauvre chat malade, sauvé in extremis des coups de la tante Norine.
Quand enfin, ayant reçu trois cents francs, le ménage décide de rentrer sans plus tarder à Paris, tous deux savent que plus rien ne sera comme avant. En plus de gérer les créanciers et un train de vie plus adapté, ils devront faire avec la fin des illusions au sein du couple. Louise peine à cacher quelques regards de mépris pour ce mari qui n'a pas su mener la barque. Pour Jacques, son épouse, dont les traits campagnards se sont révélés, a perdu de son prestige dans cette chambre humide partagée à deux.

Je suis assurément moins emballée par En rade que je ne l'avais été par A rebours. L'écriture de Huysmans est certes toujours la même, avec une pointe d'humour et un grand art dans les descriptions. Cependant, le milieu paysan et le château délabré, quoique dépeint à merveille, n'ont pas exercé sur moi la fascination qu'avait engendrée la demeure de Des Esseintes. Je suis, moi aussi, restée en rade, restée sur ma faim. Tant pis. Ce roman n'en demeure pas moins très agréable à lire et j'ai beaucoup aimé les récits des rêves de Jacques qui font entrer une part d'imaginaire au milieu des dures réalités de la campagne.

Challenge XIXème siècle 2021
Commenter  J’apprécie          100
Huysmans poursuit avec En rade le travail de fuite de son époque qu'il avait entamé avec À rebours, dans une version plus narrative, et sur un mode souvent comique.

Jacques et Louise sont deux jeunes parisiens, mariés sans fortune et sans dot, qui se retrouvent bien vite criblés de dettes. Devant l'urgence de leur situation, Louise suggère une retraite à la campagne chez un oncle paysan qui leur a promis un hébergement provisoire, le temps pour le couple d'échapper aux créanciers. Comme bien souvent l'idée est bonne sur le papier, mais une fois arrivés à Lourps (bonjour l'ambiance), les deux amants découvrent en guise de gîte un château à l'abandon rongé par l'humidité, et pour tout accueil la langue boueuse et les manières rustres du père Antoine et de sa femme Norine. Aux problèmes financiers s'ajoutent donc, dans cette campagne laide, des conditions de vie hostiles et des codes sociaux repoussants, tirés à grands traits par Huysmans qui s'amuse sans trop se cacher des dialogues gras et des épisodes scabreux qu'il insère dans son récit. A Lourps, point de salut, donc : si là-bas Jacques et Louise parviennent au moins à échapper à Paris, c'est pour ressentir bien vite le désir de s'échapper de Lourps tout autant.

De manière fascinante, En rade fait se côtoyer les contingences au ras du sol et l'imaginaire le plus merveilleux, entre lesquels Jacques, personnage passif et inadapté au monde, est partout déboussolé. Mauvais au travail manuel, pas assez brillant, il incarne la victime d'un environnement en perpétuel mouvement où Dieu est déjà trop mort, même si, çà et là, sont semés les signes que c'est vers Lui qu'il faudra retourner pour succéder à la petite satisfaction de s'être « débarrassé de l'écorce temporaire d'un corps. » En attendant, c'est dans le rêve que se retrouve, sous des formes folles et élastiques, le substitut féérique aux textes fondateurs, qui s'offre au lecteur dans des passages étranges et hallucinés, semblant eux-mêmes vouloir lacérer l'entreprise naturaliste dans son ensemble par leurs retours réguliers tout au long du roman.

L'ouvrage alterne donc de très belles descriptions topographiques qui affirment par métonymie la mort d'une époque, et des délires oniriques qui cherchent ailleurs une évasion encore embryonnaire et indéfinie. A défaut de solution, Jacques et Louise au terme du livre s'en retournent tout bêtement à Paris, tout aussi pauvres et un peu plus dégoûtés du monde et d'eux-mêmes : au-delà de l'apparent échec de leur petite aventure, En rade marque les tâtonnements spirituels de Huysmans, encore loin d'avoir repéré un chemin, mais tout de même un peu sorti de la stase totale d'À rebours, avant que tout cela ne se précise dans le cycle de Durtal à venir. Un roman court et original, qui trouve ses meilleures pages là où s'expriment les hilarants penchants macabres de son auteur.
Commenter  J’apprécie          50
La terre, l'art de la description incroyablement talentueuse de Huysmans déclame dans ce livre les affres de deux bourgeois parisiens dans la dèche chez leurs proches en province. Au fond de la noire campagne des environs de Provins, ils découvrent la misère des paysans tout en continuant à vouloir vivre avec de riches et gourmandes habitudes. Leur oncle est un laborieux et poisseux gueux qui profite de tous les larcins possibles entre deux labeurs même sur le dos de ses proches. l'atmosphère devient pesant, lugubre et chargé de misères des uns et des autres, d'argent et de coeur.

Huysmans est précis sans être trop pesant dans ses mots pour décrire les lieux ou les situations.

Toute une époque de la littérature !
Commenter  J’apprécie          40
oui, bien sur........ mais si loin de la puissance de" A REBOURS"

ou de Lorrain........
Commenter  J’apprécie          40
L'histoire est ici d'une simplicité confondante : un jeune couple de parisiens, trouve refuge au château de Lourps, dans la région de la Brie, chez des parents éloignés, suite à une transaction bancaire hasardeuse qui les a mis en faillite. Les voici donc en rade, en pleine cambrousse, sans le sou, sans voiture, isolés dans un château qui tombe en ruine, les nerfs malades de Madame et le cerveau échauffé de Monsieur faisant le reste.
Drôle de roman car sous des dehors encore très naturalistes — scènes de la vie rurale, portraits de personnages rustiques, expressions en patois, comme des tableaux ; l'épisode du vêlage de la Lizarde (qui fait écho à celui de la Lise dans « La Terre » de Zola paru la même année) — précis et sans concession, l'étrange se déploie. Les 3 rêves du roman servent de media au fantastique, à l'inexpliqué, à l'inconscient. Huysmans emploiera souvent le biais onirique à partir du cycle de Durtal mais c'est ici une première. C'est Jacques, le protagoniste, qui inaugure le questionnement sur le sens des songes, problématique très moderne pour l'époque !
Dans sa quête spirituelle intime, l'auteur utilise des procédés inédits chez lui pour accéder à la mystique : la rigueur du naturalisme, la liberté de l'onirisme et l'échappée permise par le symbolisme. le récit donne ainsi des clés importantes pour comprendre la banqueroute amoureuse, financière et existentielle du héros. Même la maladie nerveuse de Louise, proche de l'hystérie chère à Charcot, ajoute un trouble sis entre folie et paranormal.
La splendeur médiévale ruinée par la trivialité du siècle agit comme la métaphore de l'état d'esprit de son auteur et de son double fictionnel. Si l'ancrage est très prosaïque, de la fuite initiale causée par la déroute pécuniaire au retour précipité motivé par la malhonnêteté de leurs hôtes, l'histoire demeure singulière par le pessimisme et l'absence de positivisme qu'elle recèle.. Et toujours cette époustouflante beauté du verbe, incomparable et délicieuse.
Un roman à part dans la bibliographie de l'auteur mais aussi dans l'histoire littéraire puisque Breton en fera le père du roman surréaliste !
Commenter  J’apprécie          30
Enfer et putréfaction !

Jacques et Louise Marles sont ruinés et "abandonnés par tout le monde, dès la débâcle", ils pensent "à chercher un abri, une rade, où ils pourraient jeter l'ancre et se concerter pendant un passager armistice, avant que de rentrer à Paris pour commencer la lutte." Ils sont invités à se confiner dans le vétuste château de Lourps par l'oncle Antoine, régisseur de la demeure délabrée.

Là, le jeune couple croupit dans une solitude effrayante, une déréliction absolue. Tout prend l'eau dans leur méchante embarcation et écoper semble vain. le père Antoine et son affreuse Norine, cupides cul-terreux, profitent de cette faiblesse. Tout leur devient hostile. Peu à peu, leur amour sûrit...

Chantournant ses phrases, alternant courbures et saillies, Huysmans gangrène son récit. Insidieuse, la chancissure s'immisce qui altère murs et jardins du ténébreux château : l'auteur le transforme en une monstrueuse tumeur. Saupoudrant d'adjectifs sporagineux ses descriptions hallucinées, il ricane de la chute de la maison Lourps.

Naturaliste et nécromancien, l'écrivain empile éprouvantes scènes de genre (un vêlage sanguinolent, une saillie taurine, l'épouvantable agonie d'un chat,...) et angoissantes visions oniriques (où frelatent les eaux-fortes de Redon, chatoient les délires de Moreau ou prophétisent les concrétions minérales d'un Max Ernst).

Le lecteur s'agite, voulant s'extraire de ce mauvais rêve, à l'instar de Louise prises de ruades tabétiques ou de Jacques se débattant dans ses chimères nocturnes mais l'inflexible Huysmans nous éthérise : nous boirons jusqu'à la lie son noir calice !

Gibbeux, contrefait, le récit va cahin-caha. Mal ajointés, son réalisme scrofuleux et sa préciosité mignarde le bâtardent. D'où cette impression de boursoufflure factice, d'exercice de style fongueux. Mais l'esthétisme Fin de Siècle de sa langue sophistiquée en fait un ragoût délectable pour les raffinés dont je veux bien être.

"(...) une hémorragie d'ordures"
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
Commenter  J’apprécie          30




Lecteurs (365) Voir plus



Quiz Voir plus

Joris-Karl Huysmans

Quel est le véritable prénom de Joris-Karl Huysmans

François-Louis
Edmund
Charles Marie Georges
Anatole

10 questions
56 lecteurs ont répondu
Thème : Joris-Karl HuysmansCréer un quiz sur ce livre

{* *}