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> Yves Hersant (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070376818
Éditeur : Gallimard (1985)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 136 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Huysmans est passionné par la démonologie et le surnaturel. Son héros, Durtal, est un historien amené à s'interroger sur la doctrine chrétienne et le satanisme. Il abandonne « l'adultère, l'amour, l'ambition, tous les sujets apprivoisés du roman moderne, pour écrire l'h... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 28 décembre 2010

    LiliGalipette
    Roman de Joris-Karl Huysmans.
    Avec À rebours et le taedium vitae de des Esseintes encore coincés entre les dents et en travers du gosier, j'ai entamé cette lecture bien décidée à (re-)donner toutes ses chances à l'auteur, sur les conseils avisés d'un lecteur (lui aussi avisé). Bien m'en a pris, le plaisir et l'émotion ont été au rendez-vous!
    Durtal, romancier, a "abandonné l'adultère, l'amour, l'ambition, tous les sujets apprivoisés du roman moderne, pour écrire l'histoire de Gilles de Rais." (p. 33) Décidé à explorer l'histoire de ce compagnon de Jeanne d'Arc devenu un féroce meurtrier enragé d'alchimie et de démonologie, de "ce sataniste qui fut, au quinzième siècle, le plus artiste et le plus exquis, le plus cruel et le plus scélérat des hommes." (p. 49), Durtal s'engage dans la découverte du Satanisme au Moyen Age et dans ses prolongements historiques. Une troublante relation s'établit entre lui et Hyacinthe Chantelouve: cette femme mariée qui le poursuit d'assiduités qu'elle voudrait ne pas assouvir a les moyens de l'introduire dans les milieux où le Satanisme se pratique, là où la Messe Noire se déroule. Durtal, épris et excédé de cette femme, progresse sur des chemins dangereux, cherchant toujours plus loin le frisson de l'inédit, de l'interdit, pour échapper à la lassitude d'une existence et d'une époque désabusées.
    Le dialogue liminaire entre Durtal et son ami, le docteur de Hermies, est un violent réquisitoire contre le naturaliste et la littérature fin de siècle. Dans ce roman, Huysmans rompt définitivement avec sa période naturaliste. "Ce que je reproche au naturalisme, ce n'est pas le lourd badigeon de son , c'est l'immondice de ses idées; ce que je lui reproche, c'est d'avoir incarné le matérialisme dans la littérature, d'avoir glorifié la démocratie de l'art!" (p. 33) Durtal oppose à la virulente diatribe de son ami une certaine tempérance teintée de cynisme: il lui demande de reconnaître "les inoubliables services que les naturalistes ont rendus à l'art; car enfin, ce sont eux qui nous ont débarrassés des inhumains fantoches du romantisme et qui ont extrait la littérature d'un idéalisme de ganache et d'une inanité de vieille fille exaltée par le célibat."(p. 34) Durtal est dégoûté des littérateurs de son époque, il rêve d'un "naturalisme spiritualiste" (p. 36), il constate avec amertume l'échec de la littérature: " C'était vrai, il n'y avait plus rien debout dans les lettres en désarroi; rien, sinon un besoin de surnaturel qui, à défaut, d'idées plus élevées, trébuchait de toutes parts, comme il pouvait, dans le spiritisme et dans l'occulte." (p. 37)
    Durtal est en fait atteint du taedium vitaequi a tant accablé son illustre prédécesseur, des Esseintes. Durtal est "excédé par l'ignominieux spectacle de cette fin de siècle" (p. 36), il exècre son temps, les artistes qui y paraissent et l'esprit médiocre qui se répand. Il est tenté par des fureurs de réclusion, des désirs de retrait du monde, dans une abbaye, dans une tour, dans une cave. Ne trouvant dans les plaisirs de la chair nul réconfort, pessimiste quant à l'évolution de la société, et bien que profondément athée, "il en était bien réduit à se dire que la religion est la seule qui sache encore panser, avec les plus veloutés des onguents, les plus impatientes des plaies; mais elle exige en retour une telle désertion du sens commun, une telle volonté de ne plus s'étonner de rien, qu'il s'en écartait tout en l'épiant." (p. 41) Ce passage annonce la future conversion de l'auteur et sa fervente pratique religieuse dans les dernières années de sa vie.
    De longues discussions se déroulent dans le logement modeste de Carhaix, sonneur de cloches dans les tours de Saint-Sulpice. Ce brave homme, bien que catholique convaincu, accueille à sa table Durtal et de Hermies et partage leurs échanges sur la religion, le satanisme et l'astrologie. Les hôtes font bombance chez lui et la communion des esprits s'effectue encore mieux après les festins partagés.
    "Le jour où Durtal s'était plongé dans l'effrayante et délicieuse fin du Moyen Age, il s'était senti renaître." (p. 46) Aiguillonné par l'ambition d'écrire une monographie de Gilles de Rais qui ne serait ni affaiblie ni enjolivée par les dérives hésitantes d'un esprit niais ou mou, il veut rendre à l'écrit historique ses lettres de noblesse et rendre un hommage honnête et fidèle à la mémoire du baron de Rais, "le des Esseintes du quinzième siècle" (p. 70) qui a "transporté la furie des prières dans le territoire des À rebours."(p. 73) Durtal, quoiqu'il pense des récits de saints et des légendes dorées ne se lance dans pas moins qu'une hagiographie du personnage, que la légende a transmué en Barbe-Bleue. Mais de ce fameux récit de l'histoire du baron, on ne lit que peu de choses, tout au plus quelques notes dont l'étude est souvent interrompue par l'irruption d'un personnage ou l'intrusion de l'histoire en marche, comme l'élection de Boulanger au poste de député.
    La monographie de Gilles de Rais n'est finalement qu'un prétexte pour aborder l'univers fascinant et terrifiant des mondes occultes. Durtal semble écrire un précis sur le Satanisme, en se documentant auprès de Carhaix, du docteur de Hermies et de l'astrologue Gevingey et en se renseignant sur le chanoine Docre, qui célèbre des messes sataniques. "La grande question, c'est de consacrer l'hostie et de la destiner à un usage infâme." (p. 84) L'auteur, par les expériences sataniques de Durtal et les récits de ses personnages, n'est pas avare de détails, mais la surenchère sans cesse renouvelée prête à rire. Les hérésies et sacrilèges sont si nombreux et si extrêmes qu'ils dépassent l'horreur pour sombrer dans le grotesque.
    Soutenu par son ambition littéraire, Durtal vibre aussi de désir pour Hyacinthe: cette femme qui se veut une "soeur en lassitude"(p. 102), qui lui écrit des épîtres troublantes et sibyllines, désabusées et ardentes, a réveillé "cet élan vers l'informulé, cette projection vers les là-bas qui l'avait récemment soulevé dans l'art; c'était ce besoin d'échapper par une envolée au train-train terrestre." (p. 109) Mme Chantelouve porte bien son nom: elle appelle le mâle telle une louve enragée et se révèle carnassière dans ses amours adultères. Mais Hyacinthe rêve Durtal en incube, en démon qui ne la visiterait et ne la posséderait qu'en esprit. La possession physique abolit pour Durtal la magie qui entourait Hyacinthe: malgré ses travers tentants, elle n'est plus qu'une femme comme les autres, un être de chair dénué de sublime. Après la Messe Noire à laquelle ils assistent ensemble, Durtal n'attend plus rien d'elle et la congédie comme une fille qu'il aurait payée.
    J'ai jubilé en lisant les personnages de ce roman citer d'autres personnages et d'autres titres de Huysmans. Cet auteur a en outre le talent unique, que j'avais déjà noté dans À reboursmais qui m'avait bien moins émue, d'extirper du lexique des mots rares et fins, dont la précision exacerbée ne désigne rien d'autre qu'une infime partie de l'univers, mais partie bien plus précieuse que des étendues illimitées. Ses descriptions sont des images en mots. Les déambulations de Durtal dans les ruines du château de Gilles de Rais permettent des évocations constructrices: à chaque pas, Durtal fait se relever les murs tombés, se meubler les pièces pillées et se mouvoir les êtres passés.
    La célébration du Moyen Age comme une époque puissante qui véhiculait des valeurs efficientes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, n'est qu'un portrait en creux négatif de la fin de siècle qui dégoûte Durtal et ses amis. Huysmans se saisit de tous les prétextes pour fustiger une époque qu'il méprise. La petite histoire des cloches qu'il donne à lire par le personnage du sonneur est aussi une célébration des temps passés, au détriment du temps présent: les cloches, " ces auxiliaires magnifiques du culte"(p. 220), incarne la pureté d'une religion que les tiédeurs n'avaient pas encore souillé et que le Satanisme ne faisait pas trembler. Et finalement, l'horreur que l'auteur a de cette époque se justifie plus que jamais puisqu'elle n'a pas su se débarrasser du Satanisme: "Dire que ce siècle de positivistes et d'athées a tout renversé, sauf le Satanisme qu'il n'a pas fait reculer d'un pas."(p. 282) le Satanisme est ce "là-bas" inatteignable, cet univers inaccessible, si désirable et si haï.
    Maintenant que j'achève cette lecture qui clôt superbement mon année littéraire 2010, je ne tiens pas d'impatience à l'envie de lire la suite du Cycle de Durtal, avec En route, La cathédrale et l'oblatqui retracent le cheminement littéraire et intérieur de Huysmans vers la conversion religieuse. Si l'écrivain décadent m'avait déplu, le sataniste m'a ravie et j'en espère autant du converti voire du naturaliste!
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    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 16 août 2015

    colimasson
    Durtal regarde Là-bas, du côté du satanisme, des messes noires, des succubes et des incubes, comme s'il regardait Là-haut, avec le besoin de faire cheminer son âme n'importe où, tant qu'elle ne reste pas sur le plancher des vaches.

    Quatre ans après l'écriture de ce roman, Huysmans se convertit au catholicisme. La conversion murissait sans doute depuis quelques années, mais on ne s'en doute qu'à moitié lorsqu'on lit Là-bas. En effet, on ne peut pas dire que ce soit le roman de la foi absolue, sûre d'elle et bien déterminée. Bien sûr, Durtal, excédé par des conversations qui ne résolvent rien, exalté par des monomaniaques d'une pensée, avec qui il fait toutefois bonne ripaille, rendu presque fou par cette Hyacinthe qui le confronte de force à son instinct charnel, allant jusqu'à se sentir des pulsions meurtrières qu'inspire peut-être son sujet d'étude Gilles de Rais, Durtal finit par gueuler, en guise de conclusion : « Puisque tout est soutenable et que rien n'est certain, va pour le succubat ! ». Mais Durtal aurait très bien pu autant s'en remettre à l'esprit scientifique, et se déclarer Charcot ou Curie. Voilà ce qui arrive à ceux qui se palpent trop de la cervelle, à comparer toutes les formes de vie, à emmagasiner les connaissances, voilà ce qui arrive à ceux qui ont trop de vie en eux, trop de curiosité et une tendance passionnelle indomptable : ils finissent par dire oui à tout et lorsque ce n'est plus possible, ils se positionnent sur un coup de tête, à la suite d'une conjonction d'événements favorables : un entourage du même bord, des repas échauffants, un sujet d'étude stimulant.

    Durtal et ses copains font un peu penser à Bouvard et Pécuchet en version sombre, attirés seulement par le côté ésotérique des connaissances. Et ce qui est excitant là-dedans, c'est de sentir qu'on franchit des limites qui ne sont pas ouvertes à tout le monde. Il y a beaucoup d'élitisme dans cette attitude, même si les instincts les plus classiques du monde interviennent en silence. Pas la peine de se vanter en invoquant une tendance à la haute spiritualité, Huysmans se montre ici beaucoup plus enjoué que dans A rebours. On sent que ça fait du bien à tout le monde de sortir de chez soi, quitte à fréquenter les messes noires : au moins, il s'y passe quelque chose, et de l'ennui passif, on passe à l'ennui actif. Peu à peu, Durtal arrive à se convaincre de la réalité de phénomènes sur lesquels il se montrait sceptique à l'abord, comme tous ses confrères occultistes, comme tous ses adversaires scientifiques, la ridicule opposition existant entre les tenants de ces deux partis faisant aussi partie du jeu de la croyance. Oui, oui, tout le monde s'amuse, de tous temps et en tous lieux, et comme qui dirait : « Ils feront, comme leurs pères, comme leurs mères […] ; ils s'empliront les tripes et ils se vidangeront l'âme par le bas-ventre ! », ce n'est pas prêt de s'arrêter. Avec Là-bas, Huysmans raconte un peu le côté joyeux et bouffon de la conversion, pas la peine de s'en faire un fromage, mieux vaut encore le dévorer tout entier tant qu'il est encore frais.
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    • Livres 5.00/5
    Par orhal, le 29 août 2007

    orhal
    Là-Bas, c'est le temps passé et révolu, celui du Moyen-Age plein d'occultisme et de satanisme. L'époque sanglante où Gilles de Rais égorgeait de jeunes garçons, les violait, les brûlait, s'asseillait dans la tiédeur de leurs intestins fraichement découverts. Là-Bas. C'est le regard en arrière de Durtal, biographe de ce démoniaque Barbe Bleu, célibataire, ennuyé par son siècle, intrigué par le passé reculé. Durtal est un libre penseur taciturne et mélancolique, qui vit presque en hermitte dans le Paris de la fin du XIXème siècle. Il commence un voyage de l'esprit et de la plume, au XVIème siècle, à la rencontre du monstre Gilles de Rais. Fascinant et horrible personnage, il entraîne Durtal dans les tréfonds du Satanisme et des crimes, loin, très loin de sa vie de dandy reclus et sage. Avec des Hermies et Carhaix, ses proches camarades, il se jette à la découverte d'univers qu'il ne soupçonnait pas encore actifs de son temps.
    Là-Bas nous propose une vision riche et documentée de l'occultisme, de l'alchimie et de l'astrologie. On découvre aussi le regard acerbe de Huysmans sur son époque. le cynisme et l'amertume de l'auteur jaillissent du récit à travers les réflections de Durtal et la verve de des Hermies. Ce roman à la construction verticale, du matériel au spirituel, de la réalité au surnaturel, est un témoin de ce XIXème siècle, plongé dans le spiritisme et les mystères. Huysmans nous fait voyager. Mais pas physiquement. C'est un voyage de l'esprit qui s'entreprend. L'air sévère, inquiété, fiévreux, on sort de cette histoire sous le choc, imprégné de cette pensée gnostique, de cette lutte de l'âme sur le corps, du tourment mystique de Gille de Rais au rejet de Durtal pour son environnement et ses semblables. Et cette plume, cette façon d'écrire magistrale et recherchée... On n'écrit plus comme ça.
    Je ne résiste pas au plaisir de vous laisser là un extrait :
    "- Alors, comment espérer en l'avenir, comment s'imaginer qu'ils seront propres, les gosses issus des fétides bourgeois de ce sale temps? Elevés de la sorte, je me demande ce qu'ils feront dans la vie, ceux-là?
    - Ils feront, comme leurs pères, comme leurs mères, répondit Durtal ; ils s'empliront les tripes et ils se vidangeront l'âme par le bas-ventre !"
    Ah! Tout simplement jouissif.
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    • Livres 3.00/5
    Par dancingbrave, le 16 décembre 2012

    dancingbrave
    Oeuvre originale, «Là-bas» nous présente différentes facettes du satanisme du moyen-âge, depuis Gilles de Rais jusqu'à nos jours; les croyances les pratiques; ceci avec moult détails.
    Le style est très littéraire mais le vocabulaire, un tantinet trop riche et ardu.
    Le début du roman livre des réflexions sur le positivisme et une brillante description d'une oeuvre de l'art chrétien ( crucifixion de Mathaeus Grünenwald ) qui m'a vraiment enthousiasmé.
    L'approche de l'occultisme et du satanisme a du, effectivement, scandaliser les lecteurs du XIXème siècle. de nos jours elle ne fait que reprendre avec des détails presque encore choquants des faits que les médias nous ont présentés quelque fois.
    Finalement, les détails se référant souvent à une culture qui était, au siècle dernier, plus empreinte de catholicisme, nous perdent, aujourd'hui dans des précisions sans significations.
    Bref, ce roman a sans doute un peu souffert de son vieillissement pour perdre son coté provocateur et scandaleux, mais il a gardé toute sa beauté descriptive et stylistique, voire même encore un tantinet surprenante.
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    • Livres 3.00/5
    Par thedoc, le 21 octobre 2014

    thedoc
    Dans Là-bas, le personnage principal est l'écrivain Durtal (alter ego de Huysmans), médiocre auteur parisien, qui mène une enquête sur Gilles de Rais qui fut accusé, au XVe siècle, d'avoir violé et torturé des dizaines d'enfants.
    L'existence morne et bien réglée de l'écrivain va être dérangée par l'arrivée d'une lettre qui apprend à Durtal qu'une admiratrice anonyme souhaiterait le rencontrer. Cette lectrice, Hyacinthe Chantelouve, ne tarde pas à s'éprendre de l'écrivain et à devenir sa maîtresse. Fidèle de Satan, elle lui apprend que des messes noires continuent à être célébrées à Paris. Durtal s'initie alors au satanisme, s'entretient avec ses amis d'occultisme, d'astrologie, de spiritisme et de magie.
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 31 août 2015

    Ce restaurant, où je vais à peu près une fois par mois, possède d’immuables clients, des gens bien élevés et hostiles, des officiers en bourgeois, des membres du Parlement, des bureaucrates.

    Tout en chipotant la sauce au gratin d’une redoutable sole, je regardais ces habitués qui m’entouraient et je les trouvais singulièrement changés depuis ma dernière visite. Ils avaient maigri ou s’étaient boursouflés ; les yeux étaient cernés de violet et creux ou pochés en dessous de besaces roses ; les gens gras avaient jauni ; les maigres devenaient verts.

    Plus sûrs que les vénéfices oubliés des Exili, les terribles mixtures de cette maison empoisonnaient lentement sa clientèle.

    Cela m’intéressait, comme vous pouvez croire ; je me faisais à moi-même un cours de toxicologie et je découvrais, en m’étudiant à manger, les effroyables ingrédients qui masquaient le goût des poissons désinfectés, de même que des cadavres, par des mélanges pulvérulents de charbon et de tan, des viandes fardées par des marinades, peintes avec des sauces couleur d’égout, des vins colorés par les fuschines, parfumés par les furfurols, alourdis par les mélasses et les plâtres !

    Je me suis bien promis de revenir, chaque mois, pour surveiller le dépérissement de tous ces gens...
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  • Par colimasson, le 27 août 2015

    Car il est presque isolé dans son temps, ce baron de Rais ! Alors que ses pairs sont de simples brutes, lui, veut des raffinements éperdus d’art, rêve de littérature térébrante et lointaine, compose même un traité sur l’art d’évoquer les démons, adore la musique d’Eglise, ne veut s’entourer que d’objets introuvables, que de choses rares.

    Il était latiniste érudit, causeur spirituel, ami généreux et sûr. Il possédait une bibliothèque extraordinaire pour ce temps où la lecture se confine dans la théologie et les vies de Saints. Nous avons la description de quelques-uns de ses manuscrits : Suétone, Valère-Maxime, d’un Ovide sur parchemin, couvert de cuir rouge avec fermoir de vermeil et clef.
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  • Par colimasson, le 21 août 2015

    Dans les cadavres des gens gras, l’on trouve une sorte de larves, les rhizophages ; dans les cadavres des gens secs, l’on ne découvre que des phoras. Ceux-là sont évidemment les aristos de la vermine, les vers ascétiques qui méprisent les repas plantureux, dédaignent le carnage des copieuses mamelles et le ragoût des bons gros ventres. Dire qu’il n’y a même pas d’égalité parfaite dans la façon dont les larves préparent la poudre mortuaire de chacun de nous !
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  • Par colimasson, le 19 août 2015

    Aucune de ces discussions littéraires qu’il aimait n’était possible avec ces agités qui délibéraient infatigablement, ne pensant qu’à leur génie, ne s’intéressant qu’à leurs découvertes, qu’à leur science !

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  • Par colimasson, le 17 août 2015

    Pour Durtal, l’histoire était donc le plus solennel des mensonges, le plus enfantin des leurres. […] La vérité, c’est que l’exactitude est impossible, se disait-il ; comment pénétrer dans les événements du Moyen Age, alors que personne n’est seulement à même d’expliquer les épisodes les plus récents, les dessous de la Révolution, les pilotis de la Commune, par exemple ? Il ne reste donc qu’à se fabriquer sa vision, s’imaginer avec soi-même les créatures d’un autre temps, s’incarner en elles, endosser, si l’on peut, l’apparence de leur défroque, se forger enfin, avec des détails adroitement triés, de fallacieux ensembles. C’est ce que Michelet a fait, en somme ; et bien que cette vieille énervée ait singulièrement vagabondé dans les hors-d’œuvre, s’arrêtant devant des riens, délirant doucement en des anecdotes qu’elle enflait et déclarait immenses, dès que ses accès de sentiment et ses crises de chauvinisme brouillaient la possibilité de ses présomptions, alitaient la santé de ses conjectures, elle était néanmoins la seule, en France, qui eût plané au-dessus des siècles et plongé de haut dans l’obscur défilé des vieux récits.

    Hystérique et bavarde, impudente et intime, son histoire de France était cependant, à certains endroits, soulevée par le vent du large ; ses personnages vivaient, sortaient de ces limbes où les inhument les cinéraires anas de ses confrères ; peu importait dès lors que Michelet eût été le moins véridique des historiens, puisqu’il en était le plus personnel et le plus artiste. Quant aux autres, ils furetaient maintenant dans les paperasses, se bornaient à piquer sur leurs plaques de liège des faits divers. A la suite de M. Taine, ils gommaient des notes, les collaient les unes à la suite des autres, ne gardaient, bien entendu, que celles qui pouvaient soutenir la fantaisie de leurs contes. Ces gens-là se défendaient de toute imagination, de tout enthousiasme, prétendaient ne rien inventer, ce qui était vrai, mais ils n’en maquillaient pas moins, par la sélection de leurs documents, l’histoire. Et puis, comme leur système était simple ! On découvrait que tel événement s’était passé en France dans quelques communes et l’on concluait aussitôt que tout le pays pensait, vivait de telle façon, à tel jour de telle année, à telle heure.
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