AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782070144440
291 pages
Gallimard (13/02/2014)
4.07/5   7 notes
Résumé :
"C'est insensé. Ça ne ressemble plus à rien. Il faut gueuler pour s'entendre. Je m'entends scander la marche folle, brancard aux épaules, avec ces mots : "Tu veux vivre, tu veux vivre, tu veux vivre." A chaque éclatement je me demande où et comment je vais être touché. Je ne veux pas traîner comme. Georges. pas être aveugle surtout, pas au ventre et puis soudain les limites de l'angoisse dépassées, je me sens devenu indifférent à tout. Je ne pense plus à rien qu'à ê... >Voir plus
Que lire après Carnets de moleskineVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
C'est une histoire racontée au jour le jour, assez brutalement et sans les fioritures stylistiques d'usage – bien que l'auteur soit un lettré – ; parce que c'est une histoire tragiquement vraie, qui, pour enfoncer le clou, se déroule sur les terres d'enfance de l'auteur : Lucien Jacques, un antimilitariste qui, après ça, deviendra un pacifiste acharné, comme son ami Jean Giono.

Alors brancardier, il observe et retranscrit les faits avec une urgence terrible, sur deux carnets qui courent de la fin juillet 1914 au mois d'août 1915. le premier s'appelle « Mouvements » et laisse le temps au lecteur de prendre ses marques et d'avancer progressivement dans la guerre. le second s'intitule « La boue » et nous plonge littéralement la tête dedans.

Quand vient la boucherie, Lucien Jacques ne peut bien souvent offrir que des soins de fortune aux blessés – la plupart des mourants : « Il faut les tenir, les déshabiller (certains sont en bouillie) », explique-t-il dans les premiers mois du carnage. « Moi qui n'étais pas fait pour être conduit militairement », glisse l'intéressé…

Car en plus du carnage il y a les chefaillons qui se délectent des tracasseries qu'ils infligent à la « valetaille », voire des humiliations féroces ; ce qui fait dire à Lucien Jacques : « Quelle arme terrible que l'autorité donnée à des imbéciles. »

Il reçoit régulièrement du courrier, ça l'aide. Dans une lettre, qu'il recopie dans son carnet, on lit ceci : « J'ai donné ma démission d'infirmière, ne me sentant aucun goût à soigner des hommes, à hâter leur guérison, pour les envoyer plus vite à la fournaise. » C'est parlant…
« Les balles font des bruits de bêtes autour de nous », constate-t-il ailleurs. Est-ce pour supporter ça et les explosions qu'il rapporte aussi souvent ses impressions de ciel, de paysage ? Sans doute une bouée pour oublier un temps le décor des tranchées, des cimetières. Et en plus de la mort, il y a cette promiscuité permanente : « Combien de solitude il me faudra, si j'en reviens… »

Dans cette atmosphère « c'est difficile de faire régner la paix entre copains ! » Un rien irrite, parce que les nerfs sont explosifs, comme ces tonnes de bombes qui tombent un peu partout, ces balles qui sifflent telles des serpents raciniens, ces cris d'hommes et de bêtes blessés, etc. « Les éclats sifflent dans l'air…les gaz brûlent », voilà le quotidien.

« Il ne faut absolument plus penser » ; parce que penser c'est d'abord penser à tout ça, et tout ça c'est l'antichambre de la folie. Il faut « s'évader avec n'importe quoi, mais s'évader… » Lucien Jacques, lui, s'évade en dessinant et surtout en lisant ; tous les livres qui lui passent par la main, trouvés, prêtés ou envoyés par colis : Shakespeare, Whitman, La princesse de Clèves, etc., il se raccroche à la littérature comme un mourant à la croix.

Malgré le cafard écrasant, il se dit aussi qu'il « faut faire comme si la guerre n'existait pas. Comme si on devait en revenir. Ne pas se laisser toucher par elle. L'ignorer le plus possible. » Tout ça fleure bon l'espoir, dont Péguy était si friand, avant d'être tué dans les premiers jours de 1914…

Et puis il y a les moments de découragement, de renoncement à la vie entendu comme une possible délivrance : « Que ça finisse pour moi d'une manière ou d'une autre, mais que ça finisse ! Je n'en peux plus. »

Il faudra encore attendre Verdun, d'être blessé à plusieurs reprises et de partir en convalescence…

Dans ce monde de la guerre, Lucien Jacques déploie un sens de l'observation qui contraste avec ce que les journaux racontent à l'arrière. Il brosse aussi les caractères des uns et des autres – le sien y compris – sans tricher. Les officiers et sous-officiers en prennent particulièrement pour leur grade. Ce sera bien la peine de les célébrer, ces « morts héroïques », quand on voit comment ils ont été traités.

Enfin, Lucien Jacques nous montre un théâtre de l'absurde où, par exemple – et ce pour ne pas « démoraliser les troupes par le nombre effarant des pertes journalières » –, « les blessés ne seront plus des blessés mais des “rondins” »… !

Enfin, il y a la sublime préface de Giono, celle qui définit la guerre dans son effroyable vérité : « La guerre est tout simplement le contraire de la paix. C'est la destruction de la paix. Une destruction ne protège ni ne construit ce qu'elle détruit. Vous défendez votre liberté par la guerre. La guerre est immédiatement la perte totale de votre liberté. Comment la perte totale de la liberté peut-elle protéger la liberté ? Vous voulez rester libre et il faut absolument vous soumettre, l'absolu de votre victoire étant en rapport direct avec l'absolu de votre soumission. »

Après ça, allez les traiter de lâches ces gars de 1914-1918, de collabos parce qu'ils n'ont pas voulu refaire la guerre (la Seconde), qu'ils ont préféré s'accommoder de l'ennemi plutôt que de revivre les chairs des copains pendouillant aux arbres décharnés, l'odeur de mort et de merde plein les narines sous un ciel en flammes. Ceux qui jugent rétrospectivement, confortablement dans leur fauteuil, ceux-là je les laisse à leur indécence…
Commenter  J’apprécie          50
Un témoignage sur la guerre de 14, par un ami de Jean Giono. A découvrir !
Commenter  J’apprécie          70
La guerre 14/18 vue par un brancardier qui montre des personnages de différents horizons et de classe sociale et leur attitude suivant leur grade.
Commenter  J’apprécie          10
Un très beau témoignage sur la guerre dans les tranchées. A découvrir
Commenter  J’apprécie          00


critiques presse (1)
Bibliobs
04 août 2014
Ses terribles carnets ne sont pas seulement l'antidote à toutes les représentations héroïques de la guerre. Leur intérêt ne se borne même pas à opposer un cruel démenti à l'idée vaguement consolatrice, [...] que les tranchées auront au moins été le creuset d'une belle fraternisation virile. Ils composent aussi et surtout un formidable roman d’apprentissage [...].
Lire la critique sur le site : Bibliobs

Video de Lucien Jacques (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lucien Jacques
Lucien Jacques, artiste pacifiste.
autres livres classés : romanVoir plus
Les plus populaires : Littérature française Voir plus


Lecteurs (16) Voir plus



Quiz Voir plus

Quiz des Diables

Asmodée, créée en 1937 est le titre de la première pièce de théâtre de: (Indice: Bordeaux)

André Gide
François Mauriac
Sacha Guitry

8 questions
24 lecteurs ont répondu
Thèmes : diable , diabolique , satan , malédiction , démons , littérature , culture générale , adapté au cinéma , adaptation , cinema , musiqueCréer un quiz sur ce livre

{* *}