ISBN : 2916488332
Éditeur : Editions La Louve (2009)


Note moyenne : 4.17/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres
Après dix années de - relative - tranquillité, durant lesquelles l’abbaye s’est dûment enrichie, la relique semble bel et bien saisie d’une nouvelle et irrépressible envie de “voir du pays” : l’os baladeur va donc trouver, en la personne d’un moine déterminé et intellig... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 28 septembre 2010

    Woland
    Merci à La Louve-Editions qui, en partenariat avec notre forum, a gracieusement permis à quelques uns de nos membres de découvrir cet ouvrage.
    Second tome de la trilogie médiévale de Jean-Louis Marteil, "L'os de Frère Jean" tient les promesses de "La Relique." L'humour est toujours là, avec une bonhomie et un à-propos qui évoquent certains fabliaux du Moyen-Age, truculents mais jamais trop paillards. Il arrive bien que notre trio de moines songe à la chair - on apprend que frère Jérôme a connu jadis le grand amour mais que cela s'est mal terminé - mais cela passe vite.
    Il faut dire qu'ils ont, le plus souvent, bien d'autres chats à fouetter. Au début pourtant, tout est (relativement) calme. Cela fait maintenant dix ans que la fameuse Relique miracule à plein temps, exposée dans la crypte au coeur d'un reliquaire précieux, lui-même enchâssé derrière une solide grille de fer, le tout confié à la garde de frère Gabriel, le borgne du monastère, lequel, à vrai dire, n'en peut plus. Songez donc : il ne remonte de la crypte qu'à l'heure des repas et aussi à l'heure des prières ! Et dix ans, dame ! c'est long !
    Toujours aussi obtus et sadique avant la lettre, l'abbé du lieu fait la sourde oreille aux réclamations du malheureux. du moment que l'abbaye croule sous les donations reconnaissantes des pèlerins guéris ou en voie de guérison, qu'importe l'abrutissement de l'existence menée par Gabriel ? Il faut bien que quelqu'un le garde, ce fameux os de Saint-Vincent (ou prétendu tel mais cela, l'abbé ne le sait pas ...) Supposez en effet que l'idée vienne à un monastère rival de s'emparer de l'objet miraculeux ? Adieu alors ex-votos dorés, beaux écus d'or et d'argent, magnifiques offrandes faites au saint ... et richesses de l'abbaye. Adieu et bonjour à nouveau la misère et la frugalité ...
    Or - et c'est ainsi que débute le livre - le projet d'une "translation" nouvelle de l'os de Saint Vincent (cette fois en direction de l'Auvergne) vient bel et bien de germer dans la cervelle d'un prieur pour l'instant abonné à compter sur les doigts d'une seule main les richesses de l'abbaye dont il a la charge. Pour atteindre son but, le prieur délègue frère Déodat en Rouergue, avec ordre de ramener La Relique, coûte que coûte.
    Dans "L'os de Frère Jean", ce ne sont ni les voyages, ni les moines voyageurs qui manquent : Déodat s'en vient en Rouergue, ; son larcin accompli (grâce à une complicité que nous ne vous dévoilerons pas), il s'enfuit droit sur son Auvergne natale ; là-dessus, Bernard se précipite à sa recherche ; puis c'est au tour d'Abdon et de Jérôme de courir derrière leur camarade en priant le Ciel que rien de fâcheux ne lui soit arrivé et, pour couronner le tout, ces divers périples croisent la route de trois moines se rendant à St Jacques de Compostelle, frère Je-sais (en vérité le frère Jean du titre), frère Aicart et frère Eléazar. Ajoutez à cela que le trio de "La Relique" est bien obligé de revenir à son monastère où, pour une raison que je vous laisse découvrir, Jean, Aicart et Eléazar viennent de faire halte.
    Comme dans l'ouvrage précédent, l'auteur nous convie à une promenade au coeur du XIIème siècle, peaufinant les caractères de ses personnages et surtout de ses moines, nous les rendant encore plus attachants et nous invitant - discrètement - à nous interroger sur nous-mêmes. Les multiples voyages de ses héros, bons et mauvais, amènent tout naturellement celui que Bernard, le moine à l'intelligence d'un enfant de six ans mènera, avec les moyens intellectuels qu'on lui a concédé et grâce au soutien de frère Jean, aux confins de sa propre quête intérieure. Il nous est ainsi rappelé que les gens dits "normaux" n'ont pas, ne leur en déplaise, le monopole des besoins spirituels.
    A lire. Pour l'émotion, pour l'humour, pour la joie et l'optimisme de l'ensemble. De toutes façons, si vous avez lu "La Relique", vous ne pourrez pas faire autrement. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 17 juin 2010

    LiliGalipette
    Roman en trois tomes de Jean-Louis Marteil.
    L'os de Frère Jean - Dix ans ont passé depuis la téméraire et incroyable aventure des trois moines bénédictins de Rouergue. L'abbaye s'est enrichie, le flot des pèlerins ne décroit pas et La Relique attire toujours autant de dévôts en quête de miracle. le calme n'a pourtant pas pris ses quartiers au sein du cloître. L'os sacré déclenche des rancoeurs et alimente les humeurs maussades de certains moines. Il nourrit aussi les desseins non avouables de personnages à la convoitise dévorante. le frère Déodat, venu d'une communauté religieuse des monts d'Auvergne, est missionné par son supérieur pour le dérober au profit de son abbaye ruinée. En dix jours, La Relique de saint Vincent va quitter l'abbaye de Rouergue, passer entre de nombreuses mains avant de retrouver son reliquaire, pendant que les frères Bernard, Abdon et Jérôme retrouveront les bienfaits et les déboires de la marche en pleine nature, à la recherche les uns des autres, à la poursuite de La Relique et en quête d'un paradis terrestre bien improbable.
    Comment ne pas apprécier une telle incursion historique dans une période si foisonnante et propice aux récits? La langue de l'auteur est savoureuse, sa capacité à convoquer devant nos yeux des images vivantes est époustouflante. Les couleurs et les odeurs nous parviennent du Moyen-Âge, nullement affadies par leur voyage temporel. Les situations les plus scabreuses et les plus triviales se jouent sous nos yeux et c'est avec hilarité qu'il convient d'y assister. De crotte et de puanteur, voilà le lecteur largement dôté pour entrer d'un pied gaillard dans le récit picaresque de trois moines bien plus humains que saints. Attention, les mots sonnent haut et clair, sans pudeur inutile et mesquine. Cul-serrés et trouillards s'abstenir! "Réjouissez-vous, mes frères: maintenant, les véritables ennuis vont pouvoir commencer." (p. 83)
    Loin des horreurs sanglantes qu'on a à tort l'habitude de prêter au Moyen-Âge, le lecteur se retrouve dans un monde de drôlerie et d'humanisme, le plus drôle n'étant-il pas d'attaquer l'homme là où est le plus humain? Une malédiction particulière obscurcit régulièrement les jours et les murs de l'abbaye. Les pigeons, "entêtés enfienteurs de toitures et canalisations" (p. 23) obsède le père abbé qui ne sait comment se débarasser de ce fléau nullement cité au nombre des plaies divines, mais qui mériterait d'y figurer en bonne place. Un autre fléau est le vin pur, non coupé d'eau, qui entraîne les moines habitués à davantage de tempérance dans les méandres de ses visions chimériques et de ses nausées.
    Outre la nature éminemment comique du texte, il faut remarquer la qualité des propos historiques. La bouffonnerie ne damne pas le pion à la précision des descriptions architecturales. Des voûtes romanes, chapiteaux et colonnes des abbayes et cathédrales en passant par les hautes murailles des cités fortifiées, l'auteur maîtrise son sujet et dépeint les lieux de façon précise et éclairée, sans faire subir au lecteur des leçons fastidieuses qui n'auraient pas leur place dans ces pages. Les dangers qui menaçaient les hommes de l'époque sont évoquées sans pathos. Qu'il parle des pillards des forêts françaises ou des Sarrasins de la péninsule ibérique, Jean-Louis Marteil sait faire revivre les portagonistes qui ont fait l'Histoire.
    L'ouvrage est un précis sur la vie monacale et les activités d'un cloître. L'art de l'enluminure, pratiqué dans le scriptorium, rappelle que les abbayes étaient des réservoirs de sagesse où évoluait une élite intellectuelle, hélas, coupée du monde. Les offices qui rythment la vie des moines sont habilement utilisés par l'auteur pour situer l'action dans la journée. le Chapitre des coulpes, très strict selon la Règle de saint Benoît, est matière à bien des situations comiques largement développées par l'auteur.
    Le vol de Reliques, autrement appelé déplacement de Reliques ou encore Translation, était chose courante à l'époque médiévale. Les voleurs s'arrangent avec leur conscience. "C'est la coutume des Translations. [...] Je demande au saint s'il veut me suivre et, s'il est d'accord, il ne fait rien pour m'empêcher de l'emmener. [...] C'est ainsi qu'il se pratique depuis toujours. [...] Puisqu'en principe le saint est d'accord." (p. 95 et 96) Quand le silence d'un saint a valeur d'approbation voire de bénédiction, on peut justifier beaucoup de forfaits après de ferventes oraisons! Nénamoins, il convient de se méfier des silences trop éloquents. "C'[est] bien toujours la même chose avec les saints, ou Dieu, ou la sainte Marie. Ils [laissent] les hommes se débrouiller avec leurs questions, quitte à les punir ensuite d'avoir choisi la plus mauvaise des deux réponses qu'ils n'avaient point données!" (p. 101)
    Le récit est protéiforme: principalement picaresque, il se décline aussi sur le mode de la fable et de la satyre. Les épisodes qui mettent en scène la faune sont assez proches du Roman de Renart. Les bêtes et bestioles deviennent momentanément les protagonistes de minuscules historiettes dans lesquelles ils ont des comportements très humains qui ne sont pas sans rappeler les déboires et vices que rencontrent les principaux héros de l'histoire. Les réflexions des personnages, notamment celles de frère Jérôme, portent de sérieux coups de griffes à l'inébranlable monument qu'est la sainte Église. Dans cette époque de prétendu obscurantisme, les prélats s'accomodaient assez bien de faire passer des vessies pour des lanternes. Ou autrement dit: dans le cochon, tout est bon!
    Jean-Louis Marteil excelle dans la peinture de caractères divers et colorés. le gros Abdon est un maladroit congénital qui échappe tout ce qui lui passe dans les mains quand il n'est pas occupé à bousculer et détruire une pièce d'ameublement. le costaud Bernard est le type même de la brute au grand coeur: lent d'esprit et toujours affamé, il dissimule des trésors de bonté derrière un masque d'apparente et d'insondable bêtise. Jérôme, sec et noueux comme un cep, est la tête pensante de cet improbable trio d'amis et il est pourvu d'une langue vive et mordante. Voici pour les héros de cette trilogie. Les autres frères de l'abbaye sont aussi dignes d'intéret. L'herboriste Anselme, chevalin d'apparence en raison d'une machoire et de dents proéminentes, est aussi fourbe que l'âne qui rue sans raison. le frère Thomas, cellérier de son état, succombe au péché d'avarice, rejoint en cela par l'hôtellier des lieux, le frère Antoine qui, faisant fi de toute charité chrétienne, n'offre le gîte et le couvert aux pèlerins que contre espèces sonnantes et trébuchantes. le borgne Gabriel, responsable de La Relique et de sa surveillance, est plus atrabilaire qu'un ours dérangé en pleine hibernation. La palme revient probablement au père abbé, si influençable qu'on peut se demander si c'est bien lui qui tient les rênes de l'abbaye. Mais la trilogie médiévale de Jean-Louis Marteil a ceci de précieux qu'elle permet à tout lecteur de reprendre espoir en la nature humaine.
    Dans cet univers de moines imparfaits, quid de la femme? La gueuse selon Jean-Louis Marteil a la langue agile en toutes choses et l'oeillade aussi dangereuse qu'une lame. Assailli d'appêtits aussi inassouvis qu'inavouables, le gros moine Abdon manque de bien peu de succomber aux charmes si facilement déployés de demoiselles qui n'ont de pucelles que l'apparence. le frère Jérôme, derrière un maintien rigide et austère, cache la marque d'une ancienne passion qui ne demande qu'un regard pour rallumer ses braises.
    Que dire de plus pour convaincre tout un chacun de se procurer la trilogie de Jean-Louis Marteil? Peut-être que ses textes se lisent vite, trois jours (et nuits) pour moi, un régal renouvellé à chaque tome. Ou peut-être que c'est vraiment le genre de récit qui met le moral bien haut, au beau fixe. Les notes de bas de page de l'éditeur (qui est aussi l'auteur) sont remarquables d'impertinence et de finesse. Pour ceux qui partent en vacances, un conseil dont vous ferez ce qu'il vous plaira: glissez donc ces ouvrages entre la crème solaire et la pelle à sable du petit dernier. Et pour les moins heureux qui connaîtront les affres du travail en plein mois de juillet et août, une prescription: allez faire un tour au Moyen-Âge, dépaysement garanti!
    Un grand merci à Jean-Louis Marteil, de La Louve Editions, qui m'a offert ces livres, avec lequel j'ai échangé quelques mails fort sympathiques et dont la dédicace m'a vraiment touchée.


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/06/17/18295489.html
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    • Livres 5.00/5
    Par Couperine, le 01 novembre 2010

    Couperine
    Si vous avez aimé - que dis-je ? adoré ! - La Relique, premier tome de la trilogie, vous ne pourrez que dévorer ce deuxième. Nous retrouvons nos trois compères, Abdon, Bernard et Jérôme dans une situation bien différente que dans La Relique. En effet, les rôles sont inversés cette fois puisqu'un moine auvergnat, Déodat, envoyé par son abbaye pour voler faire une translation de La Relique de Saint-Vincent... enfin, de ce qui est supposé l'être, va leur causer bien du souci. Déodat réussira à corrompre le "gardien du temple", Frère Gabriel, et à s'enfuir avec l'os. C'est Bernard le premier qui va se lancer à sa poursuite, en pleine nuit. Les deux autres, quant à eux, sont bien plus inquiets de la disparition de leur ami et vont à sa recherche. Déodat va être mis à mal, quant à lui, par trois moines que rien n'arrête, Frère Aicart, Frère Je-sais et Frère Eléazar (on notera les jeux de mots).
    La construction de ce tome est différente. Si la focalisation, dans le premier tome, était extérieure pour le besoin des aventures de nos personnages, nous plongeons cette fois dans l'univers privé de l'abbaye ainsi que dans celui des tavernes. Jérôme va se dévoiler. Ce moine devient de plus en plus sympathique à mes yeux (on se rappellera qu'il m'avait insupportée pendant une bonne partie du premier tome) en brisant sa carapace. Abdon, toujours balourd, se révélera également être d'une réflexion très fine et guérira Bernard de ses doutes. Doutes sur le fameux pays de "Frère Jean". (mais je n'en dis pas plus pour ne rien dévoiler). Quant à Déodat, on ne peut pas lui en vouloir complètement. Il réfléchit à deux fois avant de voler La Relique et ne veut surtout pas faire de mal à Gabriel. Les choses ne tourneront pourtant pas comme prévu.
    L'humour est toujours présent, pour notre plus grande joie. Notamment avec l'image récurrente des pigeons sur lesquels l'auteur semble faire une focalisation (ce que je peux comprendre par ailleurs, ayant été "adoubée" par un de ces volatiles du diable en gare de Tours). Un humour toujours fin, toujours au service d'un message: l'humanisme. Jean-Louis Marteil sait associer l'écriture, très agréable, le style , d'une richesse égale à certains grands auteurs, à ses idées profondément humaines. C'est ainsi qu'il mettra souvent, pour ne pas dire toujours, les côtés positifs de l'Homme en avant.
    Un livre à lire sans attendre !

    Lien : http://livresetmanuscrits.e-monsite.com/rubrique,l-os-de-frere-jean,..
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  • Par keisha, le 07 novembre 2010

    keisha
    Tout est lié! Après une journée du patrimoine vécue sous le signe des abbayes du 12ème siècle* (ou ce qu'il en reste), voici une série de romans pile poil dans cette période et dont les héros sont des moines (ainsi que manants, ribaudes, seigneurs, bourgeois et aubergistes).

    Dans cette abbaye du Rouergue, le constat s'impose : elle est ruinée! Pour remettre les finances à flot, rien de tel qu'une Relique de saint, avec moult guérisons de pèlerins en découlant et hostellerie pleine à craquer. Comment se procurer ladite Relique? Eh bien, en la volant! Ou plutôt en utilisant une "translation" : demander au saint s'il est d'accord, qui ne dit mot consent, et repartir (discrètement) avec La Relique.

    Pour cette mission de tous les dangers (les possesseurs de Reliques bienfaitrices en bon argent y tiennent, forcément), l'abbaye envoie en Hispanie un trio de bras cassés : Jérôme, maigre, ronchon, intelligent, accompagné d'Abdon, un gros colosse maladroit toujours affamé, et de Bernard, un grand gaillard naïf et demeuré qui ne comprend rien mais parle quand il ne le faudrait pas. "Tais-toi, Bernard!" revient comme un leitmotiv...

    Ils reviendront à l'abbaye, après moult aventures amusantes, avec un os d'origine douteuse mais qui accomplira parfaitement son office de Relique, et surtout, une forte amitié sera née entre les trois moines.

    Comme les bonnes choses ne se terminent pas toujours, les trois compères reviennent dans deux volumes tout aussi rafraîchissants. Ils quitteront leur abbaye en proie à des jalousies et autres hypocrisies, et prendront la route de Compostelle en compagnie d'un âne caractériel.

    Une trilogie que j'ai dévorée, tellement c'est plaisant! De l'humour souvent bon enfant, des réflexions plus sérieuses sur les rapports humains, ou entre Dieu et les hommes, quelques piques sur l'Eglise de l'époque, le tout sans temps morts, et une grande vérité historique. Jubilatoire!


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-la-relique-58307..
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 28 septembre 2010

    [...] ... [Frère Thomas] atteignait bruyamment ses quatre-vingt printemps. Certes, on avait prévu de l'enterrer six fois au bas mot rien qu'au cours des trois mois passés. Néanmoins, le vieillard se tenait droit, possédait le même regard clair que jadis, il était toujours vivant, et certaines mauvaises langues dans le pays murmuraient que c'était peut-être là le seul miracle qui fût bien réel en cette abbaye. Ses ennemis - et il en avait, eu égard à son caractère d'étalon castré par erreur - prenaient en outre un malin plaisir, en le croisant, à murmurer des requiescat in pace aussi fielleux que possible, toutefois rendus prudemment inaudibles aux vieilles oreilles du frère. De toute manière, en attendant que Dieu cessât de lui accorder sursis après sursis, Thomas poursuivait son office et se plaignait de la richesse de l'abbaye comme il s'était plaint jadis de sa pauvreté. Enfin, il se plaignait, peu importait de quoi, l'essentiel étant de se lamenter ... Une seule chose semblait peu chrétiennement le réjouir : la mort du Maître des novices. Oh ! Il n'aurait jamais osé s'esbaudir de la perte d'un moine ! Non, ce n'était pas vraiment cela ... Il se souvenait seulement avec amertume que par le passé on lui avait fait souventes fois remarquer, à lui qui jugeait le Maître des novices trop âgé pour son ouvrage, qu'il était bien plus proche de la tombe que celui dont il soupesait les chances de survie comme il aurait soupesé une bourse ! Or son concurrent dans cette course aux ultimes soupçons de vie était trépassé avant lui - bien avant lui, espérait-il ... Trop souvent, selon l'opinion des plus âgés, il se laissait donc aller à claironner qu'il avait eu raison, qu'il était de fait moins vieux que le Maître des novices, puisque celui-là était mort et enseveli alors que lui-même était toujours bien vif ! En ces temps où les âges et les naissances se fixaient de façon fort approximative, il avait beau jeu d'affirmer cela et nul n'osait le reprendre, moins encore pour sa suffisance ... bien que chacun pensât que l'instant de la mort n'avait rien à voir avec celui de la naissance, sans quoi était bien vieux l'enfantelet mort dans les langes ! Le seul qui aurait eu l'autorité de le contrarier, c'était l'abbé, mais le supérieur ne faisait usage de cette autorité qu'à mauvais escient. C'était du moins l'avis général ... Cela étant, pour les membres de la communauté, l'étonnante longévité de Thomas atteignait aux plus hauts mystères et en agaçait plus d'un. ... [...]
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  • Par Woland, le 28 septembre 2010

    [...]... Les vêpres approchaient. Dans l'église, il y aurait bientôt grande agitation, quelqu'un viendrait [dans la crypte] forcément. A agir, il fallait faire vite ou attendre ... et réfléchir.

    Déodat se cala ventre contre la grille, un bras passé à travers les barreaux, et il se plaça de telle manière que les piques acérées ne pussent le toucher ... à condition toutefois qu'il n'eût aucun mouvement brusque. Ahanant, il tendit la main à s'arracher l'épaule. Il en tremblait de tous ses membres. Malgré cela, l'extrémité de tous ses doigts ne pouvaient même pas effleurer le reliquaire. Hors de question donc de l'ouvrir, de plonger à l'intérieur et d'en retirer quoi que ce fût ... Il manquait la longueur d'une main, de deux ou trois peut-être, pour au moins réussir à faire chuter le coffre en avant, lequel libèrerait ainsi l'ossement ou l'objet qui ...

    S'appuyant à la grille comme s'il voulait faire corps avec elle, le pèlerin entêté força encore : il en devenait cramoisi, ses doigts tremblaient de plus en plus fort, son bras était douloureux et dur telle une bûche, une pique avait réussi à l'atteindre au genou, mais il essayait, et essayait encore ...


    Une petite toux sèche l'alerta.

    Il se figea dans la position où il se trouvait et pour le coup, ses doigts cessèrent de s'agiter vainement.

    - "Aucun bras d'homme, de ceux que Dieu créa, en tous cas, n'est assez long pour atteindre le reliquaire," fit une voix engourdie. "Ce fut très longuement et doctement pensé, voici dix années ..."

    Toujours pétrifié dans sa position inconfortable, Déodat se sentit perdu. La sueur de l'angoisse se mit à dégouliner le long de son corps, sous la robe, dans le cou, sur les yeux. Qui parlait ? Il n'avait pas vu frère Gabriel [le gardien]. Il n'avait vu personne. Dieu ? ... [...]

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  • Par Couperine, le 01 novembre 2010

    Jérôme, pour sa part, questionnait en silence le Dieu des chrétiens, son Dieu, lui demandant comment il se faisait qu'Il eût été capable de mettre tant de beauté dans la nature et tant de laideur, parfois, au cœur des hommes. Et il n'était pas loin de penser que c'était impossible: le Dieu de l'Évangile, ce Dieu d'amour, Père de Jésus, ne pouvait point être à l'origine d'un mal quelconque , fût-il celui issu d'un esprit humain perverti ! Aux yeux de l'Église et de ses docteurs, de telles idées frisaient l'hérésie et sentaient bon le fagot, le maigre en était conscient et s'en révoltait. Rien, pourtant, ne l'empêcherait de continuer à méditer de la sorte, car il avait une confiance absolue en Dieu, qui perce mieux les pensées que n'importe lequel de ses imparfaits - et souvent douteux - représentants sur terre.

    Puis il songea soudain que Bernard, avec sa croyance nouvelle en un pays merveilleux et idéal, était plus proche de l'essence profonde de la divinité qu'il ne l'avait jamais été lui-même. Le soleil vint réchauffer son visage et, pour un peu, il aurait proposé au géant de ne point retourner à l'abbaye et de l'accompagner dans sa quête, une quête vaine et vouée à l'échec - donc nécessaire et vitale, bien que très égoïste... Seul le sentiment sincère qu'il serait plus utile ailleurs, parmi ses frères désormais privés de relique, l'en empêcha.

    " Nous sommes à nouveau réunis, nous trois", lâcha tout à coup Abdon. " Il me semble que c'est là l'essentiel."

    Mentalement, Jérôme remercia Abdon. N'était-elle pas là, en effet, la quête, la seule quête qui valût la peine ? En se penchant en arrière, il regarda Bernard, afin de juger de sa réaction à cette si belle affirmation.

    Hélas ! Malgré de louables efforts, le géant affichait toujours le regard impénétrable des baudets résolus à ne plus avancer, quoiqu'il pût leur arriver.

    " Tu as raison", répondit alors Jérôme, en espérant que Bernard était assez présent pour entendre ses paroles, "car si nous avons couru si vite, ce n'est point pour reprendre un os, c'est pour retrouver un ami précieux." Il monta le ton: "Cet ami doit le savoir !

    - Oh ! Il le sait", dit Abdon, entrant dans le jeu. " Il aurait couru de même pour nous..."

    Bernard s'écarta légèrement, juste à ne plus toucher de l'épaule. Il avait très bien entendu. Il sentit revenir en lui l'envie de pleurer. De sa vie, il ne se souvenait pas d'avoir eu à affronter telle émotion.
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