L’enfance de l’animal est un délice, un perpétuel enchantement.
Plus encore que sa fraîcheur adorable de matin, ce sont les
disproportions de ses formes et leur apparent désaccord, « ses
fautes de dessin », dirait l’École des Beaux-Arts, son aspect
radieusement caricatural qui me ravissent et qui rendent si
émouvants, pour moi, barbare, cette fleur d’esquisse, ce prestige
tout neuf d’une chose qui commence. D’autre part, les petits animaux
n’apportent pas dans la maison une insupportable
tyrannie, ni dans les coeurs le désarroi des transes quotidiennes.
Ils sont de tout repos, discrets, joyeux, bien portants, respectent
nos méditations, notre travail, notre sommeil, ne crient jamais,
ne réclament jamais rien, ni qu’on les berce, ni qu’on les baigne,
ni qu’on les fouette, ni qu’on demeure, des nuits et des jours, fiévreusement
penché sur leur niche. Et ils n’accueillent pas nos
soins, nos caresses, nos anxiétés qu’avec des grimaces. Oh! ces
douloureuses grimaces, qui font d’un enfant que l’homme a conçu
dans l’inquiétude, la maladie, la misère ou la haine, une
sorte de minuscule vieillard, rabougri et hargneux !
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