Ex-agent du KGB, Leon Shertov raconte sa vie au service de Staline.
Il nous dit comment, du jeune juif ukrainien enrôlé dans l'armée russe à la veille de la Première Guerre mondiale, il devient l'instrument d'un pouvoir implacable, toujours plus violent ... > voir plus
Ce roman nous raconte comment un juif Russe va se retrouver dans la peau d'un tortionnaire sous Staline, après avoir été sauvé de l'amputation pendant la guerre par un certain docteur Rubinov. Et ce n'est que lorsqu'il apprend que l'homme qui a sauvé son bras se retrouve dans son centre de détention qu'il commence à se poser des questions sur ce qu'on lui demande de faire. Entièrement à la première personne, Chaïm Potok, Américain fils de juifs Polonais nous raconte sans fioriture cette histoire qui nous fera vivre de l'intérieur les heures les plus sombres du régime Stalinien.
Lecture jeune, n°118 - Léon Shertov, agent du KGB passé à l’Ouest quelques années après la mort de Staline, livre (à la première personne) ses souvenirs dans un manuscrit, transmis à un contact aux Etats-Unis. Né en Ukraine dans une famille juive pieuse, Kalman Shafstein se fait remarquer pour son courage lors de la Première Guerre mondiale. Gravement blessé, il évite une amputation du bras grâce à un médecin, Pavel Rubinov ; ce dernier lui fait promettre de lui apprendre à lire en hébreu prières et psaumes. Après avoir découvert son village natal décimé et rasé, le jeune juif bascule dans la foi communiste, seule capable d’étancher sa soif de « réparation ». Il s’engage dans l’Armée rouge avant d’être recruté dans les rangs du KGB, où il devient Léon Shertov. Pendant la guerre, « il exécutait les consignes et faisait ce qu’on lui disait de faire ». On attendra la même chose de lui tout au long de sa brillante carrière d’enquêteur et de tortionnaire docile : il travaille avec efficacité et zèle et jamais le lecteur ne connaît la réalité de ses pensées et de ses sentiments. Après les purges des années trente et les angoisses, privations et souffrances liées au deuxième conflit mondial, vient le temps de la purge des grands médecins juifs qui étaient au service de Staline, le Grêlé, atteint de démence sénile et paranoïa aiguë. Shertov perd alors de son assurance. A l’occasion du séjour dans les geôles du KGB de Pavel Rubinov, son « sauveur », il est ébranlé par les conditions de vie infligées aux détenus, dont il ne s’était jamais soucié. La mort de « l’infâme tyran » le libère de la terreur que lui inspirait l’extermination des juifs, mais pas de la honte. Il décide de s’exiler. Chaïm Potock a écrit un texte concis, sobre mais implacable et bouleversant. Le lecteur marche dans le sillage d’un fonctionnaire modèle du KGB, emblématique de cette machine à purger stalinienne. Les pages consacrées à l’évocation sensible des souffrances du peuple russe pendant les guerres (civiles et mondiales) et le tableau glacé de la terreur proposent une leçon d’histoire vivante et indispensable aux générations d’adolescents nés après la disparition des régimes communistes d’Europe. _ Marie-Françoise Brihaye
p-63 - "Je dois dire que vous avez fait preuve de faiblesse et de sentimentalité bourgeoise en interdisant à votre sergent d'abattre ce vieux menteur de paysan. Mais vous êtes encore jeune, vous apprendez. Nous allons tout vous apprendre."
"il y avait parmi eux quelques juifs, originaires pour la plupart de petites villes ou de villages du Sud, et aussi rustres et sanguinaires que n'importe quel cosaques."